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Full text of "La vie et passion de monseigneur sainct Didier, martir et évesque de Lengres, jouée en ladicte cité l'an 1380(?) et deux. Composée par Guillaume Flamang. Publiée par Guillaume Flamang. Publiée pour la première fois d'après de manuscrit unique de la Bibliothèque de Chaumont, avec une introd. par J. Carnandet"

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LA  VIE  ET  PASSION 

DE  MONSEIGNEUR 

SAINCT   DIDIER 

HARTIR   ET  fiVESQUE  DE  LENGRES. 


CiiiUMO.vr  [Haute-Marue),  typographie  Je  C.  C*vaniol. 


LÀ  VIE  ET  PASSION 

DE  MONSEIGNEUR 

SAINCT  DIDIER 

MARTIR  ET  ÉVESQUE  DE  LENGRES 

JOUÉE  m  LAD1CTE  CITÉ  L'AN  MLCCCClIli"  ET  DEUX 

COMPOSÉE 

par  vénérable  el  scienliûcque  personne 

ittaistre  (Guillaume  JFlamang 

Clmnoine  île  Lenjres  ; 

PUBLIÉE  POIR  LA  PREMIÈRE  FOIS 

D'APRÈS  LE  MANUSCRIT  UNIQUE  DE  LA  BIBLIOTHÈQUE  DE  CHAUMONT 

AVEC  ONE   INTRODUCTION 

Par  J.  CMKW\I>ET, 

Bibliothécaire    de    Cliauiuont. 


PARIS 

LIBRAIRIE   DE   TECHENER 

PLACE  DU  LOUVRE» 

1855 


INTRODUCTION. 


3^00 


On  s'est  trompé  en  fixant  à  l'année  1402,  époque 
de  rétablissement  à  Paris  des  Confrères  de  la 
Passion,  l'origine  du  théâtre  français.  Dien  avant 
ces  confréries  ,  avant  ces  pieuses  associations 
laïques  ou  mi-partie  de  laïques,  d'autres  asso- 
ciations avaient  accompli  une  œuvre  de  même 
nature,  et  il  est  parfaitement  prouvé  aujourd'hui 
que  «  les  mystères,  les  moralités,  les  sotties,  re- 
présentés par  les  soins  des  corporations  de  métier 
ou  aux  frais  des  compagnies  de  judicature,  sur 
nos  places  publiques  et  dans  les  salles  de  nos 
maisons  de  ville,  sont  une  des  formes  les  plus  ré- 
centes de  l'art  théâtral ,  et  par  conséquent  ne 
sauraient  être  considérés  comme  l'origine  directe 
et  véritable  du  théâtre  tel  que  nous  le  voyons  (1  ).   » 

Ainsi,  nous  savons  que  dès  l'année  587,  près  de 
deux  cents  religieuses,  chantaient  aux  funérailles 
de  Sainte  Radegonde,  une  sorte  d'élégie  plaintive 
et  que  des  assistants,  comme  inspirés  par  elle,  la 
proclamèrent  la  sainte  élue  de  Dieu  (2).  Plus  lard, 
entre  autres  cérémonies  semblables,  on  trouve 


(4)  Les  origines  du  théâtre  moderne,  par  Ch.  Magnin. 
(2)  Grégoire  de  Tours.  De  gloriâ  confessorum  CVL 


II  — 


celles  qui  furent  célébrées  sur  la  tombe  de  Saint 
Odillon,  mort  ;ibbé  de  Cluny  en  1048.  Ces  chants 
latins,  dialogues  dans  une  espèce  d'apothéose,  sont 
un  brillant  prélude  de  nos  représentations  reli- 
gieuses. Mais  c'est  surtout  dans  les  mystères  de 
la  religion,  dans  les  liturgies  relatives  aux  fêles  de 
Noël  el  des  Rois  que  nous  voyons  naître  le  drame, 
si  pur,  si  saint  d'abord  el  qui,  malgré  ses  aber- 
rations, s'est  souvenu  souvent  de  son  origine.  Au 
sortir  de  l'église,  le  théâtre  qui  est  resté  longtemps 
chez  les  Confrères  de  la  Passion ,  tour  à  tour  à 
Sainl-Maur,  à  la  Trinité,  aux  Hotels  de  Flandre 
oi  d'Arras,  finit  par  s'enrôler  avec  les  Enfants 
sans  Souci,  avec  les  Clercs  de  la  Basoche,  el 
avec  les  confréries  religieuses  répandues  dans  le 
monde  chrétien. 

Des  drames  latins,  les  plus  anciens  et  les  plus 
remarquables  sont  ceux  que  Hroswithe,  religieuse 
allemande  d'un  couvent  de  Grandcrsheim,  au  xe 
siècle,  y  fit  représenter  par  ses  sœurs  en  religion. 

Au  xie  siècle,  nous  trouvons  une  pièce  toute 
allégorique:  cesonlLes  Vierges  sages  et  les  Vierges 
folles.  A  celle  époque,  l'art  scénique  n'était  pas 
encore  sorti  des  mains  de  l'église,  qui  avail  songé 
de  bonne  heure  à  s'emparer  de  l'instinct  dra- 
matique de  la  nation,  à  le  diriger  vers  les  choses 
saintes  et  à  le  faire  servir  à  augmenter  l'attrait  des 
cérémonies  religieuses.  Mais  au  xue  siècle,  époque 
des  confréries,  cet  art  s'échappe  en  partie,  comme 
les  autres  arts,  des  mains  du  clergé  «  pour  passer 
dans  celles  des  communautés  laïques,  pleines  de 
cette  ferveur  pieuse  el  de  cet  enthousiasme  de  li- 
berlé,  qui  amenèrent  trois  siècles  après  l'entier 
affranchissement  de  la  pensée  et  la  complète  sécu- 


—  III  — 


larisation  des  arts.  »  Il  nous  reste  de  cette  époque 
des  monuments  dramatiques  en  langue  française 
assez  considérables  et  d'une  grande  perfection 
relative. 

La  vie  et  passion  de  Monseigneur  Sainct  Didier 
(pie  nous  publions  aujourd'hui  rentre  dans  cette 
dernière  catégorie.  Nous  avons  pensé  qu'il  ne  serait 
pas  «  indifférent,  pour  nous  servir  des  paroles 
d'un  homme  justement  célèbre  (1),  d'examiner  et 
de  noter  ces  restes  du  passé,  avant  que  la  civili- 
sation moderne  et  l'usage  de  la  langue  générale 
les  aient  fait  disparaître.  »  Aussi  nous  aimons  à 
penser  que  ce  document  sera  accueilli  avec  intérêt 
par  les  personnes  qui  se  plaisent  à  l'étude  littéraire 
des  divers  siècles,  afin  de  pouvoir  en  suivre  et  ap- 
précier les  progrès. 

Le  texte  a  été  collationné  avec  l'attention  la  plus 
scrupuleuse  sur  le  manuscrit  (2)  que  possède  la 


(1)  Guizot.  Moniteur  du  18  mai  1835. 

(2)  Ce  manuscrit,  écrit  sur  papier  en  1507,  le  dernier 
jour  de  may,  par  Prévost,  procureur  es  cour  de  Lengres  et  par 
Estienne  Roland,  a  été  copié  en  1838  par  M.  E.  Jolibois, 
qui  a  publié  la  Diablerie  de  Chaumont,  une  Histoire  de  Réthel 
et  tant  d'autres  ouvrages  recommandables  ;  en  1847  par  M.  P. 
Dardenne,  bibliothécaire  de  Chaumont;  enfin  en  1848  par 
M.  J.  Fériel.  MM.  Jolibois  et  Dardenne  avaient  conçu  la 
pensée  d'éditer  le  travail  que  nous  publions  aujourd'hui.  C'est 
un  grand  in-4°,  relié  en  bois  et  recouvert  d'une  peau  verte 
dont  plusieurs  lambeaux  sont  détachés.  Il  est  composé  de 
onze  cahiers  de  quinze  feuilles  chacun.  L'écriture  en  est  belle, 
mais  assez  difficile  à  déchiffrer  à  cause  des  abréviations  nom- 
breuses qui  s'y  rencontrent.  Nous  devons  ajouter,  pour  rendre 
à  chacun  ce  qui  lui  est  dû,  que  la  copie  de  M.  Fériel,  la  seule 
que  nous  ayons  eue  entre  les  mains  pendant  l'impression  de 
notre  travail,  nous  a  été  d'un  grand  secours. 


—    IV    — 


bibliothèque  de  Chaumont.  Nous  n'y  avons  rien 
retranché,  rien  ajouté;  l'orthographe  des  mots 
n'est  pas  toujours  constante,  nous  avons  dû  néan- 
moins les  écrire  tels  qu'ils  se  trouvent  dans  le  ma- 

nuscril.  sans  nous  inquiéter  des  différences  que 
Ton  pourrait  y  rencontrer.  Qu'on  n'aille  pas  toute- 
fois, en  voyant  les  mêmes  mots,  écrits  de  deux  ou 
trois  manières,  prendre  Ys  au  singulier  par  exemple 
el  pas  au  pluriel  et  changer  quelquefois  de  dé- 
sinence, taxer  Tailleur  ou  les  copistes  de  caprice 
el  d'ignorance.  Nous  ne  savons  guère  même  au- 
jourd'hui ,  malgré  les  savantes  recherches  de 
M.  Raynouard  (4)  quelles  étaient  les  règles  gram- 
maticales de  cette  époque.  Nous  n'avons  pas 
voulu  imiter  Marot,  plus  près  (pie  nous  de  trois 
siècles  du  Roman  de  la  Rose,  qui,  voulant  faire 
des  corrections  à  cet  ouvrage,  y  a  mis  des  fautes 
qui  ne  s'y  trouvaient  pas. 

Nous  avons  placé  à  la  fin  du  volume  un  glos- 
saire-index, dans  lequel  on  trouvera  l'explication 
des  mots  les  plus  difficiles  à  entendre. 

Nous  devons  offrir  nos  remercîments  les  plus 
sincères  à  M.  J.  Fériel,  qui  nous  a  prêté  le  con- 
cours de  ses  lumières.  M.  Th.  Pistollet  de  Saint- 
Fergeux  ne  saurait  être  non  plus  oublié  ici,  nous 
lui  devons  la  communication  de  plusieurs  docu- 
ments manuscrits  qui  nous  ont  été  d'une  grande 
utilité  dans  la  rédaction  des  notices  sur  Guillaume 
Flamant  et  sur  Saint  Didier. 


(4)  Poésies  or'u/hialcs  des  Troubadours.  Voir  les  Éludes  sur 
les  mystères,  d'Onésime  Le  Roy. 


—    V   — 


Il  est  toujours  intéressant  de  savoir  à  quelle 
époque  naquit  un  homme  de  lettres;  on  se  de- 
mande au  milieu  de  quels  événements  il  a  fait  son 
entrée  dans  la  vie,  sous  quelles  influences  s'est 
formée  sa  pensée,  quelles  durent  être  ses  pre- 
mières impressions. 

Nous  ne  pouvons  satisfaire  en  chiffre  la  légitime 
curiosité  du  lecteur. 

Nous  ne  savons  rien  de  certain  sur  le  lieu  et 
sur  l'époque  de  la  naissance  de  Guillaume  Fla- 
mant (1),  non  plus  que  sur  l'époque  de  sa  mort  (2). 
Originaire  de  Flandre ,  si  nous  en  croyons 
M.  Weiss,  né  à  Langres,  si  nous  nous  en  rappor- 
tons à  la  biographie  que  nous  a  laissée  M.  Mathieu, 
Guillaume  Flamant,  Flameng  ou  Flaming  fut  d'a- 
bord pourvu  d'un  canonicat  de  la  cathédrale  de 


(1)  Pour  la  rédaction  de  cette  notice  nous  avons  consulté 
l'article  publié  par  M.  Weiss  dans  la  biographie  Michaud;  l'an- 
nuaire de  l'abbé  Mathieu,  publié  en  1811;  l'essai  biographique 
de  M.  Vallet,  ancien  archiviste  de  la  Haute-Marne;  la  note  de 
M.  Tarbé  sur  Guillaume  Flamant,  dans  son  ouvrage  :  Les 
Poètes  de  la  Champagne  antérieurs  au  siècle  de  François  7e1'; 
le  manuscrit  que  nous  a  laissé  l'abbé  Charlet,  sous  le  titre 
de  Langres  sçavante,  ainsi  que  l'ouvrage,  également  manus- 
crit, de  Théodecte  Tab'ourot. 

(2)  M.  Pistollet  de  Saint-Fergeux  nous  écrit  qu'il  a  trouvé 
dans  une  note  prise  dans  un  ouvrage  dont  il  ne  se  rappelle 
pas  le  titre,  que  Flamant  naquit  vers  1455  et  mourut  vers 
1540. 


—   VI    — 


Langres  (1);  après  un  certain  nombre  d'années,  il 
résigna  celte  dignité  pour  la  modeste  cure  de  Mon- 
therieSj  petit  village  à  quatre  lieues  Nord-Ouest,  de 
Chaumont.  Enfin,  voulant  terminer  ses  jours  dans 
une  retraite  plus  rigide,  il  prit  l'habit  de  Saint 
Bernard,  à  l'abbaye  de  Clairvaux,  «  où  il  mourut  en 
saint  religieux,  dit  l'abbé  Charlet,  vers  le  milieu 
du  xvie  siècle.  » 

Ami  de  notre  ancienne  poésie,  et  poète  lui- 
même,  Guillaume  Flamant  nous  a  laissé  plusieurs 
ouvrages  sortis  de  sa  plume. 

«  Des  ouvrages  dramatiques  de  Guillaume  Fla- 
mant, dit  M.  Weiss,  le  plus  remarquable  est  le  Mar- 
tyre de  S.  Didier.  Celle  pièce  fut  représentée  à  Lan- 
gres  en  1482,  par  une  confrérie  de  pénitents.  »  On 
y  compte  cent  seize  acteurs.  En  suivant  pas  à  pas 
les  développements  scéniques  de  ce  drame,  on 
voit  que  les  féeries  modernes  qui  visent  au  fantas- 
tique, sont  distancées  par  l'œuvre  du  dramatiste 
du  xve  siècle.  Le  ciel,  l'enfer,  les  Langrois,  les 
Romains,  les  Alains,  les  Wandales,  tout  est  mis 
en  scène.  Le  comique  représenté  par  le  fou  vaut 
presque  ses  modernes  confrères  ;  souvent,  il  est 


(1)  Guillaume  Flamant  est  inscrit  sous  le  nom  de  Guiller- 
mus  Flamingi,  dans  un  manuscrit  conservé  à  la  bibliothèque 
de  Langres  et  qui  a  pour  titre  :  Matricula  canonicorum  ac 
prebenduriorum  ecclcsiœ  Lingonemis,  (ab  anno  4384adannum 
1788).  On  voit  sur  ce  curieux  catalogue  que  Flamant  obtint 
une  prébende  au  Chapitre  de  Langres  en  1477;  il  y  est  ins- 
crit comme  chanoine  prêtre  en  1495,  en  remplacement  de 
Nicolas  de  Montsaujon  et  disparaît  après  le  mois  de  mai 
17'J'J,  époque  où  il  quitta  son  canonicat  pour  la  cure  de 
Montheries. 


—    VII    — 


vrai,  son  langage  est  trivial,  ses  expressions  sont 
obscènes  (1);  mais  souvent  aussi  il  a  du  trait,  de 
la  naïveté  et  de  la  malice.  On  se  plaint  au  théâtre 
de  l'abus  des  décors  et  des  machines,  Guillaume- 
Flamant  ne  les  épargne  pas;  ce  ne  sont  à  tout  mo- 
ment qu'évolutions,  épisodes,  car  rien  ne  se  fait 
à  la  cantonnade,  cette  supposition  admise  aujour- 
d'hui. On  voit  ce  dont  on  parle.  Quant  aux  figu- 
rants, ils  forment  toute  une  armée.  Le  plus  nom- 
breux personnel  des  théâtres  de  Paris  ne  suffirait 
pas  à  fournir  les  chefs  d'emplois  qui  défilent  et 
qui  dialoguent.  Divisé  en  trois  journées,  le  mystère 
comporte  plus  de  mouvement  et  d'action  que  de 
paroles,  et  les  machinistes  devaient  être  aussi  sou- 
vent en  scène  que  les  acteurs.  Le  théâtre  chan- 
geait de  place,  d'échafaudages,  suivant  les  besoins 
de  la  scène.  Le  couplet  final,  cette  importante 
balançoire,  comme  disent  les  comédiens,  n'était 
pas  inconnu  à  Guillaume  Flamant.  L'auteur,  en 
terminant  chacune  des  parties  de  ce  drame  inté- 
ressant, s'excuse  de  la  longueur  des  détails  et  se 
recommande  à  l'indulgence  du  public  : 

Si  avons  à  regracier 

De  toute  nostre  intelligence 


(1)  Un  critique  bienveillant  nous  avait  conseillé  dans  le 
Spectateur  de  Dijon,  lorsque  nous  avons  annoncé  notre  pu- 
blication, de  supprimer  ces  passages.  Nous  n'avons  pas  cru 
devoir  obtempérer  à  ce  désir.  L'œuvre  du  poète  langrois  de- 
vait être  publiée  in  extenso.  Le  clergé  d'ailleurs  ne  peut  s'in- 
digner. Ce  n'est  pas  là  l'œuvre  d'un  esprit  frivole  et  licen - 
cieux.  Guillaume  Flamant  attaque  le  vice  qui  doit  baisser  la 
tète  et  les  honnêtes  gens  doivent  applaudir. 


—   VIII   — 

Collauder  et  remercier 
La  seignorie  d'excellence 
Qui  par  doulce  bénévolence 
Nous  a  presto  bon  auduitoire 
Tour  ouyr  en  paix  et  silence 
Le  mistôre  ou  dévot  histoire. 


L'œuvre  de  Guillaume  Flamant  n'a  rien  à  envier 
aux  réformateurs  graves  ou  comiques  dont  notre 
époque  fourmille.  Tour  à  tour  jovial  et  sérieux,  le 
chanoine  de  Langres,  sait  railler  comme  Figaro 
et  dogmatiser  comme  le  rédacteur  d'un  journal 
politique,  il  parle  fêtes  et  plans  de  campagnes,  il 
joue  du  gaboulct  et  de  la  trompette  guerrière,  il 
fredonne  la  chansonnette  et  entonne  un  hymne  de 
guerre. 

Le  Mystère  de  Sainct  Didier,  comme  nous  l'a- 
vons dit,  est  divisé  en  trois  journées  : 

Première  journée  :  Election  et  installation  de 
Didier,  préparatifs  de  Crocus  pour  faire  la  guerre 
aux  chrétiens. 

Seconde  journée  :  Siège  de  la  ville  de  Langres 
par  le  barbare  Crocus,  chef  des  Wandres  ;  mar- 
tyre de  l'Evêquc  Didier  et  d'un  grand  nombre  de 
Langrois;  défaite  des  barbares  par  Marien,  près 
d'Arles. 

Troisième  journée:  Translation  des  reliques  de 
Saint  Didier. 

Théodccle  Tabourot  nous  apprend  que  Guil- 
laume Flamant  fil  encore  représenter  le  Martyre 
des  Saints- Jumeaux ,  tragédie  dont  le  sujet  est 
aussi  tiré  des  légendes  du  diocèse  de  Langres.  Ce 
mystère  a  complètement  disparu.  Tabourot  dans 


—   IX    — 

son  histoire  des  évêques  de  Langres  nous  en  a 
eonservé  les  strophes  suivantes  :  (1) 

Waklericus  (2)  mesmement 

Bon  Prélat  meinant  vie  austère 

Commencea  premièrement 

Des  Saincts-Gémeaux  (3)  le  monastère 

Qui  comme  pasteur  et  bon  père 

Mesprisant  vice  et  vitupère 

Y  mit  gens  de  dévocion 

Mais  désirant  la  religion. 

Pour  faire  le  divin  service 

Des  chanoisnes  y  ordonna 

Où  pour  continuer  l'office 

Aucunes  rentes  n'y  donna, 

Car  quand  besoingner  y  cuida 

Mort  en  fit  séparation. 

Beito  qui  après  succéda 

Fournit  à  la  fondacion. 

Beiton  (A)  lingonicque  pasteur 
Par  affection  très  humaine 


(1)  Page  213  et  219. 

(2)  Vahlric,  33e  évêque  de  Langres  en  778. 

(3)  L'abbaye  de  Saint-Geosme  n'a  pas  été  fondée  par  Val- 
dric,  car  dès  l'année  716,  nous  voyons  que  Saint  Ceolfrid, 
abbé  de  Wiremetheuse  en  Irlande,  qui  mourut  à  Langres  l'an 
716  en  allant  à  Rome,  fut  enterré  à  l'abbaye  de  Saint- 
Geosme.  Ce  fut  Albéric,  évêque  de  Langres,  qui  vivait  sous 
Louis-le-Débonnaire  et  non  Yaldric,  qui  agrandit  ce  monas- 
tère et  y  établit  des  chanoines  et  un  prévôt,  et  fit  rebâtir  l'é- 
glise. 

(4)  Beiton,  34e  évêque  de  Langres,  qui  fut  choisi  par  Char- 
lemagne  pour  rédiger  et  dresser  ses  Capitulaires,  vivait  en  790. 


—    X    — 

Des  rentes  fut  le  fondateur 

Au  temps  du  grant  roy  Charlemaigne. 

Charles  le  Grand,  chef  de  l'Empire 

Selon  que  Dieu  les  siens  inspire 

Eut  aux  Gémeaux  dévotion, 

De  toute  l'institution 

De  rentes  et  émoluments 

Bailla  la  confirmation 

Et  privilège  largement. 


Au  nombre  des  ouvrages  de  Guillaume  Flamant, 
on  ci  le  encore  : 

Dévote  exhortation  pour  avoir  crainte  du  grand 
jugement  de  Dieu. 

La  vie  de  Saint  Bernard  ,  en  sept  livres,  im- 
primée à  Troyes  ,  par  Jean  Lecoq  pour  Macé 
Panthoul,  libraire,  que  Gundisoluus  a  traduite  de 
français  en  portugais. 

La  vie  de  Sainte  Asceline,  peli'c  nièce  de  Saint- 
Bernard  (1). 

La  chronique  des  évoques  de  Langres,  en  vers 
français  avec  un  journal  des  choses  arrivées  de 
son  temps,  en  manuscrit. 

La  vie  de  Sainte  Humbeline,  sœur  de  Saint 
Bernard,  traduite  du  latin  de  Jean  l'Hermite. 

L'épitaphe  de  dame  Aies  ou  Alèle,  mère  de 
Saint  Bernard  inhumée  à  Dijon  à  Saint-Bénigne, 
puis  translatée  à  Clairvaux. 

L'épitaphe  d'Hubert  Poisot,  de  Torcenay,  près 
Ghalindrey,  officiai,  scelleur,    promoteur,    réfé- 


(1)  Elle  a  été  ahhesse  de  Boulancourt. 


—    XI    — 


rendaire,  etc.,  secrélaire  du  Chapitre  de  Langres 
en  1505. 

La  déclaration  des  statuts  do  la  confrérie  de 
M.  Sainct  Didier,  de  Lengres  cl  la  vie  et  canonisation 
dudit  Sainct  en  bricfve  ryme  francoise. 

Les  stalutz  et  ordonnances  de  la  confraric  de 
Sainct  Pierre  et  Sainct  Pol,  de  Lengres. 

Enfin,  il  avait  encore  composé  des  satires  sur 
les  affaires  arrivées  de  son  temps  dans  le  diocèse 
de  Langres,  sur  le  conseil  du  roi,  sur  les  ministres 
et  sur  les  principaux  personnages  du  temps  (1). 

Un  exemplaire  de  la  Dévote  exhortation  pour 
avoir  crainte  du  grand  jugement  de  Dieu,  figurait 
à  la  vente  de  Ch.  Nodier.  «  Ce  livre,  dit  M.  Tarbé, 
imprimé,  sans  nom  de  lieu,  ni  date,  en  caractères 
gothiques,  contient  216  vers  formant  vingt-sept 
strophes  de  huit  vers  chacune.  L'auteur  y  est  dé- 
signé sous  le  titre  de  vénérable  et  discrète  per- 
sonne maistre  Guillaume  Flameng,  chanoine  de 
Lengres.   » 

La  bibliothèque  de  Chaumont  possède  un 
exemplaire  de  la  vie  de  Saint-Bernard  ,  de  Guil- 
laume Flamant,  imprimée  en  caractères  gothiques. 


(1)  Nous  serions  tentés  d'attribuer  à  Guillaume  Flamant 
la  charte  de  confirmation  de  La  fête  des  fous  ou  la  mère  folle 
de  Dijon,  donnée  en  1482  par  Jean  d'Amboise,  évêque  de 
Langres  et  lieutenant-général  du  roi  en  Bourgogne.  Cette 
pièce,  qui  existait  en  manuscrit  original  dans  la  Sainte-Cha- 
pelle de  Dijon  et  se  trouve  peut-être  encore  dans  les  archives 
départementales  de  la  Côle-d'Or,  a  été  réimprimée  d'après 
Du  Tilliot,  dans  la  Collection  des  nicilleures  dhserlalions, 
notices  et  traités  particuliers  relatifs  à  l'histoire  de  France,  etc. 
par  Leber,  Salgues  et  Cohen,  tome  IX,  page  282  et  suivantes. 
Plusieurs  raisons  militent  en  faveur  de  cette  opinion;  tou- 
tefois nous  n'osons  rien  affirmer. 


—    XII    — 

Malheureusement  plusieurs  feuillets  manquent,  à 
la  fin,  au  milieu  et  au  commencement  de  l'ouvrage, 
cl  il  esi  impossible  de  savoir  où  l'ouvrage  a  été 
imprimé  et  à  quelle  époque.  Un  savant  bénédictin 
de  l'abbaye  de  Solesmes,  Dom  Pitra,  qui  passait 
il  y  a  quelques  années  à  Cbaumont,  a  pensé,  après 
avoir  examiné  ce  volume,  que  c'était  l'édition  de 
Troyes. 

Pendant  longtemps  on  a  cru  que  Guillaume 
Flamant  avait  donné  cette  vie  de  Saint  Bernard 
comme  lui  étant  propre.  11  n'en  est  rien,  car  nous 
lisons  dans  l'édition  que  nous  avons  sous  les  yeux, 
le  passage  suivant  qui  prouve  que  notre  écrivain 
langrois  savait  rendre  à  César  ce  qui  appartenait 
à  César  :  «  Ci/  après  est  contenue  la  vie  de  Sainct 
Bernard,  dévot  chapelain  de  Noslre-Dame  trans- 
latée de  latin  en  {rançons.   » 

La  vie  de  Saint  Bernard  est  divisée  en  sept 
livres.  Le  premier  parle  de  l'enfance  et  de  la  vie 
de  Saint  Bernard,  depuis  l'époque  de  sa  naissance 
jusqu'au  moment  où  il  fut  élu  abbé  de  Clairvaux  ; 
le  deuxième  explique  par  quel  moyen,  il  mit  la 
paix  cl  l'union  dans  la  sainte  église;  le  troisième 
raconte  «  la  forme  de  son  corps  et  de  ses  bonnes 
meurs  »  :  dans  le  quatrième,  on  rapporte  ses 
miracles  et  dans  le  cinquième,  sa  mort. 

Ces  cinq  premiers  livres  avaient  «  ia  esté  au- 
»  trefois  translatez  et  depuis  na  pas  longtemps 
"  furent  abrégez  et  mis  en  impression,  mais  pour 
»  ce  que  plusieurs  sentences  y  furent  omises  ou 
■  autrement  mis  qu'elles  ne  sont  en  latin,  à  la 
»  requeste  d'aucunes  dévottes  personnes  ceste 
»  présente  translation  comprenant  toute  la  légende 
»   a  esté  renouvelée.   » 


—   XIII   — 


«  Et  quant  aux  additions  tant  de  la  mère  corn 
»  de  la  seur  Sainct  Bernard  qui  sont  au  iiije  et 
»  xxvie  chapitres  du  premier  livre ,  elles  sont 
»  extraictes  d'une  description  que  frère  Jehan 
»  l'Hermite  fis  de  la  vie  dudit  Sainct  Bernard  et 
»  de  la  vie  de  Sainct  Perron  prieur  de  Iully,  et 
»  gouverneur  des  religieuses  qui  y  estoient  quant 
»   la  dicte  seur  y  Irespassa.   » 

Les  deux  derniers  livres,  c'est-à-dire  le  sixième 
et  le  septième  racontent  les  miracles  que  Saint 
Bernard  lit  en  Allemagne  et  dans  les  localités  où 
il  prêcha  la  croisade,  les  visions  et  révélations  de 
ce  saint  avant  et  après  sa  mort  :  «  lesquelles 
»  choses  ne  sont  pas  contenues  ne  escriples  es 
»  autres  ci-dessus  nommez,  mais  ont  été  prinses  et 
»   extraictes  d'autres  escriptures  antiques.   » 

Guillaume  Flamant  ajoute  à  la  vie  de  Saint 
Bernard,  les  quatre  huiles  du  pape  Alexandre  III, 
sur  la  canonisation  du  fondateur  de  l'abbaye  de 
Clairvaux.  Cet  ouvrage  se  termine  par  plusieurs 
pièces  en  vers,  intitulées:  Oraisons.  La  première 
oraison  est  adressée  à  «  Sainct  Bernard  ,  dévot 
docteur  et  premier  abbé  de  Clairvaux  ,  composé 
par  maistre  Guillaume  Flameng  »  ;  une  autre 
oraison  est  adressée  «  à  Monseigneur  Sainct 
Denis,  martyr,  et  apostrede  France,  qui  comprent 
en  brief  la  plupart  de  sa  vie  et  sa  passion   ». 

Voici  les  deux  premières  strophes  de  l'oraison 
adressée  à  Saint  Bernard  : 

Gemme  luysant,  vénérable  docteur, 
Mirouer  d'honneur  et  de  religion, 
0  Sainct  Bernard,  très  diligent  pasteur 
Qui  as  renom  en  mainte  région, 


—    XIY    — 


Vers  toi  je  vien,  par  humble  affection, 
Interpeller  ton  bénigne  adjutoire 
Pour  acquérir  gloire  et  salvacion 

Après  le  cours  de  ce  bas  territoire. 

Le  lieu  de  la  nativité 

A  esté 
Fontaines,  chasteau  moult  insigne  ; 
Tes  parents  ont  eu  charité, 

Purité 
Et  de  dévotion  le  signe, 
Contemnons,  par  œuvre  divine, 

Le  convive 
De  mondaine  prospérité; 
Prenons  pour  seure  médecine 

Discipline 
Et  volontaire  poureté. 

U  épi  taphe  de  dame  Aies,  mère  de  Saint  Bernard, 
a  plus  de  cent  vers,  elle  est  imprimée  dans  le 
Bernardi  Gains  illustre,  du  P.  Chifflet,  page  455, 
qui  rapporte  également  un  chapitre  entier  de  la  vie 
de  Saint  Bernard  «  écritteparFlameng,  demeurent 
à  Clerevaux  et  jadis  chanoine  de  Lengres.  »  Cette 
épitaphe  fut  aussi  imprimée  vers  1520,  à  Paris, 
chez  F.  Regnaud,  et  à  Troyes,  chez  Pantoul. 

Nous  ne  savons  rien  sur  Y  épitaphe  d'Hubert 
Poisot.  Une  note  de  M.  l'abbé  Mathieu,  prise  dans 
un  manuscrit  de  la  bibliothèque  de  Langres  men- 
tionne simplement  que  Guillaume  Flamant  a  com- 
posé l'épitaphe  du  secrétaire  du  Chapitre  de  Lan- 
gres. 

La  déclaration  des  statuts  de  la  Confrérie  de  M. 
S.  Didier,  de  Lengres  et  la  vie  et  canonisation  dudit 


—   XV    — 


Sainct  en  briefve  ryme  françoise  est  composée 
de  près  de  treize  cents  vers  et  divisée  en  qualre 
parties  :  la  première  contient  les  statuts  de  la  con- 
frérie; la  deuxième,  la  vie  et  le  martyre  de  Saint 
Didier;  la  troisième,  la  relation  des  miracles  faits 
par  lui;  et  la  quatrième,  la  translalion  de  ses  reli- 
ques. Nous  avons  en  noire  possession  une  copie 
de  ce  poème,  qui  a  été  faile  sur  une  copie  très 
ancienne  conservée  autrefois  dans  les  archives  de 
la  cathédrale  de  Langres  et  que  possède  M.  Mi- 
gneret,  préfet  de  la  Haute-Garonne. 

Les  Stalutz  et  ordonnances  de  la  confrarie  de 
Sainct  Pierre  et  Sainct  Pol,  de  Langres,  se  trouvent 
en  tète  delà  matricule  des  confrères  et  consœurs  de 
la  confrérie  de  S.  Pierre  et  S.  Paul,  instituée  l'an 
13G0,  etc.,  manuscrit  in-4°  sur  vélin,  de  107  FF. 
chiffrés,  conservé  à  la  bibliothèque  de  Langres  et 
écrit  à  diverses  époques  (1486-1 790),  par  les  Pro- 
cureurs receveurs  de  cette  confrérie.  L'œuvre 
de  Guillaume  Flamant  se  compose  de  97  stro- 
phes de  huit  vers  chacune.  On  trouve  en  lettres 
couges,  dans  le  courant  de  cet  opuscule,  les  litres 
des  principaux  satuts  :  En  quel  lieu  se  célèbre  la 
confrarie;  —  Le  premier  point  qui  est  du  nombre 
des  confrères  ;  —  Comment  les  femmes  en  pevent 
estre,  etc. 

On  voit,  par  les  trois  dernières  strophes ,  que 
l'évèque  Jean  d'Amboise  confirma  cette  institu- 
tion le  27  septembre  148G.  La  pièce  se  termine 
ainsi  : 

Affin  qu'on  ne  peust  machiner 

Contre  nos  constitutions 

Le  dit  prélalz  les  fit  signer 

Par  chanoisne  tabellions 


—    XVI   — 

Que  les  règles  que  nous  tenons 
Ont  veu  au  long  en  nos  escrits 
Pourtant,  y  trouverez  leurs  noms 
Amplement  posés  et  subscripts. 

Cette  copie  ,  en  caractères  gothiques  ,  avec 
initiales  en  couleur  est  de  la  même  écriture  que  le 
commencement  de  la  liste  des  confrères,  qui  se 
trouve  au  recto  du  folio  48.  Elle  est  certifiée,  com- 
me l'indique  la  dernière  strophe,  par  les  chanoines 
tabellions  ou  chanceliers,  de  la  manière  suivante  : 

De  mandalo  d.  m. 
Verbo  facl. 
Traveillot.  Fabrv. 

Le  De  mandalo,  en  lettres  cursives,  est  de  la 
main  du  chanoine  Travaillot  qui  eut  une  certaine 
célébrité  dans  l'église  de  Langres. 

La  Chronique  des  évêques  de  Langres,  faite  par 
Guillaume  Flamant  était  «  l'abbrégé  de  celle  de 
Claude  Félix ,  hors  quelques  additions  »  ;  Les 
Qaaternions  du  chanoine  Antoine  Thibaut,  parmi 
les  chartres  ,  titres  et  autres  pièces  relatives  à 
l'église  de  Langres,  renferment  des  «  mémoires 
et  compilations  de  Guillaume  Flameng,  »  C'est 
ce  qui  résulte  d'un  manuscrit  de  la  bibliothèque 
de  Langres. 

Nous  ne  savons  rien  sur  les  satires  que  Ton  at- 
tribue à  l'auteur  dont  nous  traçons  la  biographie. 

Tels  sont  les  renseignements  que  nous  avons 
pu  nous  procurer  sur  Guillaume  Flamant  et  sur  ses 
ouvrages.  Puissent  ces  lignes  consacrées  à  un 
homme  qui  fut  l'honneur  de  la  Champagne  et  une 


—  XVI!  — 


des  lumières  de  son  siècle,  donner  quelques  se- 
condes de  vie  au  poète  langrois  ! 


II. 


Quand  le  christianisme  s'établit  à  Langres , 
cette  ville  était  plus  romaine  que  gauloise.  D'après 
Jean  de  Tors,  docte  célestin,  ce  serait  Saint  Hyro, 
et  non  Saint  Bénigne,  comme  on  le  croit  encore, 
qui  aurait  prêché  l'évangile  à  ceux  de  Langres. 
Plus  tard  Saint  Polycarpe,  disciple  de  Saint  Jean- 
Baptiste,  «  prévenu  par  un  avertissement  d'en 
haut,  »  envoya  dans  les  Gaules  Saint  Bénigne, 
qui  vint  à  Langres.  Après  avoir  jeté  les  premiers 
fondements  de  l'Eglise ,  Saint-Bénigne  s'en  alla 
à  Dijon,  où  il  fut  martyrisé.  Après  lui,  Saint  Séna- 
teur gouverna  l'Eglise  de  Langres  qui  devint  si 
florissante,  mais  jusqu'à  Saint  Didier,  ou  Saint 
Dizier,  comme  on  l'appelait  plus  communément  en 
Champagne,  son  histoire  n'offre  rien  de  remar- 
quable (1). 

«  Si  jamais  (2)  il  y  a  eu  vocation  divine  à  l'Epis- 


(1)  Voici  la  liste  des  principaux  ouvrages  que  nous  avons 
consulté  pour  notre  notice  sur  Saint  Didier  : 

Décade  historique  du  P.  Vignier,  mss.  de  la  Bibliothèque 
Impériale.  —  Dom  Baillet.  —  Les  Bollandistes.  —  Tabourot, 
Langres  tirée  du  tombeau  de  son  antiquité.  —  Lenain  de  Tille- 
mont. —  Le  P.  Chifilet. —  Episcopi  Lingonenses,  etc. —  Gallia 
Chrisliana.  —  M.  Pechinet,  Annuaire  ecclésiastique  et  histo- 
rique du  diocèse  de  Langres,  1838. 

(2)  Tout  ce  qui  suit  est  textuellement  extrait  de  la  Décade 

h 


—  XVIII 


copat,  colle  de  Saint  Didier  a  esté  l'une  des  plus 
mémorables  et  des  plus  asseurées.  A  ce  que  dit 
une  de  ses  légendes,  Saint  Didier  estoit  un  villa- 
geois natif  du  pays  de  Germes,  en  Italie,  d'un  petit 
lieu  nommé  Fravega;  homme  simple  et  craignant 
Dieu,  laboureur  de  condition,  inconnu  aux  hom- 
mes du  siècle,  mais  des  plus  fervens  chrestiens 
d'alors,  car  il  estoit,  selon  que  porte  son  nom, 
rempli  de  désirs ,  suivis  d'efforts  et  de  bonnes 
œuvres,  et  qui  ne  pensoit  guères  à  estre  Evesquc, 
lorsqu'on  l'en  vint  presser  de  la  part  de  Dieu  et  de 
son  vicaire  en  terre. 

«  Une  légende  tirée  des  archives  de  l'église  mé- 
tropolitaine de  Gennes  et  apportée  à  Langres  l'an 
1053,  par  un  père  capucin  (1),  en  échange  des 


historique  du  P.  Vignier,  conservée  à  la  Bibliothèque  Impé- 
riale. M.  Guyot  de  Saint -Michel  et  le  séminaire  de  Langres 
possèdent  chacun  une  copie  de  la  première  partie  de  la  Décade, 
mais  elles  sont  loin  d'être  conformes  au  manuscrit  de  la 
Bibliothèque  Impériale. 

(1)  Tabourot  raconte  que  «  les  magistrats  et  seigneurs  de 
la  cité  de  Genne  envoyèrent  à  messieurs  les  confrères  de  Sainct 
Didier  de  Langres,  sa  vie  tirée  des  archives  de  leur  église 
métropolitaine  en  l'an  16Ô7,  le  18  may,  avec  remercimens 
et  certificat  des  sainctes  reliques  qui  leurs  furent  envoyées 
par  la  noble  confrairie  de  ce  signalé  et  éminent  évesque  et 
très  glorieux  martyr,  et  ne  s'esloigne  pas  cette  vie  de  celle 
qui  est  escrite  en  nos  légendes;  mais  s'y  exprime  plus  par- 
ticulièrement qu'il  n'acquit  à  Fravaque,  distante  d'un  lieue 
et  demye  de  Gennes,  se  tint  à  Bavarum,  exerçeant  le  labou- 
rage, qui  prioit  Dieu  continuellement  et  vivoit  en  son  amour 
et  crainte,  conduit  par  un  bon  et  sainct  ermite  qui  avoit  son 
hermitrage  non  loing  dudict  Bavarum,  n'estant  ce  sainct  de 
petite  et  basse  condition,  quoyqu'il  eust  les  mains  endurcies 
au  travail  avec  une  profonde  humilité  et  soumission  chres- 
tienne.  »  (Page  179.) 


—   XIX   — 


reliques  de  ce  glorieux  martyr,  qui  furent  données 
à  ceste  noble  république,  pour  estre  mises  dans 
l'église  qu'elle  faisoit  baslir  sous  son  nom ,  ra- 
conte, conformément  à  nos  légendaires  et  à  nos 
anciens  bréviaires,  comme  le  clergé  et  le  peuple 
estans  assemblés  pour  cette  élection,  on  entendit 
une  voix  qui  disoit  :  «  Desiderius  erit  vester  pastor. 
»  Desiderius  erit  episcopus  vester.  Didier  doit  estre 
»  vostre  pasteur.  D'dier  doit  estre  vostre  évesque.» 
Chacun  estonné  d'un  tel  advertissement,  se  mit 
à  demander  qui  était  ce  Didier,  personne  dans  le 
païs  ne  portant  ce  nom.  Surquoy  on  délibéra  d'en- 
voyer à  Rome  s'informer  du  souverain  Pontife 
qui  estoit  ce  prélat  nommé  du  ciel  et  le  prier, 
qu'à  défaut  d'un  Didier,  il  pleust  à  Sa  Sainteté  en- 
voyer un  pasteur  aux  fidèles  de  Lengres  qui  en 
avoient  grand  besoin.  Quelques-uns  de  nos  mé- 
moires asseurent,  ce  qui  est  assez  vraysemblable, 
qu'on  s'adressa  premièrement  à  l'archevesque  de 
Lyon,  comme  au  métropolitain  et  que  l'archeves- 
que renvoya  ceux  qui  luy  furent  députez  au  Saint- 
Siège  apostolique... 

»  Les  députez  ayants  déposé  le  sujet  de  leur 
députation  au  Pape,  le  Saint-Père  ne  voulut  point 
toucher  à  ce  qui  avoit  esté  ordonné  du  ciel  et  en- 
courageant ces  messieurs  à  chercher  diligemment 
qui  pouvoit  estre  ce  prédestiné,  leur  donna  sa  bé- 
nédiction paternelle  et  les  renvoya  avec  une  con- 
firmation avancée  pour  ce  prélat  inconnu. 

»  La  légende  gennoise  porte  que  les  députez  (1) 


(1)  Voici  la  narration  que  nous  a  laissée  Tabourot  : 
<c  Passants  auprès  d'un  champ  non  loing  de  Gennes,  proche 
le  pont  d'une  petite  rivière  ou  torrent  appelé  Sturla,  ils  apper- 


—   XX   — 


s'en  retournant  en  leur  pays,  arrivèrent  en  Li- 
gurie,  près  d'un  ruisseau  ou  d'un  torrent  appelé 
Sturla,  et  d'un  petit  lieu  nommé  Bavarum,  sur  le 
territoire  de  Gennes  où,  s'estants  arrestés,  ils  ap- 
perçeurent  un  villageois  qui  labouroit  son  champ, 
et  ouvrent  qu'en  picquant  ses  bœufs  qui  avoient 
cessé  de  tirer,  peut-eslre  à  la  veue  de  ces  étran- 
gers, il  crioyoitpour  les  faire  avancer  comme  en  se 
faschant  :  «  Par  la  teste  de  Didier,  vous  marche- 
»  rez  !  Per  caput  Desiderii ,  vos  transibitis  !  »  Ce 
qu'il  réitéra  par  deux  fois. 

»  Le  principal  des  députez  s'estant  advancé  à 
ceste  parole  et  l'ayant  salué  courtoisement,  luy 
demanda  qui  estoit  ce  Didier  par  la  leste  duquel  il 
juroit.  Le  laboureur  respondit  que  c'estoit  luy- 
mesme.  Pressé  de  dire  de  quelle  religion  il  estoit, 
il  advoua  qu'il  estoit  serviteur  de  Jésus-Christ.  La 
couleur  et  la  joye  s'épanchèrent  aussytost  sur  le 
visage  des  voyageurs  qui  jugèrent  de  ceste  response 


ceurent  un  laboureur  qui  chassoit  ses  beufs,  lesquels  demeu- 
roient  arrestez  sans  vouloir  aucunement  advancer  et  lesquels 
il  pressoit  en  vain  iusques  à  ce  que  comme  en  colère,  il  ré- 
péta :  Par  la  teste  de  Didier  vous  marcherés;  les  députez 
prestèrent  leurs  oreilles  à  ces  parolles,  s'approchèrent  de  luy, 
le  saluèrent  avec  humilité  et  respect  et  le  supplièrent  de  quit- 
ter sa  charrue  pour  estre  leur  évesque  ;  mais  il  leurs  résista . 
et  n'y  voulut  acquiescer.  Néantmoins,  comme  il  fut  pressé  de 
plus  en  plus,  il  prit  sa  verge  et  leurs  dit  :  Quand  celte  verge 
produira  feuilles,  fleurs  et  fruicts,  ie  seray  pour  lors  vostre 
évesque  ;  ce  qui  arriva  aussitôt.  Ce  prodige  le  fit  sousmeltre 
aux  volontez  de  Dieu,  avec  les  remontrances  que  luy  fit  le 
sainct  hermite  ,  son  directeur.  Il  fui  conduit  en  la  cité  de 
Langres  avec  admiration,  amour,  joye  et  dévotion  et  gouverna 
son  peuple  à  peu  près  de  soixante  et  six  ans,  avec  mansué- 
tude, bonté,  charité;  exerçeant  toutes  les  fonctions  épisco- 
pales  dans  la  saincteté,  avec  esclat.  »  (Page  181.) 


—    XXI    — 


que  c'estoit  l'homme  qu'ilz  cherchoicnt.  Voilà 
pourquoi  se  jettans  à  son  col,  ilz  luy  dirent: 
«  C'est  donc  vous,  o  amy  de  Dieu,  que  nostre 
»  Seigneur  a  choisi  pour  estre  Evesque  et  notre  pas- 
»  teur.  »  A  ceste  parole  d'Evesque,  le  bonhomme  ré- 
partit qu'ilz  vouloient  rire,  et  qu'il  n'estoit  pas  de 
condition  à  conduire  des  hommes  mais  des  bœufs, 
et  comme  il  eût  reconnut  par  l'instance  qu'ils  luy 
firent,  qu'ilz  partaient  de  tout  bon  :  «Ho!  mes- 
»  sieurs,  leur  lit-il,  ne  vous  en  échauffez  pas  davan- 
»  lage  ;  aussytôt  ce  baston  reverdira  et  portera 
«feuilles,  fleurs  et  fruit,  vous  me  verrez  Eves- 
»  que  (1).  » 

«  A  mesure  qu'il  partait,  il  ficha  son  aiguillon 
en  terre  lequel  ayant  soudain  pris  racine  et  fait 
écorce  autour  de  soy,  se  chargea  en  un  instant  de 
feuilles,  de  fleurs  et  de  fruit,  ce  qui  ravit  et  luy- 
mesme  et  les  députez  d'estonnement. 

«  Le  saint  homme  n'ozant  résister  à  une  si 
claire  et  si  sensible  vocation  pria  ceux  qui  le  pres- 
soient  de  luy  vouloir  accorder  un  moment  de  respit 
et  d'aller  prendre  un  peu  de  rafraîchissement  et  de 
repos  dans  sa  pauvre  maison. 

«  Ce  qu'ayant  esté  fait,  comme  ils  reposoient 
il  s'en  alla  trouver  un  sien  amy,  grand  serviteur  de 
Dieu ,  retiré  à  l'écart  dans  le  voisinage.  Il  lui  fit 
son  adveu  de  ce  qui  estoit  arrivé,  et  le  supplia  de 


(1)  Dans  la  collection  des  Bollandistes,  on  dit  que  l'ange 
avertit  les  Langrois  assemblés  d'élire  pour  évèque  celui  dont 
le  bâton  fleurirait.  ...  En  s'en  retournant ,  ils  rencontrèrent 
Didier  qui  labourait  ;  et,  pendant  qu'il  leur  indiquait  le  che- 
min, son  bâton  se  couronnait  de  fleurs,  ce  que  voyant,  les 
Langrois  le  nommèrent  évèque. 


—   XXII   — 


luy  donner  conseil  là  dessus.  Le  bon  solitaire  , 
après  avoir  fail  quelques  prières  à  Dieu,  l'asseura 
que  le  ciel  le  deslinoit  à  un  labourage  spirituel  et 
que  delà  en  avant,  il  au  roi  ta  cultiver  des  consciences 
et  non  des  terres;  qu'il  allast  à  la  bonne  œuvre 
où  il  estoit  appelle. 

«  Le  sainct  homme  ayant  dit  adieu  à  ceux  de  sa 
maison(i),  soit  qu'il  eust  femme  et  enfans,  ce  que 
je  ne  croy  pas  ou  seulement  des  valets,  avec  son 
père  et  sa  mère,  se  mit  en  chemin  avec  ses  nouveaux 
officiers  pour  venir  au  lieu  de  sa  prélature.   » 

Si  nous  en  croyons  certaines  légendes  ,  de 
grandes  fêtes  et  réjouissances  eurent  lieu  à 
Langres,  lors  de  l'arrivée  de  Didier  dans  cette 
ville.  Ces  mêmes  légendes  ajoutent  qu'une  fois 
«  estaby  dans  son  siège,  Sainct  Didier  s'y  com- 
porta en  homme  vroyment  aspostolique  et  choisy 
de  Dieu.  »  De  simple  et  ignorant  qu'il  était,  le 
pauvre  paysan  génois  devint  dans  la  suite  un 
savant  docteur  (2).  «  Philippe  de  Bergame  en  son 
supplément  ,  dit  le  P.  Vignier ,  escrit  qu'il  fut 
homme  remarquable  en  sainteté  et  l'histoire  de 
Saint  Anlidc  le  qualifie  de  docteur  excellent  en 
science,  ce  qui  ne  peut  estre  vray  qu'en  accordant 
qu'il  reçeut  avec  le  caractère  épiscopal,  une  science 
infuse  afin  que  Dieu  parachevas!  en  luy  l'ouvrage 
qu'il  avoit  commencé  et  qu'il  eûst  les  lumières 
requises  à  l'exercice  de  ce  grand  ministère.   » 


(1)  La  légende  génoise  rapporte,  nous  n'affirmons  rien, 
nous  racontons,  qu'un  ange  vint  à  la  même  heure  que  Didier 
rentra,  lui  faire  présent  de  tous  les  vêtements  et  ornements 
propres  à  un  évêque,  savoir  :  crosse,  mitre,  anneau  et  le  reste. 

(2)  Dictionnaire  historique  de  L.  Moreri,  tom.  iv,  p.  148. 


—   XXIII   — 


Saint  Didier  employa  pour  l'instruction  de  son 
peuple  et  l'anéantissement  du  Paganisme  le  ta- 
lent que  le  ciel  lui  avait  accordé.  «  Sa  vie  fut  une 
copie  fidcllc,  tirée  sur  l'Evesque  ,  idéal  de  Saint 
Paul  et  sur  le  patron  tracé  par  les  conciles.  Elle 
estoit  un  abrégé  de  la  morale  de  Salomon,  c'estoit 
un  commentaire  vivant  de  l'Evangile.  »  Tous  les 
témoignages  historiques  nous  le  représentent 
comme  un  prélat  dont  la  prudence  et  la  vigilance, 
le  zèle  du  salut  des  âmes  et  la  sainteté  étaient 
admirables. 


111. 


Depuis  plusieurs  années  Didier  mettait  tout  en 
œuvre  pour  la  sanctification  de  son  troupeau  , 
lorsque  Crocus  ,  roi  des  Vandales  crut  pouvoir 
profiter  de  la  faiblesse  et  de  la  division  de  l'empire 
pour  piller  la  Gaule.  11  réunit  ses  sujets  aux  Suèves, 
aux  Allemands  et  à  d'autres  peuples  de  la  Germanie 
et  passa  le  Rhin  à  la  tête  d'une  armée  formidable  (1). 

Après  avoir  ravagé  plusieurs  villes,  ces  barbares 
vinrent  mettre  le  siège  devant  Langres.- C'était 


(1)  Tempore  illo,  cum  Wandalomm  bartmra  el  Genlilis 
ferocitas  ad  Galliarum  venissel  debellandas  provincias;  el  de- 
viens ne  superalis  Gallis,  Galliarum  eliam  urbes  infeslatione 
bellica  plurhnùm  devaslarel  el  in  raphia  prœdœ  crudelissimœ 
cuncla  dcpopularelur  cupidilatis  instinclu;  valus  Dei,  evenlus 
eliam  rei  nique  ilineris,  r/entem  ipsam  nefandam  cum  rege 
eorum  ad  civitatem  Lhujonus  usque  perduxil.  (Waraahaire 
ex  Codicibus  mss.  el  Breviario  Lingonensi.) 


—  XXIV  — 

une  place  assez  forte,  mais  la  terreur  du  nom  de 
Crocus  avait  désarmé  les  assiégés,  et  un  historien 
rapporte  qu'ils  songèrent  plutôt  à  se  cacher  qu'à 
se  défendre.  Que  pouvait  d'ailleurs  le  courage  des 
habitants  contre  le  nomhrede  ces  harbares?  «  Saint 
Didier  après  avoir  desja  présenté  à  Dieu  beaucoup 
de  prières  et  déjeunes,  s'en  alla  avec  quelques- 
uns  de  ses  ecclésiastiques  et  des  principaux  ma- 
gistrats sur  les  murailles  ,  du  côté  que  se  livroit 
l'assaut  haranguer  ces  barbares  et  essayer  par  ses 
remonstrances  de  leur  toucher  le  cœur.  Il  leur 
cria  qu'ils  estoient  pour  la  plupart  serviteurs  de 
Jésus-Christ  et  en  sa  protection,  qu'ils  adoroient 
le  Dieu  vivant,  créateur  du  ciel  et  de  la  terre,  juste 
juge  et  punisseur  des  crimes,  qu'ils  se  gardassent 
bien  de  l'offenser,  qu'estant  irrité,  leur  désordres 
ne  demeureroient  pas  impunis  (1).  Puis  changeant 
de  batterie  et  de  la  terreur  passant  à  la  compassion , 
les  larmes  aux  yeux  et  les  soupirs  à  la  bouche,  il 
les  conjura  de  se  laisser  toucher  à  la  pitié  naturelle 
et  aux  sentiments  de  l'humanité  estant  homme 
comme  eux.   » 

Les  ennemis  n'écoutèrent  même  pas  les  paroles 
du  Saint  Evêque  et  continuèrent  l'attaque  avec 
vigueur.  La  ville  fut  promptement  prise  et  mise 
au  pillage.  «  Les  ennemis ,  nous  dit  Théodecle 
Tabourot ,  irritez  par  impétuosité  et  tout  sou- 
dainement eschellèrent  les  murailles  ,  se  saisirent 
des  portes  delà  ville  et  les  brisèrent;  ils  lancèrent 


(1)  Christi  servi  sumiis,  Chrislum  Dominum  noslrum  Deum 
vivum  et  verum  colimus,  qui  universum  mitndum  consliluit. 
Nolite  in  nobis  crudele  scelus  admiltere,  per  quod  Dei  poten- 
ùam  contra  vos  in  iracundiam  provocelis.  (Id.) 


—   XXV   — 


des  feux  du  lieu  le  plus  éminent;  et  par  leurs 
traits  et  espées  mirent  tout  à  feu  et  à  sang.  » 
Pendant  ce  grand  désastre,  Saint  Didier  priait, 
au  pied  de  l'autel,  pour  son  troupeau  et  «  fut 
le  très  Saint  Evesque  trouvé  en  prières  dans 
l'église...  fut  saisi  aussitôt,  mené,  présenté  devant 
le  roy  avec  ses  citoyens,  lequel  rempli  de  charité 
et  outré  de  douleur,  sans  considérer  sa  personne 
et  son  propre  interrest,  mais  attentif  à  son  troupeau 
qui  périssoit,  comme  un  bon  et  vroy  pasteur,  pria 
ce  roy  barbare  d'en  avoir  pitié  ;  mais  ne  s'entendant 
n'y  l'un  n'y  l'autre  en  leur  langue  et  ayant  tous 
deux  besoin  de  truchement,  ce  cruel  tyrant  luy  fît 
soudainement  transcher  la  teste  et  sur  le  champ 
mourir  plusieurs  de  ses  citoyens  ;  le  bourreau  qui 
lit  le  coup  tomba  à  l'instant  en  fureur  et  manie  et 
alla  se  casser  et  froisser  la  teste  contre  la  porte  de 
la  cité,  les  pierres  d'un  costé  et  d'autres  à  ce  qu'on 
tient  s'estant  jointes  et  rassemblées  en  un,  et  là 
espancha  sa  cervelle  ce  maudit  bourreau  et  le  saint 
et  incomparable  prélat  prit  son  précieux  chef  entre 
ses  mains,  traversa  la  ville  et  la  porta  à  Saincte- 
Marie-Magdelaine  ,  car  la  cathédrale  avoit  esté 
toute  ou  la  plus  grande  partie  consommée  par  le 
feu  (1).  » 


(1)  Saint  Didier  ne  mourut  pas  seul  :  «  Passi  sunt  autem 
cum  eo  alii  et  plures  de  minière  (jreijh  sui.  »  (Usuardi  mar- 
tyrolog.) 

Pierre  de  Natales  et  autres  auteurs  anciens  font  récit,  et 
le  bruit  est  de  tout  temps  que  lorsque  le  chef  du  sainct  mar- 
tyr fut  couppé,  s'escoula  du  sang  iusqu'à  un  livre  des  sainctes 
escritures  qui  estoit  ouvert  entre  ses  mains  et  que  l'espée 
du  dit  bourreau  percea  plusieurs  feuillets  et  néantmoins  avec 


—   XXVI   — 


Ainsi,  Saincl  Didier  fui  en  même  temps  le  mar- 
tyr de  la  foi  et  de  la  charité  apprenant  par  cet 
exemple  admirable  aux  pasteurs  qui  sont  entre 


le  sang,  les  lettres  demeurèrent  en  leurs  entier  qu'on  pouvait 
facilement  lire.  (Tabourot.  185.) 

Il  advint  une  autre  merveille  qui  est  qu'il  fut  vengé  du  sa- 
tellite qui  avoit  levé  le  cimeterre  sur  son  col,  lequel  tomba 
soudain  en  cette  frénésie  qu'il  s'alla  donner  de  la  teste  tant 
de  fois  contre  la  porte  de  la  ville  qu'il  se  la  cassa  et  en  fit 
voler  la  cervelle,  depuis  lequel  temps  on  dit  quo  cette  porte 
appelée  de  fer  ou  d'enfer  est  demeurée  fermée.  (Vignier.) 

Denis  Gauterot  explique  ce  fait  différemment.  Il  dit  que 
le  bourreau,  après  avoir  tranché  la  tête  à  Saint  Didier,  furieux 
de  le  voir  marcher,  sa  tête  entre  ses  bras,  et  courant  après 
lui  pour  le  frapper,  se  brisa  la  tête  contre  les  murailles  de  la 
ville,  suivant  une  vieille  inscription  en  vers  gravés  autour  de 
la  châsse  où  reposent  ses  reliques  : 

Vandaliciis  gladius  hune  sanction  decapilavit. 
Percussor  propriis  manibus  se  mortificavit; 
Croscus,  rex,  fera  mortis  mimera  tradidit  isli. 
Sanclum  Lingona  gens  colel  hune  bona  nomme  Chris ti. 
0  Desidcri  Chrislum  bone  martyr  adora, 
Ul  super  astra  poli  ducat  nos  mortis  in  hora. 

(De  Mangin.  Histoire  ecclésiastique  du  diocèse  de  Langres,  etc.) 

La  croyance  commune  est  que  Saint  Didier  fut  martyrisé 
dans  un  faubourg  à  l'ouest  de  la  ville.  Ce  faubourg  et  la  porte 
voisine  en  ont  conservé  le  nom. 

Tout  le  monde,  à  Langres,  connaît  le  rocher  coupé  si  ré- 
gulièrement aux  pieds  du  rempart  à  l'ouest  de  la  ville  et  non 
loin  de  la  tour  dite  de  Navarre.  Le  tradition  populaire,  qui 
veut  que  Saint  Didier  ait  été  un  valeureux  guerrier,  rapporte 
qu'après  avoir  été  décapité,  cet  évêque  remonta  sur  son  che- 
val, et,  portant  sa  tète  entre  ses  mains,  s'avança  vers  ce  côté 
de  la  ville;  comme  les  portes  en  étaient  fermées,  le  rocher  se 
fendit  pour  lui  donner  passage.  L'ouverture  ne  s'est  pas 
refermée  et  les  quatre  entailles  en  forme  de  niche ,  faites 
dans  l'une  et  l'autre  des  parois  du  rocher,  montrent  encore 
les  traces  des  fers  du  cheval  que  montait  Saint  Didier  lors- 
qu'il entra  si  miraculeusement  dans  la  ville  de  Langres. 


—   XXVII    — 

Jésus-Christ  et  leurs  ouailles,  à  donner  leur  vie 
pour  l'honneur  de  l'un  et  pour  la  défense  et  la 
consolation  des  autres. 

Après  la  mort  de  l'évêque  de  Langres,  la  ville 
fut  mise  au  pillage  et  renversée  de  fond  en  comble. 
Saint  Vallier  qui  avait  été  élevé  et  instruit  par 
Saint  Didier  et  élevé  au  rang  d'archidiacre,  tâcha 
de  sauver  au  moins  quelques  débris  de  l'église  de 
Langres.  «  Mais  il  arriva  par  permission  du  ciel 
que,  estant  sorly  avec  sa  trouppe  pour  se  retirer 
sur  les  terres  que  nous  appelons  aujourd'huy  le 
comté  de  Bourgogne  et  gagnant  le  mont  Jura,  il 
tomba  entre  les  mains  d'une  troupe  de  ces  bar- 
bares qui  s'estoientespanchez  partout  par  lesquels 
ayant  été  mis  à  la  question  pour  respondre  de  sa 
iby  et  après  avoir  beaucoup  souffert,  il  fut  décolé 
comme  son  bon  maistre  et  pasteur  (1).  » 

Ourbs  Lingona,  s'écrie  Warnahaire,  quod  lanc 
subito  remansa  dcsolala,de  luis  civibns  ingemiscis? 
Habes  inde  magis  quo  exultes,  dam  tanios  eodem 

tempore  pro  tuo  munimine  conquisisti  martyres 

Contrista  es  iunc  incendiis,  gladiis,  rapinis,  cum 
omni  humilitatis  cxemplo  in  favillamredacla;  imde 
nunc  es  exornala,  illustraque  fortitudine,  et  luia- 
minis  suffragio  prœmunita,  inde  es  et  permîmes  in 
pcrpetuum  prœ  céleris  urbibas  gloriosa. 


(1)  Le  lieu  du  martyre  de  Saint  Vallier  et  de  sa  sépulture 
est  appelé  Porius  Buxinus  ou  Abuchuis.  Claude  Robert,  dans 
sa  liste  des  évêques  de  Langres,  prétend  que  c'est  le  port  de 
Loue,  au  comté  de  Bourgogne,  à  une  lieue  et  demie  de  Sa- 
lins, où  l'on  dit  que  sont  placées  ses  reliques.  D'autres  pren- 
nent ce  lieu  pour  Molesme,  ancienne  abbaye  du  Tonnerrois, 
où  le  corps  de  Saint  Vallier  était  autrefois  visité  le  22  octobre, 


—   XXVIII   — 

Crocus,  après  avoir  ruiné  la  ville  de  Lan  grès', 
vint  mettre  le  siège  devant  la  ville  d'Arles.  C'est 
là  qu'il  fut  défait  et  pris  parle  préfet  Marien.  Ta- 
bourot  nous  apprend  qu'il  fut  amené  chargé  de 
chaînes  jusqu'à  la  croix  d'Arles,  lieu  situé  sur  la 
route  de  Dijon,  à  une  lieue  de  Langres,  et  qu'on 
lui  montra  les  restes  fumants  de  cette  grande  cité. 
Gautherot  ajoute  que  c'est  là  qu'il  fut  mis  à  mort. 

Cependant  les  chrétiens  avaient  recueilli  la  tête 
et  le  corps  de  leur  Evoque  et  après  le  rétablisse- 
ment de  la  ville  de  Langres ,  ils  les  déposèrent 
«  contre  l'ordre  des  lois  romaines,  dit  Lenain  de 
Tillemon,  dans  l'église  Sainle-Magdelaine  (1)  » 
que  l'évêque  avait  fondée  dans  l'intérieur  de  la 
ville. 

Le  tombeau  de  Saint  Didier  devint  bientôt  cé- 
lèbre par  un  grand  nombre  de  miracles  (2).  Nam 
si  quis  ad  ejus  limina  œgrotus  advenerit,  inde  Deo 


enfin  d'autres  mémoires  attestent  que  Portus  Buxinus  est  Port- 
sur-Saône,  dont  Saint  Yallier  est  le  patron. 

On  place  à  la  même  époque  le  martyre  de  Saint  Florent  de 
Thilchàlel. 

(1)  L'église  Sainte-Madeleine  n'était  d'abord  qu'un  oratoire 
qui,  reconstruit  plus  tard,  changea  son  nom  en  celui  de 
prieuré  de  Saint-Didier.  L'église  Saint-Didier  lut  bâtie  au  XIe 
siècle,  et  sert  aujourd'hui  au  musée  de  la  ville  de  Langres. 
Le  fond  du  chœur  et  les  transepts  seuls  sont  conservés,  mais 
ils  ont  subi  de  notables  changements. 

(2)  Warnahaire  assure  qu'on  ne  faisait  jamais  un  faux  ser- 
ment, au  tombeau  de  Saint  Didier,  qui  ne  fut  aussitôt  puni, 
Dieu  voulant  marquer  par  là  combien  ce  saint  aimait  et  avait 
aimé  la  vérité  et  combien  il  haïssait  l'iniquité,  le  mensonge 
et  le  parjure.  «  Les  aveugles,  les  sourds,  les  démoniaques, 
les  boiteux,  les  paralytiques,  dit  le  P.  Vignier,  y  recourant 
ou  y  étant  amenés  et  y  recevant  soulagement  et  guérison.   i 


—   XXIX    — - 

opitulantc  revertitur  confortatus,  simœrore  perter- 
ritus  sancti  martyris  obtentu  indc  confcstim  redit 
exhilaratus  ;  si  cœcus,  claudus,  sur  dus,  mutus  ab 
adversa  parte  vexalus  advenerit,  suant  quisquo  ibi 
medicinctm  et  remédia  pristina  sine  mora  percipit 
opportuna. 

Le  19  janvier  1515,  Guillaume  de  Durfort,  70e 
évéque  de  Laugres  fit  la  translation  des  reliques 
de  Saint  Didier.  On  trouva  dans  son  tombeau  ces 
mots:  Iste  pius  pastor  et  reclor  justus,  Christi 
martyr  insignis  Desiderius  fuit  vas  virtutum  in 
vita  sua  et  origo  totius  sanctitatis. 

«  Son  corps  fut  trouvé  entièrement  revestu  des 
ornements  pontificaux,  tenant  sa  teste  entre  ses 
deux  mains  sur  sa  poitrine  et  mis  dans  une  chasse 
d'argent  faite  par  le  prieur  Guy  de  Menenlis.  L'é- 
vesque  prit  le  bras  droit,  une  coste,  le  menton  et 
deux  mâchoires  qu'il  mit  au  trésor  de  Saint-Mam- 
mès  (1).  » 

Dans  la  suite,  on  distribua  de  ses  reliques  à  des 
églises,  à  des  souverains  et  à  des  personnes  con- 
sidérables. 

Ainsi ,  le  18  mai  1G57,  la  république  de  Gênes 
députa  à  Langres  un  religieux  de  l'ordre  des  capu- 


(1)  Vignier  rapporte  que  la  première  translation  du  corps 
de  Saint  Didier  se  lit  sur  la  fin  du  VIe  siècle  «  puisque  Saint 
Gai,  disciple  et  compagnon  de  Saint  Colomban  qui  fonda 
Luxeul,  sortant  avec  luy  de  cette  abbaye  par  le  commande- 
ment du  roy  Tbierry  s'establit  au  lieu  où  depuis  l'abbaye  ditte 
Saint-Gai,  de  son  nom ,  fut  bastie,  y  posa  des  reliques  de 
Saint  Maurice  et  de  Saint  Didier.  »  Guy  de  Menenlis ,  qui 
vivait  un  peu  auparavant  Guillaume  de  Durfort,  avait  conçu 
le  projet  de  cette  translation  ,  et  pour  cela  il  avait  fait  faire 
une  magnifique  châsse  en  argent. 


—    XXX 


cins  pour  avoir  des  reliques  de  Saint  Didier  et  les 
placer  dans  l'église  qu'on  bâtissait  alors  à  Gênes 
sous  l'invocation  de  ce  saint.  En  1647,  on  octroya 
également  des  reliques  à  la  ville  d'Avignon,  et  à 
la  ville  de  Germon  t.  En  1655  ,  on  en  donna  à 
l'église  d'Hortes. 

Guillaume  de  Poitiers  institua ,  en  1354  ,  la 
fameuse  confrérie  de  Saint  Didier.  Elle  fut  com- 
posée de  soixante  membres  tous  pris  dans  les 
plus  nobles  familles  de  France.  Le  roi  Jean  fut 
nommé  premier  confrère  ,  ensuite  Philippe-le- 
Hardi,  due  de  Bourgogne,  les  sires  de  Château- 
villain,  etc.  Cette  confrérie  se  soutint  jusqu'à  la 
révolution  de  1789.  (1) 

Saint  Didier  est  particulièrement  honoré  dans 
la  Champagne.  Sa  fête  du  25  mai  fut  rendue  obli- 
gatoire dans  tout  le  diocèse  de  Langres  par  l'é- 
vêque  Guy  Bernard.  Le  culte  de  Saint  Didier  est 
aussi  très  répandu  à  Gênes,  lieu  de  sa  naissance, 
et  dans  beaucoup  d'endroits  de  l'Italie. 

«  Ce  Saint,  dit  Charlet  dans  son  ouvrage  ma- 
nuscrit intitulé  :  Langres  saincte  ,  est  honoré  à 
Gênes,  à  Castelnau  dont  il  est  titulaire,  ceux  de 
Neuchasteau  l'implorent  contre  les  insectes  dont 
ils  furent  délivrés.  Il  y  a  de  ses  reliques  dans  l'église 
Saint-Gabriel  à  Bologne  et  son  office  se  fait  double 
à  Milan.  Il  y  avoil  de  ses  reliques  dans  Arles  en  un 


(1)  Nous  nous  proposons  de  publier  un  jour  l'histoire  de 
cette  confrérie  avec  la  Déclumtion  des  slaluts  etc.  de  Guil- 
laume Flamant.  M.  Pistollet  de  Saint-Fergeux  possède  les 
registres  des  délibérations  de  la  confrérie  de  Saint  Didier, 
depuis  le  commencement  du  XVIIe  siècle  jusqu'à  !a  Révolu- 
tion. 


—    XXXI   — 

oratoire  dédie  à  son  nom  en  lieudit  de  Saint  Ho- 
noré qui  ont  été  transportées  à  Saint  Trophirae. 
Il  est  honoré  à  Elvange,  à  Cologne  il  y  avait  une 
église  dite  de  Saint  Didier  in  vallo.  Augustin 
Calcâgerinus,  chanoine  pontificier  de  Gênes  a  fait 
en  Italie  la  vie  de  ce  Saint.  Il  y  a  des  manuscrits 
de  sa  vie  à  Saint  Maxime  de  Trêves  et  en  la  bi- 
bliothèque la  reine  de  Suède,  cotte  81.  La  reine 
Anne  de  Bretagne  obtint  de  ses  reliques.   » 

Jusqu'en  1790,  les  reliques  de  Saint  Didier  ont 
été  conservées  dans  l'église  qui  lui  était  dédiée  à 
Langres.  Sa  tête  était  renfermée  dans  un  chef  en 
vermeil  placé  dans  un  enfoncement  pratiqué  dans 
le  mur  nord  du  chœur  et  surmonté  d'une  espèce 
de  clocher  montant  jusqu'à  la  voûte  de  l'église,  et 
construit  dans  le  style  du  xve  siècle.  On  voit  encore 
celte  décoration  dans  l'église  Saint- Didier,  qui 
forme  aujourd'hui  le  musée  lapidaire  de  Langres. 
Les  autres  reliques  de  Saint  Didier,  étaient  ren- 
fermées dans  une  grande  châsse  d'argent,  placée 
au-dessus  de  l'autel.  Ces  reliquaires  ainsi  que  les 
ossements  qu'ils  renfermaient  ont  disparu  à  la  ré- 
volution. On  a  retrouvé  il  y  a  peu  d'années  une 
partie  de  la  mâchoire  de  Saint  Didier  dans  l'autel 
de  l'église  de  l'hôpital  Saint-Laurent  à  Langres. 

Le  tombeau  de  Saint  Didier,  qui  surmontait  le 
caveau  dans  lequel  le  Saint  fut  enterré,  exista 
jusqu'à  la  révolution,  dans  le  chœur  de  l'église 
en  avant  du  maître-autel.  Il  fut  brisé  pendant  la 
révolution  et  une  partie  des  fragments  furent  jetés 
dans  le  caveau.  Le  sol  de  l'église  qui  était  plus 
bas  que  celui  de  la  rue  fut  recouvert  de  plus  d'un 
mètre  de  terre.  Lorsque  la  Société  Archéologique 
de  Langres  eût  établi,  dans  l'ancienne  église  Saint- 


—   XXXII   — 


Didier,  le  musée  des  monuments  en  pierre,  M.  Th. 
Pistollet  de  Saint-Fergeux  et  M.  Royer-Thevenot, 
firent  rechercher  le  caveau  de  Saint  Didier,  et  avec 
les  débris  du  tombeau  retrouvés,  on  a  restauré  ce 
monument  à  la  place  qu'il  occupait  autrefois. 

Cette  restauration,  il  est  vrai,  n'est  pas  com- 
plète; mais  la  Société  Archéologique  doit  prochai- 
nement achever  son  œuvre  en  rétablissant  dans  le 
style  primitif  les  morceaux  de  sculpture  qui  ont 
disparu. 

Vignier  rapporte  que  le  tombeau  que  l'on  voyait 
de  son  temps  au  milieu  de  l'église  du  prieuré  de 
Saint-Didier  représentait  en  sculpture  grossière 
le  martyre  de  ce  Saint  Fvêque  «  avec  l'histoire  de 
Samson  au-devant,  égorgeant  un  lion  qui  est  un 
symbole  de  la  résurrection  de  Jésus-Christ  et  de 
la  vie  future  des  chrestiens.  Peut-estre,  ajoute-t-il 
plus  loin,  la  figure  de  Samson  est  mise  là  au  lieu 
du  comte  Samson  qui  fit  construire  ce  monument, 
l'usage  des  armoiries  n'estant  pas  encore  inventé.  » 

Le  tombeau  monument  dont  parle  Vignier, 
avait  été  construit  au  xie  siècle,  sous  le  règne  du 
roi  Robert. 

Il  nous  parait  difficile  de  mettre  en  harmonie 
avec  les  réparations  gothiques  projetées  par  la 
Société  Archéologique,  la  belle  table  de  marbre 
noir  qui  a  été  posée  il  y  a  quelques  années  sur  le 
caveau. 

Cette  table  est  un  monument  commémoratif  : 
une  inscription  que  l'on  a  jugé  à  propos  de  mettre 
en  français,  contrairement  à  la  coutume,  rappelle 
que  Saint  Didier  est  mort  victime  de  son  dévoue- 
ment à  la  ville.  On  a  supposé  sans  doute  que  l'on 
exprimait  suffisamment  par  ces  mots  :  le  martyre 


—   XXXIII 


et  l'immolation  volontaire  du  pasteur  pour  son 
troupeau. 

IV. 

On  n'est  pas  d'accord  sur  l'époque  à  laquelle 
Saint  Didier  a  été  décapité. 

Quelques  auteurs  rapportent  que  ce  prélat, 
Saint  Vallier  et  les  autres  martyrs  de  Langres, 
furent  mis  à  mort  lors  du  passage  des  Van- 
dales dans  les  Gaules,  au  commencement  du  ve 
siècle. 

D'autres  placent  le  martyre  de  ce  saint  évêque 
en  451  et  l'attribuent,  soit  aux  premiers  rois 
de  Bourgogne  qui ,  à  cette  époque ,  se  rendirent 
maîlres  du  pays  de  Langres;  soit  à  Attila,  lorsque 
le  roi  âe^  Huns,  vaincu  par  Aëtius,  dans  les  plaines 
Catala uniques,  fut  obligé  de  se  retirer  en  Pan- 
nonie. 

Les  derniers  enfin  pensent  qu'il  faut  faire  re- 
monter cet  événement  à  l'année  264  ou  265, 
sous  le  règne  de  l'empereur  Gallien,  et  lors  de 
l'invasion  des  Vandales  ou  des  Allemands,  sous 
la  conduite  de  Crocus,  leur  chef. 

Nous  ne  parlons  pas  des  actes  des  conciles  de 
Sardique  et  de  Cologne,  auxquels,  selon  quel- 
ques ailleurs,  Saint  Didier  aurait  assisté  en  547 
et  551.  Celte  dernière  opinion  n'a  jamais  été 
soutenue  d'une  manière  sérieuse.  Les  auteurs 
les  plus  dignes  de  foi  :  Baronius,  de  Tillemont, 
Dupin,  Baillet  et  d'autres  ,  s'accordent  à  dire  que 
les  actes  du  concile  de  Cologne  sont  faux ,  apo- 
cryphes ou  copiés  presque  mot  à  mot  sur  ceux 
de  Sardique,  et  on  estime  que  le  Didier  qui  sous- 


—    XXXIV    — 


crivit  au  concile  de  Sardique  est  un  évêque  de 
Capoue.  Il  est  d'autant  plus  facile  de  le  croire 
que  les  actes  n'assignent  pas  le  siège  de  ce  Didier. 
Quelle  que  soit  d'ailleurs  l'époque  à  laquelle  on 
fait  vivre  Saint  Didier  de  Langres,  il  est  impos- 
sible de  la  concilier  avec  celle  du  concile  de  Sar- 
dique. L'âge  auquel  les  évoques  étaient  choisis 
dans  ce  temps  là,  et  la  mort  violente  de  Saint 
Didier,  ne  permettent  pas  d'admettre  un  aussi 
long  épiscopat. 

Si  les  historiens  ne  sont  pas  d'accord  sur  l'é- 
poque à  laquelle  fut  martyrisé  Saint  Didier,  tous 
déclarent  qu'il  a  été  le  troisième  évêque  de  Lan- 
gres. «  Ce  qui  peut  estre  liligieux,  dit  le  P.Vignier, 
dans  la  dissertation  qu'il  a  écrite  à  ce  sujet,  est 
l'année  à  laquelle  ce  bienheureux  évesque  a 
souffert,  quelle  sorte  de  barbares  l'a  fait  souffrir, 
et  ensuite  quel  roy  ou  tyran  a  deslruit  la  ville  de 
Langres.  » 

La  première  opinion,  celle  qui  veut  que  l'évê- 
que  Didier  ait  souffert  le  martyr  au  commence- 
ment du  ve  siècle  est  la  plus  ancienne  et  la 
plus  généralement  acceptée.  Sigebert,  Vincent 
de  Beauvais,  Baronius  ,  Pierre  de  Natales, 
Claude  Félix,  de  Montigny-le-Roi ,  grand  vicaire 
de  l'éveque  Michel  Boudet,  Jean-Agnus  Begat, 
Guillaume  Flamant,  les  auteurs  du  Gai  lia  Chris- 
tiana ,  Sigonius,  Scaliger,  les  martyrologes  de 
Bède,  d'Usuard,  d'Adon ,  le  martyrologe  ro- 
main ,  les  martyrologes  des  églises  de  Lyon , 
d'Avignon ,  de  Gênes ,  de  Besançon ,  de  Lan- 
gres et  d'Autun,  les  carlulaires  des  abbayes  de 
Saint-Etienne  de  Dijon,  de  Saint-Laurent  de 
Bourges ,  le  savant  évêque  de  Toul ,  André  du 


—   XXV  — 


Saussay ,  la  plupart  des  bréviaires  imprimés  ou 
manuscrits  ,  l'immensemajoritédes  chroniqueurs, 
historiens  et  annalistes,  qui  ont  fait  mention 
de  Saint  Didier,  partagent  cette  manière  de  voir. 
Mais  ils  ne  sont  pas  d'accord  sur  Tannée ,  les 
uns  pensent  que  c'est  en  400,  407  ou  408,  les 
autres  en  41 1  ou  416.  Selon  quelques  auteurs, 
c'est  Modogisile,  Modogisque  ou  Godégisile  qui, 
à  celte  époque  lit,  irruption  dans  les  Gaules  ;  selon 
d'autres  c'est  Crocus  ;  il  y  en  a  enlin  qui  préten- 
dent que  c'est  Gunderic. 

Malgré  la  meilleure  volonté,  il  n'y  a  guère  pos- 
sibilité de  soutenir  que  Saint  Didier  a  été  martyrisé 
au  commencement  du  ve  siècle.  Tout  porte  à  croire 
au  contraire  que  cet  évoque  vivait  vers  le  milieu 
du  ni*  siècle,  sous  le  règne  de  l'empereur  Gallien, 
comme  le  pensent  le  chanoine  Henriot(l),  Char- 
let('i),  Le  P.  Vignier(oj,  Warnahaire  et  Grégoire 
de  Tours. 


(1)  Dissertation  sur  le  temps  de  la  mort  de  Saint  Didier, 
me  évêqne  de  Lnngres,  par  Henriot,  chanoine  de  Langres, 
mss.,  in-R  Nous  devons  la  communication  de  cet  ouvrage, 
cité  avec  éloge  dans  le  uallia  ckrisiuum,  à  l'obligeance  de 
M.  E.  Jolibois.  Sachant  que  nous  publions  le  mystère  de  la 
Vie  et  Passion  de  Monseigneur  Satttci  Didier.  M.  Jolibois  s'est 
empressé  de  nous  écrire  pour  mettre  à  noire  disposition  la 
copie  qu'il  avait  faite  de  ce  Mystère.  Notre  travail,  à  part  les 
dernières  feuilles  de  cette  introduction  ,  était  imprimé  lors- 
que cette  offre  nous  a  été  faite,  et  il  ne  nous  a  pas  été  donné, 
nous  le  regrettons,  de  proiiter  dans  celte  circonstance  des 
lumières  de  M.  Jolibois. 

(2)  Dissertation  sur  le  temps  du  martyre  de  Saint  Didier, 
par  Charlet,  chanoine  de  Grancey. 

(3)  Décade  historique. 


—    XXXVI    — 


En  effet,  si  Ton  place  la  mort  de  Saint  Didier  en 
407  ou  4H,  on  est  obligé  :  ou  d'avancer  la  mort 
de  Saint  Bénigne  (1),  —  mais  tout  le  monde  se 
rapportée  dire  que  S;iinl  Bénigne  mourut  en  173 
ou  !  79.  —  ou  de  supposer  que  l'établisssement  du 
siège  épiscopal  de  Langres  n'a  eu  lieu  que  très 
longtemps  après  le  martyre  de  l'apôtre  de  la 
Bourgogne,  —  ce  qui  est  contraire  aux  usages 
observés  dans  ces  temps.  —  ou  enlin  d'admettre 
que  des  évêques,  dont  les  noms  ne  nous  sont  pas 
connus ,  auraient  gouverné  l'église  de  Langres 
avant  Saint  Didier,  Juste  et  Saint  Sénateur, — 
ce  qu'il  est  diflicile  de  croire. 

Nous  avons,  pour  l'histoire  des  évêques  de 
Langres,  une  date  certaine ,  celle  du  temps  où 
vivait  Sidonius  Appollinaris,  évêque  de  Clermont, 
qui  mourut  en  480,  suivant  Trilême ,  en  484 
d'après  Savaron  et  le  P.  Vignier ,  en  480  selon 
Baronius  et  Claude  Robert.  Or,  nous  savons  que 
Saint  Aprunculc,  10e  évèque  de  Langres,  succéda 
à  Sidonius  Appollinaris,  dans  sa  chaire  épiscopale. 
Saint  Apruncule,  gouvernait  l'église  de  Langres 
depuis  dix-sept  ans,  lorsqu'il  se  retira  en  Auvergne 
et  encourut  la  disgrâce  de  Gondebaud ,  roi  de 
Bourgogne ,  qui  le  soupçonnait  de  favoriser  le 
parti  des  Francs.  11  avait  été  fait  évêque,  au  plus 
tard,  en  4G9.  En  outre,  il  est  constant  que  le 
siège  de  Langres  a  été  vacant  pendant  vingt  ans 
après  la  mort  de  Saint  Didier.  Si  nous  admettons 


(1)  Ce  que  nous  disons  est  tellement  vrai  qu'un  auteur  a 
retardé  la  venue  de  S.  Bénigne  dans  les  Ganles  jusque  vers 
l'an  2713,  et  dit  qu'il  y  fut  envoyé  par  S.  Polycarpe,  évêque 
d'Éphèse. 


—   XXXVII  — 


que  Saint  Didier  a  été  martyrisé  en  407 ,  il  se 
trouve  que  les  évoques  Martin ,  Honoré ,  Saint 
Urbain,  Paulin,  Fraterne  Ier  et  Fra terne  II,  qui 
ont  occupé  le  siège  de  Largres  depuis  Saint  Di- 
dier jusqu'à  Saint  Apruncule,  se  sont  succédé 
dans  un  laps  de  temps  de  quarante- deux  ans. 
Mais  on  sait  que  Saint  Urbain,  à  lui  seul,  a  fourni 
toute  cette  carrière  et  au-delà.  On  sait  en  outre 
qu'un  évoque  nommé  Urbain  souscrivit  au  concile 
de  Valence  en  574  ,  et  comme  on  ne  connaît 
aucun  évêque  de  ce  nom  et  de  ce  temps  que  Saint 
Urbain,  sixième  évoque  de  Langres,  on  doit  con- 
clure qu'il  s'agit  bien  ici  de  Saint  Urbain,  évêque 
de  Langres,  qui,  en  eiïét,  vivait  à  cette  époque. 

En  général,  les  auteurs  qui  veulent  que  Saint 
Didier  ait  été  martyrisé  au  commencement  du  ve 
siècle,  attribuent  ce  martyre  à  un  chef  de  Barbares, 
nommé  Crocus  ,  qui  vint  assiéger  Langres  et 
fut  défait  près   d'Arles,   puis  mis  à  mort. 

Pour  concilier  l'opinion  de  ces  auteurs  avec 
celle  de  Grégoire  de  Tours  (1),  d'Eusèbeetde  Paul 
Orose  qui  rapportent  qu'en  c264  ou  265  une  in- 
vasion eut  lieu  dans  les  Gaules,  sous  la  conduite  de 


(1)  Valerianus  et  Gallienus  romanum  imperium  sunt  adepti, 
qui  gravent  contra  chrislianos  perseculionem  suo  tempore 
commoverunt.  Horum  tempore,  et  Chrocus  ille  Alamanorum 
rex,  commoto  exercitu  Gallias  pervagavit.  Hic  aulem  Chrocus 
mullse  adroganliœ  furtur  fuisse,  qui,  cum  nonnulla  inique 
gessisset,  per  consilium,  ut  aiunt  matris  iniquae,  collectant  ut 
diximus  Alamanorum  genlem  universas  Gallias  pervagatur, 
cunclasque  sedes  quse  antiquitus  iabricalse  fuerunt  a  iunda- 
menlis  subverlit...  Chrocus  vero  apud  Arelalensem  Gallia- 
rum  urbem  comprehensus  diversis  adfectus  suppliciis  gladio 
verberatus  interiit  non  immerito  pa3nas  quas  sanctis  Dei  ex- 
tulerat  luens.  (Grégoire  de  Tours,  liv.  4er,  cap.  32  et  34.) 


—    XXXVIII    — 


Crocus  qui  fut  défait  à  Arles  et  mis  à  mort,  il 
faut  admettre  qu'il  y  a  eu  deux  Crocus  ou  qu'on 
l'ait  un  double  emploi  du  nom  de  ce  chef  barbare. 

On  ne  peut  raisonnablement  supposer  que 
deux  chefs  de  nations  Germaniques  portant  le 
même  nom  ,  tous  deux  payens  ,  aient  conduit 
leurs  peuples  dans  la  Gaule  pour  la  ravager  el  y 
persécuter  la  religion  chrétienne,  qu'ils  aient 
ensuite  été,  tous  deux,  défaits  près  d'Arles  elmis 
à  mort;  cependant  les  historiens  des  deux  partis 
attribuent  toutes  ces  actions  au  Crocus  qui  or- 
donna la  mort  de  Saint  Didier. 

Aussi,  quelques  auteurs,  craignant  l'objection, 
se  sont-ils  bien  gardés  de  désigner  Crocus  comme 
l'auteur  du  martyre  de  l'évêque  de  Langres  et  en 
ont  accusé  Modogisile  ou  Godégisile,  ou  les  pre- 
miers rois  de  Bourgogne. 

Peut-on  admcltie,  d'ailleurs,  que  Grégoire  de 
Tours  qui  vivait  au  milieu  du  vie siècle,  qui  habita 
Dijon  pendant  quelques  années  et  qui  a  dû 
venir  à  Langres  plusieurs  fois,  n'eût  pas  men- 
tionné l'époque  précise  du  martyre  de  saint  Didier, 
si  cet  évèque  avait  été  mis  à  mort  de  407  à  416  ? 

Les  fouilles  qui  ont  été  faites  à  Langres  à  di- 
verses reprises  du  côté  de  Saint-Geômes  dénotent 
de  la  manière  la  plus  formelle  que  cette  ville  a 
été  saceagée  et  détruite  au  m*  siècle.  On  y  a 
trouvé  des  médailles  romaines,  des  chapiteaux, 
des  corniches,  des  statues,  qui  ne  laissent  aucun 
doute  à  cet  égard. 

Nous  ne  dirons  rien  de  l'opinion  qui  prétend 
qu'Attila  fil  mourir  Saint  Didier,  lorsqu'il  rava- 
gea la  ville  de  Langres  en  451.  Cette  question 
se  trouve  résolue  dans  la  précédente. 


—   XXXIX 


L'opinion  du  P.  Vignier,  des  chanoines  Hen- 
riot  et  Charlet,  n'est  pas  moins  conforme  à  la  vé- 
rité de  l'histoire  que  favorable  à  l'antiquité  du 
siège  épiscopal  de  Langres,  nous  l'adoptons  et 
nous  concluons  que  Saint  Didier  vivait  au  111e 
siècle.  Les  personnes  qui  liront  avec  attention 
les  différents  auteurs  qui  ont  traité  ce  sujet  tire- 
ront, sans  aucun  doute,  la  môme  conclusion,  et 
feront  aisément  justice  des  écrivains  qui  placent 
le  martyre  de  Saint  Didier  au  ve  siècle. 


V. 


Nous  avons  terminé  notre  introduction,  longue 
sans  doute  et  dont  nous  ne  nous  dissimulons  pas 
l'imperfection.  Nous  n'avons  pas  trouvé  peut-être, 
pour  retracer  les  principales  phases  de  la  biogra- 
phie de  Guillaume  Flamant  et  de  la  vie  de  Saint 
Didier,  des  couleurs  assez  animées  et  un  style 
assez  élevé.  Nous  espérons  cependant  en  la  bien- 
veillance du  public  :  nous  serons  d'ailleurs  suffi- 
samment récompensé  de  notre  travail  si  l'on  pense 
que  nous  n'avons  pas  fait  une  œuvre  inutile  en 
exhumant  celle  œuvre  du  poète  Langrois.  Pour 
nous  faire  pardonner,  nous  lui  emprunterons 
les  vers  par  lesquels  il  sollicitait  l'indulgence  des 
spectateurs  de  son  mystère: 

Si  avons  à  regracier 
De  toute  notre  intelligence, 
Collauder  à.  remarcier 
La  Seignorie  d'excellence 


—   XL    — 

Qui,  par  iloulce  bénévolence, 
Nous  a  preste  bon  auduiloire 
Pour  ouyr  en  paix  à  silence 
Le  mistère  ou  dévot  histoire. 

Et,  au  surplus,  s'il  y  a  point 
Des  joueurs  aucung  mal  appris 
Qui  ait  fait  quelque  mauvais  point, 
Recepvez  le  en  gré  pour  son  pris, 
Priant  au  Marlir  de  hault  pris 
Que  puissions,  par  son  habitude, 
Régner  au  céleste  pourpris, 
Enrichv  de  béatitude. 


Sancti  Spiritus  assit  nobis  gratia. 

Cy  sensuyt  la  Vie  et  passion  de  Monsr  Sainct 
l)idicr,  martir  et  Evesque  de  Lengres,  faicte  par 
personnages,  à  la  rcqueste  de  Messrs  les  Confrères 
de  la  Contrarie  dud.  Sainct  aud.  Lengres,  compo- 
sée par  vénérable  et  scientificque  psonne  Maislre 
Guillaume  FLAMANT,  chanoine  dud.  Lengres, 
jouée  en  lad.  cité  par  lesd.  Confrères,  l'an  mil 
CCCC  IIII"  et  deux. 

Le  Prologueur  commue. 

Aristote,  philozophe  notable, 

Mecl  ung  notable  utile  à  concepvoir, 

Quant  il  nous  dict  que  l'homme  raisonable, 

Tant  soit  instable  au  monde  variable 

Et  misérable,  appelle  de  sçavoir. 

Il  dit  bien  voir,  car  chascun  fait  debvoir 

D'oyr,  de  voir,  d'enquérir  et  d'aprandre, 

Cuidant  en  fin  toutes  choses  comprandre. 

Toute  créature 
Sans  exception 
De  propre  nature 
Quiert  instruction. 
L'inclinacion 
Qu'elle  a  naturelle 
Veult  invention 
Tous  les  jours  nouvelle. 


Kl  à  ce  propos,  il  me  semble 
Que  reste  congrégation 
Soit  à  reste  heure  mise  ensemble 
Pour  voir  noslre  opéracion, 
Si  avons  bonne  affection, 
Moyennant  la  grâce  de  Dieu, 
De  la  rendre  en  dévotion 
Avant  que  partir  de  ce  lieu. 

Pourtant,  avons-nous  entreprins 
De  monstrer  les  faits  vertueux 
Du  noble  Évesque  de  bault  pris, 
Sainct  Didier,  martir  glorieux, 
Si  veuillez  estre  curieux 
D'ouyr  en  paix  et  union  ; 
El  si  rien  y  a  vicieux 
Supportez  l'imperfection . 

Du  temps  d'Honorius  Auguste, 
Le  Sainct  de  grant  auclorité, 
Après  TÉvesque  nommé  Juste, 
Fut  prélat  en  ceste  cité 
Et  fut  tiers  en  la  dignité, 
Selon  que  je  cognois  et  sens 
Voire  de  celle  antiquité 
Que  lors  courroit  Pan  quatre  cens. 

L'ange  parfait,  miraculeux, 
Prononçant  son  élection, 
De  simple  estât  labourieux, 
L'esleva  en  prélacion. 
Il  vesquit  en  dévotion, 
Et  feist  mainte  euvre  manificque; 
Puis  receut  mort  et  passion, 
Par  Croscus,  le  roy  Vandalicque. 


Le  bon  sainct,  plain  degrant  puissance, 
Que  debvons  servir  et  aymer, 
Sers  :>u  pays  de  sa  naissance, 
Fut  né  de  Germes  sur  la  mer. 
Mais  pour  le  miracle  aprouver 
Tant  fut  serebé  de  rue  en  rue 
One  noz  gens  l'alèrent  trouver 
Où  il  conduisoit  la  chenue 

Lors  doulcement  luy  présentèrent 

La  croce,  mais  il  s'excusa. 
El  quant  fort  le  sollicitèrent, 
Totalement  la  refusa, 
Disant  :  Didier  ne  recepvra 
De  prélature  aucun  signacle, 
Tant  que  son  baston  florira  ; 
Qui  tantost  fïorist  par  miracle. 

Voulez-vous  plus  grant  évidence 
De  la  divine  volenté? 
Voulez-vous  plus  grant  apparence 
De  vertuz  et  de  sainctité? 
Tout  cecy  sera  récité 
Au  jorduy  en  vostre  présence. 
Mais  qu'en  paix  et  transquilité 
Il  vous  plaise  faire  silence. 

Et  afin  de  mieulx  reporter 
La  vye  du  benoist  marlir, 
Aucuns  cas  sont  bien  à  noter 
Desquels  je  vous  veul  adverlir  : 
Premier,  il  vous  fault  retenir 
Que  France,  la  bien  renommée, 
Quand  Wandres  y  vouldrent  venir, 
Estoit  pour  lors  Galle  nommée. 


n 


Pourtant  s'en  nostre  euvre  jolye, 
Dont  trois  jours  dure  la  substance, 
L'on  parle  de  Galle  ou  Gallie, 
Entendrez  tousiours  que  c'est  France. 
Notez  aussy  que  la  puissance 
Des  empereurs,  en  cas  de  guerre, 
Avoit  encores  florissance 
Par  plusieurs  climats  de  la  terre. 

Tiercement,  par  cronicque  expresse 
Nous  trouvons  que  cesle  cité 
De  gens  de  force  et  de  noblesse 
ïriumphait  en  auctorité 
Et  avoit  en  société 
A  Jule  César,  l'empereur, 
Mais  puis  cheut  en  perplexité 
Par  la  Wandalicque  fureur. 

Si  sachez  que  pour  aléguer 

Du  marlir  les  faiz  &.  la  gloire 

A  convenu  invesliguer 

Mainte  légende  ik  mainte  histoire, 

Corne  sont  Orose,  Isidoire, 

Le  Fascicule  épiscopal, 

Aultre  cathalogue  notoire 

Et  le  Miroir  hislorial. 

Pour  ce  jour,  nous  comancerons 

A  la  très  saincte  élection, 

Et  puis  demain,  nous  parlerons 

Le  martire  et  la  passion, 

Au  tiers  jour,  ferons  mencion 

Des  miracles  très  merveilleux 

Et  de  la  rélévacion 

Du  corps  sainct  digne  et  précieux. 


(Ici  se  meci  chascun  en  ordre  pour  faire  monstre. 

Mais  afin  que  facilement 

Vous  cognoissiez  nostre  entreprinse, 
C'est  raison  que  premièrement 
Je  vous  en  monstre  la  devise. 
Vées  là  Lengres,  en  hault  assise, 
Plus  noble  que  tous  aultres  lieux  ; 
Vées  là  les  seigneurs  de  l'Eglise 
Et  les  borgeoys  jeunes  et  vieulx. 

Vées  là  Didier  au  labourage, 
Qui  tient  la  cherrue  à  deux  mains  ; 
Vées  là  ung  haultain  personnage, 
Nommé  l'empereur  des  Romains  ; 
Croscus  <k  le  Roy  des  Alains 
Ont  illec  leurs  gens  amassez; 
Je  n'en  diray  ne  plus  ne  mains  ; 
Le  demeurant  se  monstre  assez. 

Or,  pensons  de  bien  procéder, 
Comme  notre  cueur  le  désire, 
Ce  que  nous  veuille  concéder 
Dieu  qui  triumphe  en  hault  empire 
Priez  qu'il  n'y  ait  que  redire 
S'en  vous  quelque  doulceur  y  a, 
Et  veulliez  tant  seulement  dire 
Chascun  ung  Ave  Maria. 

Le  Fol. 

Veult-on  chanter  alleluya, 
Ou  jouer  cy  quelque  grimace'? 
Je  crois  que  oncques  on  n'alya 
Tant  de  folz  tout  en  une  place. 
Ne  voysti  pas  la  chiche  l'ace 
Oui  porte  ung  inolin  sur  sa  test.»;. 


—  (')  — 

Vées  là  la  plus  sauvaigè  beste 
Qui  soit  d'icy  à  Carcassônne. 
Holaho!  qu'il  n'y  ait  personne 
Que  ne  soit  assiz  à  son  aise; 
Et  puis  (pie  tout  chascun  se  taise 
Aussy  coy  qu'ung  porceau  qui  pisse, 
Vous  verrez  tantost  forte  espice 
Et  le  eappi laine  Poton 
Qui  ont  chascun  ung  gros  baston 
Pour  combatre  les  papillons. 
Il  faut  que  nous  nous  habillons 
Pour  aller  en  ceste  bataille. 
Mais  toutesfois,  vaille  que  vaille 
•l'en  diray  mon  oppinion. 
Afin  que  le  cueur  ne  me  faille 
Premier  feray  collacion. 

Icy  les  bourgeoys  cl  le  bailli  de  Lengrcs  se  lèvent  de  leurs 
sièges  cl  (Ht  le  premier  Bourgeons  : 

Le  premier  Bourgeoys. 

Notre  Prélat  est  mort  <k  trespassé, 
Je  prie  à  Dieu  qui  tout  a  compassé 
Que  l'âme  soit  en  gloire  et  relusance. 
Or,  sommes-nous  en  désolacion, 
Privez  de  bien,  plains  de  turbacion, 
Garniz  de  mal  à  de  toute  indigence. 

Le  second  Bourgeoys. 

Hélas!  il  est  pour  nous  trop  tost  passé, 
Car  de  bien  faire  onques  ne  fut  lassé 
Et  nous  faisoit  gracieuse  assistance. 
Perdu  avons  la  elère  vision 
Du  bon  prélat  que  notre  affection 
Réconforloil  par  soigneuse  assistance. 


Le  Bailly  de  Lengres. 
Contre  la  mort  n'a  point  de  résistence. 

Le  premier  Borgeoys. 
0  mort  furieuse, 
Elude,  rigoreuse, 
Dure,  dangereuse, 
Tu  nous  laitz  grant  tort. 

Le  second  Borgeoys. 
0  mort  hayneuse, 
Tu  rends  ruyneuse 
Lengres  la  joyeuse 
Par  ton  dur  effort . 

Le  Bailli. 
Mort  nespargne  foible  ne  fort. 

Le  tiers  Borgeoys. 
0  faulce  mort,  de  ton  dart  destructeur. 
Tu  as  osté  Juste,  le  bon  pasteur, 
Homme  dévot  et  rempli  de  science 

Le  quart  Borgeoys. 
,1e  n'ay  au  cueur  que  douleur  et  malheur 
Quant  me  souvient  du  prélat  de  valeur 
Qui  aymoitDieu  et  craindoit  conscience. 

Le  Bailly. 
Home  prudent  doit  avoir  pacience 

Le  tiers  Bourgeoys. 
0  Lengres  cité, 
Tu  as  bien  esté 
En  prospérité 
Long  temps  maintenue. 

Le  quart  Bourgeoys. 
Or,  est  ta  beaulté, 
Ta  formosité, 


-    S    — 

En  calamité 
Cheulte  et  devenue. 

Le  Bailli. 

L'estal  mondain  lousiours  se  mue, 

Soit  noblesse, 

Soit  richesse, 

Soit  lyesse. 

Tout  décline 

Et  vous  lesse  ; 

De  haultesse 

Tantost  cesse, 

Tantost  fine. 

Le  plus  digne. 

Par  ruyne, 
Souvent  perl  joye  &  doulceur. 

C'est  ung  signe 

Qui  assigne 
Qu'en  ce  monde  n'y  a  rien  sceur. 

Pourtant,  se  nous  avons  perdu 
Ung  évesque  plaisant  à  voir, 
N'ayons  jà  le  cueur  esperdu, 
Dieu  est  puissant  de  nous  pourvoir 
Mais  alons  maintenant  sçavoir 
Si  les  bons  Seigneurs  du  Chappitre 
Veulent  point  faire  leur  debvoir 
De  baillier  à  quelcung  le  tiltre. 

Le  premier  Bourgeoys. 

Pleusl  à  Jh'ésu  Crist  que  ki  mitre 
Fui  assise  en  homme  auctentique. 

Le  second  Bourgeoys. 
Aluns  voir  ecclésiastique 
Puisque  Monseigneur  le  conseille 


-  9  — 

Le  tiers  Bourgêoys. 
Pour  secourir  au  bien  publique, 
Alons  voir  l'ecclésiastique, 
Car  en  ceste  cité  antique 
Kault  ung  chief. 

Le  Bailli. 
Ce  n'est  pas  merveille. 

Le  quart  Bourgêoys. 
Alons  voir  l'ecclésiastique 
Puisque  Monseigneur  le  conseille. 

Le  Bailli. 
Sus  donc,  que  chascun  s'apareille 
De  bien  offrir  corps  &  chevance. 

Le  premier  Bourgêoys. 
Ils  sont  gens  qui  ont  grant  puissance. 

Le  second  Bourgêoys. 
Ils  sont  bons  clercs . 

Le  tiers  Bourgêoys. 

Ils  ont  bon  sens. 
Le  quart  Bourgeois. 
Or,  alons  voir  leur  contenance. 

Le  premier  Bourgêoys. 
.le  le  veul. 

Le  second  Bourgêoys. 
Et  je  my  consens. 

Le  Doyen. 
Tousiours  survient  aucungz  maulz  évidans 
Ou  accidens  à  gens  de  bonne  part. 
Fortune  mect  en  divers  incidens 
Les  plus  prudens  comme  les  imprudens, 
Monstrant  les  dens  d'ung  horible  regard 
Elle  dépari  dessoubz  son  estandarl 


Il)  _ 

Tels  coptz  de  dart,  tels  tançons,  tels  débats, 
Que  les  plus  fors  sont  les  plus  tost  mis  bas. 

Lengres  souloit  estre 
Lieu  plain  de  soûlas. 
.Mais  or  en  nostre  estre 
Faull  cryer  hélas! 
Car  puis  le  trespas 
De  nostre  pasteur 
La  cité  n'a  pas 
Propre  conducteur. 

Mais  selon  des  décrets  ydoisnes 

Nous  avons  par  conclusion 

Fait  citer  tous  nos  conclianoisnes 

Pour  venir  à  l'élection, 

Et  pour  ce  qu'en  telle  action 

Fault  instrumenteurs  &.  notaires, 

Avons  aussi  provision 

De  témoingts  à.  de  secrétaires. 

Icy  saluent  Doyen  cl  Chappilre. 

Le  Bailli  de  Lengres. 
Dieu  à  qui  sommes  tributaires 
Vous  doint  vivre  en  prospérité. 

Le  Doyen. 
Voz  œuvres  face  salutaires 
Dieu  à  qui  sommes  tributaires! 

Le  premier  Bourgeoys. 
Vers  nous  venons  tous  voluntaires 
D'aider  à  la  nécessité. 

Le  seconii  Bourg5. 
Dieu  à  qui  sommes  tributaires 
^ ous  doinl  vivre  en  prospérité! 


—  11  - 

Le  Doyen. 
Quels  novelles? 

Le  Bailli. 
En  vérité, 
Je  vous  le  diray,  Monseigneur, 
Les  bons  bourgeoys  de  la  Cité 
Où  habunde  sens  &  honeur 
Sçavent  que  vous  avez  bon  cueur 
D'eslire  évesque  &  exaller. 
Et  pourtant  en  toute  doulceur 
Ils  vous  sont  venus  visiter. 

Le  Doyen. 
A  quels  fins? 

Le  tiers  Bourg8. 

Pour  vous  présenter 
Service,  argent,  corps  à  avoir, 
Pour  vous  ayder  et  conforter, 
Selon  nostre  petit  sçavoir. 

Le  Doyen. 
C'est-il  ainsy? 

Le  quart  Bourg". 
Il  vous  dit  voir. 
Ne  le  pensez  point  aultreinent. 

Le  Doyen. 
De  vostre  gracieux  debvoir 
Vous  remercions  humblement. 
Mes  frères,  vous  voyez  cornent 
La  bourgeoisie  sumptueuse 
Vient  icy  familièrement 
.Nous  faire  une  offre  gracieuse. 

Le  Trésorier. 

Ce  n'est  pas  chose  merveilleuse, 
Car  de  tout  temps  oui  ceste  guise. 


12  — 

DlJONNOIZ. 

Ils  ont  volenté  curieuse 
D'aymer  Dieu  et  servir  l'église. 

Le  premier  Bourg*. 
.Noire  affection  y  est  mise 
Plus  qu'eu  chose  qui  soit  au  monde. 

Tonnoirroiz. 
Cela  vient  d'honneur  et  franchise 
Qui  en  vostre  couraige  habunde. 

Le  second  Bourg5. 
Ung  chascun  d'entre  nous  se  fonde 
En  vertuz  et  dévocion. 

Barroiz. 
C'est  l'amour  de  Dieu  qui  redonde 
En  vostre  bonne  affection. 
Le  Bailly. 
S'en  faisant  vostre  élection 
Il  convient  aller  ne  venir 
Prestement  sans  dilacion 
Trouverez  gentz  pour  y  fournir, 
Si  venons  cy  pour  assentir 
Quel  chose  il  sera  bon  de  faire, 
Pourtant  veuillez  nous  advertir 
D'aucun  propos  de  vostre  affaire. 

Le  Trésorier. 
Vostre  doulceur  très  débonnaire 
Vostre  dévote  intencion 
Vault  bien  d'avoir  pour  son  salaire 
De  louz  calz  déclaracion. 
Pour  brefve  récitacion, 
Sachez  que  noz  gentz  sont  citez 
Ou  au  moinz  la  citacion 
Kst  désià  par  lotîtes  citez. 


—  13  — 

DlJONNOIZ. 

Quand  on  eslict  des  dignitez 
Qui  ont  In  charge  pastoralle, 
On  fait  plusieurs  solemnitez 
En  une  église  cathédrale. 
Néantmoinz,  la  chose  principale 
Qui  doit  mouvoir  l'intelligence, 
C'est  que  l'élection  totale 
Soit  selon  Dieu  et  conscience. 

TONNOIRROIZ. 

En  tel  cas,  chascun  doit  avoir 
Meure  délibéracion, 
Ne  pour  trésor  ne  pour  avoir 
User  de  variation, 
Mais  faire  déprécacion 
A  la  divine  Providence 
Que  si  est  noble  élection 
Soit  selon  D«eu  <k  conscience. 

Barroiz. 
Selon  Dieu  doit  on  procéder 
Qui  veult  bien  diriger  son  fait. 
Pourtant  luy  fault  intercéder 
Que  rien  ne  demeure  imparfait, 
Mais  nous  doint  Evesque  parfait, 
Plain  de  vertuz,  plain  de  science, 
Et  que  tout  ce  qui  sera  fait 
Soit  selon  Dieu  &.  conscience. 

L'Auxoiz. 
Selon  conscience  &  raison, 
Doit  besongner  ung  électeur. 
Nompas  par  aucune  achoison 
D'adulacion  ou  faveur. 
Et  afin  qu'on  prenne  saveur 
En  la  matière  d'excellence 


—  14  — 

Désirer  que  telle  labeur 

Soii  selon  Dieu  &  conscience. 

Bàssîgny. 
(  >  vous,  Messeigneurs  les  bourgeoys, 
Eu  qui  toute  vertu  repose, 
Sachez  qu'avant  qu'il  soit  ung  mdys 
La  matière  sera  per close, 
Car  ung  chascun  de  nous  propose 
De  faire  extrême  diligence, 
Et  voulons  que  toute  la  chose 
Soit  selon  Dieu  &  conscience. 

Le  Bailly. 
Vous  estes  seigneurs  de  prudence 
Qui  sur  tous  renommée  avez, 
Et  quant  à  moy  je  croy  et  pense 
Que  les  loix  <k  décrets  sçavez. 
Mais  quant  besongner  y  vouldrez, 
Se  quelque  affaire  vous  survient, 
D'entre  nous  tous  vous  aiderez 
Comme  en  tel  cas  il  appartient . 

Le  Chantre. 
Messeigneurs,  c'est  de  vostre  bien 
Que  présentez  tant  de  service, 
Et  qui  ne  le  vous  rendra  bien 
Ce  sera  deshonneur  <k  vice. 
Telle  ayde  nous  est  bien  propice, 
Pourtant  remercier  convient 
Vostre  largesse  <k  bénéfice, 
Comme  en  tel  cas  il  appartient. 
Le  premier  Chanoisne. 
11  appartient  bien  sçavoir  gré 
Aux  bons  bourgeoys  de  grant  vaillance 
Qui  chascun  selon  son  degré 
Nous  présentent  corps  <k  chevance, 


—   15  — 

Je  voy  que  par  bonne  accointance 
Us  nous  vendent  s'a  nous  ne  tient 
Ayder  de  toute  leur  puissance 
Gomme  en  tel  cas  il  appartient. 

Le  second  Chanoisne. 
Il  est  constant  que  de  tout  temps 
A  Lengres  sont  communément 
Nobles,  gentilz  borgeoys,  marchante, 
Qui  vivent  honorablement. 
Ils  aymèrent  anciennement 
Dieu  qui  ciel  &  terre  contient 
Et  encor  font  présentement 
Comme  en  tel  cas  il  appartient. 

Le  premier  Borgeoys. 
Pensez  que  la  cité  soustient 
Maint  preud'homme  de  bonne  foy, 
Qui  les  règles  d'honneur  maintient 
Selon  son  cas. 

Le  Doyen. 

Ainsy  le  croy. 
Portant,  messeigneurs,  quant  à  moy, 
Comme  Doyen  &  Président, 
Vous  mercye  comme  je  doy 
De  cest  honneur  très  évident. 
Cy  se  relraihenl  ung  petit  les  bourgeon*  et  le  Doyen  parle 
aux  Chanoisnes. 

Le  Doyen. 
Or,  retornons  à  la  matière 
Dont  avons  parlé  cy  devant. 
Je  ne  scay  par  quelle  manière 
Nous  procéderons  en  avant. 
Mais  il  sera  bien  advenant 
Que  nous  eslisons  par  la  l'orme 


—  16 

Que  droil  canon  est  contenent. 

C.'csi  le  docteur  qui  nous  informe. 

Premièrement,  élection 
Se  fait  via  compromise. 

Secundo,  per  scrnïnùum, 

Ac  via  Spirilus  Sancti. 

Qui  l'une  de  ces  voyes  cy 

Veult  tenir  &  qui  point  n'excède, 

Ne  doit  avoir  aucun  socy 

Qui  sainctement  il  ne  procède. 

Pour  scrutiner,  se  dit  le  droi', 
Sera  talons  eliganlur; 
Par  les  scrutateurs,  or  en  droit, 
Vota  caute  requiranlur, 
Collalio  habealur, 
Ac  publicelur  apperle. 
Tune  clcclio  formatur 
Semper  a  majori  parle. 

Par  la  voye  de  compromis, 
On  eslict  canoniquement, 
Quant  les  compromissaires  mis 
Ont  de  tous  le  consentement. 
Et  qui  ne  veult  pareillement 
User  de  compromission 
Il  peult  prendre  facilement 
Voye  de  posfulacion. 

L'aultre  voye  d'élection 

Pour  avoir  prélat  et  pasteur 

Se  fait  par  révélacion, 

Venant  du  benoist  créateur, 

Ou  quant,  sans  aucune  faveur, 

Sans  crainte  ou  sans  mauvais  couraee. 


—    17 
Iimis  les  Chanoisnes,  de  bon  cueur, 
S'accordent  en  uni;  personnage. 

Si  ne  scay  par  laquelle  voye 
Nous  pourrions  mieulx  estre  sorti, 
Mais  la  plus  saincte  que  j'y  voye, 
C'est  vin  Spiritus  Sancti. 

Qu'en  dictes  vous? 

Le  Trésorier. 

Il  est  âinsy, 
Monseigneur,  vous  touchez  le  poinct, 
Mais  quant  à  ceste  voye  cy 
On  n'en  use,  mais  convient  point. 

Pourtant,  Messeigneurs,  il  me  semble 
Que  si  bien  pourvoir  y  voulons, 
Il  sera  bon  que  tous  ensemble 
Quelque  preud'homme  postulons. 

Dijonnoiz. 
Non  ferons,  mais  nous  eslirons 
Ainsy  que  le  droit  a  escript. 

TONNOiRROIZ. 

Non  ferons,  mais  nous  poursuyvrons 
La  voye  du  Sainct  Esperit. 

Le  Fol. 
Ho!  ce  fut  du  temps  prétérit 
Que  le  Sainct  Esperit  voloit, 
C'estoit  du  temps  que  ne  régnoit 
Ne  Symonnye,  ne  Cauthelles. 
Mais  maintenant  quoy  qu'il  en  soit 
On  lui  a  bien  roigné  les  esles. 
Estes  vous  là,  noz  damoiselles, 
Et  vous,  Gorgyas  de  Paris? 
Vous  avez  porpoins  &  cotelles 
De  taulpe  &  de  peau  de  soris. 


—    18  — 

Barroïs. 

Mes  bons  seigneurs  &  mes  amys, 
Alfin  d'esfre  tost  despesché, 
J'oppine  que  par  compromis 
Nous  porvoyons  à  l'Évesché. 

L'Auxois. 
Vous  avez  assez  bien  touché. 

Barroys. 
C'est  le  meilleur  appoinctement 
Sans  que  nul  en  soit  empesché 
Fors  deux  ou  trois  tant  seulement. 

Bassigny. 
Il  me  semble  tout  aultrement. 

L'Auxoys . 

Et  comment? 

Bassigny. 

Que  debvons  eslire. 

Le  Chantre. 

Vous  en  parlez  notablement. 

Bassigny. 

Je  vous  en  dis  ce  qu'on  doit  dire. 

Le  Chantre. 

Quant  est  de  moy  je  ne  désire, 

Puis  qu'avons  ung  bon  secrétaire, 

Synon  faire  ma  voix  escripre 

Quant  sera  jour  cappitulaire. 

Le  premier  Chanoisne. 

Je  suis  d'oppinion  contraire. 

Le  second  Chanoisne. 

Aille  comme  il  pourra  aler. 

Bassigny. 

Nous  debvons  élection  faire. 

Barroiz. 

Je  suis  d'oppinion  contraire. 


—  19  - 

Le  second  Chanoisne. 
D'eslire  ne  peult-on  meffaire  ? 

Le  premier  Chanoisne. 
ïl  vauldroit  mieulx  de  postuler. 

Bassigny. 
Je  suis  d'oppinion  contraire. 

Barroiz. 
Aille  comme  il  pourra  aler. 

Le  Doyen. 
Si  me  voulez  ouyr  parler, 
Je  vous  diray  que  nous  ferons. 

Dijonnoiz. 
Pour  Dieu,  ne  veullez  rien  celer. 

Tonnoirroiz. 
Dictes,  nous  vous  escouterons. 

Le  Doyen. 
Qui  m'en  croira,  nous  manderons 
De  Lyon  le  noble  Arcevesque 
Et  de  bon  cueur  luy  requérons 
Qu'il  nous  ayde  à  faire  ung  Evesque; 
Il  est  léal,  seur  &  certain, 
Gamy  de  toute  humilité 
Et  vostre  métropolitain. 
De  Lengres  la  bonne  cité 
Quant  ourra  la  nécessité 
Pourquoy  on  l'envoyé  quérir, 
Je  croy  que  sans  difficulté 
Tantost  nous  viendra  secourir. 

Barroiz. 
Si  vous  le  faictes  cy  venir, 
Comme  subjectz  vous  voulez  rendre. 

Le  Doyen. 
iN'en  fais  déa,  je  veulz  maintenir 
Noz  privilèges  &  estandre. 


-   -2(1   — 

Mais  je  ne  le  diz  que  pour  prandre 
De  luy  aucune  oppinion 
Et  pour  tousiours  vouloir  contendre 
D'honorer  nostre  élection. 
Le  Trésorier. 
C'est  bonne  ymaginacion. 

TONNOIRROIZ. 

Puiz  qu'ainsin  est  je  m'y  consens. 

Barroiz. 
Qui  envoyez-vous  à  Lyon? 

DlJONNOIZ. 

Il  y  fault  deux  hommes  de  sens. 

Le  Doyen. 
Je  vous  nomme,  quant  aux  présens, 
L'archidiacre  de  l'Auxoiz. 

Bassigny. 
Pareillement,  je  condescens 
A  Monseigneur  du  Dijonnoiz. 

Le  Chantre. 
Il  convient  aussi  deux  bourgeoys 
Pour  notre  ambassade  fournir. 

L'Auxoiz. 
Ils  sont  illecques  plus  de  trois. 
Notaire,  faictes-les  venir. 

Le  Secrétaire. 
Incontinant  les  vais  quérir. 

Le  premier  Chanoisne. 
Or  alez,  on  vous  attendra. 

Lors  va  quérir  les  bourgeoys  et  leur  dit  : 

Le  Secrétaire. 
Ça,  Messeigneurs,  venez  ouyr 
Ce  que  Ghappitre  vous  dira. 


—  21    — 

Le  premier  Bourgeoys. 
>i ni  de  nous  n'y  contredira, 
Volontiers  nous  y  trouverons. 

Le  second  Bourgeoys  , 
Ghascun  fera  ce  qu'il  pourra 
Sitost  qu'entendu  les  aurons. 
hy  le  Doyen  parle  aux  Bourgeoys. 
Le  Doyen. 
Seigneurs  bourgeoys,  nous  envoyons 
A  Lyon,  cité  d'excelence, 
Àffin  que  l'Arcevesque  ayons 
Pour  conseil  &  pour  assistence; 
Et  pour  ce  qu'avons  confidence 
En  vous  qui  estes  diligens, 
Par  amour  &  Iténëvolance, 
Nous  demandons  deux  de  voz  gens. 

Le  premier  Bourgeoys. 
Nosseigneurs,  nous  sommes  contans 
De  vous  compaigner  en  cecy. 

Le  second  Bourgeoys. 
Quant  est  de  moy,  je  ne  prétends 
Que  d'y  aler. 

Le  premier  Bourgeoys. 
Et  moy  aussi. 
Le  Bailly. 
Puisque  la  chose  vient  ainsin, 
Vous  deux  irez  qui  m'en  croira. 

Le  premier  Bourgeoys. 
11  n'en  fault  plus  avoir  souccy, 
Ce  qui  est  conclud  se  tiendra. 

Si  y  parle  au  varlel. 

Or  ça,  Pierre,  il  te  conviendra 
Sceller  des  chevaulx  deux  ou  trois. 


22  

Pierre,  varie!  des  Bourgeoys. 

Pour  quoy? 

Le  premier  Bourgeoys. 

Pour  ce  qu'il  nous  fouldra 
Chevaucher  les  champs  <k  les  bois. 

Pierre,  varlet. 
Paisqu'ainsin  est,  je  m'en  y  vois. 
Je  ne  sçais  où  il  veult  Irotler. 
Déa,  il  iauldra  boire  une  foys, 
Avant  que  nous  alons  monter. 
Pierre  va  amener  trois  chcvaulx  celiez  el  brida, 
Dijonnuis  parle  au  clerc. 

DlJONNOIZ. 

Symonet,  il  fault  aprester 

Trois  chevaulx  bien  bonnestemenl. 

Or,  tost. 

Symonet,  clerc  des  Chanoisues. 

Se  fault— il  tant  haster? 

L'Auxoiz. 

Tire  avant,  tire  vistement. 

Symonet. 

Si  j'eusse  beu  premièrement 

Ung  bon  talus  de  ces  vins  vieulx  ! 

L'Auxoiz. 
Que  dis-tu? 

Symonet. 

Par  mon  sacrement, 

Ils  en  l'eussent  bridez  trop  mieulx, 

Symonnet  va  quérir  trois  chevaulx. 

Le  Fol. 

Quant  la  goûte  me  tient  aux  yeulz, 

Au  soir,  bien  lard,  devant  la  messe-, 

Je  vois  boire  en  plus  de  vingt  lieux 

Atliu  que  la  douleur  me  cesse. 


—  23  — 

Car  pour  certain  une  cingesse 

M'a  faict  de  merveilleux  eshatz. 

Ce  lut  quant  je  feiz  une  vesse 

Entre  les  dents  de  Barrabas, 

Puis  vint  TarrabaSj  Tarrabas, 

Maistre  estourdi  de  Coqueluche, 

Qui  vouloit  tuer  une  puce, 

Plus  grosse  que  la  truye  quy  lille. 

Elle  demeure  en  ceste  ville 

Cheu  Jehan  de  Lengres;  en  paincture 

N'avez  vous  pas  veu  sa  seincture 

Et  ses  souliers  au  lignolet? 

Je  veis  hier  devant  sa  figure 

Son  enfant  qui  est  pourcelet. 

Symonet,  clerc. 

Venez  monter  quant  il  vous  plet, 
Tout  est  si  bien  qu'il  n'y  fault  rien. 

Pierre,  varlet. 

Messeigneurs,  sçavez-vous  qu'il  est, 
Venez  monter  quant  il  vous  plet. 

Le  second  Bourgeoys. 
Tu  es  ung  gracieux  varlet. 

Pierre. 
Il  souffit,  vous  m'en  baillez  bien. 

Symonet. 

Venez  monter  quant  il  vous  plet. 

Pierre. 
Tout  est  si  bien  qu'il  n'y  fault  rien. 

Dijonnoiz. 
Symonet  est  ung  clerc  de  bien. 
11  vous  serl  île  bon  appétit. 


-  24  — 

Symonet. 
C'esl  pour  inieulx  valoir. 

L'Auxoiz. 

Vion  çà,  vieil , 
Tien  moy  ces!  estryer  uni;  petit. 
Icy  sont  tous  à  cheval,  tant  de  l'église  que  de  la  ville,  il 
pourra  de  chascun  couslé  avoir  encoir  ang  varlel  sans  parler. 
Le  premier  Bourgeoys. 
Or  sus,  chevaulehons. 

Dijonnoiz. 

C'est  bien  dit. 
L'Auxoiz. 
Alcz  (levant,  gentils  bourgeoys.. 
Le  second  Bourgeoys. 
Je  n'y  metz  point  de  contredit. 
Pierre,  varlet. 
Nota  de  la  boieille. 

J'ai  la  boteille  toutefois. 
Siloicc  et  pansa.  —  Lors  chevaulcheront  uni)  petit  pas  a 
pas  et  se  tireront  à  part  tandis  que  les  dyables  parleront. 
Lucifer. 
Dyables  dampnés,  saillez  de  vos  destroiz, 
Ou  deux  ou  trois,  ou  toute  la  caterve. 
Depuis  que  Dieu  fut  posé  en  la  croix. 
Vous  estes  froiz,  vous  perdez  nos  surcrois 
Et  nos  beaux  droiz.  0  nation  sorlerve, 
Il  n'est  qui  serve,  il  n'est  plus  qui  observe 
Ou  qui  conçoive  infernale  franchise, 
Tout  esl  perdu  par  paillarde  faintise. 

0  l'aulce  chiennaille, 
Dyables  plains  de  honte, 

•l'appelle,   je  raille, 

Sy  n'en  tenez  compte 


25  — 

Je  veul  que  tout  monte 
Hors  de  la  fournaise, 
Aflin  que  je  compte 

Mon  cruel  mésaise. 

Serez-vous  tousiours  endormis, 
Ordes,  figures  dyabolicquës? 

Venez  avant,  faulx  ennemis, 
Ouyr  mes  cris  mélancolicques. 
Fièvres  (k  passions,  colicques, 
Me  serrent  trop  terriblement, 
Quant  je  voy  ces  bons  catbolicques 
Qui  vont  à  point  de  saulvement. 

Lors  saillent  tous  les  dyables  hors  d'enfer  el  se  nieclenl  en 
ordonnance  devant  Lucifer. 

Satham. 

Je  croy  que  de  forcènement, 
Avez  le  front  tout  estonné, 
Quant  si  très  diaboliquement 
Vostre  gorge  a  brayt  &  tonné. 
Véez  me  cy  tout  abandonné 
De  faire  ce  qu'il  appartient. 
Prince  d'enfer  désordonné, 
Dyctes  nous  quel  dyable  vous  tient? 

Cerbérus. 

Je  ne  sçay  si  tout  est  perdu, 
Mais  vous  faictes  très  laide  chière. 
Pourquoy  estes  vous  esperdu? 
Que  j'en  saiche  ung  peu  la  mainîère. 
Ne  craindez  qu'âme  de  sorcière, 
Si  le  granl  dyable  ne  l'emporte, 
Pnist  issir  de  notre  chauldière, 
Car  je  sarre  trop  bien  la  porte. 


-  26  — 

AsTAUOTH. 

Et  je  viens  de  tourner  en  rost 

Charmeurs,  anchanteurs  &  gevaiebes, 
Moy  qui  suis  nommé  Astaroth, 
Les  étrangles  à  grosses  estaiches. 
Leurs  âmes  doutantes  &  laiches 
Sont  de  moy  si  très  bien  tourchiées 
Qu'onques  brebis,  chièvres  ou  vaiches 
Ne  furent  ainsin  escorchiés. 

Léviatham  . 

Ne  suis-je  pas  Léviatham, 
Vostre  disciple  sollennel  ? 
Si  croy  qu'après  maistre  Sàtham 
N'en  y  a  point  de  plus  cruel. 
Je  viens  de  remply  un  tonnel 
De  souffre  &.  de  plomb  merveilleux 
Pour  mectre  en  tonnent  éternel 
Les  gouffres  avaricieux. 

Belphégor. 

Je  suis  le  plus  félon  inique 

Qui  soit  en  toute  la  couvée, 

Il  n'est  trahison  tyrannique 

Qu'en  ma  teste  ne  soit  trouvée, 

Ma  forte  force  est  esprouvée 

Dès  long  temps  en  mainte  besoingne, 

Si  ne  doit  estre  réprouvée 

Par  devant  vostre  fière  troingne. 

Bélial. 

Que  dictes-vous  de  Bélial? 
Doit-il  point  estre  mis  en  place? 
Je  croy  qu'il  n'est  plus  deslé;il 
Entre  le  ciel  &  terre  basse, 


—  27  — 

Je  fais  tousiours  tenir  la  date 
Des  mauldicts  péchés  anormaux, 
Je  voys,  je  viens,  je  cours,  je  trace. 
Je  fais  plus  de  cent  mille  maulx. 

Lucifer. 
Or,  payx,  dyables  traites  et  laulx, 
C'est  trop  longuement  quaqueter. 
Nos  martirs  &  tormens  ehaulx 
Fauldront  par  vostre  lâcheté, 
Car  je  voys  la  chrétiennelé 
Croistre  &  augmenter  pas  à  pas, 
Et  mesmement  en  la  cité 
De  Lengres  que  je  n'ayme  pas. 
//  parle  à  Satham. 

Satham,  tu  entends  bien  le  cas, 
Y  sauroyes-tu  riens  empescher? 

Satham. 
Je  me  congnois  en  tous  estaz, 
Vous  perdez  temps  de  moy  prescher 

Lucifer. 
Les  Lengrois  ne  font  que  sercher 
Pour  mectre  Évesque  en  leur  église, 

Satham. 
Il  les  fault  faire  tresbucher 
Au  plus  loing  de  leur  entreprinse. 

Lucifer. 
Pensez-y,  je  vous  en  advise, 
Et  pour  gaingner  le  fait  total, 
Alez  tempter  par  mainte  guise 
Galle,  pays  occidental. 

Cerbérus. 
Nous  irons  à  mont  oc  à  val 
Tout  tempester  oc  tout  gaster. 


—   -28  — 
AlSTAROTH. 

Pour  faire  perpétrer  maint  mal. 
Nous  irons  à  mont  &  à  val. 

Léviatham. 
Je  feray  pis  que  réalgal. 

Belphégor. 
Je  seray  maistre  de  tempter. 

Bélial. 
Nous  alons  à  mont  &  à  val 
Tout  tempester  &  tout  gaster. 

Satham. 
Lucifer,  il  vous  faut  chanter 
Deux  mots  de  malédiction. 

Lucifer. 
Que  la  sanglante  passion, 
Vent  de  bise,  fouldre  ex  tempeste, 
Eslude  à  coruscacion, 
Vous  puissent  assommer  la  teste  ! 

Satham. 
Or,  alons  que  dyable  n'aist  leste 
Chascun  preigne  pays  dyvers. 

Bélial. 
Il  n'y  aura  sainct  ne  prophète 
Que  ne  sente  mes  cops  couverts. 

Léviatham. 
Je  veuljecter  tout  à  revers. 

Belphégor. 
Je  veul  tempter  de  fiction. 

Cerrérus. 
Et  moy  à  tort  à  à  travers. 

Astaroth. 
El  iimiv  de  fornicacion. 
Lms  s'en  vont  les  dyables  espars  çà  ci  là  chascun  en  divers 
lieux. 


—  29  — 
El  les  ambassadeurs  approuchenl  Lyon  ci  dient 

DlJONNOIZ. 

Je  voy  la  cité  de  Lyon, 

La  rivière  &  tout  le  pourpris. 

L'Auxoiz. 
Je  voy  la  situaeion, 
Où  beaucoup  de  biens  sont  comprins. 

Le  premier  Borgeoys. 
Vées  là  l'Arcevesque  de  pris 
Assis  en  trône  épiscopal. 

Le  second  Borgeoys. 
Où  sont  nos  varlets  mal  aprins? 

Le  premier  Borgeoys. 
Voicy  Pierre,  le  principal. 

Le  second  Borgeoys. 
Vien  avant,  vien,fpran  mon  cheval. 

DlJONNOIZ. 

Symonet,  pense  de  nos  bestes. 
Ils  descendent. 

Symonet. 
Pensez  qu'ils  n'auront  point  de  mal. 

Pierre. 
Non,  non. 

L'Auxoiz. 
Quels  fins  varlets  vous  estes  ! 
Lors  s'en  vont  vers  l'Arcevesque. 

Pierre. 
Ils  auront  establesJionnestes 
Avant  que  meshuy  je  sommeille. 

Symonet. 
Or,  laisse  aler  ces  grosses  têtes 
Et  buvons,  je  te  le  conseille. 


—  30    - 

PlERRE. 

Je  le  veul  bien. 

Symonet. 


Ça,  la  boteille? 
Pierre. 


Tien  la. 


Symonet. 
Or,  va  de  par  Dieu,  va. 
//  pran  la  boteille  et  boit. 

Pierre. 
Comment  tu  luy  tire  l'oreille  ! 

Symonet. 
Tien,  boy. 
//  lui/  reliai  lie. 

Pierre. 
Cy,  bois. 
Symonet. 

Holà!  holà! 
Le  Fol. 
//  parle  de  bien  loingl. 

Ha!  sambieu!  que  ne  suis-je  là! 

Le  gibet  me  tient  à  ce  boult, 

Ces  folastres  là  buvront  tout. 

Que  sanglant  preu  leur  peust-il  l'aire 

Que  j'eusse  au  moins  pour  mon  salaire 

liig  petit  glouppyon  de  vin? 

Déa,  je  combatray  le  devin, 

Mais  il  fault  que  vous  le  tenez. 

Ho!  bonet  rouge,  là  le  nez, 

Ce  dit  autan  le  basteleur*, 

Et  comment  vous  vous  gouvernez. 

Ho!  bonet  rouge,  là  le  nez, 

Ghappeau  vert,  venez  près,  venez. 

Et  si  amenez  blainche  flcn i  «. 


-   31    - 

Ho!  bonet  rouge,  là  le  nez, 
Ce  dit  autan  le  basteleur, 
Affiii  de  reprandre  couleur. 
Je  m'en  vois  à  ce  hault  pignon, 
Quoy  faire?  boire  du  meilleur, 
Mais  que  je  trouve  ung  compaignon! 
Lors  s'inclinent  les  ambassadeurs  devant  l'Arcevesque  et  le 
saluent. 

Dijonnoiz. 
Celluy  qui  souffrit  passion 
Pour  humaine  fragilité, 
Vous  doint  à  perpétuité 
Jouyr  de  consolacion. 

L'Arcevesque  de  Lyon. 
En  céleste  habitation 
Vous  mecte  par  sa  déité 
Celluy  qui  souffrit  passion 
Pour  humaine  fragilité. 

L'Auxoiz. 
Après  toute  occupacion 
De  caduque  mondanité, 
Dieu  vous  doint  de  félicité 
Large  parti cipacion. 

Le  premier  Borgeoys. 
Celluy  qui  souffrit  passion 
Pour  humaine  fragilité, 
Vous  doint  à  perpétuité 
Jouyr  de  consolacion. 

L'Arcevesque. 
Laissons  ceste  inclinacion, 
Laissons  ceste  humble  révérence, 
Car,  certes,  ma  vocacion 
N'est  pas  de  telle  préférence. 


-  32   — 

DlJONNOIZ. 

Vostre  saige  magnificence 

Est  bien  digne  de  mienlx  avoir. 

L'Auxoiz. 
L'honneur  delm  à  vostre  excellence 
Passe  mon  petit  sçavoir. 

L'Arcevesque. 
Faictes  moy  entendre  le  voir 
Du  cas  de  vostre  intention, 
Et  pourquoy  vous  me  venez  voir 
En  si  lointaine  région. 

DlJONNOIZ. 

Monseigneur,  soubz  correction, 
Par  moy  vous  sera  récité. 
Nous  venons  en  légation 
Pour  Lengres,  la  bonne  cité. 

L'Arcevesque. 

Après? 

DlJONNOIZ. 

La  mort  lui  a  osté 
Son  prélat  &  consolateur, 
Et  est  le  lieu  desconforté, 
Comme  sont  brebis  sans  pasteur. 

Mais  pour  porveoir,  par  bonne  guise, 

A  ceste  désolacion, 

Ont  tous  messeigneurs  de  l'église 

Assigné  jour  d'élection. 

Si  vous  font  supplication 

Que  par  vostre  bénévolence, 

Yeullez  la  congrégation 

Honorer  de  vostre  présence. 


33  - 

L'Auxoiz. 
Il  y  a  jour  déterminé 
Pour  eslire  Evesque  notable, 

Dieu  doint  que  tout  le  démené 
Soit  à  noz  âmes  proffitable! 
Mais  l'élection  honnorable 
Seroit  trop  plus  plaisante  à  Dieu 
Si  voslre  personne  amyable 
Daignoit  venir  jusqu'au  dit  lieu. 

Vous  conseillerez 
L'ecclésiasticque, 
Vous  adresserez 
La  chose  publicque, 
L'homme  maniticque 
Vient  à  chef  de  tout, 
En  chose  auctenticque 
Ron  conseil  vault  moult. 

Dijonnoiz  . 

Honnoré  seigneur, 
Digne  ùl  vertueulx, 
Vous  ferez  honneur 
Au  lieu  plantureux. 
Ung  sens  gracieulx 
Nous  est  bien  décent, 
Car  en  cas  doubteux 
Ung  homme  en  vault  cent . 

L'Arcevesque. 

Quant  à  ceste  affaire, 
Moy,  je  n'y  puis  rien. 

L'Auxoiz. 

Sans  vous  peult-on  faire, 
Mais  nompas  si  bien. 


34 

L'Argevësque. 

Tout  ce  qui  est  myen 
Ne  veul  escondire. 

DlJONNOIZ. 

(Test  vostre  grant  bien 
Qui  le  vous  fait  dire. 

L'Arcevesque. 

J'iray,  quant  vous  vouldrez  eslire, 
Voyr  l'élection  célébrer, 
Et  si  ne  veul  pas  escondire 
De  vostre  Évesque  consacrer. 
Je  suis  content  d'y  labourer 
Avant  quatre  jours  &  demy, 
Et  s'en  rien  vous  puis  honnorer, 
Vous  me  trouverez  bon  amy. 

Quand  Lengres  est  de  ma  province 
L'une  des  plus  nobles  citez, 
Il  seroit  bon  que  je  survinsse 
A  toutes  ses  nécessitez. 
Item,  je  scay  les  volontez 
Des  gens  d'église  &  des  bourgeoys, 
Pourtant,  Messeigneurs,  ne  doublez 
Je  vous  serviray  ceste  foys. 

Lengres  est  lustre  lumineux, 
Louange,  lyesse  louable, 
Lieu  limitté,  laborieux, 
Longue  latitude  légale, 
Roche  resplandissant,  réale, 
Reigle,  repoz,  riche  ressort, 
Redondant  richesse  régale, 
Ray  rendant  rayant  reconfort. 


—  35 

Je  scay  bien  que  c'est  ung  lieu  fort, 
Triumphant  entre  les  humains, 
Ayant  jadiz  paix  &  accord 
Au  noltle  sénat  des  Romains. 
Quant  César  fit  les  failz  haultnins 
Parmy  les  régions  gallicques, 
ïousiours  furent  bons  <k  certiiins 
Les  chevalereux  Lingonicques. 

Puis  doncq  qu'ung  lieu  si  sumptucnh 
Me  semont,  requiert  &  incite 
D'ung  vouloir  franc  &.  curieulx, 
C'est  raison  que  je  le  visite  ; 
Car  qui  personne  desconfite 
Peult  remectre  en  convalescence. 
Je  croy  qu'il  acquiert  grant  mérite 
Vers  la  divine  Providence. 

Mes  amys,  ayez  confidence 
En  Dieu  qui  toute  chose  ordonne, 
Et  quant  à  moy  je  m'abandonne 
D'aller  partout  où  vous  irez. 

Dijonnoiz. 
l'ai  et  es  le  bref. 

L'Arcevf.sque. 

Quant  vous  vouldrez. 
Le  premier  Borgeoys. 
Très  révérend  père  &  seigneur, 
Puisque  vous  faictes  cest  honneur 
De  promectre  que  vous  viendrez, 
Faictes  le  bref. 

L'Arcevesque. 

Quand  vous  vouldrez. 


36  — 

Le  second  Borgeoys. 
Le  terme  <(ui  est  assigné 
Dedans  huit  jours  sera  fine, 
Pourtanl  ce  que  vous  en  ferez, 
Faictes  le  bref. 

L'Arcevesque. 

Quant  vous  vouldrez. 

DlJONNOIZ. 

ipprestez  vous. 

L'Arcevesque. 
N'aiez  soucy. 
L'Auxoiz. 
Où  sont  voz  genz? 

L'Arcevesque. 

Hz  sont  tous  «  \ 
Le  second  Borgeoys. 
Appelez  les. 

L'Arcevesque. 
Tirez  vous  près. 

Le  premier  Borgeoys 
Faictes  le  bref. 

L'Arcevesque. 

Quant  vous  voudrez. 
Icy  appelle  ses  gens. 

Maistre  Jehan,  venez  çà,  venez, 
Faictes  appoincter  ma  monture, 
Puis  une  mulle  m'amenez, 
Ou  quelque  hobin  de  nature. 

Maistre  Jehan,   chappelain  de  l'Arcevesque  de  Lvoic. 
Monseigneur,  j'y  voys  bonne  alleure, 
Tuntost  seront  appareillez. 
Viens  pà,  viens,  Robin,  turelure, 
Tes  chevaulx  sont-ilz  estrillez? 


Robin,  serviteur  de  l'Arcevesque. 
Mes  chevaulx  sont  très  bien  lyez 
Et  ont  plus  de  foin  que  d'avesne. 

Maistre  Jehan. 
Il  fault  (jirilz  soient  desliez, 
Monseigneur  veull  qu'on  les  luv  amesne 
Celiez,  bridez. 

Robin. 
Voycy  grant  peine. 
Me  fault-il  aller  en  voyage? 
Si  j'eusse  au  moins  la  pance  plaine 
Je  feisse  mieulx  mon  personnage. 

Maistre  Jehan. 
As-tu  faiz,  Robin? 

Robin. 

Voycy  rage. 
Ces  gens  me  feront  forcener. 
Maistre  Jehan. 
Amainne  tost. 

Robin. 
Suis-je  son  page! 
Je  croy  qu'il  me  veult  gouverner. 
Lors  mainne  les  chevaulx  et  d'ici  Robin  : 
Tenez. 

Maistre  Jehan. 
Te  pourras-tu  haster? 
Robin. 
Haster,  sambredieu,  je  me  tue. 

Maistre  Jehan. 
Monseigneur,  vous  plaist-il  monter? 
Voicy  la  monture  venue. 

Le  premier  Bourgeoys. 
Tire  ces  chevaulx  en  la  rue, 
Ho!  maistre  Pierre  Perrenet. 


38 

DlJONNOlZ. 

Où  est  mon  homme? 

PlERRE. 

Il  sue,  il  sue. 
L'Auxorz. 
Tire  avant,  tire,  Symonet. 

Symonet. 

N'aurons-nous  jamais  point  d'arrest? 

Pierre. 
Pourrons-nous  point  avoir  repoz? 

Le  second  Buurgeoys. 
Çà,  mon  cheval! 

Pierre. 
Il  est  tout  prest. 
Symonet  dit  à  Dijonnoiz. 
Montez. 

Dijonnoiz. 
Voicy  de  bons  suppoz. 

Le  premier  Bjodrgeoys. 
Voicy  de  bons  vuydeurs  de  poz. 

L'Ai  xoiz. 
Comme  ilz  servent,  on  les  pairra. 

Pierre. 
Toutesfoys  à  nostre  propoz 
La  vache  Berthier  s'en  viendra. 
Ilz  montent. 

L'Arcevesqde. 
Qui  est-ce  qui  nous  conduyia? 

Dijonnoiz. 
Nous  sçavons  le  chemyn  trustons 

Le  PREMIEfl  Bourgeois 
I  iraj  le  premier  mii  vouldra. 


—  39  — 

L'Arcevesque. 
Or  allez,  je  me  fie  en  vous. 
Lors  s'en  revont  pas  à  pas  el  pais  le  Doyen  d'ici  : 
Le  Doyen. 
Dieu,  qui  en  croix  morut  pour  nous, 
Veulle  adresser  nostre  ambassade 
Et  garder  dessus  &  dessoubz 
D'avoir  chose  qui  ne  soit  fade. 

Le  Trésorier. 
S'il  y  a  personne  malade, 
Jliésu  Crist  le  veulle  saulver, 
Et  que  tout  sain  sans  estre  fade 
Puisse  ung  chascun  d'eulx  retourner. 

Tonxoirroiz. 
Affin  c[ue  puissions  démener 
A  bon  chief  nostre  élection, 
Dieu  dohit  qu'ilz  puissent  ramener 
Le  noble  seigneur  de  Lyon. 

Barroiz. 
Quant  à  moy  mon  oppinion 
Se  est  que  tout  présentement 
Nous  mectons  en  dévoeion. 
Priant  pour  eulx  dévotement. 

Bassigny. 
Nompas  pour  ce!a  seulement 
Convient  grâce  à  Dieu  demander, 
Mais  aussy  pour  plus  sainctement 
A  l'élection  procéder. 

Le  Chantre. 
Nous  devons  prier  et  orer 
La  glorieuse  Trinité, 
Affin  (pie  puissions  labourer 
A  pourvoir  la  noble  Cité. 


-    10 

Il    PREMIER    GhANOISNI 

Dieu  exaulce  par  sa  bonté 
Les  dévoz  humbles  oc  dobtis, 
Car  il  nous  a  dit  :  Petite 
l-.i  tandem  acçipietis. 

Le  second  Chanoisne. 
Le  Psalmiste,  par  -es  escriptz, 
Nous  a  de  beaulx  consors  donnez, 
Quant  il  dict  que  les  cueurs  contritz 
No  sont  point  de  Dieu  contempnez. 

Le  Secrétaire. 
Si  vérité  vous  maintenez 
El  raison  conduit  voslre  affaire, 
Vous  debvez  estre  acertenez 
Qu'en  rien  vous  ne  povez  meffaire 

Le  Doyen. 
Mais  qu'il  ne  vous  vucille  desplaire, 
Moy  qui  liens  le  lieu  cappital, 
!  ne  oroison  veul  à  Dieu  faire 
Au  nom  du  Chappitre  total. 
Icij  se  mcct  à  genoulx  et  tout  le  Chappitre  pareillement  et 
}oindent  leurs  mains,  puis  die)  le  Doyen  : 

Le  Doyen. 
<>  rédempteur  de  tout  le  genre  humain, 
Qui  terre  <-v  ciel  gouverne  sonbz  ta  main, 
Par  providence  &  régime  ineffable, 
Et  qui  jadis  au  prophète  haultain 
Vos  inspirer  maint  proverbe  certain 
Pour  nous  donner  espoir  doulz  c\  affable. 
Tourne  vers  nous  la  face  piléable, 
Regarde  nous  de  ion  cueur  amyable, 
A  relie  lin  que  sans  difficulté 
Puissions  avoir  ung  Évesque  notable. 


—  M  — 

Plaisant  à  toy,  ;m  monde  prouffitable, 
Plain  de  vertus,  de  sens  lv  de  bonté 

0  Vierge  qui  avez  pourté 
Celuy  qui  tout  peult  ravoyer, 
Suppliez  à  la  Trinité 
Que  grâce  nous  vueille  envoyer. 
Le  Secrétaire. 
Amen!  Dieu  le  vueille  ouctroyer! 

La  Vierge  Marie. 
Pitié,  la  vertu  très  bénisgne 
Qui  pénètre  cueurs  amoureulx, 
Me  rends  secourable  à.  encline 
De  pryer  pour  les  langoureulx. 
Si  viens  à  toy,  Roy  glorieulx, 
Faire  ma  déprécacion, 
Afïïn  que  les  cueurs  douloureulx 
Reçoivent  consolacion. 

0  divine  essence, 
Haulte  intelligence, 
Digne  sapience, 
Des  bons  la  desserte, 
La  large  influence 
De  ta  providence, 
Car  bénévolance, 
Soit  icy  ouverte. 

Lengres,  la  cité  désolée, 
Te  requiert,  en  humilité, 
Qu'elle  puist  estre  consolée 
Par  ta  doulce  bénignité. 
Pourvoye  à  la  nécessité, 
A  son  prouffîct,  à  toi)  honneur, 
Et  luy  baille  homme  d'équité 
Pour  Évesque  &  pour  gouverneur. 


l»n:i  . 
Ma  doulceur  à  mansuétude, 
Mil  compassion  &  concorde, 
Resveillent  ma  consuétude 
Pour  leur  faire  miséricorde 
Gomme  vostre  oroison  recorde. 
Ils  sont  doulx,  craintis  6c  paoureulx, 
Pourtant,  Mère,  je  vous  accorde 
Ce  «nie  demandez  [tour  eulx. 

J'accepte  leur  bonne  oroison 
Et  la  vostre  pareillement. 
Si  me  semble  que  c'est  raison 
Que  je  leur  donne  allégement. 
Je  les  pourvoi/  présentement 
D'ung  Évesque  sans  point  damer. 
Didier  aura  nom  proprement, 
Natif  de  Gennes  sur  la  mer. 

J'esliz  souvent  les  plus  petiz 
l'our  vaincre  la  force  mondaine, 
Je  déprime  les  plus  soubtilz, 
Les  innocens  vers  moy  j'ammainne, 
La  très  ponpeuse  Magdelainne 
J'abaissay  en  plaintes  &  pleurs, 
Les  pescheurs  de  pouvre  dommainne 
Feiz  apostres  &  grans  seigneurs. 

Didier  est  simple  laboureur, 
Net  de  cueur  à  de  conscience, 
Pourtant  je  veuil  qu'il  ait  l'honneur 
De  Lengres,  cité  d'excellence, 
El  combien  qu'il  n'ai!  pas  science. 
Ne  littérale  instruction. 
Je  luv  donray  sens  &  prudence 
Par  divine  inspiracion. 


—  43  — 

Gabriel,  force  archangélicque, 

Mon  vouloir  exécuterez. 
Quant  du  clergé  scientilicque 
La  congrégation  verrez. 
Premièrement  escouterez 
Leur  demande  oc  pétition, 
Et  puis  Didier  leur  nommerez 
l'ai  saincte  révélation. 

Gabriel. 

0  haulte  domination, 
Incircumscripte  Déité, 
J'appliqueray  l'intention 
A  faire  vostre  volenté. 

Le  Fol. 

Voylà  doulcement  quaqueté. 
Dieu  comme  il  y  fait  précieulx! 
Qui  sont  ces  petiz  roupieux 
Qui  ont  elles  comme  coulons'.' 
Sont-ce  point  ces  blancs  papillons 
Quy  chemynent  sur  des  eschasses  ? 
Ils  sont  revestus  de  besasses 
De  tel  couleur  qu'on  fait  les  brayes 
Je  vous  dys  paroles  plus  vrayes 
Que  n'est  le  livre  des  quelongnes  ; 
Croyez  qu'il  y  a  des  besongnes 
Et  des  mots  mistigorieux, 
Si  très  fort  mistigorieux, 
Qu'on  n'y  entend  la  belle  notte. 
l'ourlant  si  je  porte  marotte, 
Je  ne  suis  pas  sot  assoit é. 
Toutesfoys  qui  a  tangue  cotte 
Il  ru  est  plus  souvaut  crotté, 


—  44  — 
I,  ij  les  ambassadeurs  approchent  Lengres  ci  In  voijeni, 

L'ARCEVESQUE  DE  LYON. 

Je  croj  que  je  voy  la  cité 

De  Lengres  qui  est  hault  assise. 

DlJONNOIZ. 

Voylà  le  lieu  d'antiquité, 

Les  tours,  les  portes  <k  l'église. 

L'Arcevesque. 
L'édiflice  est  sur  roche  bise. 

L'Auxoiz. 
Mont  seroit  fort  à  conquester. 

Le  premier  Bourgeovs 
11  n'a  garde  du  vent  de  bise 
Tant  sache  rudement  venter. 
îcy  ceulx  du  Chappilre  voyait  venir  les  ambassadeurs  cl  puh 
d'ut  le  Doyen  : 

Le  Doyen. 
.Ir  croy  que  je  voy  aborders 
\<>z  gens  qui  viennent  de  Lyon. 

Le  Trésorier. 
Aluns  vers  eulx  sans  plus  tarder 
Leur  rendre  salulacion. 

TONIS'OIRROIZ. 

Il  faull  que  nous  humilion. 

Bassigny. 
C'est  bien  dit,  allons  plus  avant. 

Barroiz. 
El  fussions  nous  ung  million, 
Si  fault-il  aller  au  devant. 
Lors  s'approchent. 

Le  Chantre. 
Parlez  comme  le  plus  sçavant, 
\  oyla  l'Arcevesque  au  mylieu. 


—  45  — 

Le  Doyen. 

0  très  révérend  père  en  Dieu, 
Jhésu  Crist  vous  mecte  en  sa  gloire  ! 

Le  Trésorier. 
Bien,  puissiez  venir  en  ce  lieu! 
0  très  révérend  père  en  Dieu. 

L'Arcevesque. 
Messeigneurs,  d'ung  cuéur  humble  &  preuj 
Je  viens  veoir  vostre  territoire. 

TONNOIRROIZ. 
0  très  révérend  père  en  Dieu, 
Jhésu  Crist  vous  mecte  en  sa  gloire! 

Le  Doyen. 
Sans  parler  de  plus  longue  histoire, 
Monseigneur,  vous  plaist-il  descendre".'' 

L'Arcevesque. 
Descendre  fault,  il  est  notoire. 
Ça,  Robin,  vien  ce  cheval  prandre. 
//  descend. 

Le  Trésorier. 
S'il  vous  plaist  à  nous  condescendre, 
Au  Chappitre  vous  conduyrons. 

L'Arcevesque. 
Or  y  alons  sans  plus  actendre 
Voir  comment  nous  besongnerons. 
Lors  les  dianitez  maintient  V Arccvcsque  en  chappitre  et  les 
attitrés  descendent,  et  dict 

DlJONNOIZ. 

Il  convient  que  nous  descendons. 

L'Auxoiz. 
Ho!  Symonet,  pren  ce  trottier. 
Le  premier  Chanoisne. 
Messeigneurs,  nous  vous  attendons 
Pour  aller  ensemble  au  mouslier. 


il.  - 
Le  premier  Bourgeois. 

l'i.MTo! 

Pierre, 
Holà! 

hy  les  nul  1res  descendent. 

Le  premier  Bourgeots. 
Il  fault  logier 
Noz  rhovaulx  bien  légièremenl. 

Pierre. 
Tout  à  loisir. 

Le  second  BouRgeoys. 
Légiër!  légièr! 
Fault-il  aler  si  pesamment. 
Le  Secrétaire. 
Symonet,  losgez  proprement 
Tous  les  chevaulx  de  Monseigneur 
Et  qu'ilz  ne  boyvent  nullement 
Tant  qu'ilz  soyent  hors  de  sueur. 

Symonet. 
Beau  sire,  n'en  ayez  jà  peur, 
Sçay-jé  pas  bien  que  j'ay  à  faire. 

Le  Secrétaire. 
Déaj'en  parle  pour  nostre  honneur. 

Symonet. 
Adieu,  monseigneur  le  notaire 
.Mais  regardez  quel  secrétaire 
Qui  se  veult  de  mon  fait  mesler! 

Le  Secrétaire. 
Pourquoy  non? 

Symonet. 

Bien,  vous  pouvez  taire. 
Le  Secrétaire. 
Aussi  en  puis-je  bien  parler. 


-  n  — 

Le  SECOND  (llLVNOISNE. 
Messeigneurs,  il  est  temps  d'aller 
En  chappitre  voir  nostre  Fait. 

DlJONNOIZ. 

Avant  qu'on  nous  vienne  appeller, 

Allons  j . 

L'Auxoiz. 

Ce  sera  bien  fait. 

Lors  s'en  vont  en  Chappitre  après  les  anltrcs. 

Robin. 
Venez  ça,  Pierre  &  Symonet, 
Je  vous  festyay  à  Lyon. 

Pierre. 
Et  puis? 

Robin. 
Je  vous  le  dict  tout  net. 

Symonet 
Dieux!  mais  pour  quelle  occasion? 

Robin. 
Se  tu  fusses  bon  compaignon, 
Tu  deusses  avoir  maintenant 
Beaulx  pâtés,  trippes  &.  roignon. 
Et  de  bon  vin  à  l'advenant, 

Symonet. 
Ha!  je  sçay.  . . 

Robin. 
Quoy? 
Symonet. 

Ung  vin  triant. 
Robin. 
Mais  de  quel  creu? 

Symonet. 

De  Montsaujon. 


—   48 

[\OBlNi 

De  quel  couleur? 


Symonet. 

Rouge  lv  rayant. 
Robin. 


Bon. 


Symonet. 
Bon  &  fut-il  de  Dijon?.  .  . 

ROBIN. 

Il  convient  que  nous  en  taston. 

Symonet. 
Je  t'en  donne  ung  pot  tout  entier. 

ROBIN 

(Test  très  bien  dit.  Or,  nous  hastons. 

Symonet. 
Tantost  mais  qu'on  soit  au  moustier. 

L'Arcevesque  de  Lyon,  assh  en  Chappitre,  dut  : 
Messeigneûrs  quej'ayme  &  très  chier, 
Ainsy  comme  je  suis  tenu, 
Vous  m'avez  envoyé  sercher. 
Pourtant  suis  à  Lengres  venu. 
S'il  y  a  rien,  gros  ou  menu, 
En  quoy  je  vous  puisse  servir, 
Déclairez  moy  le  contenu 
Car  ad  ce  me  veul  asservir. 

Le  Doyen. 
Monseigneur,  sachez,  sans  mentir, 
Que  depuis  certain  temps  passé, 
Par  mort  qui  tout  fait  départir, 
L'Évesque  Juste  est  trespassé. 
(  ir,  est  ce  Chappitre  amassé 
Allin  qu'élection  se  face. 
Dieu  qui  le  monde  compassé, 
V  veulle  pourvoir  par  sa  grâce! 


-  49  — 

Si  avons  ceste  audace  priuse 
De  vostre  personne  inviter, 
Supplyant  qu'à  ceste  entreprinse 
Veullez  seulement  assister, 
Premièrement,  pour  nous  donner 
Conseil,  confort,  direction; 
Secondement,  pour  ordonner 
L'estat  de  nostre  élection. 

L'Arcevesque. 
Vous  avez  bonne  intencion, 
Corne  je  puis  apparcevoir. 
Dieu  veulle  vostre  affection 
Aggréablement  recepvoir! 
Mais  vous  sçavez  que  pour  porvoir 
A  si  notable  dignité, 
Ung  électeur  ne  doit  avoir 
Amour  ne  favorablelé. 

Qui  esse  qui  ose  aprocher 

De  si  digne  vocacion, 

Quant  Sainct  Marc  voull  son  doy  trancher, 

Affin  qu'il  n'eust  prélacion? 

Les  hystoires  font  mencion 

Qu'Ammonius  fit  par  rigueur 

De  son  oreille  incision 

Pour  éviter  si  grant  honneur. 

Sainct  Pol  nous  dict,  en  ses  épistres 
Où  maint  mystère  est  révellé, 
Que  nul  ne  doit  appeler  mittres, 
S'il  n'est  corne  Aaron  appelle  ; 
Et  combien  qu'il  ait  récité 
Qu'on  peult  désirer  prélature, 
Il  n'entend  pas  l'auctorité, 
Mais  le  soing,  la  charge  &  la  cure. 


50   — 

Si  la  chose  est  tant  difRcille 
Pour  laquelle  nous  labourons, 
Qui  esse  qui  sera  habille, 
Qui  esse  que  nous  eslirons? 
Je  vous  diray  que  nous  ferons 
Pour  abolir  dubiété  : 
En  tout  nous  en  rapporterons 
A  la  divine  volonté. 

En  négoce  dubitatif, 
On  doit  recourir  franchement 
Vers  le  hault  bien  infinitif, 
C'est  Dieu  qui  tit  le  firmament. 

Le  Trésorier. 
Vous  en  parlez  tant  prudamment, 
Qu'on  ne  pourroit  mieulx  ce  me  semble. 

DlJONNOIZ. 

Vous  monstrez  bien  évidamment 
Qu'en  vous  toute  vertu  s'assemble. 

L'Arcevesque 
Pourtant  concludz  que  tous  ensemble, 
Sans  discorde  ou  division, 
Vers  celluy  soubz  qui  enfer  tramble, 
Nous  mettons  en  dévotion, 
Chascun  face  pétition 
Par  humilité  actuelle, 
Et  ce  pour  invocation 
De  la  grâce  spirituelle. 

TONNOIRROIZ. 

Vous  nous  baillez  doctrine  beHe, 
Benoist  soit-il  qui  la  croira! 

Barrotz. 
Pour  impétrer  i;râce  nouvelle, 
Vous  mois  baillez  doctrine  belle! 


—  :>i  — 

L'ÀRCEVESQl  E. 

Dieu  par  sa  pitié  sollennelie, 

S'il  luv  plaît  nous  regarder;). 

L'Auxoiz. 

Vous  nous  baillez  doctrine  belle, 

Benoist  soil-il  qui  la  croyra  ! 

Bassigny. 

Chascun  son  oroison  fera. 

Le  Chantre. 

Chascun  crira  à  Dieu  marcy. 

Le  premier  Chanoisnk. 

Qui  esse  qui  commencera? 

Le  second  Chanoisne. 

Qui?  Déa  Monseigneur  que  voycy. 

L'Arcevesque. 
Très  bien! 

Le  Doyen. 

11  se  doit  faire  ainsy. 

Demandons  de  Dieu  les  vertuz. 

Et  puis  nous  chanterons  aussy 

Veni,  Creator  Spiritus. 

L'Arcevesque  ue  Lyon,  à  genoulx. 
0  vray  rédempteur  d'Israël! 
0  vray  espoir  de  Mysaèl! 

Où  Jaèl 
Print  sa  force  &  son  asseurance  ; 
Qui  enlumynas  Danyel, 
David,  Moyse,  Ezéchyel, 

Samuel, 
Et  plusieurs  de  ton  accointante  ; 

Nous  avons  en  toy  espérance, 
Pourtant  requérons  ta  puissance, 

Par  instance, 
(>  vray  rédempteur  d'Israël! 


i  ;i\  nous  <i  unii  prélat  démonlrance, 
Qui  face  y,  par  bonne  ordonnance. 

Ta  plaisanee, 
0  \ia\  espoir  <le  Mysaël  ! 

Le  Doyen,  à  genonlx. 
0  souverain  triumphateur, 
De  toute  gloire  infinité, 
Donne  nous  ung  saige  pasteur 
Oui  soit  prudent  dispensateur 
Des  fruitz  d'ieelle  dignité, 
Ou  qui  gouverne  la  Cité, 
Par  police  &  bonne  conduicte, 
Selon  seigneur  madgnye  duytte. 
Le  Trésorier,  àqenanlx. 
Mon  Dieu!  j'eslève  à  toy  les  yeulx 
Par  doulce  contemplation, 
Requérant  que  de  tes  sainclz  cieulx, 
Veulle  pourvoir  de  bien  en  mieulx 
Nostre  estât  &  vocation. 
Exaulse  mon  oracion, 
Non  obstant  que  suis  délinqueur; 
Bon  vouloir  procède  du  cueur. 
Dijonnoiz,  à  (fcnonlx. 
0  paternelle  Déyté, 
Qui  tout  peulx  &  sçayz  ordonner, 
Lengres,  ayant  perplexité 
Et  vivant  en  viduité, 
Ne  veulle  pas  habandonner, 
Mais  te  plaise  jiMsteur  donner 
Oui  la  puist  garder  de  meschief; 
Membres  ne  vaillent  riens  sans  cbief. 

TONNOIRROIZ,  à  getioxilx. 
Impérateur  très  glorieulx, 
Plus  cler  que  saphiz  ne  rubiz, 


Donne  nous  prélat  curieulx 

D'envahyr  les  loups  Curieulx 

Qui  sont  plus  durs  que  mabre  biz. 

Regarde  en  pitié  tes  brebiz, 

Et  leur  envoyé  ung  deflètiscur; 
Troupeau  sans  berger  n'est  pas  seur. 

Bakroiz,  à  genoulx 
0  déificque  Celsitude, 
Régnant  au  hault  ciel  stellifère, 
Par  ta  saincte  béatitude, 
Pour  guérir  nostre  amaritnde, 
Prélat  propice  nous  confère. 
Plus  ne  tarde,  plus  ne  diffère, 
Mon  Dieu,  mon  père  omnipotent; 
Car  trop  ennuyé  qui  atant. 

L'Auxoiz,  à  genoulx. 
Divinité  inmarcessibie, 
Trésor  de  toute  sapience, 
Relucence  incompréhensible, 
Donne  à  ma  voix,  s'il  est  possible, 
Par  devant  toi  clère  audience  ; 
Ne  permectz  que  ma  conscience, 
Mon  exauldicion  empesche  ; 
Il  n'est  si  juste  qui  ne  pèche. 

Bassigny,  à  genoulx. 
0  Jhésu  Crist,  pierre  angulaire 
Où  la  foy  print  fondacidn, 
Qui  le  monde  triangulaire 
Racheptas  de  perdicion, 
Ueçoy  la  déprécacion 
Que  je  te  présente  &  recorde, 
Et  nous  donne  provision 
Par  ta  saincte  miséricorde. 


04  — 

Le  Chantre,  à  genoulx 
Nonobstant  que  je  soye  indigne 
De  In  saincte  grâce  implorer, 
Roy  îles  Roys,  Puissance  divine, 
Je  te  viens  prier  <k  orer, 
Affin  que  tousiours  demeurer 
En  paix,  en  amour,  en  concorde, 
l'ny  que  puissions  bien  labourer 
Par  ta  saincte  miséricorde. 

Le  Premier  Chanoisne,  à  genoulx 

0  Puys  de  grâce  melliflue,* 
Sur  tous  décorant  à  foyson, 
Je  t'appelle,  je  te  salue, 
Nompas  si  bien  que  de  raison, 
Regarde  en  pitié  ta  maison 
Qui  à  Ion  service  s'accorde, 
Et  pran  en  grey  notre  oroison 
Par  ta  saincte  miséricorde. 

Le  second  Chanoisne,  à  genoulx. 
Devant  toy  nie  meetz  à  genoulx, 
Mon  Dieu,  mon  Roy,  mon  Souvenu, 
l 'riant  que  puissions  entre  nous 
Ceste  élection  parfournir; 
l'a\  ung  bon  Évesque  venir. 
Qui  vive  à  Lengres  sans  discorde, 
El  le  nous  veulle  maintenir 
Par  la  saincte  miséricorde. 

L'ÀRCEVESQUE. 

Haultain  plasmateur, 
Digne  créateur, 

Par  qui  toute  erreur 
S'anicbille  el  l'ont. 


Reçoj  ta  clameur, 
Entend  la  rumeur, 

Que  du  bon  du  eueui 

Tes  serviteurs  font. 
Lors  se  lèvent. 

Puis  qu'avons  fait  noz  oroisons, 
Il  t'ault  qu'aultre  chose  faisons, 
Ça,  chantez,  Domine  cantor. 

Le  Chantre. 
Que  voulez-vous  que  nous  disons? 

L'Arcevesque. 
Affin  que  tout  bien  perfaçons, 
Gommancez  :   Veni,  Creator. 

Lors  le  Chantre  commence  Peni,  Creator  et  tous  se  mec- 
lent  à  genonlx,  puis  Gabriel  se  trouve  au  lieu  et  dict  : 

Gabriel. 

Clergé  bon  oc  eatholicque, 
Dévot  peuple  ecclésiasticque, 
Servant  Dieu,  le  souverain  Roy, 
Entend  la  voix  archangélicque 
Que  Dieu,  de  son  trosne  auctenticque, 
Te  mande  à  cesle  heure  par  moy. 

Ung  Évoque  je  te  révèle 

Qui  par  droit  nom  Didier  s'apelle, 

A  Gennes  fait  sa  résidence. 

Combien  qu'à  la  cherrue  belle 

Face  labour  continuelle, 

Dieu  veult  qu'il  ait  la  préférence. 

Onques  n'estudia  science, 

Mais  Dieu  luy  donna  sapience 

Assez  pour  le  peuple  informer. 

Il  plaist  à  la  divine  essence 


56 

Que  bref,  à  toute  diligence, 
Soit  quis  à  Gennes  sur  la  mer. 

Lors  s'en  rêva  subbit  après  qu'il  a  parti'. 

Admirations  soient  faicles. 

Le  Doyen. 
Qu'esse  là? 

L'Arcevesque. 
Voix  qui  est  damer. 

Le  Trésorier. 
Quelle  \<>i\ ? 

L'Arcevesque. 
D'exaudicion. 

DlJONNOJZ. 

Le  son  est  doulx. 

L'ARCEVESQUE. 

Pas  n'est  amer 

TONNOIRROIZ. 

Que  faicl-elle? 

L'Arcevesque. 
Révélacion. 

Le  Doyen. 
Connue  quoy? 

L'Arcevesque. 

Démonstration. . . 

Le  Trésorier. 

h'iing  bon  prélat. . . . 

L'Arcevesque. 

Bon  &  entier. 
DlJONNOIZ. 

Quel  homme? 

L'Arcevesque. 
De  dévocion 


—    Di    — 
ToNNOlHKOIZ. 


Son  nom'? 


L'Arcevesque. 
Il  s'appelle  Didier. 
Le  Doyen. 
Bien  te  debvons  regracier, 
0  souveraine  majesté. 

Barroys. 
Pour  tes  haulx  dons  remarcier, 
Bien  te  debvons  regracier. 

L'Auxoys. 
Trop  ne  pouvons  magnifier 
Ta  puissance  &.  bénignité. 

Bassigny. 
Qui  en  toy  ne  se  veult  fyer, 
Il  erre  contre  vérité. 

Le  Chantre. 
Bien  te  debvons  regracier, 
0  souveraine  majesté. 

Le  Doyen. 
0  vray  Dieu,  comme  ta  bonté 
Est  gracieuse  &  pitoyable! 
Nous  estions  en  perplexité 
D'avoir  ung  Evesque  louable, 
Mais  ta  doulceur  inestimable, 
Ta  clémence,  ta  charité, 
A  transmis  ung  ange  amyable, 
Pour  oster  la  difficulté. 

L'Arcevesque. 
Seigneurs,  vous  avez  escoutté 
La  révélation  divine. 
Si  fault  aller  vers  la  cité 
De  Germes,  prèz  de  la  marine, 


-  58  - 

Quérir  la  personne  bénigne 
Oui  doit  estre  vostre  pasteur. 

Barroys. 
Quant  est  de  moy,  je  détermine 
D'y  aller. 

Bassigny. 
Et  moy  de  bon  cueur. 

Le  Doyen. 
Vous  estes  deux  hommes  d'honneur, 
Pourtant,  je  vous  donne  ma  voix. 

Barroiz. 
11  nous  l'ault  aussy  deux  bourgeoys, 
Pour  mieulx  Testât  entretenir. 
Mais  il  convient  d'aller  ainçoys 
Sçavoir  s'il  leur  plait  de  venir. 

Le  Secrétaire. 
Puisque  j'entends  vostre  désir, 
Tantost  les  voys  faire  monter. 

Bassigny. 
Suz,  Symonet,  prans  le  loysir 
De  bien  noz  chevaulx  aprester. 

Symonet. 
J'y  voys  donc. 

BARROIZ 

Tu  n'as  (jue  tarder, 
Il  faut  partir  légièrement. 
Symonet. 
N'en  parlez  plus,  je  voys  brider, 
Vous  monterez  présentement. 

Le  Secrétaire. 
Seigneurs,  vous  sçavez  bien  cornent 
Dieu  nous  a  prélat  révélé, 
Qui  es!  de  Gennes  proprement, 
El  par  nom  Didier  appelle. 


—  .)'.»  — 

Si  ont  en  uhappitre  parlé 
De  sercher  &  d'y  besongner, 

Pourtant  ne  soit  de  vous  celé, 
Si  les  voulez  accompaigner. 

Le  tiers  Bourueov.-. 
Puisque  Dieu  l'a  volu  noncer 
Par  ung  ange  plaisant  i.v  doulx, 
Très  bien  nous  voulons  avancer 
De  le  quérir  avec  vous. 

Le  Secrétaire. 
Mais  qui  viendra? 

Le  quart  Bourgeoys. 

Deux  d'entre  nous. 
Voyre  lesquels  que  vous  vouldrez. 

Le  premier  Bourgeoys. 
Vous  estes  le  plus  fort  de  tous, 
Si  conclud  moy  que  vous  irez. 

Le  tiers  Bourgeoys. 
Et  pour  compaignqn  vous  m'aurez, 
Je  ne  quiers  qu'aller  à  l'estrade. 

Le  quart  Bourgeois. 
Pierre  ! 

Pierre,  varlet 
Sire  ? 

Le  quart  Borgeoys. 
Tire  toy  près. 
Ou  tu  auras  la  bastonnade. 

Pierre. 
Que  vous  plaist-il? 

Le  tiers  Borgeoys. 

Une  ambassade 
Nous  faisons  vers  les  Genevovs. 


—  60  — 

Donc  pour  tout  refrain  de  balade 
Amainne  noz  chevaulx. 

Pierre. 

.l'v  voys. 
Icy  va  quérir  les  chevaulx  el  Hz  monlenl. 

Le  second  Bourgeoys. 
Or,  mes  amys,  pour  ceste  foys 
Nous  ferez  le  pèlerinage, 
Mais  faictes  honneur  aux  bourgeoys. 

Le  quart  Bourgeoys. 
Nous  y  ferons  beau  vasselage. 

Symonet  amainne  les  chevaulx  cl  dicl  : 

Symonf.t. 
Moulez,  vous  avez  l'avantage, 
Car  je  tien  l'estrier  d'ung  costé. 

ToNNOIRROIZ. 

Il  vous  l'ault  aussy  un  message. 

Le  Messagier. 
Voy  me  cy  jà  tout  apresté. 

O)  monlenl. 

Bassigny. 

(là,  mes  bourgeoys. . .  . 

Le  tiers  Bourgeoys. 

Je  suis  monté. 

Barroiz. 
Tirez  avant. 

Le  tiers  Bourgeoys. 
Veescy  de  quoy.    . 

Le  quart  Bourgeoys 
Déa,  rien  ne  demeure  par  moy, 
Je  -ni*-  désià  imii  ;'i  cheval 


—   Cl    — 

Bassigny. 

Or  çà,  nous  sommes  en  arrov, 
Chevauchons  à  mont  &  à  val. 

Le  Doyen. 

Pour  tout  vostre  cas  principal, 
Amenez  Didier  en  ce  lieu. 

Barroiz. 
Très  bien. 

Le  Trésorier. 

Or,  Dieu  vous  gard  de  mal! 

Bassigny. 
A  Dieu  soyez! 

Le  Doyen. 

Allez,  adieu! 

Le  Foi.. 

Ces  gens  icy,  par  la  mort  Dieu  ! 
Ne  font  que  culeter  la  celle. 
Je  croy  qu'ils  s'en  vont  à  Pontieu, 
Non  font,  ils  vont  à  la  Rochelle. 
N'ai-je  pas  bien  sotte  cervelle, 
De  demeurer  tousiours  aux  trippes? 
Je  n'ay  plus  de  vin  que  deux  pipes. 
Par  le  sacrement  de  la  messe, 
Ho!  monter  fault  sur  mon  ànesse, 
Puisque  je  n'ay  aultre  monture. 
Fy!  fy!  elle  a  fait  une  vesse, 
Ou  il  a  icy  quelque  ordure. 
H  monte  sur  Vamc  et  va  après. 

Or  çà,  picquons  à  l'aventure 
Tousiours  au  long  de  ceste  treille, 
Car,  soit  par  force  ou  par  injure, 
Je  veul  conquester.  la  bouteille. 


tri    - 

Adieu  !  adieu!  robbe  vermeille. 
Je  voj  tout  droit  à  Aigue-Morle. 
Mais  tout  le  gosier  me  tateille 
Pour  le  vin  que  cesluy-là  porte. 

Lucifer. 

Hompez  cahoz,  infernale  cohorte, 
Saillez  dehors,  wuydez  de  la  tanière, 
Axrochez  vous  par  fenestre  oc  par  porte, 
Venez  bientost  sans  ordre  &  sans  manière, 
Monstrez  ici  figure  paultonnière, 
Corps  boursouflle,  espouvantaible  visaige. 
Mauldit  Satham,  qui  porte  la  bannière, 
Me  laras-tu  morir  de  maie  raige! 

Satham. 

0  Roy  régnant  en  lieu  umbragé. 
Prince  de  ténébrosité, 
Se  vous  avez  rien  en  courage, 
Qu'il  soit  tanlost  manifesté. 
Nous  avons  treslous  infesté 
Pays,  royaulmes,  régions, 
Tant  que  chascun  est  moleste 
Par  noz  fines  temp tarions. 

Astaroth. 

J'ay  semé  des  divisions 

De  père  à  filz,  de  filz  à  père, 

De  nations  à  nations, 

Tanl  que  c'esl  ung  grant  vitupère. 

Léviatham. 

J'ay  entre  compère  k  commère 
Embrasé  feu  de  volupté, 
Dont  il  sordra  tel  impropère, 
Qu'enfer  y  gainnera  planté. 


—  63  — 

BeLPHÉGOR; 

J'ay  en  tant  de  pays  esté, 
Sans  sens,  sans  raison  &  sans  rynie, 
J'ay  tant  soufflé  <k  tant  tempté, 
Que  je  ne  sçay  dire  le  disme. 

Bélial. 
Et  quant  à  moy,  je  vous  intime, 
Que  par  mon  pourchaz  seulement, 
La  fornaise  de  nostre  abysme 
Reeepvra  des  gens  largement. 

Gerbéuus 
J'ay  gardé  enfer  seurement 
La  porte,  les  clefz,  les  utvlz, 
Affin  qu'aucung  empesebement 
Ne  veinst  sur  noz  apatiz. 

Lucifer. 
Vous  comptez  à  voz  appetiz, 
Chascun  crie  qu'il  l'a  fait  belle  ; 
Mais  de  Lengres,  cuins  partiz, 
N'en  direz  vous  aultre  nouvelle? 

Satham. 
Nous  n'avons  pouvoir  ni  cauthelle 
De  leur  faire  turbacion, 
Car  la  Déité  paternelle 
Les  tient  en  sa  protection. 
Quant  vint  à  leur  élection 
Pour  faire  ung  Évesque  en  leur  terre, 
Hz  eurent  révélation 
D'ung  Didier  qu'ilz  sont  allez  querre. 

Lucifer. 
Filz  de  putains!  Allez  grant  erre 
Empescher  leurs  dicts  &  leurs  faite, 


—   Ci   — 

Ou  je  \<>us  mauraj  si  graol  guerre, 
Que  vous  vouldriez  estre  deffaitz. 
(»  quelz  gens  j'ay! 

Sathâh. 

Lai/  &  mauvays. 

Lucifer. 
Quelz  applicquans? 

Satham. 

Fiers  6;  orribles. 

Lucifer  ! 
Quels  menestriers? 

Satham. 

Ors  &  pugnaiz. 

Lucifer. 
Quelz  ennemys? 

Satham. 

Très  confusibles. 

Lucifer 
Trouvez  tours  fins  à  impossibles, 
Alez  subtilitez  sercher, 
Songes,  fictions  déceptibles, 
Pour  ceulx  de  Lengres  empescher. 

Satham. 
Nous  irons  férir  oc  toucher, 
Si  bien  que  le  dyable  y  courra. 

Astaroth. 
S'on  me  debvoi!  vif  escorcher, 
S'iray-je  voyr  qu'on  y  fera. 

Léviatham. 
Qui  esse  qui  nous  concluyra? 

Lucifer. 

S;ithniii 

Satham. 
Quant  à  moy,  je  le  veul. 


65  — 
Belphégor. 
Qui  esse  qui  commandera? 

Béliai. 
Qui  esse  qui  nous  conduyra? 

Satham. 
Je  feray  tout  ce  qu'on  vouldra 
Puisqu'il  plait  au  prince  d'orgueil. 

Cerbérus. 
Qui  esse  qui  nous  conduyra? 

Lucifer. 
Satham. 

Satham. 
Quant  à  moy,  je  le  veul. 
Et  si  veul  qu'on  me  crève  l'eul 
Si  je  n'empesche  par  chemyn 
Lengroys  qui,  pour  nous  faire  deul, 
S'en  vont  hroullant  le  parchemyn. 
0  se  j'entre  en  mon  avertin 
Contre  la  Cité  lingonicque, 
Je  luy  meneray  tel  hutin 
Que  dyables  en  feront  la  nicque. 

Lucifer. 
Comment? 

Satham. 
J'ay  ung  peuple  gothicque, 
Alanicque, 
Wandalicque, 
Terrible,  cruel,  rigoreulx. 
J'ay  une  nacion  inicque, 
Paganicque, 
Tirannicque, 
Que  je  feray  venir  contre  eulx. 


—  66  — 

Lucifer. 

C'est  très  bien  dict  :  Soignez  soigneux 
Qu'en  (tcv  nous  ne  perdons  rien. 

Astaroth. 

Nous  y  allons  tous,  deux  à  deux, 
Et  pensez  qu'en  chevirons  bien. 

Léviatham. 
Il  n'y  a  se  grant  terrien 
Que  je  ne  mette  en  désarroy. 

Belphégor. 
Tu  feras  ung  estron  de  chien, 
J'y  feray  cent  foys  pis  que  toy. 

Cerbérus. 
J'en  osteray  hors  de  la  foy 
Avant  qu'il  soit  jamais  mardi. 

Bélial. 
Qui  ne  tramblera  devant  moy, 
II  fauldra  qu'il  soit  bien  hardi. 

Lucifer. 
Or,  faictes  ce  que  je  vous  dy. 

Astarotii. 
Obéyssons  à  Lucifer. 

Satham. 
Allons  m'en  tous  à  l'estourdy 
Faire  plus  fort  que  feu  d'enfer. 

Le  Charriujer,  compaignon  de,  Didier,  est  en  ung  champ 
auprèz  de  la  cherrue  el  parle  à  Didier. 

Le  Charruyer. 
Ung  chascun  debvroit  honnorer 
Geulx  qui  bien  sçavent  labourer 
La  terre  qui  porte  semence. 


-  07  — 

Didier. 

Laboureur  se  doit  colenter 
De  son  estât,  sans  appeter 
Honneur  mondain  on  excellence. 

Le  Charruyer. 

Qui  esse  qui  baille 
Bief,  vin  &  vitaile, 
Vivres  &.  mangeaille, 
N'esse  pas  labeur9 

Didier. 

Soit  froment  ou  paille, 
Soit  denier  on  maille, 
Riens  n'avons  qui  vaille, 
Sans  le  Créateur. 

Le  Charruyer. 

Labeur  norrit  les  régions, 
Labeur  soustient  les  nacions, 
Labeur  doit-on  magnifyer. 

Didier. 

Mais  Dieu,  en  qui  nous  nous  fyons, 
Car  il  conduyt  noz  actions 
Et  fait  le  grain  fructifyer. 

Le  Charruyer. 

Qui  ne  semeroit 
Ou  moissonneroit, 
La  faim  nous  feroit 
Morir  en  martire. 

Didier. 

Qui  ne  maintiendroit 
Labeur  en  son  droit, 
Grand  mal  en  viendrait. 


—   68  — 
Le  Charruyer. 
Ha!  grant  mercy,  Sire, 
N'ay-je  pas  tousiours  oy  dire 
Que  labeur  noblesse  maintient. 

Didier. 
Soit  en  royaulme  on  en  empire, 
Labeur  tous  les  estaz  soustient. 

Le  Charruyer, 
Par  labourer  ricbe  on  devient. 

Didier. 
Labeur  n'est  pas  cliose  meschante. 

Le  Charruyer. 
Chascun  en  vit. 

Didier. 
Mais  tout  en  vient. 

Le  Charruyer. 
Vive  labeur  ! 

Didier. 
Vive  qui  plante! 
Le  Charruyer. 
Visse  pas  chose  bien  plaisante 
Que  désire  aux  champs  avec  ses  beufz, 
On  crye,  on  huyt,  on  rit,  on  chante, 
El  puis  on  repose  entre  deux. 

Didier. 
Il  est  tout  vray. 

Le  Charruyer. 

Pourtant,  je  veulx 
Noz  beufz  esteller  à  sarrer, 
Affin  cpie  ce  champ  espïneux 
Puissions  cultiver  &  arer. 


—  69  — 

Didier. 

À  Dieu  debvons  recommander 
Noz  euvres  et  tout  nostre  affaire, 
Aultremenl  ne  peut  amander 
Quelque  labeur  que  puissions  faire. 
Louons  sa  doulceur  débonnaire 
Qui  donne  des  biens  multitude, 
Car  rien  ne  luy  peult  tant  desplaire 
Que  le  vice  d'ingratitude. 

Le  Charruyer. 

Troux  !  J'ai  l'entendement  trop  rude 
De  penser  à  si  profond  sens, 
Quant  à  moy,  voyez  mon  estude, 
Prenez  de  là. 

Didier. 

Je  m'y  consens. 
Mais  qui  chassera? 

Le  Charruyer. 

J'y  entends. 
Lors  Didier  prenl  les  deux  manches  de  la  cherruc  et  son 
eompaignon  chasse. 

Or,  cheu!  Rogueul  &  Florentin, 
Se  de  tirer  n'estes  conlens 
Je  vous  donray  ung  grant  talin. 
Cheu!  Se  j'eusse  heu  de  bon  vin, 
Le  cryer  ne  ne  grevas!  rien. 
Cheu!  Cheu! 

Didier. 

Je  te  pry  de  cueur  fin 
Que  lu  chantes. 

Le  Charruyer. 

Je  le  veul  bien. 


—   ,<l  — 

/(  ii  chante. 

Or  cheu,  de  pardieu,  cheu, 
Fromentin  &  Rogeul, 
El  Grivel,  ce  bon  beuf. 

Esse  bien  diel  ? 

Didier. 

Encoir  ung  peu. 
Nostre  labeur  très  bien  s'avoye. 
Lk  Charruyer. 

Cheu,  Rogeul!  Se  j'eusse  repeu, 

Je  chantasse  à  trop  plus  grant  joye. 

Chançon. 

Allez  toute  la  voye, 
Que  larrons  ne  vous  voye, 
Vous  enmaineroient  à  Troye, 
Et  de  Troye  à  Châlons 
Changer  à  bons  Lyons. 

Didier. 
Dieu  sceit  cornent  nous  en  allons  ! 

Le  Charruyer. 
Tout  est  reversé  de  ce  coultre. 

Didier. 
Nous  faisons  ce  que  nous  voulons. 

Le  Charruyer. 
C'esl  vray.  Cheu,  larron,  cheu  tout  oultreJ 

Didier. 
Se  lu  scez  plus  rien,  si  le  monstre. 

Le  Charruyer. 
Comme  quoj  ? 

Didier. 
Deux  motz  de  chant  on, 


-  71   — 

Le  Charrutek  chôme. 

Chançon. 

De  traire  vous  semon, 
De  traire  vous  semon, 
Et  d'aller  au  chavon 
Teure  bonnot  faillon. 

Ces  beufz  icy  n'yront  point,  non, 
Qu'on  leur  puist  escorchier  la  pel. 
Ha!  se  nous  eussions  Charbonnel, 
Escurieul,  Sergent,  Cheneillot, 
Grivel,  Brevel,  Flory,  Bizot, 
Les  beaux  beufz  que  soûlions  avoir, 
Hz  feroienl  meilleur  debvoir 
Que  ne  fait  ce  gros  Fromentin. 
Au  fort,  il  est  assez  matin, 
Jà  n'est  besoing  que  nous  baston 

Didier. 
Tu  dis  bien. 

Le  Charruyeh. 

Laissons  ce  butin. 

Didier. 
Reposons-nous. 

Le  Chaiîruyer. 

Mais  banquetons. 
Lors  se  reposent  et  le  Charruyer  bura  et  mangera. 

Barroiz 
Jà  longtemps  ebevauebé  avons 
Aux  cbemps,  sur  l'berbe  qui  est  belle. 
Et  toutesfoys  nous  ne  trouvons 
Du  bon  Didier  quelque  nouvelle. 

Bassigny. 
Homme  ne  voy  qui  nous  révelle 
De  sa  personne  aucune  chose. 


I.K  TIERS   BOURGEOYS. 

Mal  fournirons  nostre  querelle 
Si  Dieu  aultremenl  n'en  dispose. 

Le  quart  Borgboys. 

Quant  est  de  moyje  présuppose 
Qu'en  fin  nous  sera  révélé. 

Bassigny. 

lion  seroit  d'icy  taire  pose 
Pour  prier  Dieu. 

Barroiz. 

(l'est  bien  parlé. 
Oroison. 

Adresse  mms,  ù  saincte  Trinité, 
Par  ta  pitié,  par  ta  grâce  ineffable, 
Enseigne  nous  Didier  doulx  &  affable, 
Pour  gouverner  ton  peuple  <k  la  Cité. 

Bassigny. 
Nous  avons  jà  maint  pays  visité 
Sans  en  oyr  nouvelle  proffitable, 
Adresse  nous,  ô  saincte  Trinité, 
Par  ta  pitié,  par  ta  grâce  ineffable. 

Le  tiers  Bourgeoys. 
Puisqu'il  a  pieu  à  ta  bénignité 
Le  dénommer  pour  Évesque  notable, 
l'ay  nous  bref  voyr  sa  personne  amyable, 
Nous  t'en  prions  en  toute  buinililé. 

Le  quart  Bourgeois. 

adresse  nous,  ô  saincte  Trinité, 
Par  la  pitié,  )  ar  la  grâce  ineffable, 

Enseigne  nous  Didier  doulx  &  affable, 
Pour  gouverner  i<m  peuple  &  la  Cité. 


—   73  - 

Barroys. 
Maria,  mater  gracie, 
Du  Filz  de  Dieu  récUnatoire, 
Maler  miser irordie, 
Très  précieux  repositoire, 
Coram  divina  facie, 
Impètre  nous  bon  auditoire, 
Ul  pro  Lingonis  hodie, 
Noslre  oroison  soit  méritoire. 

Maria. 
Dieu  éternel  régnant  en  gloire, 
Sans  commancement  et  sans  (in, 
Je  reviens  à  ton  consistoire, 
D'un  cueur  humble,  dévot  &  fin. 
Ton  chier  amy,  ton  ehier  affin, 
Didier  est  jà  beaucop  serché, 
Mon  Dieu,  fay  qu'on  le  trouve  aflin 
Qu'il  puist  gouverner  l'Evesché. 

On  va  partout  voir, 
On  le  fait  quérir, 
On  fait  bon  debvoir 
De  toy  requérir, 
Chascun  a  désir 
De  le  voir  en  face. 
Par  ton  saincl  plaisir 
Permect  qu'il  se  face. 

Deus. 
Bien  est  décent  que  je  perlasse 
L'œuvre  que  j'ay  fait  entamer, 
Arrousant  du  trésor  de  grâce 
Tous  ceulx  qui  me  veullen!  ayiïier. 
Pourtant  vers  Gennes  sur  la  mer, 
Didier  sera  trouvé  briefment, 


—   74  - 

Pour  la  vérité  confirmer 

De  l'angélicque  commandement. 

El  pour  ce  que  d'umble  couraige 

Refusera  la  dignité, 

Disant  qu'il  n'est  ne  clerc,  ne  saige, 

Pour  gouverner  telle  cité. 

Je  luy  feray  la  volonté 

Muer  par  fail  miraculeux. 

Kl  sera  tout  réconforté, 

Voyanl  les  signes  merveilleux. 

Michael,  archange  amyable, 

Qui  les  cueurs  sçavez  introduyre, 

Comme  léal  &  serviable, 

Vous  yrez  ceste  œuvre  conduyre, 

El  ferez  miracles  produyre 

Par  mon  nom  invisible  &  fort, 

Affin  que  Didier  aille  duyre 

Tous  ceulx  de  Lengres  à  bon  port. 

MlCUAEL. 

()  vraj  secours  &  réconfort 
De  ceulx  que  péchié  fait  douloir, 
Je  vois  faire  tout  mon  effort 
D'accomplir  vostre  sainct  vouloir. 

Didier. 

Déa,  il  ne  fault  pas  tousiours  soir 
El  estre  oyseulx  sans  labourer, 
Pourtant  en  attendant  le  soir 
Encoir  ung  peu  nous  fault  arer. 
Oyseuse  fait  moût  à  blasmer 
Et  si  navre  la  eonscience, 
Mais  'm  ne  sçauroif  extimer 
Le  bien  que  c  est  de  diligence 


-  75  — 

Le  Charruyer. 
Diligence"?  Quant  bien  j'y  pense, 
11  est  fol  qui  d'euvrer  se  tue. 

Didier. 
Mais  est  fol  qui  n'a  patience, 
Quelque  chose  qu'on  en  argue. 

Le  Charruyer. 
Je  tiendray  donc  la  eherrue, 
Car  j'ay  intencion  de  faire 
Une  roye  aussi  loing  qu'on  rue. 

Didier. 
Je  chasseray  pour  vous  complaire. 
Lors  commenceront  à  labourer. 
Barroiz. 
Pour  demander  de  nostre  affaire, 
Quant  à  moy,  je  conseilleroye 
De  nous  approcher  &.  retraire 
Vers  ceulx  là  qui  font  ceste  roye. 

Bassigny. 
Alons  m'en  vers  eulx  droicte  voye. 

Le  tiers  Bourgeoys. 
Alons,  rien  ne  nous  peult  grever, 
Au  moins  enquerrons-nous  la  voye 
Où  nous  puissions  Didier  trouver. 

Le  Charruyer. 
Didier,  faicles  ces  beufz  tirer. 

Barroiz. 
Escoutez!  Qu'esse  qu'il  appelle? 

Le  Charruyer. 
Ce  champ  est  fort  à  labourer, 
Didier,  faictes  ces  beufz  tirer. 

Bassigny. 
11  l'ait  bon  en  Dieu  espérer 


—  76  — 

Le  quart  Bourgeoys. 
Pourquoy? 

Bassigky. 

Vecv  lionne  nouvelle. 

Le  Charruyer. 
Didier,  faictes  ces  beufz  tirer. 

Le  tiers  Bourgeoys. 
Escoutez!  Qu'esse  qu'il  appelle? 

Le  quart  Bourgeoys. 
Par  la  digne  Vierge  pucelle, 
Je  croy  qu'il  a  nommé  Didier. 

Bassigny. 
Déclairons  leur  nostre  querelle, 
Sçavoir  s'ils  nous  pourront  aider. 

Barroiz. 
Dieu  vous  gard',  mon  amy  très  chier! 

Le  Charruryer. 
Monseigneur,  Dieu  vous  doint  santé! 

Didier. 
Seigneur,  que  venez  vous  sercher? 

Bassigny. 
Dieu  vous  gard',  mon  amy  très  chier! 
Quoyque  qous  voyez  aproucher, 
Ce  n'esl  que  pour  toute  bonté. 

Le  tiers  Borgeoys. 
Dieu  vous  gard',  mon  amy  très  chier! 

Didier. 
Monseigneur,  Dieu  vous  doint  santé! 

Barroys 
Lequel  esse  qui  a  parlé 
Quanl  nous  estions  vers  ce  pignon  ? 


Le  Charruyer. 
C'est  moy. 

Bassigny. 

Qu'avez  vous  appelé? 

Le  Charruyer. 
Qui,  déa!  Didier,  mon  compagnon. 

Barroiz 
Didier? 

Le  Charruyer. 
Didier. 

Bassigny. 

Esse  son  nom? 
Didier. 
Ouy,  c'est  mon  nom. 

Barroiz. 

Pour  certain? 
Didier. 
Je  n"en  ay  point  d'aultre. 

Bassigny. 

Non  ? 

Didier. 

Non. 

Barroiz. 
Loué  soit  le  Dieu  souverain! 

Bassigny. 
Dictes,  s'il  vous  plaist,  tout  à  plain, 
Où  vous  preistes  nativité? 

Didier. 
Pourquoy? 

Bassigny. 

Pour  mistère  haultain. 

Didier. 

Je  suis  de  Gennes,  la  cité. 

Hic  desccndnn  t 


—   78  — 

Barroiz;. 
Notez  icj  la  vérité 
De  l'ange  remply  de  douleeur, 
Car  par  luy  nous  fut  récité 
Didier,  de  Gcnnes  laboureur. 

Le  tiers  Bourgeoys. 
Loué  soit  le  doulx  Rédempteur, 
Qui  souffrit  au  mont  de  Calvaire! 

Bassigny. 
Loué  soil  le  doulx  Créateur, 
Quant  ses  merveilles  nous  déclaire  ! 

Le  quart  Bourgeoys. 
Lengres,  tu  dois  grant  joye  faire 
El  louer  Dieu  dévotement. 

Didier. 
Mais  qu'il  ne  vous  vuelle  desplaire, 
Dictes  nous  pourquoy  ne  comment  ? 

Barroiz. 
Vous  le  scaurez. 

Didier. 
Quant'? 

Barroiz. 

Prestement. 

Didier. 
Aultre  chose  je  ne  désire. 

Le  tiers  Bourgeoys. 
Déclairez  luy  tout  plainnement. 

Barroiz. 
Luy  direz-vous? 

Bassigny. 

Mais  vous,  beau  Sire 


—  79  — 

Barroiz, 
Dieu  qui  triumphe  en  hault  empire, 
Des  désolés  Consolateur, 
Par  miracle  nous  a  fait  dire 
Que  vous  serez  noslre  Pasteur. 

Didier. 
Quel  Pasteur? 

Bassigny. 

Évesque  &  Seigneur 
De  Lengres,  cité  noble  à  voir. 

Didier. 
Certes,  vous  n'avez  point  d'honneur 
De  moy  farcer. 

Le  tiers  Bourgeoys. 
Il  dit  tout  voir. 

Barroiz. 
L'Ange  nous  a  fait  asçavoir 
Que  vous  aviez  la  prélature. 

Didier. 
Comment?  Je  n'ay  quelque  sçavoir 
De  science  ne  d'escripture. 

Bassigny. 
Jhésu  Crist,  qui  tout  bien  procure 
Vous  donra  bonne  instruction. 

Didier. 
N'en  parlez  plus,  car  je  n'ay  cure 
D'ouyr  ceste  dérision. 

Barroiz. 

Nous  heusmes  révélacion 
De  la  divine  providence, 
Comment,  par  inspiration, 
Vous  cosnoistriez  tonte  science. 


— .  80  — 

Didier. 
Je  n'en  voj  aucune  apparance. 

Bassigny. 
S]  a  Dieu  promis  qu'il  se  face. 

Didier. 
Je  cuide  par  ma  conscience 
Que  vous  raillez. 

Barroiz. 

Sauf  vostre  grâce. 

Didier. 
lia!  venez-vous  en  ceste  place 
Pour  vus  mocquer  ainsi  de  moy! 

Barroiz. 
Jamais  je  ne  voye  Dieu  en  lace 
S'il  n'est  tout  vray! 

DlDIElî. 

Pas  ne  vous  croy. 

Bassigny. 
Didier,  je  vous  jure  ma  foy 
Que  vous  nous  estes  ordonné, 
El  pour  saincl  Evesque  nommé 
Par  révélacion  divine. 

Didier. 
Moy? 

Bassigny. 

Voire. 

Didier. 
Je  n'en  suis  pas  digne. 

Barroiz. 
Nous  fûmes  vers  vous  envoyez, 
Si  convient  que  Prélal  soyez 


—   Si    — 

Pour  donner  au  peuple  doctrine. 

Didier. 
Moy? 

Barroiz. 
Voire. 

Didier. 
Je  n'en  suis  pas  digne. 
Bassigny. 

Il  plait  à  Dieu  que  vous  venez 
Et  que  son  peuple  gouvernez, 
Donnant  aux  âmes  médecine. 

Didier. 


Moy? 

Voire. 


Bassigny. 


Didier. 
Je  n'en  suis  pas  digne. 
Barroiz. 
Je  vous  requiers,  par  amour  fine, 
Que  la  dignité  veuillez  prandre. 

Didier. 
Si  je  n'apperçoy  aullre  signe, 
Vous  estes  bien  fols  d'y  contandre. 
Pensez-vous  que  je  puisse  entendre 
Qu'un  bovier  qui  n'a  rien  du  sien 
Et  qui  oncques  ne  sceut  apprendre, 
Peult  devenir  à  si  hault  bien  ? 

Bassigny. 
Ouy,  certes. 

Didier. 
Je  n'en  croy  rien. 
.Ne  mon  cueur  n'v  consentira 


82  — 

i  .mi  que  l'esguillon  que  je  lieii 
Ton!  soudainement  florira. 
bon  se  treuve  l'Ange  au  lieu  ci  louche  l'esguillon  qui 
subit  produict  feuilles  et  /leurs, 
Barroiz. 
Vecy  merveilles  ! 

Bassigny. 
Qu'esse  la? 
Didier. 
C'est  mon  esguillon  qui  llorit. 

Le  TIERS  BOURGEOYS. 
\l)(|ll('l   llOlllt  ? 

Barroiz. 
Deçà  &  delà. 
Le  tiers  Bourgeoys. 
Vescy  merveilles  ! 

Le  quart  Bourgeoys. 
Qu'esse  là? 
Bassigny. 
Oncques  mieulx  couleurs  ne  mesla 
Nature  qui  les  fleurs  nourrit. 

Le  quart  Bourgeoys. 
Vecy  merveilles! 

Le  tiers  Bourgeoys. 
Qu'esse  là  ? 
Didier. 
C'est  mon  esguillon  qui  llorit. 
Le  tiers  Bourgeoys. 
Qui  florit? 

Barroiz. 
Tout  vert. 
Le  tiers  Bourgeoys. 
Quant  ? 
Bassigny. 

Subit. 


-   8.'}  - 

Le  quart  Bourgeoys. 
(annulent  ? 

Barroiz. 
Par  miracle  évidant, 
Affin  qu'il  change  son  habit 
Et  soit  prélat  saige  &  prudent. 

Le  quart  Bourgeoys. 
C'est  vray. 

Bassigny. 
Il  dit  premièrement 
Que  la  dignité  refusoit 
Si,  tantost  &  souldainement, 
Son  esguillon  ne  florissoit. 
Mais  Dieu,  qui  les  pécheurs  reçoit, 
Luy  donne  rainceaulx  sumptueulx, 
Tellement  que  chascun  perçoit 
Le  fait  digne  &.  miraculeulx. 

Barroiz. 
Dieu  éternel  &  glorieux, 
Impétrateur  victorieux , 

Délicieux 

Et  précieux, 
Bien  te  debvons  louange  rendre, 
Quant,  pour  tes  servanz  gracieux, 
Tu  monstres  effects  vertueux, 

Si  curieux 

Et  merveilleux, 
Qu'ilz  ne  les  sçauroit  comprandre. 

Bassigny. 

Didier,  or  povez  bien  entendre 
Qu'il  plait  au  benoît  Créateur 
Que  vous  venez,  sans  plus  attendre, 
Vers  Lengres  pour  estre  Pasteur. 


—  8i  — 

Didier. 
Ces  (leurs  icy  me  l'ont  tout  seur 
De  la  divine  volenté, 
El  pourtant,  en  toute  doukeur, 
.l'ir.iN  à  Lengres,  la  cité. 

Barroiz. 
Louée  en  soit  la  Trinité! 
Nous  avons  fait  ung  l>on  voyaige. 

LE  TIERS  BotJRGEOYS. 

Dieu  nous  conduyt. 

Le  quart  Bourgeois. 

C'est  vérité. 
Didier. 
Louée  en  soit  la  Trinité! 

Bassigny. 

Noblement  avons  prouflité. 

Barroiz. 
Oncques  ne  fut  meilleur  messaige. 

Bassigny. 
Louée  en  soit  la  Trinité! 
Nous  avons  fait  ung  bon  voyaige - 

Barroiz. 
Devestez  ce  meschant  bagaige, 
Si  vestirez  ceste  veslure 
Qui  inieiilx  affiert  à  personnaige 
Digne  de  tenir  prélature. 

Didier. 
Me  fault-il  changer  ma  nature? 

Bassigny. 
Guy  déa,  vous  la  changerez. 
Lors   hosle  les  habis  de  laboureur  et  vesl  longue  robe  et 
chapperon. 


—  85  — 
El  se  vecy  gente  monture 
Sur  laquelle  vous  monterez. 

Le  Charuuyer. 
Où  esse  que  vous  enmenrez 
Mon  léal  compagnon  Didier? 

Barroiz. 
Mon  amy,  plus  ne  le  verrez. 

Le  Charruyek. 
.le  le  cuyde. 

Barroiz. 

Tout  sans  cuyder. 

Le  Charruyer. 
Hélas!  me  voulez-vous  laisser 
Didier,  mon  amy? 

Didier. 
Il  le  l'ault. 
Le  Charruyer. 
Pourquoy  ? 

Didier. 
Dieu  me  veult  avancer, 
Et  loger  en  estât  plus  hault. 

Le  Charruyer. 
Or,  voy-je  bien  qu'il  ne  vous  chault 
Ne  de  labourer,  ne  d'arer, 
Mais  me  laissez  icy  au  chault, 
Tout  seulel  pour  moy  esgarer. 

Didier. 
Il  n'est  nul  qui  puist  rebeller 
Contre  Dieu,  le  souverain  Roy; 
\il  s'il  nous  fait  désasambler 
C'est  pour  le  mieulx,  comme  je  croy. 


-  80  — 

Mes  beufz,  mon  Irain  cv.  mon  charroy, 
Je  vous  laisse  pour  souvenance. 
Labourez  à  la  bonne  foy, 
Vous  aurez  biens  en  habundance. 

Le  Ghareuyer. 
Perdrai-je  doue  vostre  présence? 

Didier. 
11  faull  que  je  parte  de  vous. 
Le  Charruyer. 
Hélas! 

DiDIER. 

Prenez  patience! 
Le  Charruyer. 

Adieu' 

DlDIEH. 

Adieu,  mon  amy  doulx! 
Hic  ascendunl  et  vaduni. 

Barroiz. 
Seigneur  Didier,  départons  nous 
Si  lai-sous  ceste  région. 

Didier. 
Soûl  vus  gens  montés? 

Bassïgny. 

OlIY,    loilS. 

Didier. 
Or,  Dieu  nous  gard'  d'affliction! 

Le  tiers  Bourgeoys. 
Joyeusement  nous  en  alons 
En  tirant  vers  noslre  habitation. 

Le  quart  Bourgeoys. 
Nqus  pourterons  cesl  esguillon 
Pour  dire  à  noz  gens  le  miracle. 


Le  Fol. 
Je  viens  d'espionner  le  tryacle 
Sur  la  place  de  Maul  Conseil, 
Mais  j'y  ay  fait  un  tel  meracle 
Qu'onques  ne  fut  trouvé  pareil. 
J'ay  fait  la  lune  &  le  souleil 
Descendre  à  terre,  sans  poulain, 
Pour  combattre  contre  ung  villa  in 
Remply,  je  vous  dy,  de  potaige, 
Qui  avoit  emblé  ung  fromaige 
Chieu  une  femme  de  brebis  ; 
Mais  il  est  les  genoulx  fourbis, 
Par  Nostre-Dame,  d'ung  baston, 
Et  s'y  perdit  ung  boqueton 
D'ung  drap,  mon  amy,  d'Abeville. 
Ha!  madamoiselle  Poslille, 
Vous  soyez  la  très  bien  trouvée. 
Que  de  folz!  J'en  voy  plus  de  mille. 
N'esse  pas  trop  belle  couvée? 

Barroiz. 
Nous  aproucbons  nostre  contrée, 
Si  croy  que  nous  ferions  que  saige 
De  faire  asçavoir  nostre  entrée 
A  Lengres  par  ung  seur  messaige. 

Bon  Pas,  messagier. 
Pour  passer  subit  ung  passaige 
Il  n'y  a  que  moy. 

Bassigny. 

Dis-tu  voir? 

Le  Messagier. 
Je  feray  très  bien  ce  voyaige. 

Bassigny. 
Va  leur  doncques  faire  sçavoir. 


88  — 

Le  Messagier. 

Je  l'erav  si  très  bon  debvoir 
Que  chascun  s'en  appercevra. 
Adieu,  adieu,  je  m'en  vois  voir 
S'a  Lengres  oh  me  recepvra. 

Le  Doyen. 
Je  ne  sçay  s'a  pièce  viendra 
L'Archidiacre  du  Barroiz 

Qui  seiche  Didier  par  delà, 
Sur  le  pays  des  Geuevoiz. 

Le  Trésorier. 
11  y  a  je  crois  plus  d'ung  mois 
Qu'il  debvoit  icy  retourner, 
Luy,  Dassigny  <k  les  bourgeois. 
Dieu  les  vueille  bref  ramener! 

DlJONNOIZ. 

On  ne  scet  qu'on  doit  rencontrer 
Quant  on  part  de  sa  nacion. 

Tonnoikroiz. 
Dieu  tout  seul  peult  administrer 
Et  fournir  à  l'inlencion. 

L'Aixoys. 
H  me  vient  en  advision 
Que  bref  nous  en  ouïrons  nouvelles. 

Le  Chantre. 
Ef  je  suis  bien  d'oppinion 
Qu'ils  perfourniront  au  libelle. 

Bon  Pas,  messagier. 
.le  voy  Lengres,  la  cité  belle, 
Sur  la  haulte  monlaignc  assise, 
•le  vois  la  clouson  soltenneUe, 
Je  voj  messeigneurs  de  l'Église, 


—  89   — 

Puis  que  suis  sur  la  roche  bize 
Approuchant  ce  lieu  montaigneux, 
Trop  plus  subit  que  vent  de  bise, 
Je  m'en  vois  abourder  à  eulx . 
Lors  salue  Chapphre. 

Celluy  qui  les  cueurs  langoureux 
Fait  respirer  joyeusement, 
Vous  doint  tout  plaisir  savoureux 
En  lieu  de  tristesse  &  tonnent. 

Le  Doyen. 
Messagier,  comment  va,  comment? 
Où  sont  noz  gens?  Viennent-ils  pas? 

Bon  Pas. 
Vous  les  verrez  prochainement. 

Dijonnoiz. 
De  vray? 

Bon  Pas,  messagier. 
Ils  chevauchent  bon  pas, 
Et  combien  qu'ils  soyent  tous  las, 
Si  vous  pryent  ils  de  bon  cueur, 
Que  vous  menez  chière  &.  soûlas, 
Car  ils  amainnent  leur  Pasteur. 

Le  Trésorier. 
Qui?  Didier? 

Bon  Pas. 

Soyez  en  tout  sceur, 
Il  sera  bref  en  ceste  place. 

Tonnoirroiz. 
Loué  en  soit  nostre  Seigneur 
Qui  nous  fait  ceste  belle  grâce 

Bon  Pas. 
Pour  beau  parler,  ne  pour  menasse, 
Jamais  ne  l'eussiez  impétré, 


—  90  — 

Si  Dieu,  par  divin  efficace, 
N'y  eus(  beau  miracle  monstre. 

L'Auxoiz. 

Quel  miracle? 

Bon  Pas,  messagier. 

Sa  volenté 
Ne  consentait  aucunement 
A  recepvoir  la  dignité, 
Mais  la  relu  soit  plainnement, 
Disant  je  n'y  croy  aultrement 
Si  cest  esguillon  en  ma  main 
Ne  gecte  fleurs  habundamment. 

L'Auxoiz. 

Et  puis? 

Bon  Pas,  messagier. 

Il  Ilourist  tout  à  plain. 

Le  Doyen. 

0  miracle  digne  &  haultain, 
0  divine  Bénignité, 
Qui  te  sert  peult  estre  certain 
De  venir  à  félicité. 

Le  Trésorier. 

Seigneur,  on  vous  a  récité 
Que  brefnostre  Pasteur  avons, 
Pourtanl  il  est  nécessité 
D'envoyer  quérir  les  Barons. 

Le  Doyen. 

C'est  bien  dict.  Nous  leur  manderons 
Qu'ils  viennent  faire  leur  debvoir, 
Ou  qu'ils  picquenl  des  espérons 
Pour  nostre  Évesque  recepvoir. 


-  91   — 
Messagier,  il  vous  fault  avoir 
Encoires  ceste  renverdye. 

Le  JVIessagier. 
Il  me  fauldra  doncques  sçavoir 
Que  vous  voulez  que  je  leur  dye. 

Le  Doyen. 
Vous  leur  direz  qu'on  leur  supplye 
Qu'ils  aillent,  comme  il  appartient, 
Au  devant  de  la  compaignie 
Qui  d'estrainge  pays  revient. 

Le  Messagier. 
Mais  qui  sont-ils? 

Le  Doyen. 

Sçavoir  comment 
De  chascun  le  nom  &  l'ostel. 
L'un  est  celluy  qui  Grancey  tient, 
L'autre  est  seigneur  de  Trischatel, 
Le  tiers,  Choiseul,  fort  &  isnel, 
Le  quart,  Vergy,  de  noble  affaire. 
Alez,  dictes  leur  bien  &  bel 
Ce  que  sçavez  qu'il  est  de  faire. 

Le  Messagier. 
Adieu!  pas  ne  suis  fol,  ignaire, 
Qu'il  faille  tant  admonester, 
Mais  pour  garir  mon  luminaire, 
Il  me  fault  premier  banqueter. 

//  boyl  el  s'en  va. 

L'Arceyesque  de  Lyon. 
Seigneurs,  bien  debvez  sans  cesser 
Marcier  la  bonté  divine, 
Qui  bref  vous  fera  possesser 
De  Didier,  personne  bénigne. 


—  U-2  — 

Combien  que  louange  condigne 
Nul  ne  rend  à  Dieu  cy  aval, 
Si  est-il  ingrat  &  indigne, 
Qui  n'en  tait  son  tlebvoir  loyal. 

Le  Chantre. 
Prélat  avons  espécial 
Par  saincle  révélacion, 
Et  pourtant  c'est  le  principal 
De  louer  Dieu  sans  fiction. 
DlJONNOIZ. 

En  totale  dévocion 
Pourra  vivre  le  populaire, 
Puisqu'il  aura  la  vision 
D'ung  bon  myroir  à  exemplaire. 

Bon  Pas,  le  messagier. 
.le  voy  le  notable  repaire 
Où  les  Barons  sont  au  destin vl, 
CCst  raison  que  je  leur  déclaire 
La  cause  qui  cy  me  conduyt, 
li  il  salue  les  Barons. 

Dieu  qui  fit  le  jour  6c  la  nuyt. 
Gard'  de  mal  toute  la  noblesse, 
Et  s'il  y  a  riens  qui  lui  nuyt, 
Convertir  le  veuille  en  lyesse! 

Le  Seigneur  de  Grancey. 
Messagier,  Dieu  qui  tout  adresse, 
Vous  doint  plaisir,  soûlas  ckjoye! 

Le  Seigneur  de  Vergy. 

Bien  soiez  venu. 

(iiu.M  i:\ . 
Mais  qui  esse 
Qui  par  devei  -  nous  mois  envoyé? 


—  93  — 
Ijon  Pas. 
Lengres  où  a  des  biens  monjoye, 
Tant  l'Église  que  les  bourgeoys, 
M'ont  fait  chemyner  ceste  voye 
Pour  trouver  vos  maintiens  courtoys, 
Car  Dieu,  par  angélicque  voix, 
Ung  très  sainct  Évesque  leur  donne, 
Si  vous  prient  cent  mil  foiz 
Que  vous  honnorez  sa  personne. 

Le  Seigneur  de  Ciioiseul. 
Quant  est  de  moy,  je  m'abandonne 
D'en  faire  ce  que  je  pourray. 

Le  Seigneur  de  Trichastel. 
Pour  luy  montrer  volonté  bonne, 
Prestement  me  disposer ay. 

Vergier. 

Et  moy  pas  ne  reposeray, 
Puisque  chascun  se  boute  avant. 

Le  Messagier. 
Très  bien,  je  vous  conseillera}-. 

Grancey. 
Comment? 

Le  Messagier. 

Vous  irez  au  devant. 
Ils  approcbent  dès  maintenant 
Ce  quartier  &  sont  traveillez, 
Pourtant  sera  bien  advenant 
Qu'à  l'encontre  vous  en  allez. 

Grancey. 
Très  saigement  vous  conseillez. 

Vergier. 
Il  sera  fait,  plus  n'en  parlons. 


—  04 

Nuit  nu/.  Chevauh  appareillez, 
Ho,  compaignons  ! 

L'Archier. 

Nous  y  allons. 
Le  Coustillier. 
Que  voulez-vous  que  nous  façons? 

Choiseul. 
Faictes  lost  noz  chevaulx  venir. 

Le  Crenequinier. 
Celions,  bridons. 

Lk  COULEVRINIER. 

Menons,  chassons 
L'Archier. 
Il  failli  incontinent  partir. 

Le  Messagier. 
Plus  ne  me  puys  icy  tenir, 
Congé  prans  de  vostre  présence. 
Icy  monte  a  cheval. 

Trichastel. 
Adieu,  jusques  au  revenir. 

Choiseul. 
Alez,  nous  ferons  diligence. 

Grancey. 
Chevauchons  en  noble  apparence. 

Vergier. 
Pensez  que  nul  ne  se  faindra. 

Trichastel. 
Le  bon  Pasteur  plain  de  clémence, 
Je  croy  voulontiers  vous  verra. 

Le  Fol. 
On  dit  que  Polens  in  terra, 
C  esl  à  dire  ung  potier  de  terre, 
Il  sera  forl  qui  me  tiendra, 


-  95  — 

vu  je  deviens  homme  de  guerre  ; 
Entre  midi  &.  Angleterre, 
Depuis  bise  jusqu'à  la  mer, 
Je  feray  tant  de  gens  armer 
Qu'il  fauldra  que  de  groses  glaces 
On  aille  forger  des  cuyrasses 
Sur  une  enclume  de  frommaige, 
A  donc  ira  l'homme  saulvaige 
Sur  Margne  bainner  &  pescher, 
Pour  ce  qu'ung  boiteulx  qui  fait  rage 
Vient  au  moustier  par  le  clocher. 

Grancey. 
Je  croy  que  je  voy  approcher 
Nostre  Evesque  &.  sa  compaignie. 

Choiseul. 
Il  se  fault  doncques  despescher 
De  saluer  sa  seignorie. 

Vergier. 
Où  est-il? 

Choiseul. 
Là. 

Vergier. 
Ce  n'est-il  mye  ? 

Choiseul. 
Si  est,  par  le  Dieu  qui  me  fit. 

Vergier. 
Parlons  tous. 

Trichastel. 
Par  saincte  Marie! 
Si  l'ung  de  nous  parle,  il  suffit. 

Lors  saluent  Didier. 


%  — 


Grancey. 
Révérend  Père  en  Jhésu  (Irist, 
Que  long  temps  de  voir  appetons, 
De  bouche,  nompas  par  escript, 
Cueur,  corps  &.  biens  vous  présentons 

Barroiz. 
Monseigneur,  ce  sont  les  Barons 
Qui  vous  font  humble  révérence. 

Didier. 
Jhésu  Crist  que  nous  adorons, 
Leur  rende  leur  bénévolence, 
Combien  qu'ilz  sont  gens  d'excellence, 
Puisqu'à  moy  se  montrent  courtoys, 
S'il  plaist  à  la  divine  essance, 
Je  leur  revauldray  quelquefois. 

Ciioiseul. 
Celluy  qui  pendit  en  la  croix 
Vous  doint  sa  grâce  &  son  confort  ! 

Didier. 
Amen! 

Bassigny. 
Monseigneur  du  Barroiz, 
Faictes  nos  gens  aler  plus  fort. 

Barroiz. 
Arrivés  sommes  à  bon  port. 

Didier. 
Dictes-vous? 

Barroiz. 
Ouy,  Dieu  mercy! 
Car  je  voy  les  tours  à.  le  fort 
De  la  Cité. 

Didier. 
Où  ? 

Barikuz. 
Ves  les  i  \ . 


—  91   — 

Le  Bailli  de  Lengres. 
Il  ne  fault  pas  mectre  en  obly 
D'aler  au  devant  de  noz  gens. 

Le  premier  Bourgeoys. 
Certes,  monseigneur  le  Bailly, 
A  cela  serons  diligens. 

Le  Père  Valier. 
Déa,  Messeigneurs,  soyez  contens 
Que  j'y  aille  quant  vous  irez. 

Le  second  Bourgeoys. 
Il  est  heure  comme  j'entends, 
Car  ils  sont  icy  au  plus  prèz. 

Le  Bailli, 
Or  alons  m'en  quant  vous  vouldrez. 

Le  premier  Bourgeoys. 
Ves  les  cy  tous  auprès  de  nous. 
Le  second  Bourgeoys. 
Monseigneur,  vous  commancerez 
La  parole  pour  nous  trestous. 
laj  vont  au  devant  à  la  porte. 
Didier. 
Ça,  descendons. 

Bassigny. 

Le  voulez-vous? 
Didier. 
,1e  cuide  que  c'est  le  meilleur. 

Pierre,  varlet. 
A  pied,  Symon. 

Symonet. 

Mais  toy  peu  doulx. 
Pierre. 
Quel  peu  doulx? 

Symonet 
Tu  n'es  c'un  broylleur. 


-  98  — 
Lors  <<)//.)  de  /«   Ville  saluent  les  aullres  a  la  porte. 
Le  Bailly. 
Révérend  Seigneur, 
Plain  de  tout  honneur, 
Dieu  vous  doint  santé! 

Didier. 
Dieu  tiengne  en  valeur, 
Sans  quelque  maleur, 
Vous  &  la  Cité! 

Le  premier  Bourgeoys. 
Chascun  fait  en  soy 
Chière  <k  noble  arroy, 
Pour  vostre  venue. 
Didier. 
Je  croy  que  par  moy 
La  divine  loy 
Sera  maintenue. 

Le  Père  Valier, 
Nous  vous  actendons, 
Nous  vous  demandons 
Pour  estre  Pasteur. 
Didier. 
Ensemble  vyvrons, 
Et  bien  servirons 
Nostre  Créateur. 

Le  second  Bourgeoys. 
Monseigneur,  je  sçay 
Que  faisant  l'essay, 
Bons  nous  trouverez. 

Didier. 
Quant  au  lieu  seray, 
Tellement  feray, 
Que  mieul.v  en  vauldrez. 


—  99  - 

Barroiz. 

Or,  cheminons  quant  vous  vouldrez. 

Didier. 
Quant  est  de  moy,  j'en  suis  content. 

Le  Bailly. 
De  vous  haster  très  bien  ferez, 
Car  en  Chappitre  on  vous  atent. 

Lors  vont  en  Chappitre  ci  Barroiz  fait  la  salutation, 

Barroiz. 
Le  Créateur  omnipotent, 
Qui  tout  voyt,  tout  scet  tk  entend, 
Vous  doint  céleste  mansion! 

L'Arcevesque. 
Vostre  joyeux  advènement 
Nous  donne  resjouyssement, 
Plaisir  &.  consolacion. 

Didier., 
Le  hault  plasmateur  de  ce  monde 
Vous  doint  volonté  pure  &  monde 
Pour  venir  au  bien  perdurable! 

Le  Doyen. 
Seigneur  Didier  où  grâce  babunde, 
Vostre  fasse,  vostre  facunde, 
Nous  rend  lyesse  inestimable. 

BaSSIGNY. 

Nous  venons  de  loingtain  voyaige 
Et  amenons  le  personnaige 
Pour  lequel  fumes  envoyez. 

Le  Trésorier. 
Vostre  entendement  bon  et  saige 
Bien  a  parfurny  son  messaige 
Et  pourtant  bien  venuz  soyez. 


—   100  — 

Barroiz. 
Si  convient-il  que  vous  ouyez, 
Quant  au  pays  dont  nous  venons. 
Comment  nous  sommes  employez 
Vers  Didier  que  cy  amenons. 
Puisque  compte  rendre  debvons 
Par  amour  &  douleeur  paisible, 
Je  diray  ce  que  fait  avons 
Au  moins  mal  que  sera  possible. 

Premier,  nous  trouvasmes  aux  champs 

Didier  auprès  de  sa  cherrue, 

Et  son  compaignon  qui  beaux  champs 

Chantoit  illec  sur  arbe  drue. 

La  dignité  noble  &  ardue 

Fut  lors  à  Didier  présentée, 

Mais  par  rigueur  ferme  &  esgue, 

Totalement  fut  refusée. 

Puis  luy  conlasmes 'comment  Dieu, 
Au  jour  de  nostre  élection, 
Avoit  envoyé  en  ce  lieu 
Divine  révélacion, 
Faisant  dénominacion 
Du  nom  de  Didier  proprement, 
Pourtant  avions  commission 
De  le  sercher  diligemment. 

A  donc  nous  dit  que  jà  n'auroil 
Ne  dignitez,  ne  grans  honneurs, 
Tant  que  son  Itaston  floriroit, 
Qui  lors  rendit  feuilles  &  fleurs. 
Et  afin  qu'en  soyez  plus  sceurs, 
Vecy  l'esguillon  auctentique, 
Pour  témoigner  devant  plusieurs 
Ce  miracle  tivs  magnifique. 


—   101   — 

Veu  le  miracle,  il  fit  d'accord 
De  l'Évesché  prandre  &  tenir, 
Et  partir,  sans  plus  de  discord, 
Pour  avecques  nous  icy  venir. 
Ainsi  avons  nostre  désir, 
Grâce  à  Dieu  qui  lors  fit  vertu  ; 
Pourtant,  ce  c'est  vostre  plaisir, 
Ordonnez  qu'il  soit  revestu. 

L'Arcevesque. 

Vous  soyez  le  très  bien  venu 
En  vostre  notable  Cité. 

Le  Doyen. 
Ce  peuple  est  à  vous  bien  tenu. 

Le  Trésorier. 
Vous  soyez  le  très  bien  venu. 

Didier. 

Quant  le  miracle  est  survenu, 
Tantost  je  me  suis  acquité. 

Dijonnoiz  . 

Vous  soyez  le  très  bien  venu 
En  vostre  notable  Cité. 

Didier. 

Pour  vous  dire  la  vérité 

Du  cas  de  ma  vocation, 

J'ay  tousiours  laboureur  esté 

Sans  quelconque  promocion. 

Je  n'ay  nulle  introduction 

Es  ars  n'en  science  parfaite, 

Synon  par  l'inspiracion 

Que  Dieu  puis  naguères  m'a  (aide. 


102  — 

il  m  a  pourveu  de  sapience 
Pour  le  bien  du  mal  discerner, 

Il  m'a  donné  sens  &  science 
Pour  le  beau  peuple  gouverner. 
Dieu  peult  toute  grâce  donner, 
Nil  que  suis  improperat, 
Mais  pour  les  cœurs  endoctriner, 
Spirilus  ubi  vult  spiral. 

L'Esperit  sainct  qui  par  mesure 
Tous  lions  cueurs  dévols  enlumine, 
M'a  l'ait  entendre  l'escripture 
Donnant  catholique  doctrine. 
Et  combien  que  ne  suis  pas  digne 
De  prélature  ou  d'excellence, 
S'il  plait  à  la  bonté  divine, 
J'acquiteray  ma  conscience. 

Ornison. 

Pourtant  te  prie  de  rechief, 
Mon  Dieu,  mon  Père  créateur, 
Fais  que  je  puis  estre  bon  cbief 
A  ce  peuple  k  saige  pasteur, 
Et  que  te  servions  de  bon  cueur, 
Fuyans  de  tous  vices  la  sente, 
Aflin  «pie  régnons  à  honeur, 
Lassuz  en  gloire  permanante. 

Le  Doyen. 
Archiepiscopo  luquitur. 

Il  convient  que  sans  plus  d'atente 
Le  beau  mistère  expédions, 
Pourtant  mectez  y  vostre  entente. 
Monseigneur,  nous  vous  en  pryonsi 


—  103  — 
L'Arcevesque. 
Avez-vous  préparacions 
De  gracieux  habillements? 

Le  Trésorier. 
Veci  diverses  porcions 
De  joyaulx  <k  de  vestements. 

Le  Chantre. 
Veci  des  habits  qui  sont  gents 
Et  bien  plies  a  petiz  plis. 

L'Arcevesque. 
Or,  soyez  doncques  diligens 
De  luy  vestir  ce  beau  surplis. 

En  vestanl  le  surplis,  dicl  : 

Seigneur  Didier,  mon  amy  doulx. 
Ce  beau  surplis  bien  actincté 
Si  représente,  quant  à  vous, 
Toute  ignorance  &  purité. 

A  rAmiji. 

Par  l'amyt  est  représenté 
Le  bon  régime  &  bon  usaige, 
De  penser  à  utilitey, 
Répudiant  maulvais  lengaige. 

A  l'aulbe. 

Apres  l'amyt  vous  fault  avoir 
L'aulbe  blanche  qui  signifye 
Que  debvons  faire  tout  debvoir 
De  mener  chaste  et  bonne  vye. 

A  la  sainclure. 

La  saincture  qui  estjolye 
Dénote  la  repression 
De  luxure  ou  d'aultre  folie 
Qui  maine  à  fornication. 


—  104  - 

Au  manipule. 

Ce  manuple  vous  veul  baillier 
Qui  a  signifiance  telle 
Que  tousiours  debvez  batailler 
Contre  temptacion  mortelle. 

A  Vesiolle. 

El  après  ceste  estoille  belle 
Vous  baillera  l'intelligence 
Qu'à  Dieu  ne  soyez  point  rebelle, 
Mais  gardez  saincte  obédience. 

A  la  chappe. 

Aussi  vous  fault  vestir  la  chappe 
Qui  vous  semont  à  toute  instance 
De  garder  que  ne  vous  eschappe 
La  vertu  de  persévérance. 

A  la  croce. 

La  croce  a  grant  signifiance  ; 
Ça  ce  boult  note  auctorité, 
L'autre  d'en  hault  fait  desmonstrance 
De  doulceur  et  de  charité. 

On  poignit  le  pécheur  cruel 

Du  boult  d'embas  qui  point  &  picque, 

C'est  le  glaive  espirituel, 

C'est  censure  ecclésiastique. 

Mais  vescy  le  boult  autentique 

Duquel  on  retire  et  racorde 

Le  transgresseur  de  voye  oblicque, 

Pour  luy  faire  miséricorde. 

Ung  juge  forment  se  déçoit 
Qui  pugnit  comme  à  la  vouléc, 
Car  il  fault  que  justice  soit 
De  doulceur  confite  &.  meslér. 


-   105  - 

La  rigueur  est  représentée 

Du  bot  picquant  comme  l'espine; 

Miséricorde  est  dénotée 

Par  le  boult  d'en  hault  qui  s'incline. 

A  l'anel. 

L'anel,  de  fin  or  précieulx, 
Sur  tout  vous  enseigne  &  advise 
Que  vous  debvez  estre  amoureulx 
De  vostre  espouse  saincte  Eglise. 
Mais  par  la  figure  précise 
Qu'on  dit  de  circulacion, 
J'entends  qu'en  vous  doit  estre  assise 
Lumière  de  perfection. 

A  la  myle. 

Puis  le  myte  qui  se  remployé 
En  deux  parties,  bien  &  beau, 
Veult  de  sçavoir  on  employé 
Le  testament  viel  &  nouveau. 

A  la  première  longe. 

La  dextre  longe  ou  le  lambeau, 
Qui  se  monstre  en  belle  apparence, 
Commande  que  soubz  tel  fardeau 
Le  Pas'.eur  face  diligence. 

A  la  seconde  longe  de  la  myle. 

L'autre  longe,  qui  fait  la  paire, 
Pendant  en  manière  de  getz, 
Yeult  que  monstrez  bon  exemplaire 
Au  peuple  &  à  tous  vos  subjetz. 
Ainsy,  mon  amy,  vous  avez 
De  vostre  état  la  cognoissance  ; 
Selon  Dieu  valez  &.  vivez, 
Je  vous  en  baille  la  puissance. 


—   106 

Didier. 
Puisque  j'aj  plaine  joyssance 
De  la  tirs  noble  dignité, 
Je  veul  acomplir  en  substance 
Tons  les  pointz  qu'avez  récité. 
Dion,  de  sa  très  large  bonté, 
M'a  inspiré  tous  les  motiz 
Pour  maintenir  en  unité 
Ung  &  aultres,  grans  à  petiz. 

Oroisorii 

0  Dieu  qui  nous  es  pourvoyant, 
Voyant  nostre  misère  humaine* 
Mainne  ma  vie  maintenant 
Tenant  ce  périlleux  domaine. 
Matin  tk.  soir  vanité  mondaine 
Mondainnement  les  cueurs  enlasse 
En  lace  d'orgueil  incertaine 
Certaine  de  mort  qui  tout  casse. 

Quelque  chose  que  l'homme  face, 
La  mort  suit  tousiours  pas  à  pas, 
Qui  les  jours  abrège  à  efface, 
Combien  qu'il  ne  s'en  doubte  pas, 
Pourtant  je  me  veul,  par  compas, 
Gouverner  sans  personne  offandre, 
Affin  qu'au  jour  de  mon  trespas 
Je  puisse  à  Dieu  bon  compte  randre. 

0  Divinité  non  scrutable, 
Siipience  incompréhensible, 
0  Divinité  non  scrutable, 
Tu  veulx  que  j'aye  lieu  notable, 
Qui  n'est  pas  à  tous  accessible. 
Ta  puissance  tenue  cv  estable 


10*1 

Me  rend  de  science  capable. 
Expert,  imbus  oc  .susceptible. 
Et  droit  canon  très  profitable. 
Puisque  rien  ne  t'est  impossible, 
Nommer  puis  ton  nom  délectable. 
Sapience  incompréhensible. 

0  vous,  Seigneurs  plains  de  noblesse, 
D'honneur  &.  de  magnificence, 
Qui  de  vostre  bénigne  humblesse 
M'avez  fait  notable  assistance, 
Selon  ma  simple  intelligence, 
Je  rends  grâce  <x  louange  à  tous, 
Protestant  sur  ma  conscience 
De  prier  .Ihésu  Grist  pour  vous. 

Grancey. 

Il  ne  fault  jà  parler  de  nous, 
Nostre  assistance  est  bien  petite. 
Choiseul. 

Monseigneur  &  mon  amy  doulx, 
Il  ne  fault  jà  parler  de  nous. 

Trichastel. 

Nous  voulons,  dessus  &  dessoubz, 
Faire  tout  ce  qui  est  licite. 
Vergier. 

Il  ne  fault  jà  parler  de  nous, 
Nostre  assistance  est  très  petite. 

Didier. 

C'est  raison  que  je  me  délicte 
De  marcier  ces  gens  d'eslitte 
Qui  m'ont  montré  leur  bon  couraige, 
Et  au  surplus  que  je  proffitte 


-  108  — 

\t>i>  tous  &  que  les  cueurs  incite, 
Tant  par  euvre  que  par  langaige. 

Lors  Didier  se  va  seoir  en  ung  sièç/e  paré. 

Le  Père  Valier. 

Valier,  mon  iilz,  tu  es  en  aige 
Pour  bien  servir  &  bien  aprendre, 
Mais  on  ne  peult  devenir  saige 
Sans  soing  &  diligence  prandre. 

Valier. 

Mon  père,  je  ne  veul  contendre 
Qu'à  science  &.  vertuz  avoir, 
Car  on  peult  juger  &.  entendre 
Que  sçavoir  passe  tout  avoir. 

Le  Père  Valier. 

Mon  filz,  tu  doys  aussy  sçavoir 
Que  pour  venir  à  sauvement 
Il  convient  faire  son  debvoir 
De  servir  Dieu  dévotement. 

Valier. 

Mon  père,  j'entends  clerement 
Que  sans  la  divine  ordonnance 
La  créature  aucunement 
N'a  sens,  ne  vertu,  ne  puissance. 

Le  Père  Valier. 
Vs-tu  bien  cesle  cognoissance? 

Valier. 
Quant  est  de  moy  ainsy  le  croy. 

Le  Père  Valier. 

Tu  me  cause  une  asseurance 
D'espérer  quelque  bien  de  toj 


109  — 

Valier. 
Pourtant,  mon  père,  logez  moy 
Où  j'aprandray  bien  &  honneur. 

Le  Père  Valier. 
Mon  fils,  viens  t'en  avecque  moy, 
Je  te  manray  vers  mon  seigneur. 

Le  Fol. 
Pour  mieulx  tenter  la  sueur, 
Il  me  fault  ung  manteau  de  glace. 
On  dit  que  je  suis  bon  joueur 
Aux  tables  &  à  la  lymace, 
Mais  il  n'est  point  telle  grimace 
Que  de  voir  jouer  aux  échaz, 
Ce  semblent  avoir  peliz  chatz 
Quy  t rotent  parmy  ung  grenier. 
Vesla  ung  preud'homme  mugnier 
Qui  me  regarde  à  grant  merveille, 
Toutesfoys  il  n'a  q'une  oreille, 
Je  ne  sçay  d'où  cela  luy  vient. 
Ho!  j'y  ai  pensé.  Il  convient 
Qu'il  soit  trop  sainct  ou  trop  preud'homme, 
Chascun  dit  qu'il  est  notable  homme, 
Et  qu'il  ne  prant  que  par  raison, 
Combien  qu'à  petite  achoison, 
Comme  l'on  dit  communément  : 
Uug  gros  loup  estrangle  ung  oyson. 
Ne  le  pensez  point  auîtrement. 

Le  Père  Valier. 
Celluy  qui  fit  le  firmament, 
Monseigneur,  vous  veulle  garder! 

Didier. 
Vivre  vous  face  sainctement 
Celluy  qui  lit  le  firmament! 


—    i  10  — 

Qui  vous  mainne? 

Le  Péri:  Valier. 

Certainement 
Vous  le  sçaurez  sans  plus  garder  ! 

Valier. 
Celluy  qui  lit  le  firmament, 
Monseigneur,  vous  veulle  garder! 

Le  Père  Valier. 
lion  espoir  me  fuit  aborder 
Vers  vostre  donlceur  débonnaire, 
Priant  (pie  vouliez  acorder 
La  requeste  que  vous  vien  taire. 

Didier. 
Se  la  chose  ne  peut  desplaire 
A  Dieu,  mon  benoist  créateur, 
Pour  vous  obéyr  &.  complaire, 
Je  l'accorderay  de  bon  cueur. 

Le  Père  Valier. 
.le  vous  supply,  humble  Pasteur, 
Que  mon  fils  vouliez  retenir, 
Et  comme  bon  maistre  à  docteur, 
L'enseigner  ix  entretenir. 

Didier. 
S'il  veult  mon  conseil  maintenir. 
S'il  veult  aprandre  mieulx  valoir, 
\  hault  bien  le  feray  venir. 

Valier. 
Monseigneur,  j'ay  très  bon  vouloir. 

Didier. 
Voulez-vous  quelque  bien  sçavoir? 

Valier. 
\ultie  chose  je  ne  désire. 


—  lit  — 

Didier. 

Voulez-vous  servir? 

Valier. 

Oui,  voir, 

Didier. 
Je  vous  retien. 

Le  Père  Valier. 

Grand  mercy,  Sire. 
Didier. 
En  meurs  je  vous  veut  introduire 
Comme  il  est  loysible  &.  décent. 

Le  Père  Valier. 
Veullez  le  en  tout  honneur  conduyre, 
Quar  des  Patrices  il  descend 
Et  est  noble. 

Didier  . 

Pour  noblement 
Vivre  selon  Dieu  &  droicture, 
Monstrer  lui  veul  premièrement 
Les  poinctz  de  la  saincte  escripture. 

Le  Père  Valier. 
Il  est  d'assez  bonne  nature. 

Didier. 
Il  me  souflit,  plus  n'en  parlez. 

Le  Père  Valier. 
Je  le  laisse  soubz  vostre  cure. 
Adieu,  Monseigneur. 

Didier. 

Or,  alez. 
Le  Père  s'en  va  en  son  siège. 


—  H2  - 

Valier,  mon  Gis,  si  vous  vouiez 
Venir  à  grant  perfection, 
Convient  que  vous  ne  vous  meslez 
De  vilaine  occupacion. 
Aymez  par  bonne  affection 
Dieu  qui  est  le  souverain  Roy, 
Ainsy  aurez  fondacion 
Ou  principe  de  nostre  foy. 

Puis  avez  ung  commandemant 
Quant  aux  prochains,  grans  ou  petis, 
Lequel  vous  dit  expressemant  : 
Ut  invicem  diligatis, 

Dcimi  ceduh:  colatis, 
Nec  non  proximos  amaie, 
In  ht  s  fhiobiis  mandate 
Pendel  lex  nique  prophète. 

De  cueur,  de  force  &  de  courage 
Faut  servir  Dieu  qui  fit  la  mer, 
A  son  prochain,  non  faire  oultrage, 
Mais  comme  soy-mesmes  l'aymer  ; 
Et  afin  de  sçavoir  mener 
Saincte  vye,  plus  ardamment, 
Est  bon  d'aprandre  <k  rumyner 
Le  viel  &  nouveau  testament. 

En  viel  testament  nous  avons 
Pentateuchen,  la  loi  anticque, 
Puis  aultre  dignité  trouvons 
Sacerdotale  oc  prophéticque, 
Idem,  la  loy  évangélicque, 
Le  nouveau  nous  mect  en  escript, 
Pour  fonder  le  bon  catbolicque 
Kn  la  doctrine,  Jhésu  Crist, 


—  113  — 

Sachez  que  l'escripture  saincte 

C'est  comme  ung  champ  large  à  notable, 

Sur  quoy  mainte  fleur  y  a  paincle, 

Qui  porte  bon  fruit  délectable, 

Ou  c'est  comme  la  haulte  table, 

Plus  odorant  que  le  fin  balme, 

Rendant  viande  profïitable 

Qui  assuffit  le  corps  &  l'âme. 

Et  pourtant,  mon  beau  fils,  Valier, 

A  l'estude  vous  esbatez, 

Et  comme  vaillant  chevalier, 

Contre  les  vices  combattez, 

Occiosité  reboutez, 

Car  c'est  de  tous  maulx  la  norrice. 

Valier. 
De  mon  fait  point  ne  vous  doublez. 

Didier. 
Pourquoy? 

Valier. 
Je  veul  laisser  tout  vice, 
Puisque  suis  en  vostre  service. 
Pour  vivre  selon  charité, 
Tous  les  sentiers  de  vanité 
J'esloingneray  de  point  en  point, 
Et  seray  dévot. 

Didier. 

Dieu  le  doint  ! 

Valier. 
Pour  acquicler  ma  conscience, 
Je  garderay  obédience, 
Et  si  ne  vous  desdiray  point 
Quoiqu'il  adviengne. 

Didier. 

Dieu  le  doint! 


—  114  — 

Y.YLIKK. 

Quelque  chose  que  dye  ou  face, 
Je  veul  révérer  vostre  face, 
Car  vraye  amour  à  vous  nie  joinct, 
Sans  jamais  partir. 

Didier. 

Dieu  le  doinl! 

Valier. 
J'entends  à  bien. 

Didier. 

A  bien  viendrez. 
Yalier. 
J'ay  bon  vouloir. 

Didier. 
Persévérez. 

Valier. 
Dieu  me  conduit. 

Didier. 
C'est  vostre  adjoinct. 

Valier. 
Je  veul  bien  faire. 

Didier. 

Dieu  le  doint! 

Valier. 
Si  Dieu  de  vous  ne  me  desjoinct, 
Incessamment  me  conduyrez. 

Didier. 
S'ainsy  est,  par  moi  vous  serez 
Iîien  bref  en  dignité  assiz. 

Valier. 
Du  grant  honneur  que  vous  m'offrez 
Je  vous  rend  cent  mil  marcv. 


—  115  — 

Honorius,   Empereur  de  Homme  esl  assiz  en  son  trosne, 
accompagné  du  Consul  et  du  Tribun,  cl  d'ici  ce  qui  s'ensuyt. 

Honorius,  Empereur  de  Romme. 
Sur  les  Romains  les  roys  furent  desmis 
Et  non  admis  pour  Tarquin  l'orgueilleux, 
Lorsque  Brutus,  à  tous  vices  submiz, 
Premier  comiz  au  consulaige  mis, 
En  ses  amis,  fit  des  caz  merveilleux. 
Consules  preux,  fors  &  victorieux, 
Furent  soigneux  de  la  chose  publicque 
Tant  que  César  print  honneur  monarchicque. 

Lors  eut  auditoire, 
Lors  tint  consistoire 
Bruyt  impératoire, 
Puissance  robuste, 
Puiz  revint  en  gloire, 
Partout  territoire, 
Nom  qui  bruyt  encore 
Qu'on  appelle  Auguste. 

Après  Auguste  Octavian 
Fut  empereur  Tiberius, 
Claude,  Néron,  Domitien, 
Galba,  Titus,  Vitellius, 
Trajan,  Commodus,  Décius, 
Et  plusieurs  que  je  laisse  à  dire, 
Auxquels,  moy  dit  Honorius, 
Je  succède  quant  à  l'empire. 

Quant  à  l'empire  je  succède 
Par  noble  généracion, 
Si  veul  que  nul  ne  me  précède 
En  vertuz  &  dévocion, 


—  H6  — 

Pourtant  est  mon  inteneion 
D'envoyer  par  l'orbe  romain 
Des  yens  de  grant  discrécion 
Pour  tout  gouverner  soubz  ma  main. 

0  Consul  très  sage  &  prudent, 
El  vous  Tribun  de  noble  affaire, 
Donnez-moi  conseil  évident, 
Déterminant  qu'il  est  de  faire. 

Lk  Consul. 

iNoble  Empereur,  vray  examplaire 
D'honneur  oc  de  magnificence, 
J'en  parleray,  pour  vous  complaire, 
Selon  ma  simple  intelligence. 

Lk  Tridun. 

Auguste  de  grant  excellence, 
ïriumphe  de  nobilité, 
Je  mectray  toute  diligence 
A  vous  dire  la  vérité. 

Le  Consul. 

Comme  vous  avez  récité 

Par  succincte  narracion, 

Il  est  bien  de  nécessité 

De  mectre  en  tout  provision, 

Si  suis  de  cesle  opinion 

Qu'il  fault  envoyer  gens  notables 

Dessuz  chascune  région 

De  tous  les  climat?  habitables. 

Théodosius,  voslre  père, 

A  qui  Dieu  veulle  saulver  l'âme, 

Et  Archadius,  voslre  frère, 

Qui  gist  maintenant  soubz  la  lame, 


—  117  — 

Ont  bien  gouverné  le  royaulme 
L'empire,  les  citez,  les  lieux, 
Pourtant  seroit  à  vous  grant  blasme 
Se  ne  faisiez  de  bien  en  mieulx. 

Le  Tribun. 
Vers  vous  chascun  licve  les  yeulx, 
Vers  vous  tout  homme  tend  les  mains, 
Si  debvez  estre  doubz  &.  preux 
Plus  que  nul  prince  des  Piomains. 
Mais  pour  les  courages  haultains 
Des  ennemys  faire  ployer, 
Il  convient  es  pays  loingtains 
Bon  cappitaines  envoyer. 

Et  pour  éviter  accident, 
Guerre,  noise  ou  contencion, 
Premier  vous  fault  vers  Occident 
Mectre  garde  &.  provision, 
Pour  maintenir  en  union 
Toute  la  région  gallicque, 
De  la  mer  du  Septentrion 
Jusques  à  la  mer  hispanicque. 

Honorius,  Empereur. 
Nommez  moy  quelque  homme  auctenticque 
Pour  y  aller. 

Le  Consul. 
Marianus. 
Honorius. 
Pour  garder  la  chose  publicque, 
Nommez  moy  quelque  homme  auctenticque. 

Le  Tribun. 
Vostre  belle  terre  italicque 
A  des  gens  preuz  s'il  en  est  nuls. 


—  118  — 

HONORIUS. 

Nommez  moi  quelque  homme  autencticque 
Pour  y  aller. 

Le  Tribun. 

Marianus. 
Pour  gendarmes  gros  à  menuz 
Régir  comme  triumphateur, 
N'avez  outre  voz  chiers  tenuz 
Que  Marien  le  cénaleur. 

Le  Consul. 
Il  est  très  hardi  combateur, 

Abateur, 

Débateur, 

Rebouteur 
De  toute  inimitié  romainne. 

Le  Tribun. 
11  est  vaillant  exécuteur, 

Conducteur, 

Déducteur, 

Vray  tuteur 
De  vostre  impérial  domaine. 

Honorius. 
Je  commande  qu'on  le  m'ammaine, 
Puisqu'il  est  tel. 

Le  Consul. 

N'en  doublez  rien. 

Le  Tribun. 
Suz,  messagier,  cours  d'une  alainne 
Quérir  le  puissant  Marien. 

Diligent,  messagier  romain. 
Puisqu'il  plait  au  haull  terrien, 
Je  m'en  voys  l'aire  le  message. 


—  110  — 

Le  Consul. 
Dis  luy . . . 

Diligent,  messagier  romain. 
Ho!  je  vous  entends  bien. 
Pensez  que  je  suiz  homme  sage. 

C'est  ung  eénateur  de  bon  aage, 
Homme  pardieu  de  grant  value. 
Je  voy  désià  son  personnage, 
Si  convient  cpie  je  le  salue. 

Dieu  tout  puissant  qui  fit  la  nue 
Vous  doint  ce  que  le  cueur  désire! 

Marianus,  eénateur. 
Couvrez,  couvrez  la  teste  nue, 
Puis  direz  ce  que  vouldrez  dire. 

Diligent,  messagier  romain. 
Honorais  qui  tient  l'empire, 
Vous  mande  espécialement, 
Tout  de  bouche  sans  riens  escripre, 
Que  venez  à  luy  prestement. 

Marianus. 
Louange  au  Roy  du  firmament, 
Louange  au  haultain  Plasmateur, 
Quand  l'Empereur  présentement 
Me  daigne  faire  ceste  honneur! 
Où  sont  mes  soudars? 

Le  premiek  Soudart. 

Monseigneur. 
Marianus. 
Escoutez  que  je  vous  diray. 

Le  second  Soudart. 
Se  vous  avez  riens  sur  le  cueur, 
Dictes,  je  vous  escouteray. 


—  120  — 

Le  premier  Souldart. 
Et  moy  je  vous  obéyray 
Comme  a  son  seigneur  on  doit  faire. 

Marianus 
Très  bien;  or,  je  vous  conteray 
Ung  bien  petit  de  mon  affaire. 
L'Empereur,  doulx  <k  débonnaire, 
Me  mande,  je  ne  sçay  pourquoy  ; 
Si  est  licite  <k  nécessaire 
Que  vous  venez  avecque  moy. 
Y  viendrez  vous? 

Le  premier  Souldart. 
Faire  le  doy. 
Commandez,  je  seray  tout  prest. 

Marianus. 
Et  vous  ? 

Le  Second  Souldart. 
Je  vous  jure  ma  foy 
Que  j'iray  aussy  s'il  vous  plaist. 

Marianus. 
Je  ne  veul  sergent  ne  varlet. 

Le  premier  Souldart. 
Il  souffit. 

Marianus. 
Grant  compaignie  me  desplait. 

Le  second  Souldart. 
Aussy  en  vient-il  peu  proffit. 
Lors  s'en  vont  vers  l'Empereur. 

Le  Fol. 
Sçavez-vous  que  Jehan  d'Humés  fit 
En  revenant  de  Montlandon, 
Il  trouva  du  sucre  confit 
Qu'on  appelle  dyamerdon. 


—  124  — 

Hélas!  Dieu  pardoint  à  Bordon! 
Il  buvoit  bien  devant  mangier. 
Je  dis  Bordon,  le  messagier, 
Déa  affin  que  vous  l'entendez. 
Actendez,  ma  mye,  actendez, 
Ne  courez  plus,  il  est  estainct. 
Galant,  vous  avez  tout  atainct, 
Car  je  vous  ay  vu  au  plus  bas 
Bouler  la  main  jusques  au  cabas, 
Par  le  pertuys  du  coutillon. 
Je  m'en  vois  jouster  sur  ung  bas 
Contre  Godefroy  de  Billon. 

Marianus  salue  l'Empereur. 
Honneur  &  exaltacion 
Vous  acroisse  Dieu  tout  parfait! 

Honorius. 
Mais  vous  ouctroyt  pour  porcion, 
Honneur  &  exaltacion! 

Marianus. 
A  vostre  dominacion 
Me  viens  présenter. 

Honorius. 

C'est  bien  fait. 
Le  premier  Souldart. 
Honneur . . . 

Le  second  Souldart. 

Et  exaltacion 
Vous  acroisse  Dieu  tout  parfait  ! 

Honorius. 
Vous  estes  homme  de  grand  fait, 
0  Marien,  nostre  espérance, 
Ce  noble  empire  est  tout  refait 
Par  vostre  bon  sens  &  vaillance, 


—  122  — 

Mais  pource  qu'en  toute  asscuranco 
Voulons  Galles  tousiours  garder, 
Nous  vous  baillerons  grant  puissance 
Pour  illec  aller  présider. 

En  Arles  pourrez  résider 
Tour  disposer  de  voz  affaires, 
Puis  niectre  gens  pour  regarder 
S'il  survient  aucuns  adversaires. 
Nous  vous  baillons  légionnaires, 
Enffans  de  pied,  centurions, 
Tireurs  de  canons  de  Yeuglaires 
Qui  vaillent  hardis  champions. 

Je  sçay  bien  que  long  temps  y  a 
Que  les  barbares  nacions 
Partirent  hors  de  Sitbia 
Pour  venir  en  noz  régions. 
Goths,  Hunes  &  Wandres  félons 
Tirent  désià  vers  Occident, 
Pourtant  décernons  &  voulons 
Que  soiez  illec  Président. 

Marianus. 
Je  vous  remnrrye  humblement 
De  l'honneur  que  me  présentez. 

Honorius. 
L'acceptez-vous  ? 

Marianus. 
Certainement. 
Je  vous  remareye  humblement. 

Honorius. 
Si  vous  faictes  honnestement 
Vous  aurez  de  grant  dignitez. 


—  lc23  — 

Marianus. 
Je  vous  remarcye  humblement 
De  l'honneur  que  me  présentez. 

Honorius. 
Ungr  légionnaire  prenez 
Avec  centurion  notable, 
Puis  des  enffans  de  pied  menez 
Pour  soutenir  guerre  importable. 

Le  Légionnaire. 
Impérateur  inestimable, 
J'iray  avec  lui  volontier, 
Et  s'il  y  a  peuple  indomable, 
Nouz  le  mectrons  en  bon  sentier. 

Le  Centurion. 
S'il  y  a  riens  à  besongner, 
Je  seray  prompt  &  diligent, 
Et  sy  ayme  mieulx  à  gaignier 
Honneur  que  mil  marcs  d'argent. 

Marianus. 
Sommes  nous  pretz  ? 

Le  Légionnaire. 

Totalement. 
Marianus. 
Nous  fault-il  rien? 

Le  Centurion. 

N'escut  ne  lance. 
Marianus. 
Partirons-nous? 

Le  Légionnaire. 
Légièrement. 
Mariannus. 
Avons  nous  gens? 

Le  Centurion. 

A  grant  puissance. 


—  124  — 

Mariannus. 
Or  ça  doncques  que  chascun  s'avance 
De  charger  armes  &  bagaiges. 

Le  Centurion. 
Je  seray  premier  en  la  dance, 
Voyre  sans  guières  de  languaige. 

Le  Légionnaire. 
Par  le  corps  de  my  je  gaige 
Que  j'y  gaigneray  du  butin. 

Le  premier  Souldart. 
A  déa  s'il  y  a  du  pillaige 
Nous  y  ferons  quelque  butin. 

Le  second  Souldart. 
Se  je  treuve  payen  matin, 
Je  suis  homme  pour  le  mater. 

Le  premier  Souldart. 
S'ilz  ne  se  lièrent  bien  ma' in 
Crois  qu'on  les  yra  visiter. 

Maria  nnus. 
Mes  amys,  il  nous  fault  aller 
En  Galle,  forte  à  armative, 
Nous  ne  pouvons  plus  reculer, 
Car  la  besongne  est  fort  hastive. 

Lors  prenl  concjc  de  VEmpereur. 

Adieu,  puissance  impératrice! 
Je  prans  congé  de  voslre  court. 

Le  Légionnaire. 
Puisque  c'est  la  déffinitrice, 
Adieu,  puissance  impératrice! 

Le  Centurion. 
Adieu,  Homme  suppellalricc 
Dont  toute  noblesse  décourt! 


—  125  — 

Le  premier  Solldart. 
Adieu,  puissance  impératrice  ! 

Marianus. 
Je  prans  congé  de  votre  court. 

Hûnorius. 
Maiien,  pour  vous  dire  court, 
Se  besongnez  à  mon  optât 
Et  Dieu  me  préserve  &  secourt, 
Je  vous  mectray  en  hault  estât. 
Or,  vous  en  allez  à  l'esbat, 
Mes  beaulx  enffans  &  mes  amys, 
Et  ne  pensez  à  nul  débat, 
Synon  aux  mortels  ennemys. 
Lors  s'en  vont. 

Le  Fol. 
Je  viens  de  combatre  aux  formis 
Auprèz  de  la  roche  Sainct  Gille, 
Mais  ilz  m'ont  presque  à  terre  mis. 
Pour  aussy  vray  que  l'évangille, 
Ung  hom  qui  n'a  ne  croix,  ne  pille, 
Ne  bled,  ne  vin,  ne  vestement, 
Il  dort  beaucoup  plus  seurement 
Que  s'il  avoit  cent  mil  mars. 
Il  court  maintenant  largement 
De  ces  grans  plumes  de  coquars, 
Mais  s'on  ne  les  vend  que  deux  quars. 
En  despit  de  maistre  enfumé, 
Avant  qu'il  soit  le  mois  de  mars 
Je  veul  estre  tout  remplumé. 
Ne  sera-ce  pas  bien  frimé 
D'avoir  la  teste  &  les  habits 
Plus  veluz  qu'ung  coq  desplumé? 
Ce  sera  bien  fait  en  gros  bis. 


—  120  — 

Marden. 

Loué  soit  Dieu  de  paradiz! 
.Nous  voyous  Arles  la  cité. 

Le  Légionnaire. 
Vees  cy  uiig  pays  qui  jailiz 
Estoit  de  grant  auctorité. 

Mariants. 
L'impériale  Majesté 
M'y  commect  par  sa  courtoisie, 
Pourtant  l'ault,  eu  grant  gravité, 
Saluer  cesle  bourgeoisie. 

Lors  descend. 

Le  premier  Bourgeoys  d'Arles. 
Je  voy  moût  belle  compaignie, 
Bien  empoint  &  bien  décorée. 

Le  second  Bourgeoys  d'Arles. 
C'est  une  bataille  garnye 
Oui  descend  en  ceste  contrée. 

Le  premier  Bourgeoys  d'Arles. 
J'ay  paour  que  nous  n'ayons  meslée. 

Le  second  Bourgeoys  d'Arles. 
Us  viennent  vers  nous  droitte  voye. 

Le  premier  Bourgeoys  d'Arles. 
Nous  actendrons  cy  l'assemblée. 

Le  second  Bourgeoys  d'Arles. 
C'est  tout  le  plus  seur  que  j'y  voye. 

Mariai  salue  aulx  d'Arles. 

Marien. 

Seigneurs  Bourgeoys,  Dieu  vous  doinl  joye! 

Le  second  Bourgeoys  d'Arles. 
Monseigneur,  Dieu  vous  doint  santé  ! 


-   1-27  — 

Le  Légionnaire. 
D'argent  puissiez  avoir  montjoye! 

Le  Centurion. 
Seigneurs  Bourgeoys,  Dieu  vous  doint  joye! 

Le  second  Bourgeoys  d'Arles. 
Qui  esse  qui  cy  vous  envoyé? 

Marianus. 
L'Empereur. 

Le  Légionnaire. 
Il  dit  vérité. 

Marianus. 
Seigneurs  Bourgeoys,  Dieu  vous  doint  joye  ! 

Le  second  Bourgeoys  d'Arles. 
Monseigneur,  Dieu  vous  doint  santé  ! 

Marianus. 
Celluy  qui  tient  la  dignité 
D'Orient  jusque  en  Occidant, 
Honorius,  plain  de  bonté, 
M'a  commis  icy  Président, 
Et  veul  qu'en  Arles  nommément 
Je  préside  en  trosne  d'honneur, 
Pour  Galles  tenir  seurement 
Encontre  mortelle  fureur. 

Le  premier  Bourgeoys  d'Arles. 
Puisqu'il  plaist  au  hault  Empereur, 
Il  appartient  bien  qu'il  se  face. 

Le  second  Bourgeoys  d'Arles. 
Nous  en  avons  grant  joye  au  cueur, 
Puisqu'il  plaist  au  grant  Empereur. 

Le  premier  Bourgeoys  d'Arles. 
Le  pays  en  sera  plus  seur. 


—  128  — 

Marianus. 
Ne  craindez  qu'aucun  vous  rnéflace. 

Le  second  Bourgeoys  d'Arles. 
Puisqu'il  plaisl  au  hault  Empereur, 
Il  appartient  bien  qu'il  se  face. 

Le  premier  Bourgeoys  d'Arles. 
Seez  vous. 

Marianus. 
Où? 

Le  second  Bourgeoys  d'Arles. 
Veescy  vostre  place. 

Marianus. 
Je  le  veul.  Ça,  venez  aprèz. 
Mais  quoy  il  fault  lieu  <k  espace 
Pour  mes  gendarmes  cy  auprèz. 
Galans,  je  veul  que  vous  allez 
Sercher  lieu  pour  vous  haberger. 

Le  premier  Bourgeoys  d'Arles. 
Monseigneur,  ne  vous  en  meslez, 
Nous  penserons  de  les  losger. 

Lucifer. 
Me  lairez  vous  mon  frain  ronger, 
Me  lairez  vous  long  temps  songier, 
0  faulse  &  damnable  vermine? 

Satham. 
Prince  d'enfer  très  mansongier, 
Je  croy  que  voulez  enragier, 
Au  moins  en  faictes  vous  la  myne. 

Lucifer. 
Despit  le  cerveau  me  rumyne 
Et  passe  comme  à  l'eslamine 
Par  désordonnée  arrogance. 


-   129  - 

Cerbérus. 
Avez  vous  perdu  cognoissance, 
Ne  sçavez  vous  pas  bien  cornent 
Nos  dyables  ont  à  toute  instance 
Semé  rage  &.  forcènement? 

Astaroth. 
Nous  tantons  très  horriblement 
Partout,  sans  ordre  &  sans  degré, 
Nous  besongnons  terriblement, 
Et  si  ne  nous  en  sçavez  gré. 

Léviatham. 

Je  voy  par  ville  &  par  cité, 
Je  sens,  j'escoutte,  je  spécule, 
Mais  il  n'y  a  si  liault  monté 
Que  je  ne  reforge  &  carculle. 

Belphégor. 
J'escriptz,  je  notte,  j'articule, 
Je  fay  culer  &  baculer, 
Il  n'est  cul  si  fort  reculé 
Qu'en  culant  je  n'aille  aculer. 

Bélial. 
Je  faiz  hocqueleurs  hocqueler, 
Qui  tienne  hocquelz  hocquelans, 
Et  Collin  Collette  accoller, 
Plus  drus  que  marteaulx  martelans. 

Lucifer. 
Vous  estes  paillards  &  meschans, 
Vous  ne  vaillez  pas  deux  tournoiz. 
Avez  vous  été  sur  les  champs 
Pour  nuyre  au  peuple  lingonoys? 

Satham. 
J'y  ai  esté  plus  de  cent  foys, 
Et  les  aultres  pareillement. 


—   130  — 

Mais  tout  ne  vault  pas  quatre  noix, 
Car  Dieu  nous  fait  cmpeschement. 

Lucifer. 
Puisque  n'avez  aucunement 
Empesché  le  cas  vers  Didier, 
Je,  Roy,  pense  tout  aultreraent 
Pour  luy  nuyre  pluslost  qu'ayder. 

Sa.th.vm. 
Comment? 

Lucifer. 
Affin  que  par  preschier 
Ne  face  les  peschez  faillir, 
Il  vous  fault  les  Wandres  serchier 
Pour  aller  Lengres  assaillir. 

Satham. 
Holà  !  laissez-moy  convenir, 
Car  par  faulce  temptacion 
Feray  le  roy  Croscus  venir 
Pour  tout  mectre  à  confusion. 

Lucifer. 

Satham,  tu  as  commission 
De  dire  à  Croscus  les  parolles, 
Mais  fains  une  inspiracion 
Comme  s'elle  vint  des  ydolles, 
Les  aultres  par  manières  molles 
Ou  par  suasions  petites, 
Esmenueront  les  testes  folles 
Des  satrappes  <k  satellites. 

Satham. 
Or  ça,  ça,  ligures  mauldites, 
Que  chascun  se  mecte  en  arroy 
Pour  les  nations  dessus  dictes 
Bouter  en  guerre  &.  en  desroy. 


—  131  — 

Cerbérus. 
Qui  esse  qui  tampte  le  Roy  ? 

Astaroth. 
Ne  te  chaille  ce  n'es  tu  pas. 

Léviatham. 
Je  feray  raige  quant  à  moy. 
Belphégor. 
Qui  esse  qui  tempte  le  Roy? 

Bélial. 
Ce  n'est  pas  ton  cas. 

Belphégor. 

Et  pourquoy? 
Bélial. 
Tu  ne  scez  lampter  par  compas. 

Astaroth. 
Qui  esse  qui  tempte  le  Roy  ? 

Satham. 
Ne  te  chaille  ce  n'es  tu  pas 

Moy  mesmes  y  voys  pas  à  pas 
Comme  le  plus  gracieux  sire. 
Allez  vers  ses  gens  hault  &  bas 
Souffler  doulcement  sans  mol  dire. 

Astaroth. 
Nous  tiendrons  bien  Didier  de  rire 
Avant  qu'il  soit  ung  moys  passé. 

Belphégor. 
Lengrois  ne  sçauront  contredire 
Que  leur  hault  mur  ne  soit  quassé. 

Léviatham. 
Hz  auront  dure  adversité. 

Bélial. 
Hz  auront  peine  misérable. 


—  132  — 

LÉVIATHAM. 

Aluns  brasser  l'iniquité. 
Satiiam. 
Or,  niions  de  par  le  grand  dyable  ! 

Lors  s'en  vont  faire  semblant  de  templer  les   Wandres  et 
Salham  prand  habit  dissimulé  pour  parler  au  Roy. 

Croscus,  Roy  des  Wandres. 

Au  cueur  vaillant  rien  n'est  plus  acceptable, 
Ne  délectable  en  cest  estre  mondain, 
Que  triumpher  par  guerre  intolérable, 
Fière,  importable,  horrible,  insupérable, 
Très  profitable  à  couraige  haultain. 
Ce  gendre  humain,  soit  Gauloiz  ou  Romain, 
Fait  de  sa  main  divers  cas  superfluz, 
.Mais  le  plus  fort  en  emporte  le  plus. 

Quant  chascun  s'efforce 
De  monstrer  effort, 
Qui  plus  a  de  force 
Boute  le  plus  fort, 
Quand  fortune  au  fort 
Fait  force  très  forte, 
Ne  château  ne  fort, 
Rien  ne  le  conforte. 

Les  Gothz  jadis  nous  reboutèrent 

De  la  sathicque  région, 

Et  puis  après  nous  rencontrèrent 

Vers  le  fleuve  Danubyum. 

Maisj'ay  désor  intencion, 

S'il  plaist  aux  Dieux  où  je  me  fonde, 

De  monstrer  fierté  de  lyon 

A  tout  le  demeurant  du  monde. 


—  133  — 

Le  premier  Satrappe. 
En  vous  toute  prouesse  habonde, 
0  roy  Croscus  de  grant  puissance, 
Si  debvez  sur  la  terre  ronde 
Exercer  armes  à  vaillance, 
Vous  avez  gens  en  ordonnance 
Assez  pour  le  monde  macter. 

Croscus. 
Puisque  je  suis  en  florissance, 
Je  me  feray  craindre  &  dobter. 

Le  second  Satrappe. 
S'il  est  besoing  de  conquester 
Pays  de  grant  magnificence, 
"Voz  Vendres  sont  pour  emporter 
Une  victoire  d'excellence, 
Et  pourtant  faictes  diligence 
De  mectre  vos  genz  en  arroy. 

Croscus. 
Très  bien  dit,  mais  faictes  silence, 
Car  j'y  veul  penser  de  par  moy. 

Salham  parle  à  Croscus  qui  fait  semblant  de  someillcr 
Satiiam. 
Croscus,  immuable  Roy 
Régnant  sur  la  gent  wandalicque, 
Qui  des  haulx  Dieux  soustiens  la  foy 
Selon  la  secte  paganicque, 
Je  t'assigne  guerre  publicque, 
Pour  ton  gain  &  utilité, 
Contre  Didier,  bon  catholicque, 
Et  contre  Lengres  la  cité. 

Didier  acroist  chrétienté 

Par  prescher  &  par  introduyre. 


—  13  i  - 

Il  fait  miracles  a  planté, 
il  tend  à  tout  le  peuple  instruyre, 
Si  te  fault  les  Wandres  coriduyre 
Par  Galles,  le  pays  très  fort, 
Pour  Lengres  ardoir  à  destruyre, 
Et  Didier  faire  mectre  à  mort. 

Jamais  accord  n'en  soit  escript 
S'il  ne  délaisse  entièrement 
La  loy,  la  foy  de  Jhésu  Crist, 
Et  son  peuple  pareillement. 
Dispose  toy  totalement 
De  leur  livrer  cruel  assault, 
Et  si  tu  n'as  gens  largement 
Le  Roy  des  Alainz  ne  te  fault, 

Despesche  toy, 
Il  plaist  aux  Dieux. 
0  noble  Roy, 
Despesche  toy, 
Acroy  ta  loy 
De  bien  en  mieulx. 
Despesche  toy, 
11  piaist  aux  Dieux. 

Croscus. 

Jupiter,  Mars  &  Saturnus, 

Pallas,  Juno,  Venus,  Mercure, 

Cybelez,  Pluto,  Neptunus, 

Lien  vous  doy  servir  par  grant  cure, 

Car  vostre  angélicque  figure 

M'a  donné  inspiracion 

De  ruer  à  desconfiture 

La  lingonicque  nation. 


—  135  — 

De  ce  Didier  qui  tant  desplait 
A  la  déificque  excellance, 
Jamaiz  n'en  sera  tenu  plait, 
Les  Dieux  ont  donné  leur  sentence. 
Il  mourra  bref  comme  je  pense, 
S'il  ne  laisse  la  loy  chrétienne, 
Et  s'il  ne  veut  pour  récompanse 
Accepter  nostre  loy  payenne. 

Mes  Satrappes  &  Conseilliers, 
Dictes  en  vostre  oppinion, 
N'ay  je  pas  assez  chevaliers 
Pour  tout  mectre  en  susgection  ? 

Le  premier  Satrappe. 
Vous  avez  congrégation 
De  satalites  fiers  &  preux, 
Qui  feront  grant  vexacion 
A  ces  Lingonoiz  merveilleux. 

Le  second  Satrappe. 
.Nous  sommes  gens  chevalereux 
Pour  frapper  d'estoc  &  de  taille, 
Si  soit  prest  d'aller  contre  eulx, 
Car  trop  nous  tarde  la  bataille. 

Croscus. 
Leur  loy  ne  vault  pas  une  maille. 

Le  premier  Satrappe. 
Et  pourtant  la  faut-il  débattre. 

Croscus. 
De  leur  foy  n'est  chose  qui  vaille. 

Le  second  Satrappe. 
Pourtant  les  irons-nous  combattre. 

Croscus. 
A  cela  je  me  veul  esbattre. 


—  -13G  - 

Le  premier  Satrappe. 
E(  moy  je  ne  quiers  que  l'assault. 

Croscus. 
.le  feray  la  muraille  abattre. 

Le  second  Satrappe. 
Hz  sont  nostres  ou  autant  vault. 

Croscus. 
Le  Roy  des  Alainz  mander  lault, 
Il  est  homme  de  grant  noblesse, 
Je  veul  qu'il  vienne  faire  ung  sault 
Devant  Lengres  qui  tant  nous  blesse, 
Là  nous  fault-il  monstrer  proesse, 
Combattre,  assaillir  main  à  main, 
Car,  par  Minerve  la  déesse, 
Le  siège  y  sera  mis  demain. 

Le  Prologueur  dict  Vépylogue  qui  s'ensuyt  pour  prandre 
congé.  Le  Prologueur. 

Or,  est  nostre  matière  en  train, 
Car  jouée  est  l'une  partie, 
Mais  il  fault  icy  mectre  frain 
A  faire  du  lieu  départye. 
Demain  sera  peraccomplye 
Du  sainct  martyr  la  passion. 
Venez  y  tous,  je  vous  supplye, 
Pour  prandre  récréacion. 

Lengres  aura  demain  la  guerre, 
Et  Didier  la  mort  recepvra, 
Le  bourreau  cherra  mort  à  terre, 
Et  Croscus  desconfit  sera. 
Plusieurs  merveilles  on  verra, 
Selon  les  cas,  selon  les  lieux, 
Quiconques  bien  les  notera, 
Toute  sa  vie  en  vauldra  mieulx. 


-  137  — 

Dieu,  par  son  glorieux  martir., 
Nous  doint  faire  bon  finement! 
Et  vous,  Seigneurs,  au  despartir, 
Prenez  en  gré  joyeusement. 
Se  joué  avons  rudement, 
Ou  dit  quelque  mot  qui  peu  vaille, 
Supportez-nous  bénignement  ; 
Il  n'est  si  rusé  qui  ne  faille. 

Le  Fol. 
Il  convient  que  chascun  s'en  aille 
Qui  ne  veult  icy  demeurer; 
C'est  le  congé  que  je  vous  baille, 
Adieu,  car  je  ne  puis  plorer. 
Et  demain  vous  failli  retorner 
Pour  voir  les  beaulx  esbatemens, 
Car  aussy  je  vous  veul  donner 
De  notables  enseignemens. 


Explicil  prima  pars  hujas  operis. 


In  sequenti  vcro  folio  incipit  sccunda  pars,  sci- 
licel  martirum  bcali  Desidcrii  et  bcllum  Wanda- 
lorum  eu  m  eorum  deslructionc. 


C'est  à  moy, 


Prévost. 


—  139  — 
J.  H.  S. 


Incipit  secimda  pars  lnijus  operis. 


Le  Prologueur  comance. 
Saluste,  romain  orateur, 
Donne  louange,  honneur  &  gloire, 
A  celluy  qui  est  descripteur 
Des  faictz  d'aultruy  ou  réciteur 
Affin  qu'en  dure  la  mémoire. 
Se  César  eut  bruyt  de  victoire 
Par  dessuz  tous  ceulx  de  l'empire, 
Aussi  eut-il  honneur  d'escripre. 

Je  répute  euvres  autenticques 
Et  occupacions  notables, 
Mestre  en  escript  les  faitz  anticques 
Ou  gouvernemens  politicques 
Qui  sont  à  oyr  délectables. 
Les  recours  en  sont  proffitables 
Et  font  corps  humain  resioyr, 
On  ne  peult  trop  de  biens  ouyr. 

Si  avons  rédigé  en  letre 
De  sainct  Didier  la  passion, 
Et  par  personnages  fait  mectre, 
Pour  nous,  à  ceste  heure,  entremettre 
De  vous  en  faire- ostencion, 
L'euvre  est  de  grant  dévotion. 
Je  vous  en  avertis  alïïn 
Que  vous  oyez  jusqu'à  la  fin. 


—  140  — 

Vous  verrez  Lengres  assiéger, 
Et  sainct  Didier  décapiter. 
Après  venez  sa  mort  vanger 
Par  Marien,  fort  oc  légier, 
Qui  fera  Croscus  molester. 
Vous  verrez  au  bon  sainct  porter 
Son  chef  après  l'inscision, 
Par  divine  opéracion. 

Vous  y  verrez  mainte  merveilles 
Et  maint  miracle  d'excellance, 
Pourtant,  Seigneurs,  je  vous  conseille 
Que  nous  veullez  prester  l'oreille 
En  paix,  en  doulceur,  en  silence. 
Prenez  aussi  en  patience 
S'il  y  a  faulte  en  notre  fait, 
Vous  sçavez  que  nul  n'est  parfait. 

Le  Fol. 

Bona  vital  Jeimyn  Cornet, 
Dieux  que  tu  as  sotte  visière  ! 
Veulx  tu  point  jouer  au  cornet 
Ou  de  la  muse  par  darrière? 
Je  vien  tout  droit  de  la  Perrière 
Pour  manger  des  cailloz  cornuz, 
Mais  j'y  ay  trouvé  deux  corps  nudz, 
L'ung  fumelle  <k  l'aultre  tout  masle, 
Qui  ferretoyent  leur  cul  au  masle 
Par  dedans  une  chenevière. 
On  vend  du  bon  vin  de  Rivière 
Duquel  je  voy  boire  une  foys 
A  l'image  de  la  cyvière 
Qu'est  ferrée  de  doux  de  boys. 


—  141  — 

Lors  Saine t  Didier  descend  de  son  siège  el  procède  en  avant 
et  se  mecl  à  genoulx. 

Oralio.  DlDIER- 

0  Filz  de  Dieu!  6  Prince!  Roy  des  Roys! 
Qui  tout  pourvoys  corne  gubernateur, 
Je  te  requier  et  prye  à  haulte  voix, 
Toy  qui  tout  voys,  que  mon  peuple  courtoiz 
Ne  tumbe  es  reetz  du  pervers  séducteur. 
Tu  es  ducteur  oc  gracieux  tuteur 
De  l'humble  cueur  qui  de  péché  se  garde, 
Pourtant  contendz  vivre 'en  ta  sauvegarde. 

L'ennemy  machine 
Pour  nous  decepvoir, 
0  Vertu  divine! 
Veullez  y  pourvoir, 
Fay  nous  recepvoir 
Direction  telle 
Que  puissions  avoir 
La  gloire  immortelle. 

Et  afin  de  tousiours  donner 
Au  peuple  bonne  instruction, 
Veul  à  ceste  heure  sermonner 
Une  brefve  collacion. 
Faictes  la  préparation, 
Vallier. 
Monseigneur  Valier  doit  tousiours  cslre  auprès  Didier. 
Valier. 
Je  m'en  voy  despeschier. 
Valier  mecl  ung  drap  sur  la  chaire,  puis  Didier  monte  cl  dit  : 
Didier. 
Y  a  il  congrégation? 

Valier. 
Oui  voyr,  bien  povez  preschier. 


—  142  — 
Didier. 

Qdiescite  agere  perverse,) 

,-,  \Tliema. 

Discite  bon  a  facere.  ) 

Ysaye  sicut  descripla 
Primo  libri  capilulo 
Verba  pro  themale  sumpta 
Cor mn  presenti  populo. 

Mais  affin  que  bon  efficace 
Puist  avoir  ma  collation, 
\  ers  la  trésorière  de  grâce 
Nous  mectrons  en  dévotion, 
Disant  la  salutacion 
Quant,  pour  nostre  rédemption, 
Luy  vint  dire  :  Ave  Maria. 
Lors  se  mect  à  genoulx  et  dit  :  Ave  Maria. 

Qviescite  agere  perverse, 
Discite  bon  a  facere. 

Hœc  nostri  ihematis  verba 
Exarcntur  ubi  supra. 

Ysaye,  en  son  escripture, 
Mect  le  thème  que  je  propose 
Pour  adresser  la  créature 
Qui  en  aucun  vice  est  enclose, 
Car  affin  qu'au  bien  se  dispose, 
Luy  conseille  sur  toute  rien 
Que  de  mal  faire  se  repose 
Et  aspreigne  à  faire  le  bien. 

David  aussy  qui  enseigna 
Maint  vertueulx  enseignement, 
Nous  dit  :  A  malo  déclina 
Et  fac  bonum  incessamment, 


—  143  — 

Fuyons  le  mal  diligemment, 
Tous  biens  soyent  par  -nous  comiz, 
C'est  ce  que  nous  dit  proprement 
Le  thème  que  j'ay  devant  mis. 

Auquel  thème  je  noteray 

Deux  poinctz  en  toute  brefeté  : 

Quant  au  premier,  j'explicqueray 

Qu'on  doyt  fouyr  perversité. 

Au  second  sera  récité 

Que  debvons  aprandre  à  bien  faire 

Pour  avoir  la  félicité 

Qui  est  des  parfaitz  le  salaire. 

Le  premier  poinct  de  nostre  affaire 
C'est  que  nous  debvons  reposer 
D'offenser  Dieu  &  de  mal  faire, 
Pour  nous  à  vertu  disposer. 
0  pescheurs,  veullez  cy  noter 
Qu'il  est  temps  de  soy  convertir, 
Car  c'est  chose  moût  à  doubter 
Tousiours  pécher  sans  repentir. 

L'Église  nous  chante  &  afferme 
Que  qui  ne  s'amende  il  a  tort, 
Ainçoys  que  le  corps  très  enferme 
Soit  préoccupé  de  la  mort, 
Veu  que  conscience  rencort 
L'homme  pécheur,  salle  à  indigne. 
Bien  est  malheureux  qui  s'endort 
En  Testât  d'offence  divine. 

Pourtant  sainct  Pol,  qui  bien  parla, 
Nous  dict  ce  mot  d'auctorité  : 
Ab  omni  specie  mala 
Vos,  ô  frairesy  abslinete. 


_  144  — 

Délaissez  toute  adversité, 
Répudiez  vice  anormal, 
Et  pour  recouvrer  sanctité 
Reposez  vous  de  faire  mal. 

Reposez  vous  d'orgueuil  &  d'ire, 
Reposez  vous  de  vostre  usure, 
Reposez  vous  de  tout  mal  dire, 
li<'pnsrz  vous  fuyant  luxure, 
Reposez  vous  d'aymer  ordure, 
Reposez  vous  tous  d'offenser, 
Reposez  vous  de  faire  injure, 
Reposez  vous  de  mal  penser. 

Il  a  le  cueur  bien  endurcy 
Qui  tousiours  mal  sur  mal  cumule 
Sans  jamais  demander  marcy 
A  Dieu  qui  noz  faitz  articule, 
Car  Yalère  nous  articule 
Que  l'ire  divine  &  fureur 
Tant  plus  se  retarde  ou  recule, 
Tant  plus  monstre  enfin  sa  rigueur. 

Et  pourtant  doncques,  mes  amys, 
Laissons  vainne  opéracion 
Par  laquelle  on  peult  estre  mis 
A  finalle  perdicion, 
C'est  la  première  inlencion 
Du  thème  que  j'ay  récité, 
Qui  par  bonne  exortacion 
Dit  aux  pescheurs  :  Quiesciie. 

Le  second  puinct. 

Au  second  poinct  veul  que  sachez 
Qu'il  ne  suffit  pas  seulement 


—  115  — 

De  laisser  vices  &  péchez, 
S'on  ne  fait  du  bien  largement, 
Aprandre  fault  soigneusement 
D'estre  dévot  &  modéré, 
Pourtant  je  dis  secondement  : 
Disette  bona  facere. 

0  la  singulière  doctrine, 
0  proflitable  sapience, 
Qui  rend  la  créature  digne 
De  contempler  divine  essence  ! 
N'esse  pas  notable. science, 
Vraye  &  saincte  pbilosophye, 
Parquoy  la  povre  conscience 
De  tous  péchez  se  purifie? 

Afin  doncq  que  nous  puissons  prandre 

Le  bon  train  &  laisser  le  pire, 

A  bien  vivre  debvons  aprandre  ; 

C'est  ce  que  Isaye  veult  dire, 

Et  pourtant  quiconque  désire 

De  venir  à  salvacion, 

Il  doit  premièrement  eslire 

Le  chemyn  de  dévocion. 

Salomon  très  saige  &  prudent, 
Qui  escripvit  maint  examplaire, 
Dit  :  Omnia  lempus  habent, 
Mais  veescy  le  temps  de  bien  faire, 
L'apostre  aussy  le  nous  déclaire, 
Quand  il  nous  dit  :  Faciamus 
Bonne  euvre  saincte  &  nécessaire 
Dum  lempus  adhuc  habemas. 


-10 


—  I  Ni  — 

Tandiz  que  nous  avons  espace, 
Faisons  du  bien  à  toute  instance, 
N'atendons  pas  que  1  heure  passe, 
Veescv  le  temps  de  pénitence. 
Laissons  <lez  ceste  heure  arrogance, 
Soyons  en  vertuz  résolutz, 
Car  trop  mect  son  âme  en  balance 
Qui  tant  afcint  qu'il  ne  peult  plus. 

Mais  pource  qu'il  est  commande 
Qu'à  bien  faire  dehvons  apraridre, 
Peult  icy  estre  demande 
Comment  cela  se  doict  entendre. 
Je  dys  que  tu  doys  sans  actendre 
Accomplir  les  commandemens, 
Donner  pour  Dieu,  grâce  à  Dieu  rendre, 
Et  recepvoir  les  sacremens. 

Aprans  à  sçavoir  gouverner 
Tes  cinq  cens,  comme  Dieu  l'ordonne, 
Aprans  à  prier,  à  jeûner, 
Aprans  aussy  à  faire  aulmosne, 
Aprans  à  ne  hlesser  personne, 
Aprans  à  estre  doulx  ik  pieux, 
Aprans  occupacion  bonne, 
Aprans  à  vivre  selon  Dieu. 

Et  pourtant,  tout  considéré, 
0  gens  pleins  d'obslinacion, 
l)iscitc  bona  facere, 
Faictes  bonne  opéracion, 
C'est  la  totale  inlencion 
De  mon  thème  qui  l'entend  bien. 
Disant  pour  résolucion  : 
Laissez  le  mal,  prenez  ]p  bien. 


—  147  — 

Peuple  dévot,  notez  ces  dictz 

Yenans  de  bouche  prophéticque, 

Et  prions  Dieu  de  paradiz 

Que  les  puissions  mectre  en  praticque, 

Exerçons  vertu  manificque 

Durant  la  vie  transitoire, 

Pour  voir  sa  face  déificque 

Lassus  en  perdurable  gloire. 

Quare  nobis  distribucrc 
Dignelur  ac  conredere 
Qui  régit  aslra  polorum 
In  secula  seculorum! 

Lors  faicl  la  bénédiction  cl  s'en  va  seoir. 

Le  Doyen  de  Lengres. 
Messeigneurs,  il  est  tout  notoire 
Que  nostre  Prélat  est  notable, 
Décoré  d'euvre  méritoire 
Et  de  doctrine  proffitable. 

Le  Trésorier. 
Il  est  piteulx  à  amyable, 
Fondé  en  toute  humilité. 

L'Archidiacre  du  Dijonnoiz. 
Onques  ne  vys  plus  pytoyable. 

L'Archidiacre  du  Tonnoirroiz. 
Il  est  piteulx  &  amyable. 

L'Archidiacre  du  Barroiz. 
Il  nous  est  bon. 

L'Archidiacre  de  L'Auxoiz. 
Mais  convenable. 

Barroiz. 
II  a  de  science  planté. 


—  148  - 

DlJONNOIZ. 

11  t'si  piteulx  &  arayable. 

Barroiz. 
Ponde  en  toute  humilité 

Le  Doyen. 
N'avez  vous  pas  tous  escouté 
La  présente  coHacion. 

Le  Trésorier. 
Quant  esl  de  moy,  j'en  ay  esté 
Esmeu  do  grànt  dévocion. 

Didier  salue  Chappilrc. 

Didier. 
Le  doute  Rédempteur  de  Syon 
Vous  maintienne  eu  son  saincl  service  ! 
Vous  cognoissez  l'affection 
De  Valier  qui  est  tout  sans  vice, 
Il  n'a  provision,  n'oflice, 
Il  n'est  ne  prebtre,  ne  dyacre, 
Si  luy  biiille  le  bénéfice 
D'eslre  mon  grant  archidiacre. 

•!<'  luy  veul  pourchasser  son  bien, 
Son  avance  &  promocion. 
Le  Doyen. 
Monseigneur,  vous  ferez  très  bien 
De  luy  donner  provision. 

Didier. 
Sa  noble  généracion 
Me  rend  enclin  à  le  pourveoir. 

Le  Trésorier. 
Il  a  belle  dévocion. 

Le  Doyen. 
Il  est  pour  ung  grant  bien  avoir. 


—   1411  - 
Didier. 
Valier,  pour  le  très  bon  debvoir 
Que  vous  avez  l'ail  &  ferez, 
Pour  vos  Ire  valeur  ô<  sçavoir, 
Mon  Archidiacre  serez. 
L'aumusse  oc  le  surpliz  vestez. 

DlJONNOIZ. 

//  baille  le  surpitz  à  Valier. 

Tenez,  Valier,  vesey  de  quoy. 

Didier. 
Fidélité  vous  promeetez 
Tant  à  l'Eglise  comme  à  rrioy. 

Valier. 

Je  le  vous  promeetz  sur  ma  l'oy, 
Ne  le  pensez  point  aultrement, 
El  du  grant  bien  que  je  reçoy 
Je  vous  remereye  humblement. 

Didier. 
Gouvernez  vous  honnestement. 

Varier. 
Je  n'ay  pas  au  lire  intencion. 

Didier. 
Vous  avez  bon  commancemenl 
De  venir  à  perfection. 

Lucifer. 

G  cruelle  confusion, 
Confusible  inllammaciou 
Enflammée  de  grant  rigueur, 
Rigoreuse  dampnation, 
Dampnable  déleslacion, 
Détestable  &  fière  fureur, 


—  150  — 

O  1res  furieuse  douleur, 
Doloreux  deul,  niauklit  malheur, 
Valeureuse  inportunilé. 
Importune  &  terrible  ardeur, 
Me  voulez  vous  ardoir  le  cueur 
Par  despiteuse  iniquité! 

Satiia.m. 

Vées  là  terriblement  chanté, 
0  Lucifer,  prince  meschanl  ! 
Dyables  vous  ont  ilz  enchanté  ? 
D'où  vient  ce  misérable  chant  ? 

Belphégor. 
Avez  vous  de  misère  tant 
Qu'il  appert  à  vostre  lengaige? 
Déclairez  nous  cy  tout  content 
D'où  dépend  ceste  maie  raige. 

Astaroth. 

Tousiours  avez  vous  cest  usaige, 
Tousiours  avez  vous  achoison 
De  monstrer  vostre  lait  visaige 
Vers  nous  sans  cause  &  raison. 

Cerbérus. 

Ha!  vous  perdez  temps  à  saison 
De  moy  accuser  d'aucun  mal, 
Car  j'ay  bien  gardé  la  maison 
Et  fait  bouillir  le  réagal. 

Léviatham. 

De  Homme  jusques  en  Portugal, 
N'a  dyable  de  moy  plus  infâme, 
Je  suis  ennemy  capital 
A  tout  le  monde  &  à  sa  femme. 


—  151  — 

Bélial. 
Foyson,  l'eu  forte,  belle  Dame, 
Fine  finesse  fantasticque, 
Faulcement  mon  faulx  cueur  enflame 
Pour  nuyre  au  peuple  catholicque. 

LlTCIFER. 

Faulce  calerve  dyabolieque, 
Vous  laissez  trop  dormir  en  paix 
Ceste  nation  lingonicque 
Qui  empesche  tous  noz  beaux  faiz. 
Où  est  Croscus,  le  Roy  mauvaiz? 
Où  sont  Wandres,  plains  de  fierté? 
Sçavez  vous  s'ilz  viendront  jamais 
Pour  destruyre  ceste  Cité  ? 

Satham. 
Je  sçay  bien  qu'ilz  ont  volenté 
De  Didier  faire  mectre  à  mort, 
Car  j'ay  moymesmes  exborté 
Roy  Croscus,  courageux  <k  fort. 

Lucifer. 
S'il  luy  convient  ayde  ou  confort, 
Pourchassez  au  Uoy  des  Alainz, 
Qu'il  amainne  tout  son  effort, 
Tant  chevaliers  comme  villainz. 

Belphégok. 
Nous  sommes  de  cauthelles  plains 
Pour  y  besongner  finement, 
Ceulx  de  Lengres  seront  actains 
Et  assailliz  mortellement. 
Astakotii. 
Didier  morra  honteusement, 
Le  procès  en  est  tout  jugié, 
Car  il  doit  estre  prestement 
Du  Roy  des  Wandres  assiégé. 


—   152  — 

Léviatiiam. 
J'bj  tant  soufflé,  j'ay  tant  forgé, 
Aux  RoySj  aux  preux,  aux  combatans, 
Que  tout  l'ost  y  sera  logé 
Avant  qu'il  soit  jamais  long  temps. 

Bélial. 
11  nous  faull  aller  sur  les  champs 
Pour  suborner  &  decepvoir 
Les  Wandres  qui  sont  noz  vinchans, 
Et  pour  les  Alains  esmouvoir. 

Cerbérus. 
Quant  à  moy,  je  ferai  debvoir 
De  garder  les  portes  d'embas. 

Satham. 
•le  m'en  voys  à  ce  fait  pourvoir. 

Belphégor. 
Quant  à  moy,  je  feray  debvoir. 

ASTAROTII. 

Je  vcul  bientost  le  bruyt  avoir. 

Lévjatiiam. 
Et  je  veul  faire  les  débatz. 

Cerbérus. 
Quant  à  moy,  je  feray  debvoir 
De  garder  les  portes  d'embas. 
Lors  s'en  vont  trois  vers  les  Wandres  et  deux  vers  les  Alains. 

Le  Fol. 

Je  veul  corriger  les  estaz, 
De  par  l'Abbé  des  Coquibus, 
Car  il  court  maintenant  ung  taz 
De  façons,  d'abitz  &.  d'abuz, 
Lesquels  je  feray  meclre  juz, 
Puisque  je  l'ay  ou  Chérubin. 


-  153  — 

Déa  apperlient-il  que  Robin 
Ou  Jehannyn,  Jehannot  de  villaige, 
Soit  fourré  de  divers  plumaige, 
Gomme  s'il  estoit  de  bon  lieu  ? 
J'y  pourvoyray,  par  lesangbieu! 
Puisque  je  l'ay  mis  en  ma  teste. 
Vous  semble  il  qu'il  soit  bien  honneste 
De  porter  ces  robbes  trainans? 
J'ordonne  qu'aux  gentilz  galans 
Qui  les  traynnent  parmy  l'ordure, 
Qu'on  leur  retranche,  à  bout  taillans, 
Deux  doiz  par  dessoubz  la  saincture, 
Et  ceulx  qui  ont  si  longue  hure 
De  cheveulx  dessoubz  leur  chappeau, 
Roignez  seront,  par  aventure, 
Si  prèz  qu'on  tranchera  la  peau. 

Croscus,  Roy  des  Wandres. 
Qui  entreprend  de  guerre  le  fardeau, 
Premièrement,-  se  doit  bien  conseillier, 
Puiz  assembler  tous  ses  genz  bien  ck  beau 
Pour  assaillir  cité,  ville  ou  chasteau, 
Occire  gens  <k  terres  exiller. 
Pareillement  nous  convient  batailler 
Les  Lingonoiz,  par  fureur  grant  oc  ire, 
Et  leur  Pasteur  condampner  à  marlire. 

Sortez  en  avant, 
Barons  &.  vassaulx, 
Qui  par  cy  devant 
Faisiez  les  beaulx  saulx  ; 
Venez  aux  assaulx 
Archiers  &  gendarmes, 
Garniz  de  chev.  ulx 
Et  de  toutes  armes. 


—  154  — 

Et  pour  ce  que  je  ne  veul  pas 
Défaillir  de  toul  conquérir, 
J'apoincte  ([non  aille  bon  pas 
Le  Roy  «les  Alainz  requérir, 
El  dire  qu'jj  veulle  venir 
Ayder  à  combattre  les  Gales, 
Car  en  bref  je  les  veul  tenir 
Tributaires  &  yectigales. 

Sus,  Messagier,  prenez  la  peine 
D'aler  vers  le  Roy  autentique 
Luy  requérir  qu'il  nous  amainne 
Toute  sa  puissance  alan'upie. 

Le  Messagier  des  Waxdkes. 

Roy  triumphant  &  maniheque, 
Le  plus  merveilleux  des  humains, 

Tout  droit  par  ce  chemyn  publicque, 
Je  m'en  voys  au  Roy  des  Alains. 
Lors  s'en  va  le  Messctg'icr. 

CjRQaGUSj 

Et  vous,  nies  satrapes  haultains. 
Renommez  en  chevalerie, 
Soyez  moy  loyaulx  oc  certains, 
En  ceste  guerre,  je  vous  prie. 
Pour  commancer  la  batterye, 
Incontinent  &  sans  demeure, 
Faictes  charger  l'artilerye, 
Car  je  veul  partir  à  ceste  heure. 

Chargez  canons  o;  crapaudeaux, 

Mangonnaulx, 

Tous  nouveaulx, 
Uicrs,  charettes  oc  tumeraulx, 
Pour  mener  grosses  serpentines. 


—  155  — 

Trousses,  espées  et  cousteaulx, 

Gros  marleaulx, 

Bons  cizeaulx, 
Pour  faire  tranchiz  &  moyennaux, 
Fosses,  mynes  &  contre  mynes. 

Monstrez  aux  ennemys  indignes, 

Fières  mignes, 

Divers  signes 
Pourchassans  les  mors  &.  ruynes, 
Tant  qu'ils  tresbuchent  par  morceaulx, 
Et  n'oblyez  pas  colouvrynes, 

Javelines 

Qui  sont  fines, 
Corsetz,  cuyraces,  brigandines, 
Lances,  guidons  &  panonceaulx. 

Le  premier  Satrappe. 
Comme  bons  subjectz  &  loyaulx, 
Disposerons  tous  noz  affaires, 
Jaques  jaserans  bons  à  beaulx, 
Et  aubers  qui  sont  nécessaires. 
Le  second  Satrappe. 
Nous  appresterons  noz  Veuglaires, 
Becz  de  faulcons,  ribaudequins, 
Vonges,  dagues  ix  badelaires, 
Arbalestes  &  crenequins. 

Godifer,  satellite. 
S'il  plait  aux  images  divins, 
Jupiter,  Pliébus  &  Pluton, 
Nous  irons  boire  des  bons  vins 
De  Lengres  &  d'Eulley-Cothon. 

Sarragot,  satellite. 
S'il  y  a  geline  ou  cbappon, 
Char,  poiz,  sain,  lart  ou  cliarbonnée, 


156  — 

J'en  fomyraj  taui  mon  gippon 
Que  j'en  passeray  mon  année. 
TARTARIN,  satellite. 
El  s  il  y  ii  quelque  meslce, 
Noises,  débatz,  occisions, 
.le  courray  lors  à  In  volée 
Tout  des  premiers  aux  horions. 

Ysangrin,  satellite. 
.Non/  disons  ce  que  nous  voulons, 
Mais  ([liant  ce  vient  à  s'approchier, 
J'en  sçay  qui  tornent  les  talons 
Pour  ce  qu'ilz  n'y  osent  louchier. 

Tost-Venu,  messagier. 
//  salue  le  lioij  des  Alains. 

Vénus  qui  est  tant  à  prisier 
Kl  fait  amans  enlrebaisier, 
Vous  doint  de  lyesse  montjoye! 
Le  Roy  des  alainz. 
Tost-Venu,  gentil  messaigier, 
Souple  de  corps,  gent&  légier, 
Le  Dieu  Mercure  vous  doint  joye! 

Tost-Venu. 
Croscus,  le  Roy  de  grant  value, 
Tics  bénignement  vous  salue 
Désirant  voir  vostre  présence. 
Le  Roy  des  Alainz. 
Jovis  qui  gouverne  la  nue, 
Et  qui  nuyt  &  jour  continue, 
Luy  doint  honneur  oc  préférence  ! 
Que  demande  il? 

Tost-Venu. 

Qu'à  diligence 
Vous  luy  amenez  vostre  armée, 


—  157  - 

Ailiu  de  luy  faire  assistance 
Devant  Lengres  fort  renommée. 

Le  Ko  y  des  Alainz. 
Pourquoy? 

Tost-Venu. 
La  guerre  est  entamée 
Contre  je  ne  sçay  quel  Didier, 
Si  fault  pour  faire  sa  fumée 
Que  bientost  lui  venez  ayder. 
Le  Roy  des  Alainz. 
Menrai-je  mon  ost? 

Tost-Venu. 

Tout  entier. 
Le  Roy  des  Alains. 
Grands  &  pelys? 

Tost-Venu. 

Il  les  veult  tous. 
Le  Roy  des  Alainz. 
Est-il  besoing  ? 

Tost-Venu. 

Mais  grant  mestier. 
Le  Roy  des  Alainz. 
J'iray  doncques? 

Tost-Venu. 

Despeschez-vous. 
Le  Roy  des  Alainz. 
Or  ça,  aprouchez  vous  de  nous, 
Mes  chevaliers  &.  piçquenaires, 
Qui  partout,  dessus  ix  dessoubz, 
Avez  conduyt  tous  noz  affaires, 
Chargez  armures  nécessaires, 
Ny  layssez  hallebarde  ne  picque, 
Pour  subjuguer  les  faulx  contraires 
De  Croscus  le  Roy  wandalicque. 


—  158  — 

Mectez  vous  bientost  à  cheval 
Qui  avez  genêt  on  hobin. 
Despiteulx,  &  vous  Durandal, 
Mectez  vous  sur  le  hault  chemyn, 
Puis  Malvenu  &  Hustariu 
Y  soient  armez  comme  cocqs, 
El  s'ilz  trouvent  quelque  tarin, 
Je  veul  qu'il  paye  leurs  escotz. 

Le  premier  Chevalier  Alain. 

Puisque  vous  avez  ce  propoz 
Du  lîoy  des  Wandres  secourir, 
Nous  qui  sommes  vos  vrays  suppotz, 
Bataillerons  jusqu'au  morir. 

Le  second  Chevalier  Alain. 

J'y  veul  détrancher'  ou  férir 
Quelque  grant  prince  ou  gouverneur, 
Aflîn  (pie  je  puisse  acquérir 
Dessus  tout  le  bruyt  &  l'honneur. 

Durandal,  picquenaire. 

Sire,  vous  povez  estre  au  seur 
Que  les  Lengroys  ou  Galoys 
Ne  trouveront  quelque  doulceur 
En  moy  qui  suys  gentil  Galoys. 

Despiteulx,  picquenaire. 

Quant  j'auray  mon  maillet  de  pois 
Se  les  trouve  en  une  salle, 
Je  les  lueray  plus  dru  que  pois, 
Et  ne  me  chauldra  qui  les  salle. 

Rustarin,  picquenaire. 

Pour  ce  que  j'ay  la  teste  malle 
Et  acharnée  au  sang  lumiaiH, 


—  138  — 

Il  n'est  ne  femelle  ne  masle 
Que  tout  ne  passe  par  nia  main. 

Malvenu,  picquenaire. 
Tu  dys  vray,  tu  dys  vray,  compaiu, 
Tu  es  hardi  comme  ung  lyou, 
Je  t'en  vis  tranchier  corne  pain 
Avant  hier  plus  d'ung  million. 

Le  Roy  des  Alainz. 
Il  fault  que  nous  humyliou 
Devers  Croscus  qui  nous  demande, 
Pourtant  sans  excusacion, 
Armez  vous,  je  vous  le  commande. 

Durandal,  picquenaire. 
Veesci  ma  picque  belle  &  grande. 

Despiteulx,  picquenaire. 
Veescy  aussy  ma  brigandine. 

UiSTARiN,  picquenaire. 
Pour  tuer  marchant  ou  marchande 
Veesci  ma  picque  belle  <i  grande. 

Mauvenu,  picquenaire. 

El  veesci  ma  dague  alemande 

Qui  est  pour  ung  fort  brigant  digne. 

Despiteux,  picquenaire. 
Veescy  ma  picque  belle  &  grande. 

Durandal. 
Veesci  aussi  ma  brigandine. 

Le  PiOY  des  Alainz. 
Ça,  mon  cheval  qui  fort  chemyne, 
Et  si  monte  qui  doit  monter, 
Car  avant  qu'il  soit  bref  termine, 
J'iray  les  Wandres  visiter. 


—  160  — 

Le  premier  Chevalier  Alain. 
Ce  messaigier  qui  sçeit  trotter 
Vous  menra  bien  la  droitle  voye. 

Tost-Venu. 
Sire,  pas  ne  debvez  douter 
Que  seurement  ne  vous  convoyé. 
Lorj  v  mectenl  en  (hennin. 

Le  Roy  Crosgds. 
Il  me  tarde  moût  que  je  voye 
Le  Roy  Alain  où  je  me  fye. 

Le  premier  Satrappe 
S'empeschement  ne  le  desvoye, 
Tosl  viendra,  je  vous  eertiflîe. 

Le  second  Satrappe. 
Lengres  sera  bientost  gaingnie, 
Mais  que  nous  soyons  tous  ensemble. 

Godifer,  satellite. 
Veescy  venir  grant  compaignie. 

SarragoTj  satellite. 
Ce  sont  Alainz. 

Tartarin,  satellite. 
Il  le  me  semble. 

Sarragot,  satellite. 
Nostre  host  peu  à  peu  se  rassemble. 

Godifer,  satellite. 
Guerroyer  fouit  de  bon  couraige. 

Ysamgrin,  satellite. 

Vous  diray-je?  Le  cueur  me  tremble. 

Tartarin. 
Pourquoy ? 

Ysamgrin. 

On  y  fieit  au  visaige. 


—  161  — 

lcij  vont  les  Alains  devant  Croscusel  le  saluent. 
Le  Roy  des  Alains. 

Mynerve,  Déesse  très  saige, 
Doint  au  Roy  victoire  &.  proesse! 

Croscus. 

Garder  vous  veulle  de  haulsaige, 
Mynerve,  Déesse  très  saige! 

Le  premier  Satrappe. 

Chevaliers,  plains  de  vasselaige, 
Bien  viengne  vostre  gentillesse! 

Le  premier  Chevalier  Alain. 

Mynerve,  Déesse  très  saige, 
Doint  au  Roy  victoire  &  proesse  ! 

Le  Roy  des  Alainz. 

Vers  vostre  triumphant  noblesse, 

Gendarmes  conduys  à  amainne, 

Qui  sont  garniz  de  hardiesse 

Plus  que  tous  ceulx  de  mon  domaine. 

S'il  y  a  créature  humaine 

Qui  prétende  vous  fairre  guerre, 

Avant  qu'il  passe  la  sepmainne 

Je  feray  tout  ruer  par  terre. 

Croscus. 

Pour  ce  que  je  veul  bref  conquerre 

Et  détruyre  chrétienté, 

J'ay  bien  voulu  envoyer  querre 

Vostre  régale  majesté. 

Veescy  mon  ost  tout  apresté, 

Gamy  de  bon  traict  ferme  &  fort, 

Pour  commancer  à  la  cité 

De  Lengres  que  je  heys  à  mort. 


n 


—  162  — 

Y  viendrez-vous  ? 

Le  Roy  des  Alainz. 

J'en  suys  d'acord. 
Partons  nous  quant  il  vous  plaira. 

Croscus. 
Contre  Didier  j'ay  grant  discord. 

Le  Roy  des  Alainz. 
Ne  vous  chaille,  on  vous  vangera. 

Croscus. 
Son  Jhésu  Crist  renoncera 
Puizque  nous  l'avons  entreprins. 

Le  Roy  des  Alainz. 
Le  grant  dyable  l'emportera, 
Ou  je  le  rendray  mort  ou  prins. 

Croscus. 
Çà,  mon  messagier  bien  apris, 
Approchiez  ung  petit  plus  prèz. 
Tost-Venu,  messagier. 
Très  noble  prince  de  hault  pris, 
Commandez  ce  que  vous  vouldrez. 

Croscus. 
Dedans  Lengres  vous  en  yrez, 
La  grant  cité  épiscopale, 
Et,  illec,  à  Didier  direz 
Qu'il  délaisse  sa  loy  totale. 

Je  veul  que  la  Cité  soit  myenne, 
Et  si  veul  préalablement 
Qu'on  laisse  la  loy  chrétienne 
Pour  noz  haulx  Dieux  du  firmament. 

Se  Didier  le  fait  aultrement, 

Par  le  Dieu  Mars  qui  tout  corrompt! 

Il  en  mourra  honteusement, 

Et  tous  ceulx  qu'en  Jhésu  croyront. 


—  163  — 

Messagier,  j'ay  en  vous  fiance, 
Car  servy  m'avez  aultrefoys, 
Portez  lui  cette  déffience, 
Et  soyez  loyal  toutesfoys. 

Tost-Venu. 
Prince  puissant,  je  m'en  y  voys 
Sans  craindre  péril  ne  dangier, 
Et  si  diray  à  haulte  voix 
Ce  que  doit  dire  ung  messagier. 

Le  Fol. 
N'esse  pas  bien  pour  enragier 
De  ma  brave  qui  se  destache? 
Il  y  faulsist  faire  forgier 
Une  esguillette  ou  une  alache. 
Comment  peut  elle  estre  si  lasche, 
Veu  que  les  poinctz  y  sont  si  forts? 
Il  en  y  a  cent  par  dehors, 
Cent  par  dedans,  cent  par  le  fons, 
Cent  haulx,  cent  longs  &  cent  parfonds. 
Ne  sont  ce  pas  beaucoup  de  cens? 
Or,  sens,  de  par  le  dyable!  sens, 
Cesluy-cy  a  fait  une  vesse; 
Je  le  dyray  à  ceulx  de  Sens, 
Mais  vous  en  aurez  sur  la  fesse. 

Tost-Venu. 
Enseigne  moy  la  forteresse 
De  Lengres  &  tu  feras  bien. 

Le  Fol. 
Dictes-vous  que  je  suis  abbesse? 
Encores  n'en  sçavoy-je  rien. 

Tost-Venu. 
Où  demeure  ung  seigneur  de  bien 
Qui  se  fait  Didier  appellera 


—  164  — 

Le  Fol. 
Par  ma  foy,  je  ne  sçay  combien, 
Mais  il  ne  vanlt  rien  saler. 

Tost-Venu. 

Ne  sçez-tu  aultrement  parler? 
Je  te  demande  mon  chemyn. 

Le  Fol. 

Au  grant  dyable  puist-il  aler! 
C'est  un  brouilleur  de  parchemyn. 

Tost-Venu. 
Que  dis-tu? 

Le  Fol. 
Il  vint  au  matin. . . 

Tost-Venu. 
Où  est . . . 

Le  Fol. 
Tout  seul. . . 

Tost-Venu. 

Le  bon  sentier. . . 

Le  Fol. 
Et  puis.. . 

Tost-Venu. 
Pour  aller. . . 

Le  Fol. 

D'ung  patin 
Vint  descbarger  sur  le  mestier. 

Tost-Venu. 
A  Lengres? 

Le  Fol. 
Je  ne  sçay  luctier, 
Pourtant  j'eus  de  coupz  plus  de  trente. 


—  165  — 

Tost-Venu. 
N'entend-tu  rien? 

Le  Fol. 


Respondz. 


J'euz  ceste  rente. 
Tost-Venu. 


Le  Fol. 
Et  ouy  plus  de  vingt, 
Mais  il  n'est  jour  que  ne  m'en  sente. 

Tost-Venu. 
Comment? 

Le  Fol. 

Je  ne  sçeiz  qu'il  devint. 

Onques  si  grant  meschief  n'avint, 

Car  par  celay  je  m'en  fouy. 

Tost-Venu. 
Quel  folastre! 

Le  Fol. 

Mest  Dieux,  ouy, 
Elle  estoit  plaisante  &  jolye. 

Tost-Venu. 
Je  te  lairay  en  ta  folie, 
A  Dieu  te  command',  je  m'en  voys. 

J'aperçoy  Lengres  devant  moy 
Et  Didier  à  qui  j'ay  affaire, 
Si  veul  aller  de  par  le  Roy 
Lui  déclairer  tout  mon  affaire. 

Lors  parle  à  Didier  comme  par  despil. 

Puisque  votre  loy  est  contraire 
A  la  nostre  de  préférence, 
Je  ne  vous  veul  en  rien  complaire, 
Faire  salut  ou  révérence. 


—  1©6  — 

Groscus  qui  a  magnificence 
Sur  les  Wandres,  plains  de  fierté, 
Vous  interdict  <x  fait  deffence 
De  gouverner  ceste  Cité. 

Rendez  luy  à  sa  volentc 

Le  lieu,  le  peuple,  l'édifice, 

El  délaissez  chrétienté 

Pour  faire  à  nos  Dieux  sacrifice. 

Tout  homme,  soit  clerc  ou  novice, 

Pense  de  son  Dieu  renyer, 

Ou  nostre  Roy  qui  est  sans  vice 

Le  fera  brusler  ou  noyer. 

Vous  entendez!  que  je  vous  nonce, 
Vous  entendez  bien  mon  messaige, 
Faicles  moy  tantosl  la  responce, 
Didier,  &  vous  ferez  que  saige. 

Didier. 
Veesci  très  merveilleux  langaige, 
Veesci  merveilleuse  adventure. 
0  Dieu  à  que  je  faiz  hommaige, 
Veuillez  prendre  ce  fait  en  cure! 

Messaigier,  j'ay  bien  escouté 
Voz  dictz  qui  ne  sont  beaulx  ne  gents, 
Tirez  vous  ung  peu  de  costé, 
Et  je  parleray  à  mes  gens. 

Mes  frères,  soyez  diligens 
De  pourvoyr  à  ce  grant  desroy, 
Pas  ne  fault  estre  négligens 
En  tel  cas  qui  touche  la  foy. 

Le  Doyen. 
Honnoré  Seigneur,  quant  à  moy 
Je  suis  tout  prest  de  m'en  mesler, 


—  4  67  — 

Mais  bon  seroit,  come  je  croy, 
De  tous  les  bourgeoys  appeller. 

Le  Trésorier. 
Onques  mais  je  n'ouys  parler 
De  plus  merveilleuse  nouvelle. 

Valier. 
Ce  Wandre  nous  cuyde  affoler 
Et  faire  soffrir  mort  cruelle. 

Didier. 
Puisqu'il  est  besoing  qu'on  révèle 
Ce  dur  danger  aux  habitans, 
Aucun  d'entre  vous  les  appelle, 
Car  de  respondre  il  est  grant  temps. 

Le  Secrétaire. 
Ils  sont  illecques  pormenans, 
.le  voys  à  eux  diligemment. 

Bourgeoys  saiges  &  advenans, 
Dieu  vous  préserve  de  torment! 
Monseigneur  est  présentement 
Avec  chappitre  en  consistoire, 
Si  vous  mandent  expressément 
Que  venez  à  leur  adjutoire. 

Le  Bailly. 
S'il  plaist  au  benoist  Roy  de  gloire, 
Nous  yrons  vers  eulx  de  bon  cueur. 

Le  Père  Valier. 
Didier  tout  le  pays  décore, 
Pourtant  lui  debvons  faire  honneur. 

Le  premier  Bourgeoys. 
Alons  y  tous. 

Le  second  Bourgeoys. 
C'est  le  meilleur. 


—  168  — 
Le  tiers  Bourgeoys. 
Nous  y  sommes  mandez  de  bouche. 

Le  quart  Bourgeoys. 
Pour  nous  monstrer  gens  de  valeur, 
Alons  y  tous. 

Le  Père  Valier. 
C'est  le  meilleur. 

Le  Bailly. 
Y  a-t-il  rien? 

Le  Secrétaire. 
Griefve  douleur 
Et  déplaisir  au  cueur  le  touche. 

Le  quart  Bourgeoys. 
Alons  y  tous. 

Le  tiers  Bourgeoys. 
C'est  le  meilleur. 

Le  premier  Bourgeoys. 
Nous  y  sommes  mandez  de  bouche. 

Le  second  Bourgeoys. 
Avant  que  jamais  je  me  couche, 
J'ay  de  le  voir  intencion, 
Afin  qu'il  nous  euvre  <x  desbouche 
Le  cas  de  son  affliction. 

Lors  vont  vers  Didier  el  le  Bailly  le  salue. 
Le  Bailly. 
Pour  toute  salutation, 
Dieu  vous  ouctroyt  salvacion 
En  son  céleste  paradis  ! 
Nous  venons  tous  par  union 
Ouyr  la  déclaracion 
De  voz  propoz  <x  de  voz  dietz. 


—  169  — 

Didier. 
Mes  beaux  enflants  &  mes  amys, 
Ce  messagier  cy  nous  a  mys 
En  désolacion  piteuse, 
Car  il  nous  a  clict  &  promis 
Que  les  Wandres,  nos  ennemys, 
Nous  feront  guerre  despiteuse. 

Et  en  effect  Croscus  demande 
A  son  vouloir  ceste  Cité, 
Secondement,  il  nous  commande 
Que  nous  laissons  chrétienté , 
Ou  ce  non  en  grande  durté, 
Par  glaive  &  par  feu,  finirons. 
Si  ay  ce  conseil  invité, 
Pour  conclure  que  nous  ferons. 

Au  regart  de  laisser  la  foy 
A  cela  ne  convient  touschier, 
Car  j'aymeroys  mieulx,  quant  à  moy, 
Soffrir  ceste  peau  escorchier. 
Je  croy  aussy  que  pour  dangier, 
Pour  guerre  ou  pour  crudélité, 
N'avez  volonté  de  changier 
Le  Dieu  qui  nous  a  rachepté. 

Le  Doyen. 
Noble  Prélat,  plain  de  bénignité, 
Garny  de  biens,  paré  de  courtoisie, 
Vous  trouverez  toute  fidélité 
Tant  au  clergé  comme  en  la  bourgeoysie. 
Encoir  n'est  pas  nostre  Cité  gaingnye, 
Mais  se  Croscus  vient  dessus  nous  férir, 
Ne  vous  doubtez  de  nostre  compaignie, 
Car  en  la  foy  voulons  vivre  &.  morir. 


—  170  — 
Le  Trésorier. 
Il  ne  se  fault  point  esbayr 
Pour  les  nouvelles  d'une:  messaige  ; 
Se  Croscus  nous  vient  envahir 
Il  ne  fera  pas  comme  saige. 
Prions  à  Dieu  de  bon  couraige, 
Qu'il  nous  tienne  en  toute  asseurance, 
Car  il  fault,  soit  perte  ou  dommaige, 
Avoir  en  Dieu  ferme  espérance. 

Valier. 
Ne  pensez  point  que  les  rudes  parolles 
D'ung  messaigier  nous  façent  granl  terreur. 
Garde  n'avons  d'adorer  les  ydoles, 
Ainçoys  voulons  eslongner  toute  erreur. 
Le  doulx  Jhésu,  nostre  vray  Rédempteur, 
Qui  est  puissant  pour  nous  bien  secourir. 
Sera  tousiours  notre  consolateur, 
Car  en  la  foy  voulons  vivre  ôc  morir. 

Dijoknoiz. 
Dieu  qui  délivra  Béthulie 
Par  Judith  la  scientificque, 
Confrondant  par  contumélie 
Le  puissant  prince  tyrannicque, 
Tiendra  le  peuple  lingonicque 
En  honneur  <k  en  fiorissance, 
Si  veul  comme  bon  catholicque 
Avoir  en  Dieu  ferme  espérance. 

Tonnoirroiz. 
Vous  trouverez  en  la  saincte  escripture 
Que  Dieu  faisoit  miracles  évidenz 
Pour  délivrer  la  pouvre  créature 
De  tous  périlz  ou  mortels  accidents. 


—  ni  — 

Se  maintenant  les  Wandres  imprudents 
Cuydent  leur  foy  ici  faire  florir, 
Rien  n'en  sera,  en  despit  de  leurs  dens, 
Car  en  la  foy  voulons  vivre  &  morir. 

Barroiz 

David  fut  moût  persécuté 
Par  guerre  &  par  cruel  assault, 
Mais  pour  quelconque  adversité 
De  confort  n'eust  jamais  défault. 
Àussy  se  Croscus  nous  assault 
De  traict,  de  dart,  d'escu,  de  lance, 
Je  détermine  qu'il  nous  fault 
Avoir  en  Dieu  ferme  espérance. 

L'Auxoiz. 

Cuyde  Croscus  devant  ses  simulacres 
Les  cueurs  dévots  faire  sacrifier, 
Cuyde-il  ses  gens,  infâmes  &  pouacres, 
En  noz  porpris  laisser  fructifier  ? 
Je  croy  qu'il  veul  son  bruyt  manifyer 
Par  tuer  les  gens  &  terres  convertir, 
Mais  non  pourtant,  il  a  beau  deffyer, 
Car  en  la  foy  voulons  vivre  &  morir. 

Bassigny. 

En  la  foy  voulons  tousiours  vivre. 
En  la  foy  voulons  finer, 
C'est  le  sentier  plain  &  délivre 
Par  lequel  debvons  chemyner, 
Puis  s' on  nous  vient  exterminer, 
Ou  assaillir  par  arrogance, 
Tousiours  nous  luit,  sans  terminer, 
Avoir  en  Dieu  erme  espérance. 


—  172  — 

Le  Chantre. 
Avons  en  Dieu  totale  confidence 
Tant  que  serons  habitanz  en  ce  momie, 
Et  nous  armons  de  foy  &  de  prudence 
Pour  rendre  enfin  nostre  âme  pure  &.  monde. 
Si  ne  craindons  quelque  mal  qui  redonde, 
Ne  payen  nul  que  voyons  acourir, 
Mais  actendons  gloire  où  tout  bien  habonde, 
Car  en  la  foy  voulons  vivre  &.  morir. 
Le  premier  Ciianoisne. 
Mais  que  nous  adressons  vers  Dieu 
Noslre  espérance  &  nostre  veul, 
Tousiours  maintiendrons  nous  ce  lieu 
Contre  les  Wandres,  plains  d'orgueuil. 

Le  second  Ciianoisne. 
De  leur  assault,  de  leur  accueil, 
Je  n'ay  ne  crainte  ne  doubtance, 
Mais  pourquoy,  pour  ce  que  je  veul, 
Avoir  en  Dieu  ferme  espérance. 

Didier. 
Et  vous,  Messeigneurs  de  la  Ville, 
Que  dirais-je  à  ce  messagier? 
Ne  tenons  pas  trop  long  consile, 
Car  ce  n'est  pas  heure  de  songier. 

Le  Bailly. 
Se  Croscus  vient  pour  dommagier 
Le  pays,  nous  vous  promectons 
Que  bien  le  ferons  deslogier 
A  force  de  coups  de  basions. 
Le  Père  Vaijer. 
Il  veult  que  ses  Dieux  adorons, 
Laissant  la  foy  suppellative, 
Mandez  luy  que  rien  n'en  ferons 
Quelque  chose  qu'il  en  estrive. 


—   173  - 
Le  premier  Bourgeoys. 
Faictes  response  négative 
Tout  franchement,  sans  rien  flater, 
Nous  sommes  pretz  de  résister 
Contre  sa  puissance  armative. 

Le  second  Bourgeoys. 
A  cesle  oppinion  hastive 
Que  son  homme  est  venu  compter, 
Faictes  responce  négative 
Tout  franchement  sans  rien  flatter. 

Le  tiers  Bourgeoys. 
Sa  demande  est  comminative 
Cuydant  noz  couraiges  macter, 
Mais  nous  voulons,  sans  le  doubter, 
Monslrer  force  rébarbative. 

Le  quart  Bourgeoys. 
Faictes  response  négative 
Tout  franchement,  sans  rien  flater, 
Nous  sommes  prestz  de  résister 
Contre  sa  puissance  armative. 

Didier. 
C'est  vostre  déterminative? 

Le  Bailly. 
Nous  voulons  la  Cité  tenir. 

Didier. 
Or  doncques,  pour  deffinitive, 
Faictes  le  messagier  venir. 
Lors  s'approche  le  messmjier  et  luy  dit  Didier 
Messagier,  pour  vous  adverlir 
Des  responces  que  porterez, 
Quant  vous  plaira  pourrez  partir, 
Car  icy  rien  ne  gaingnerez. 


—  174  — 

Dictes  à  Croscus  vostre  Roy, 
Qui  île  ses  Dieux  veult  tenir  plet, 
Que  point  ne  craindrons  son  desroy. 
Dieu  nous  aydera  s'il  luy  plait. 
Le  Créateur  qui  nous  a  lait 
Adorons  tant  dévotement 
Que  pour  estre  mort  ou  défiait 
Ne  le  changerons  nullement. 

Au  regard  de  ceste  Cité 
Dont  il  prétend  estre  seigneur, 
C'est  mon  lieu,  c'est  ma  dignité, 
J'en  suis  le  maistre  <k  gouverneur, 
Et  pourtant,  saulve  son  honneur, 
Jamaiz  n'en  aura  joyssance, 
S'il  plaist  au  benoist  Créateur 
Qu'on  puist  rebouter  sa  puissance. 

Tost-Venïf,  messagier. 
Puisque  ne  voulez  l'alyance 
Des  Wandres  demander  ou  querre, 
Je  vous  nonce  la  deftîance 
Et  assigne  mortelle  guerre. 

Didier. 
Je  recommande  à  Dieu  ma  terre, 
Car  c'est  celluy  où  je  me  l'ye. 

Tost-Venu. 
De  par  Croscus  je  vous  deffye. 

Le  Bailly. 
Messaigier,  laissez  le  débattre, 
Mais  se  le  Roy  nous  vient  combattre 
Dictes  luy  qu'il  se  fortyffye. 

Tost-Venu. 
De  par  Croscus  je  vous  deffye. 


—  175  — 

Le  Père  Valier. 
Àrtillerye  avons  assez 
Pour  garder  portes  &  fosses, 
Je  vous  le  dy  &  notiffye. 
Tost-Vent. 
De  par  Croscus  je  vous  deffye. 

Didier. 
Le  Fils  de  la  Vierge  Marie 
Nous  gard'  de  sa  maulvaistie  faulce  ! 

Tost-Venu. 
Par  Juppin  qui  point  ne  varie, 
Je  vous  voy  faire  vostre  saulce  ! 

Le  Fol. 
S'il  est  courru,  si  se  deschaulse, 
Mais  qu'en  chault,  il  a  ceux  de  Romme, 
Il  eust  eu  un  poinct  en  sa  chaulsse 
Par  moy,  s'il  ne  feust  gentilhomme. 
Qui  arbre  n'a,  n'a  point  de  pomme  , 
Ne  de  fruyt,  s'il  n'en  paye  argent. 
Il  me  fault  estre  diligent 
De  vestyr  mon  jaque  farcy, 
Car  je  combattray  le  Piègent 
Qui  doit  tantost  venir  par  cy. 

Lors  parle  Didier  à  ceulx  de  la  Ville  et  d'il  : 
Didier. 
Messeigneurs,  vous  avez  ouy 
La  deffience  de  rigueur 
Dont  guères  me  suys  resjouy , 
Mais  en  ay  grant  socy  au  cueur. 
Les  Wandres,  plains  de  grant  fureur, 
Viendront  ceste  ville  assiéger, 
Si  trouvez  aucun  moyen  seur 
Qu'ilz  ne  nous  puyssent  dommager. 


—   176  — 
Le  Bailly. 
Révérend  père,  il  fault  hucher 
Yostre  courageux  Cappitaine, 
Car  bien  sçaura  moyen  touscher 
Pour  coiuluyre  une  euvre  haullaine. 

Didier. 
Suz,  Messaigier,  prenez  la  peine 
De  le  faire  venir  vers  nous. 

Bon  Pas,  messagier. 
Puisqu'il  vous  plaist  que  je  l'ammainne, 
Tantost  sera  par  devers  vous. 
Lors  parle  au  Cappitaine. 

Celle  qui  est  mère  &  pucelle 
Vous  gard'  d'avoir  aucun  contraire  ! 
Monseigneur  vous  mande  &  appelle 
Pour  certain  cas  bien  nécessaire. 

Le  Cappitaine. 
A  Monseigneur  ne  veul  desplaire 
Pour  rien  que  me  puist  advenir. 
Mais  sçavez-vous  pourquoy  c'est  faire? 

Bon  Pas. 
Je  croy  qu'il  veult  conseil  tenir. 

Le  Cappitaine. 
Pour  à  son  mandement  fornir 
Alons  m'en  devant  sa  présence. 
Lors  parle  à  Didier. 

Monseigneur,  on  m'a  fait  venir 
Devant  vostre  magnificence 
Se  vous  avez  quelque  indigence 
Touchant  ma  possibilité, 
Selon  ma  petite  prudence 
Je  feray  vostre  volenté. 


—  177  — 

Didier. 
En  bref  vous  sera  récité 
Le  cas  qui  grant  socy  nous  baille  : 
Croscus,  plain  de  crudélilé, 
Nous  vient  livrer  forte  bataille. 

Le  Cappitaine. 
Entendez-vous  qu'il  nous  assaille? 

Didier  . 
Il  nous  menace,  il  nous  deffye. 

Le  Cappitaine. 
Il  convient  garder  la  muraille. 

Didier. 
Et  pour  Dieu  qu'on  se  fortifie. 

Le  Cappitaine. 
Il  nous  fault  nostre  artillerye 
Charger,  garnir  &  assister, 
Trect  à  feu  pour  la  batteryc 
Et  chausses-trappes  âctinoter. 
Il  fault  des  pierres  pour  gecter 
Sur  la  muraille  tout  autour, 
Faire  bon  guet  &  escouter 
Qu'on  n'eschielle  pas  quelque  tour. 

Monseigneur,  ne  vous  doublez  point, 
Car  je  suis  ung  maistre  rostier. 

Didier. 
Sçavez-vous  bien  tout  mectre  à  point? 

Le  Cappitaine. 
Et  quoy  doncques?  C'est  mon  mestier. 
Je  sçay  bien  que  c'est  d'assiégier, 
Je  sçay  bien  parler  de  victoires, 
De  rencontrer,  de  deschargier, 
Car  j'ay  veu  les  vieilles  histoires. 


42 


—   178  — 

J'aj  vcu  dos  i'aitz  de  Babilonne 
El  île  la  prinse  des  Troyens  ; 
D'Alexandre  de  Macédonne, 
Guerroyant  par  divers  moyens; 
Les  assaulx  des  Athéniens  ; 
De  Thèbes  la  desconfiture  ; 
Les  guerres  des  Assyriens. 
J'ay  tout  trouvé  en  l'escripturc. 

Fiez  vous  en  moy  franchement, 
Et,  si  Dieu  plait,  garde  n'aurons, 
Mais  il  vous  fault  premièrement 
Mander  voz  quatre  grans  Barons. 

Didier. 
C'est  vray.  Il  fault  que  leur  mandons 
Qu'ils  viennent  armés  de  leurs  armes, 
Car  en  href  temps  nous  attendons 
Le  Pioy  Croscus  à  ses  gendarmes. 

Messagier,  allez  à  ceste  heure 
Devers  nos  Barons  vos  eshatre, 
Et  leur  dictes  que  sans  demeure, 
Se  treuvent  à  Lengres  tous  quatre, 
Tous  en  point  corne  pour  combattre, 
Garniz  de  gens  ex  de  puissance, 
Car  les  Wandrcs  veulent  ahbatre 
Nostre  foy  &  nostre  créance. 

Bon  Pas,  messagier. 
Monseigneur,  j'ai  bien  espérance 
De  bien  mon  messaige  fornir. 

Didier. 
Dictes  à  chascun  qu'il  s'avance. 

Bon  Pas. 
Je  les  feray  brefment  venir. 


—  179  — 

Didier. 

Je  vous  en  laisse  convenir, 
Soyez  diligent  de  trotter. 

Bon  Pas. 

A  Dieu  jusques  au  revenir, 
Je  voy  bien  qu'il  se  fault  haster. 

0  si  je  peusse  rencontrer 
Ce  messagier  wandre  mauldit, 
Je  suis  homme  pour  lui  monstrer 
Qu'il  a  mal  parlé  oc  mal  dit. 
Holà  !  il  me  vient  appétit 
De  visiter  mon  flasconnet, 
Pourtant  me  fault  boyre  ung  petit 
De  ce  vin  tout  cler  &  tout  net. 

Le  Fol. 

Et  ne  buvrai-je  pas  un  tret 
Pour  arroser  ma  pouvre  bouche  ? 

Bon  Pas. 

Tire  toy  là,  tire,  maulprest! 

Le  Fol. 

Suis-je  maulprest  dy  happemouche? 
Çà,  le  flascon  ! 

Bon  Pas. 

Si  je  te  touche, 
Je  te  feray  baisser  l'oreille, 
De  vray. 
Le  Fol  lui  osle  le  flascon  et  dit  : 
Le  Fol. 
Va,  fol,  va,  si  te  couche, 
Tu  n'as  plus  flascon  ne  bouteille. 
Le  Fol  s'en  court. 


—  180  - 

Bon  Pas. 

Par  là!  morbieu!  V«esdy  merveille, 
Ce  coquart  m'oste  ma  santé. 
Oncques  ne  vis  chose  pareille! 
.le  suis  pouvre  cv  deshérité, 
Et  n'ay  pus  opportunité 
Pour  ceste  heure  d'aller  après. 
Car  je  voyjà  la  majesté 
Des  Parons  icy  au  plus  près. 

Lots  salue,  les  Bffrom  cl  dit  : 

Seigneurs,  plains  de  grant  vasselage, 
Le  Rédempteur  d'humain  lignage, 
Vous  doint  accroissement  d'honneur  ! 

Grancey. 
Bien  viengnez-vous,  gentil  messaige, 
Comment  se  porte  l'homme  saige, 
Didier,  noslre  dévot  Pasteur? 

Bon  Pas. 
Il  est  remply  de  grant  douleur. 

Choiseul. 
D'où  lui  procède  ce  malheur? 

Bon  Pas. 
Vous  en  sçaurez  bref  la  raison. 

Vergiér. 
Luy  fait  aucun  Prince  rigueur? 

Bon  Pas. 
Croscus,  par  force  à  par  vigueur, 
Luy  veult  assiéger  sa  maison. 

TrICHASTEI/. 

Dictes  nous  par  quelle  achoison 
Le  Boy  Croscus  lui  mainne  guerre. 


—  481  — 

Bon  Pas. 
Lv  tirant,  plein  de  mesprison, 
Veult  cstre  seigneur  de  la  terre, 
Et  veult  que  tout  ainsy  qu'il  erre, 
One  nous  errons  contre  la  lo\ , 
Si  vous  vieil  à  cette  heure  querre 
Pour  obvier  contre  desroy. 

Grancey. 
U  le  faulx  &  terrible  Roy, 
Se  prant-il  au  nom  chrétien, 
Soulïire  luy  deust  son  arroy, 
Mauklit  wandalicque&  payen! 

Choiseil. 
Puisqu'il  veult  pervertir  le  bien 
De  nostre  lby  évangélicque, 
IS'ous  y  résisterons  si  bien 
Qu'il  y  perdra  son  bruyt  anticque. 

Vergier. 
Alons  vers  le  bon  calholicque, 
Didier,  preslat  très  vertueux, 
Pour  tout  le  peuple  lingonicque 
Garder  des  Wandres  furieux. 

Trichastel. 
Il  nous  fault  estre  curieux 
De  mener  gens  &  d'estre  armez 
Pour  monstrer  faietz  victorieux 
Contre  ces  Wandres  diffame*. 

GRANCEY. 

Escuyer,  venez-çà,  venez. 

Le  premier  Escuver. 
Monseigneur? 

Grangey. 

Où  sont  noz  chevaulx  ? 


—  182  — 

CllOISEUL. 

Tousiours  loing  de  moy  vous  tenez, 
Escuier,  venez  çà,  venez. 

Vbrgier. 
Celiez,  bridez  à  m'amenez 
Mon  cheval  qui  fait  les  beaulx  saulx. 

Trichastel. 
Escuyer,  venez  çà,  venez. 

Le  quart  Escuyer. 
Monseigneur? 

Trichastel. 
Où  sont  noz  chevaulx  ? 

Le  quart  Escuyer. 
Tost  seront  prestz  si  je  n'y  faulx. 
Où  es-tu,  dy,  coulouvrinier? 

Le  tiers  Escuyer. 
Mais  où  est  ce  garnement  faulx  1 

Le  second  Escuyer. 
Qui?  qui? 

Le  tiers  Escuyer. 

Nostre  crenequinier. 
Le  premier  Escuyer. 
Je  ne  sçay  où  est  nostre  archier, 
Je  requier  à  Dieu  qu'on  le  pende. 

Le  second  Escuyer. 
Il  me  convient  aussy  huchier 
Le  coustillier  de  nostre  bande. 

L'Arciiier. 
Pourquoy  esse  qu'on  nous  demande? 

Le  premier  Escuyer. 
Il  s'en  fault  aller  en  l'armée. 


—  183  — 

Le  Coustillier. 
Esse  Monseigneur  qui  nous  mande? 
Pourquoy  esse  qu'on  nous  demande? 

Le  Crenequinier. 
Avons-nous  guerre? 

Le  second  Escuyer. 

Ouy,  très  grande. 
Le  Crenequinier. 
Dieu  mette  en  malan  la  fumée  ! 

Le  Colovrinier. 
Pourquoy  esse  qu'on  nous  demande  ? 

L'Archier. 
Il  s'en  lault  aller  en  l'armée. 
Le  Colovrinier. 
Qui  a  ceste  guerre  abolée  ? 

Le  tiers  Escuyer. 
Ne  te  chailles,  pran  tes  bretelles. 

Le  quart  Escuyer. 
Tost,  tost,  venez  à  la  meslée. 
Le  second  Escuyer. 
Sus,  galans,  sus  à  la  bataille. 

Le  premier  Escuyer. 
Il  lault  que  chascun  de  vous  aille 
Quérir  les  chevaulx  pour  monter. 

L'Archier- 
Allin  telle  que  n'y  faille, 
Je  m'en  veulx  des  premiers  haster. 

Le  Coustillier. 
Puisqu'il  lault  les  chevaulx  brider, 
Je  m'en  veulx  aller  despescher. 

Le  Crenequinier. 
Je  voys  aussy,  sans  plus  tarder, 
Les  myens  de  leurs  liens  destacher. 


-  184  — 

Lors  amainnent  tons  les  chevaulx  et  dit  : 

Le  Coulouvrinier. 

Monseigneur,  veescy  le  trottier, 
Tout  prest  pour  monter  en  la  celle. 

L'Archier. 

Veescy  cheval,  plain  &  entier, 
Courant  plus  fort  qu'une  esrondelle. 

Le  Coustillier. 

Veescy  vostre  monture  belle, 
Bon  frain,  bon  mors  &.  bon  arson. 

Le  Crenequinier. 

Pour  ceste  mauvaise  nouvelle 
J'ay  admené  vostre  grison. 
Lors  montent  les  Barons  et  quant  Hz  sont  tous  montés 
Granccij  (Ut  : 

Grancey. 

Chevauchons  de  bonne  façon. 

Ciioiseul. 
Chascun  a  harnoiz  <k  monture. 

Vergier. 
Vcez  me  cy  fort  comme  ung  Sanson. 

Tricuastel. 
Or,  alons  m'en  à  l'aventure. 
Lors  s'en  vont. 

Tost-Venu,  messagier  des  Wandres. 
Zephirus,  qui  fait  la  verdure, 
Vous  doint  tout  plaisir  délectable! 

Croscus. 

Que  dit-on  sur  la  roche  dure 
De  Lengres,  la  cité  notable? 


—  485  — 

Tost-Venu. 
Didier,  le  pasteur  honorable, 
Dit  qu'il  veult  sa  loy  maintenir 
Sans  jamais  estre  variable 
Pour  rien  qui  luy  puist  advenir. 
Je  ne  l'ay  sceu  faire  venir 
A  la  foy  de  nostre  créance, 
Et  si  veult  la  Cité  tenir 
Contre  vous  &  vostre  puissance. 

Croscus. 
Est-il  plain  de  telle  arrogance? 

,  Tost-Venu. 
Ses  genz  sont  pretz  oc  ordonnez, 
Mais  j'ay  sommé  la  deflience 
Dont  ilz  ont  bien  froncé  le  nez. 

Croscus. 
Jupiter  qui  tout  gouvernez 
Hault  &  bas  l'ung  &.  l'aultre  empire, 
Si  bien  mon  ost  entretenez, 
Que  je  les  puisse  desconfire! 

Le  Roy  des  Alaiïss. 
11  convient  pluz  faire  &  mains  dire, 
Le  menasser  rien  n'y  profitte, 
Qui  vers  Lengres  n'yra  de  tire, 
Jamais  ne  sera  desconfitle. 
Vostre  armée  n'est  pas  petite, 
Vos  subgects  sont  innumérables, 
Et  si  n'avez  que  gens  d'eslile 
Pour  prandre  gens  inexpugnables. 

Croscus. 
Qu'on  aille  tosl  vers  les  estables 
Pour  amener  nostre  écuyiïe, 
Chevaulx  bardez,  espouvantables, 
Pour  perpétrer  une  turye. 


—  186  — 

Mon  Satrappe  de  Barbarye, 
Je  vous  corameetz  à  la  victaille, 
Vous  conduyrez  l'artillerye. 

Et  l'avant-garde  je  vous  baille. 

Le  premier  Satrappe. 
Je  les  tueray  plus  dru  que  paille 
Puisqu'en  l'office  suis  commis. 

Le  second  Satrappe. 
Je  ne  doupte  ceste  harpaille 
Non  plus  que  mouches  ne  formis. 

Croscus. 
Suz,  mes  vassaulx  ex  mes  amys, 
Fêtes  charger  nostre  bagage 
Pour  aller  sur  nos  ennemys 
Faire  quelque  mortel  domage. 

Le  second  Satrappe. 
Ça,  mectez  les  mains  à  l'ouvrage, 
Godifer  &.  vous  Tartarin. 

Godifer. 
Il  n'y  fault  point  tant  de  langage, 
Entend  es  vivres,  Ysangrin. 

Le  premier  Chevalier  Alai.v. 
De  quoi  servira  Rustarin, 
Qui  tant  ayine  la  pillerye? 

Tartarin. 

Et  Sarragot,  le  barbarin? 

Sarragot. 
Moy,  je  suiz  de  l'artillerye. 

Tartarin. 
J'ay  ma  hallebarde  jolye. 

DURANDAL. 

El  j'ay  la  pouldre  de  canon. 


—  187  — 

YSANGRIN. 

Et  moy  mon  espée  enroullye. 

Godifek. 
J'ay  ma  hallebarde  jolye. 

Sariugot. 
J'ay  mon  escrevice  polye. 
N'en  as-tu  pas  toi  ? 

YSANGRIN. 

Nennyn,  non. 

Tartarin. 
J'ay  ma  hallebarde  jolye. 

Durandal. 
Et  j'ay  la  pouldre  de  canon. 

Le  second  Chevalier  Alain. 
Chargez  le  tret  &  les  bastons, 
Jaques,  jornades,  hoquetons, 
Pour  armer  les  jeunes  soudars. 

Le  premier  Chevalier  Alain. 
Chargez  tantes  &  pavillons, 
Chaisnes,  cordes  à.  grésillons, 
Mortiers,  couillars,  lances  &.  dars. 

Le  premier  Satrappe. 
Puizqu'il  fault  que  nous  assaillons, 
Eschi elles  à  gros  eschiellons 
Nous  fault  avoir  de  toutes  pars. 

Le  second  Satrappe. 
Mais  j'ay  peur  que  nous  n'oblyons 
Nos  vivres  <k  provisions, 
Pour  passer  temps  dedans  noz  parcs. 

Rustarin. 
Veescy  noz  picques  &  noz  arcs 
Pour  aller  dessus  la  frontière. 


-,   188  — 
Despiteulx  . 

Or,  ;ilons  user  de  no/  ars, 
Veescy  uoz  picques  &  noa  arcs. 
Ysaptoiun. 

Se  je  ne  gainne  des  hasars, 
Copper  me  puist-on  la  lestière. 

Maulvenu. 
Veescy  nos  picques  &  jios  arcs 
Pour  aller  dessus  la  frontière. 

/ci/  fnuli  que  toutes  choses  soient  prestes  et  les  chevaulcheurs 
montez  et  puis  Croscus  parle. 

Croscus. 
Chevauchons  par  bonne  manière 
Puizque  nos  besongnes  sont  prestes, 
Empoignez  moy  ceste  bannière, 
Et  faictes  sonner  les  trompeth   . 

Lors  se  prennent  à  chevaucher  en  bataille  cl  les  trompettes 
sonner  ung  espace.  Le  second  Salrappe  }  rie  la  bannière  et  est 
il'ploijce.  El  doivent  eslre  poreux  de  toutes  choses  servant  à 
bataille  et  à  siège.  Après  que  les  trompe  tics  ont  sonné,  le  Fol 
parle  : 

Le  Fol. 

Je  vous  promeetz  que  ces  sonnettes 
M'ont  toute  la  teste  eslonnée, 
Ad  ce  que  je  voy  des  aprestes, 
Je  croy  qu'il  y  aura  meslée. 
Cesluy  cy  a  la  teste  armée, 
Sang  bieu,  corne  il  est  estourdy! 
N'esse  pas  cy  Guygnemydi, 
Qui  est  plus  fier  (prune  marmotte? 
Par  la  mordieu,  c'es  Jeanjeudi! 
Il  pleure  quant  son  cheval  trotte. 


—  189  - 

Dieu!  comment  ccsluy-ry  kubolte! 
Je  cuyde  que  le  bas  le  Messe. 
Hz  s'en  vont  loger  choux  leur  hostc, 
N'esse  pns  grnnt  bien  pour  l'ostesse? 

Grancey. 
Je  croy  que  je  voy  la  liaultesse 
Des  tourz  de  Lengres. 

Choïseul. 

Il  est  voir. 
Vergier. 
Je  voy  la  doulceur  oc  humblesse 
Du  bon  Pasteur. 

Trichastel. 
Âlons  le  voir. 
Lors  vont  à  Didier. 

Grancey. 
Celluy  qui  passe  tout  scavoir 
Et  qui  vault  plus  que  nul  avoir, 
Vous  doint  lyesse  &  réconfort! 

Didier. 
De  vostre  gracieulx  debvoir 
Puissiez  bon  loyer  recepvoir 
De  Dieu  tout  puissant  &  tout  fort  ! 

Choïseul. 
On  nouz  a  fait  certain  record 
Que  vous  avez  guerre  à  discord 
Encontre  mortelz  ennemys. 

Vergier. 
Nous  venons  pour  vostre  confort. 

Trichastel. 
Nous  amenons  tout  noslre  effort. 

Didier. 
Bien  soyez  venuz,  mes  amys  ! 


—  190  — 

Afin  que  ne  soyons  surpris 

Des  Wandres  mauldits  &  sauvaiges, 

Entre  nous  avons  conseil  pris 

De  mander  vos  haulx  personnaiges. 

Croscus,  plain  de  cruels  outrages, 
Veult  nostre  loy  mectre  au  dessoubs, 
Pour  ydoles  ou  laiz  ymages. 
Messeigneurs,  je  m'en  plain  à  vous. 

Grancey. 

Révérende  paternité, 
Miroir  de  toute  humilité, 
De  doulceur,  de  dévotion,  • 
Ne  soyez  point  desconforté, 
Mais  priez  à  la  Déité 
Qu'elle  vous  soit  protection. 
Choiseul. 

Se  les  Wandres  ont  volenté 
De  destruyre  chrétienté 
Pour  folle  superstition, 
La  divine  Bénignité 
Trouvera  l'opportunité 
De  frustrer  leur  intention. 

Vergier. 
Vous  sçavez  que  d'antiquité 
Dieu  sçet  muer  l'adversité 
En  doulce  consolation, 
Si  croy  que  serez  conforté 
Quant  sous  umbre  de  charité 
Luy  ferez  déprécacion. 

Trichastel. 
Vous  estes  &  avez  esté 
Plain  de  vertuz  &  de  bonté, 


—   191  — 

Sans  quelque  repréhenciorij 
Ne  mectez  donc  difficulté 
Que  devers  la  Divinité 
N'ayez  brefve  exaudicion. 

Didier. 

J'ay  assez  recordacion 
Que  Moyse  eut  force  &  vangeance, 
Seulement  par  oracion, 
Contre  Amalech  &  sa  puissance. 
Pareillement  j'ay  espérance 
De  prier  Dieu  qu'il  nous  conforte, 
Taudis  que  d'escu  &  de  lance 
Vous  commectrez  la  bataille  forte. 
Le  Gappitaine. 

Monseigneur,  je  voys  à  la  porte 
Et  aux  murs  pour  y  mectre  garde. 

Didier. 

Or,  alez,  car  je  m'en  rapporte 
A  vostre  bonne  sauvegarde. 

Toutesfoiz,  quant  bien  y  regarde, 

Il  fault  faire  commandement 

Que  tout  homme  son  quartier  garde, 

Sans  l'abandonner  nullement. 

Item,  soit  armé  seurement 

De  treict  &.  d'armure  certaine, 

Pour  obéyr  diligemment 

Au  mandement  du  Cappitaine. 

Bon  Pas,  mon  messagier  loyal, 
Vous  entendez  ce  que  je  dis, 
Pourtant  veul  qu'à  mont  &  à  val, 
Allez  publier  ces  éditz. 


—  192  — 

Bon  Pas.  bom  ssaigier. 
Très  volontiers,  nom  pas  ennys 
J'acompliray  vostre  vouloir. 

Didier. 
Se  vous  faictes  à  mon  devis 
Vous  n'en  pourrez  que  mieulx  valoir. 
Lors  va  eu  la  place  crier  à  son  de  trompe  le  cry  qui  senmyt. 
Bon  Tas. 
Ouyez!  On  vous  fait  à  sçavoir, 
De  par  le  grand  prélat  Didier, 
Que  tout  homme  face  debvoir 
De  prandre  garde  en  son  quartier, 
Porveu  de  trait  bon  &  entier 
Ou  de  harnoys,  tel  qu'il  pourra, 
Pour  combatre,  s'il  est  mestier, 
Quant  le  Cappitame  vouldra. 
Le  Cappitaine. 
Seigneurs  bourgeoys,  il  vous  fauldra 
De  bien  garder  estre  soigneux. 
Le  premier  Bourgeoys. 
Nul  de  nous  n'y  contredira, 
Puizque  le  temps  est  dangereux. 
Le  second  Bourgeoys. 
Nostre  Évesque  très  vertueulx 
L'a  fait  cryer  &  commander. 

Le  tiers  Bourgeoys. 
Si  nous  fault  estre  curieulx 
De  bien  ceste  ville  garder. 

Le  quart  Bourgeoys. 
Quant  à  moy,  je  m'en  voys  armer, 
Puis  monteray  sur  la  muraille. 

Le  Père  Valier. 
Puizqu'il  fault  la  guerre  entamer, 
Quant  à  moy,  je  m'en  voys  armer. 


—  103  — 
Le  Bailly. 

Affin  qu'on  ne  puist  présumer 
Que  je  crains  rencontre  ou  bataille, 
Quant  à  moy,  je  m'en  voys  armer, 
Puis  monteray  sur  la  muraille. 

Le  Cappitaine. 

Il  nous  fault  quelque  pinsemaille 
Pour  faire  le  guet  au  plus  hault. 

La  Guette. 
Sire,  vous  plait-il  que  j'y  aille? 

Le  Cappitaine. 
Ouy,  tu  es  ce  qu'il  me  fault, 
Mais  il  te  convient  estre  cault 
Et  sonner  fort  si  tu  voy  rien . 

La  Guette. 
Si  je  voys  approcher  ribault, 
Pensez  que  je  tapperay  bien. 
Les  Bouryeoys  prennent  des  basions  on  armures  et  s'en  vont 
sur  les  murs;  la  Guette  monte  en  une  tourelle  où  il  y  aura 

une  cloche. 

Croscus. 

Mes  v  ssaulx  &  mes  gens  de  bien, 
Vous  sçavez  que  fort  chevauchons, 
Et  si  ne  sçay  de  voir  combien 
Des  murs  de  Lengres  aprochons. 
Si  est  bon  que  nous  envoyons 
Avant  courreurs  &  avanceurs, 
Afin  telle  que  nous  soyons 
Tousiours  plus  munys  oc  plus  seurs. 

Le  Roy  des  Alainz. 
Envoyez  y  des  chevaucheurs 
Pour  sçavoir  si  rien  trouveront. 


—  194  — 

Croscus. 
Vos  chevaliers  <k  gouverneurs 
Et  mes  satelites  iront. 

Le  premier  Chevalier  Alain. 
Nous  irons  à  val  &  à  monl 
Descouvrir  tous  les  haulx  sentiers. 

Le  second  Chevalier  Alain, 
Puis  que  le  Roy  nous  y  semonl, 
Quant  à  moy,  j'y  voys  volontiers. 
Lors  s'en  vont  vers  la  Cité  espyant. 

Godifer. 
Alons  espyer  les  quartiers 
A  l'environ  &.  à  l'entour. 

Sarragot. 
Comme  coureurs  fiers  k  entiers, 
Alons  espyer  les  quartiers. 

Tartarin. 
Je  voy  la  porte  &  les  portiers, 
Les  crénaulx,  le  mur  à  la  tour. 

Ysangrin. 
Alons  espyer  les  quartiers 
A  l'environ  &  à  l'entour. 
La  Gtiette  voit  les  avant  coureurs  et  dit  : 

La  Guette. 
Alarme  !  Nous  aurons  mauljour, 
Je  voy  les  Wandres  à  trotter, 
Il  me  fault,  sans  plus  de  séjour, 
Ma  cloche  sonner  <k  tinter. 
Lors  sonne  alarme. 

Le  Cappitaine. 
Ho!  guet,  ho!  Qu'as-tu  à  sonner? 
Vois-tu  ennemys  aprocher  ? 


-   195  — 
La  Guette. 
Ils  nous  viennent  environner 
Et  se  liastent  de  chevaulcher, 
Puiz  vient  ung  ost  grand  oc  somier 
Du  costé  devers  Âlemaingne. 

Le  Cappitaine. 
Sont-ils  jà  prèz? 

La  Guette. 

Le  trayn  premier 
Commence  à  monter  la  monlaigne. 
Le  Cappitaine. 
//  parle  aux  Bourgeogs  el  Messagier. 

Tost  à  culx!  Que  nul  ne  se  faingne! 
S'il  plaist  à  Dieu  nous  les  aurons. 
Où  sont  Messeigneurs  les  Barons  ? 
Alez  les  quérir,  messagier. 
Or  suz,  trompettes  &  clairons, 
Sonnez  pour  noz  gens  desloger. 
Lors  on  trompe  ung  petit  el  Bon  Pas  va  parler  aux  Barons. 
Bon  Pas,  messagier. 
Messeigneurs,  je  vous  viens  noncier 
Que  les  Wandres  tirent  avant, 
Pourtant  vous  convient  avancer 
S'il  vous  plail  d'aler  au  devant. 

Grancey. 
Suz,  chascun  se  face  vaillant  ! 
Alons  ces  payens  rencontrer. 

Choiseul. 
Tantost  sentiront  mon  taillant. 
Suz,  chascun  se  face  vaillant  ! 

Trichastel. 
Puisqu'ils  vont  le  pays  pillant, 
Je  leur  veul  ma  force  monstrer. 


-  1%  — 

Vergier. 
Suz,  chascun  se  face  vaillant! 
Alons  ces  payens  rencontrer. 

Le  Bailly. 
Il  nous  fault  ung  petit  haster 
Car  les  Wandres  approchent  fort. 

Le  Père  Valier. 
Efforçons  nous  de  les  macter 
Et  reboutons  tout  leur  effort. 

Grancey  parle  à  Didier. 
Cliier  Seigneur  où  prant  son  confort 

Et  ressort 
Toute  la  (erre  lingonicque, 
Nous  alons  batailler  très  fort, 

Jusqu'à  mort, 
Contre  puissance  wandalicque. 

Hz  tiennent  la  loy  paganicque 

Très  inicque, 
Et  pourtant  veullez  requérir 
A  la  puissance  déificque, 

Magnificque, 
Que  puissions  victoire  acquérir. 

Didier. 
Celluy  qui  tous  biens  fait  venir 
Par  divine  opéra  ci  on, 
Vous  veulle  conduyre  &  tenir 
En  sa  saincte  protection! 
Je  feray  supplicacion 
Pour  tous  continuellement, 
Item,  ma  bénédiction 
Je  vous  donne  au  département. 
Didier  leur  fuict  la  hénédielion  et  Hz  s'en  vont. 


—  197  — 

Le  Cappitaine. 
Seigneurs,  partons  légièrement, 
Car  les  Wandres  sont  cy  auprès. 

Ciioiseul. 
Dieu  nous  doint  bon  commancenient! 

Grancey. 
Je  voys  devant,  venez  après. 

Le  Cappitaine  dit  aux  Bourgeons. 
Sur  la  muraille  vous  tenez, 
Vous  &  vous  à  vostre  assemblée, 
De  la  Cité  garde  prenez 
Qu'on  ne  la  surprengne  d'amblée. 
Lors  ijssent  de  la  Ville  el  Didier  se  mecl  à  genoulx. 
Triciiastel. 
J'apperçoy  la  première  armée. 

Vergier. 
Il  leur  convient  monstrer  les  dents. 

Le  Cappitaine. 
Pour  la  foy  digne  <k  bien  famée, 
Au  nom  de  Dieu,  frappons  dedans. 
Lors  tirent  avant.  Cy  descendent  les  Wandres, 

Sarragot. 
Je  voy  ung  grant  nombre  de  genz 
Qui  font  sur  nous  une  saillye. 

Ysangrin. 
Par  noz  Dieulx  qui  sont  beaulx  <k  gents  ! 
Je  voy  ung  grant  nombre  de  genz. 

Godifer. 
Il  nouz  fault  eslre  diligenz 
De  leur  remonstrer  leur  folye. 

Tartarin. 
Je  voy  ung  grant  nombre  de  genz 
Qui  font  sur  nous  une  saillye. 


—  198  - 
Le  premier  Chevalier  Alain. 
Suz,  aprochons  la  compaignye. 

Le  second  Chevalier  Alain. 
Tresperçons  targes  <k  esculz. 

Le  premier  Chevalier  Alain. 
Tantost  l'auront  belle  gaingnye. 

Le  second  Chevalier  Alain. 
A  mort  !  à  mort! 

Le  premier  Chevalier  Alain. 
Vive  Croscus ! 
Le  Cappitaine. 
s'avance  et  le  premier  Chevalier  vient  contre  lui. 
Wandres,  mal  soyez  vous  venus, 
Jamais  vous  n'en  retornerez. 
//  frappe. 

Tenez,  tenez,  ces  cops  cornuz, 
Je  croy  que  mon  bras  sentirez. 

Le  premier  Chevalier  Alain. 
Mauldit  chrétien,  vous  en  aurez, 
Empoignez  moi  ce  horyon 
//  le  refrappe. 

Grancey  au  second  Chevalier  Alain, 
Payen,  ce  cop  emporterez. 
//  frappe. 

Le  second  Chevalier  Alain. 
Pluto  vous  doint  aflliction! 
//  refrappe. 

Le  Bailly  à  Godifer, 
Wandres,  vuydez  la  région, 
Paillard,  mécréant,  ydolatre. 

//  frappe. 


—  199  — 

GODIFEK. 

Que  la  sanglante  passion 
Vous  puist  crevanter  &.  abatre  ! 
//  refrappe. 

Choiseul  à  Tarlarin. 

Vous  serez  battu  plus  que  plâtre. 
//  frappe. 

Tartarin. 
Mais  vous  mesme,  faulx  adversaire. 
//  refrappe. 

Vergier  à  Ysangrin. 
Tenez,  allez  ailleurs  combattre, 
Payen  incrédule  &  faussaire. 
Il  frappe. 

Croscus. 
Je  croy  que  noz  genz  ont  affaire, 
Il  les  fault  aller  secourir. 
Puis  on  se  retrait. 

Le  Roy  des  Alainz. 
Pourvoyons  tost  à  cest  affaire, 
Paz  ne  les  fault  laisser  morir. 

Croscus. 
Suz,  galans,  sans  plus  enquérir, 
Frappez  dedans  à  toute  instance. 

Le  premier  Satrappe. 
Au  nom  des  Dieux,  j'y  voys  férir. 

Le  second  Satrappe. 
Et  je  m'en  voys  rompre  la  lance. 
Lors  s'aprochent. 

Le  Cappitaine. 

Ha  !  veescy  toute  la  puissance, 
Messeigneurs,  entendez  à  vous. 


—  wo  — 

Triciiastel. 
Mectez  voz  genz  en  ordonnance, 
Cappitaine. 

Lk  Cappitaine. 

Si  faisons  nous. 
Vergier. 
Veescy  Croscus  &  ses  genz  tous, 
Mes  amys,  soyons  genz  de  fait. 

Le  Bailly. 
Au  nom  de  Dieu  piteulx  &  doulx, 
Monstrons  leur  couraige  parfait. 

Le  Cappitaine. 
Frappons  sur  ce  premier  cornet 
Et  s'il  advient  qu'ayons  du  pire, 
.le  feray  sonner  mon  cornet 
Afin  que  chascun  se  retire. 
Lors  se  meslent  les  deux  batailles  et  se  combattent  une 
pièce,  \mis  le  Cappitaine  sonne  un  cor  pour  la  retraite  et  dit 
Grancey. 

Grancey. 
Hetirez-vous,  francs  combatans, 
Car  vées  là  le  cornet  qui  sonne. 

Le  Bailly. 
De  pluz  combatre  il  n'est  pas  temps, 
Chascun  soit  seur  de  sa  personne. 

Le  Cappitaine. 
Retornez,  je  le  vous  ordonne, 
Et  nous  qui  avons  fier  courage, 
Vous  garderons  par  force  bonne, 
En  monstrant  aux  payens  visage. 
Lors  entrent  en  la  Ville  par  ordonnance  cl  le  Cappitaine 
et  aucuns  principaux  sont  darrière  et  fout  large  à  leurs  (jens. 
ri  quant  ils  sont  tous  dans  la  Ville,  ils  ferment  la  parle. 


—  201  - 

Croscus. 
0  faulx  satellites,  j'enraige 
Quand  vous  les  laissez  esehapper. 

Le  premier  Satrappe. 
Ils  ont  leurs  portes  d'avantaige, 
Et  si  l'ont  raige  île  frapper. 
Le  Cappitaune. 
Mes  amis,  il  convient  penser 
De  bien  barrer  sa  fermeté, 
Puis  aux  murs  se  fault  amasser 
Pour  garder  de  chascun  costé. 
Le  premier  Bourgeoys. 
Nous  avons  bonne  volenté 
De  faire  fort  guet  tout  partout. 
Le  secoiNd  Bourgeoys. 
En  nous  n'a  point  de  laschelé, 
Nous  avons  bonne  volenté. 

Le  tiers  Bourgeoys. 
J'ay  jà  des  pierres  à  planté 
Pour  très  bien  deffendre  à  ce  bout. 

Le  quart  Bourgeoys. 
Nous  avons  bonne  volenté 
De  faire  fort  guet  tout  partout 

Le  Cappitaine. 
Ho!  guet? 

La  Guette. 
Par  Dieu,  le  sang  me  boult! 
Le  Cappitaine. 
De  quoy? 

La  Guette. 
De  grant  crainte  &  de  double. 
Je  voy  ung  ost  qui  contient  moût 
Et  comprant  la  montaigne  toute. 


-  202  — 

Le  Cappitaine. 
Espye,  regarde  Sa  escoute, 
Que  ne  soyons  prins  en  sursault. 

La  Guette. 
S'il  est  nul  qui  vers  nous  se  boulle, 
Que  feray-je? 

Le  Cappitaine. 
Sonne  à  l'assault. 

La  Guette. 
Ho!  jamaiz  n'en  viendra  deffault, 
Puizque  vous  me  le  commandez. 

Cnoscus. 
Noz  ennemys  sont  reboutez 
Et  à  nous  gaingnié  la  place, 
Nous  sommes  seurs  de  tous  coslez, 
N'y  a  Lengrois  qui  nous  mefface. 
Chascun  de  vous  son  losgis  lace, 
Chascun  soit  de  tente  garny, 
Car  je  veul  que  devant  leur  face 
Le  siège  soit  cloz  Sa  mugni. 

Le  Roy  des  Alainz. 
11  fault  faire  ung  parc  tout  basty 
De  chayennes  &  de  fort  cliarroy, 
D'artillerie  bien  sorty, 
Pour  éviter  leur  désarroy. 

Croscus. 
//  cnje  : 

Tost  à  l'œuvre. 

Le  premier  Satrappe., 
Très  noble  Roy, 
Puisque  c'est  vostre  volenté, 
Tantost  aurez,  corne  je  croy, 
Bon  siège  Sa  bonne  fermeté. 


—  203  - 

Le  marchié  sera  cy  plant é 
Pour  losgier  les  mestiers  divers, 
Puis  nous  ferons  de  ce  costê 
Noz  entrées  à  nos  boulevers. 
Le  second  Satrappe. 
Il  failli  aprester  les  marteaulx 
Pour  noz  bombardes  affuster, 
Gros  bouletz,  pierres  &  carreaulx, 
Propres  à  tirer  &  getter. 
Il  fault  des  taudiz  charpenter, 
Faire  fosses,  trancbiz  &  myries, 
Et  entre  les  paliz  bouter 
Courtaulx,  couillarz,  serpentines. 

Le  premier  Chevalier  Alain. 
Suz,  mectez  suz  les  brigandines, 
Pour  achever  ce  qui  est  dit. 

Durandal. 
Par  Jupiter  qui  fait  les  signes, 
Je  n'y  mectz  point  de  contredict. 
Le  second  Chevalier  Alain. 
Il  convient  petit  à  petit, 
Fermer  le  parc  tout  à  l'entour. 

Rustarin  . 
Ho  !  puisque  c'est  vostre  appétit, 
Il  sera  fort  comme  une  tour. 

Maulvenu. 
Trop  avons  esté  de  séjour, 
Il  se  convient  mectre  à  l'ouvraige. 

Despiteulx. 
Soit  à  la  cuisine  ou  au  four 
Trop  avons  été  de  séjour. 

Godifer. 
Tu  dis  vray,  Dieu  te  doint  mauljour! 
Tu  en  faiz  bien  ton  personnaige. 


-  204  — 

Sarragot. 
Trop  avons  esté  de  séjour, 
Il  se  convient  mectre  à  l'ouvrait^. 

Tartaki.n. 
Or,  ça,  <;à,  çà,  je  ferai  rage, 
Si  me  veul  me  monstrer  vaillant. 

Ysangrin. 
Pour  assaillir  ung  mol  fromage 
Tu  es  hardi  comme  ung  Roland. 
Lors  font  leur  parc  cl  siège  cl  assient  leurs  engins. 

Pausa  pour  faire  le  parc. 

Le  Cappitaine  parle  à  Didier. 
Pasteur  bénigne  à  advenant, 
A  qui  ce  pays  est  submis, 
Nous  revenons  tout  maintenant 
De  festyer  nos  ennemys. 

Didier. 
Dictes  vous? 

Le  Cappitaine. 
Ils  ont  siège  mis 
Au  plus  près  de  ceste  Cité. 

Didier. 
Dieu  qui  conforte  ses  amys, 
Nous  gard'  de  leur  iniquité! 

Se  nous  avons  affliction, 
Il  plaist  à  la  divine  Essence, 
Pourtant  en  tribulacion 
Nous  fault  armer  de  pacience, 
Purgeons  à  toute  diligence, 
Péchez  ou  vices  anormaulx, 
Car  la  mauvaise  conscience 
Est  souvent  cause  de  tous  maulx. 


—  205  — 

Pays  qui  voit  devant  son  mur 
Guerre  qui  le  bat  &  corrompt, 
Doit  noter  :  quitquid  patimur 
Ut  pciam  meruerunt. 
Pour  ce  que  les  péchez  se  font 
Sans  crainte  de  dampnacion, 
Vient  la  guerre  qui  tout  confond, 
Par  divine  permission. 

La  Bible  qui  mecl,  en  main  lieu, 
Plusieurs  exemples  au  propoz, 
Dit  :  Quant  le  peuple  servoit  Dieu, 
Il  vivoit  en  paix  &  repoz  ; 
Mais  sitost  qu'il  estoit  encloz 
En  vice  ou  en  transgression, 
Tous  biens  luy  estoient  forcloz, 
Et  avoit  désolacion. 

Par  péché  vint  le  grant  déluge 

Qui  toute  la  terre  nya, 

Quant,  pour  le  seul  mondain  refuge, 

Noël  son  arche  édiffya. 

Péché  Sodome  desnya 

Et  pervertit  de  bon  régime, 

Car  Dieu  contre  eulx  si  obvya, 

Et  les  fit  confondre  en  abisme. 

0  peuple  de  ceste  Cité, 
Et  vous  gens  de  mon  Évesché, 
Souvant  vous  ay  admonnesté 
De  laisser  ordure  &  péché. 
Quiconques  se  sent  empesché 
D'orgueil,  d'ingratitude  ou  d'ire, 
Face  qu'il  en  soit  despesché, 
Ainçoys  que  Dieu  montre  son  ire. 


—  206  — 

Péché  nuyt 
Aux  mauvays, 
Jour  &  nuyt 
Péché  nuyt. 
Il  induyt 
Pesant  faiz, 
Péché  nuyt 
Aux  mauvays. 

Si  te  requier,  ô  Créateur, 
Soubz  qui  je  me  rends  &  incline, 
Que  tu  soye  consolateur 
Du  peuple  qui  tient  la  doctrine. 
Permetz  que  ta  grâce  divine 
Luy  soit  garde,  conduicte  <k  chief, 
Et  s'il  y  doit  avoir  ruyne, 
Tourne  sur  moy  tout  le  meschief. 

Mes  gens  doloreux 
Veullez  securir, 
Et  me  fay  pour  eulx 
Finer  <k  morir, 
Je  me  veul  offrir 
S'il  est  nécessaire; 
A  tourment  souffrir 
Pour  mon  populaire. 

Maria. 

0  Dieu,  piteux  ô.  débonnaire, 
Qui  la  machine  circulaire 
Fondas  d'ung  seul  commandement, 
Je  te  vien  péticion  faire 
Pour  le  pesant  ck  dur  affaire 
Que  Didier  a  présentement 


—  207  — 

Wandres,  plains  de  forcènement, 
L'ont  assiégé  cruellement, 
Voulans  la  loi  adnichieller. 
Mon  Dieu,  je  te  prye  humblement 
Que  d'aucung  resioussement 
Tu  veulles  son  cueur  consoler. 

Croscus  ydolatre, 
Plain  de  grant  folye, 
Venlt  par  force 
Sa  Cité  jolye. 
Voy  la  maladie, 
Dispose  du  fait, 
Mais,  quoy  que  je  dye, 
Ton  plaisir  soit  fait. 

Deus. 

Bien  sçay  que  Didier  est  parfait 
Quant  aux  euvres  de  charité, 
Et  n'a  aussi  nul  bien  forfait 
Es  habitans  de  sa  Cité. 
Ceste  guerre  ou  adversité 
Purgera  tout  s'il  y  a  rien, 
Et  exaltera  la  bonté 
Du  bon  Prélat  que  j'ayme  bien. 

Par  éternelle  providence 
L'ay  volu  porvoir  &  eslire, 
Pour  l'eslever  à  l'excellence 
De  la  coronne  de  martire. 
Item,  je  sçay  bien  qu'il  désire 
Son  corps  pour  moy  sacrifier, 
Si  le  veul  en  mon  hault  empire 
Par  ce  moyen  glorifier. 


—  -208  — 

Croscus,  le  payen  wanclalicque, 
Sera  cause  &  occasion 
D'augmenter  sa  gloire  auclenticque 
Par  glaive  &  par  occision. 
Adversité  preuve  le  bon, 
El  donne  aux  pécheurs  médicine, 
Ne  plus  ne  moins  que  le  charbon, 
L'ung  métal  purge  &  l'aullre  affine. 

Guerre  ou  mauvaiz  temps 

Le  bon  preuvera, 

Et  les  repentans 

Du  tout  purgera. 

L'ung  en  recepvra 

Exaltacion, 

Et  l'aullre  en  aura 

Sa  purgacion. 

Quant  à  Didier,  je  luy  ordonne 
Double  couronne  d'excellence, 
Et  au  peuple  ma  gloire  donne, 
S'il  meurt  pour  ma  foy  &  créance. 
Je  n'auray  plus  réminiscence 
D'aucun  vice  ou  transgression, 
Car  je  purge  la  conscience 
Par  feu  de  tribulacion. 

Le  Fol. 
J'ay  une  imaginacion 
Qui  en  la  teste  me  repose, 
Vous  en  orrez  mon  loppyon 
Tantost,  si  je  le  vous  propose. 
Le  diray-jc  ?  Parbleu  je  n'ose, 
Au  fort  vous  y  prandrez  delict. 
Par  mon  âme  !  c'est  bien  grant  chose 
S'ung  cheval  couche  en  ung  lict, 


—  209  — 

Yées  là  ce  coquart  qui  en  rit 
Comme  il  feroit  d'une  folye. 
Sçavez-vous  point  qui  me  nourrit  ? 
Ce  fait  fouyr  mélancolye. 
Venez  ça,  Gérarde,  ma  mye, 
Enco,  enco,  se  disoit  elle. 
Elle  est  gorgiasse  n'est  mye, 
Ghascun  n'en  a  pas  une  telle. 

Lucifer. 

0  poison  pire  que  mortelle, 
Me  ferez  vous  crever  le  cueur  ? 
0  poison  pire  que  mortelle, 
Qui  me  tient  en  telle  tutelle 
Que  je  n'ay  force  ne  vigueur. 
Envieuse  &  faulce  querelle, 
Plus  putte  que  n'est  maquerelle, 
Trop  me  plaint  de  vostre  rigueur. 
Où  est  Satham,  mon  gouverneur, 
Qu'il  ne  vient  cy  quand  je  l'appelle  ? 
0  folle  infernalle  fureur, 
Dyables  plains  de  toute  cautelle, 
Me  ferez  vous  crever  le  cueur? 

Satham. 
Vous  cryez  que  c'est  grant  orreur, 
Je  ne  sçay  quel  dyable  il  vous  fault. 

Astaroth. 
Mauldit  prince  de  toute  erreur, 
Vous  cryez  que  c'est  grant  orreur. 

Lucifer. 
Bailler  vous  veul  crainte  &  terreur. 

Astaroth. 
Fault  il  pourtant  cryer  si  hault. 


u 


—  210  — 

Bélyal. 
Vous  cryez  que  c'est  graiit  orreur, 
Je  ne  sçay  quel  dyable  il  vous  fault. 

Lucifer. 
Je  raille  icy  sur  mon  cbaffault, 
Je  fiers,  je  frappe,  je  tempesle, 
El  si  n'est  nul  qui  face  ung  sault 
Devant  ma  merveilleuse  teste. 

Satiiam. 
Ha  !  nostre  fait  est  très  honneste, 
Enfer  aura  beaucoup  de  biens, 
Car  nous  avons  esmeu  la  feste 
Entre  Croscus  oc  les  chrétiens. 

ASTAROTH. 

Alains,  Wandres  &  forts  payens 
Ont  devant  Lengres  siège  mis, 
Pour  destruyre  ceulx  de  céans, 
Comme  leurs  mortels  ennemys. 

Bélial. 
L'Evesque  Didier  est  assiz 
Et  est  porsuyvy  si  très  fort 
Que  pour  mil  marcs  d'or  massiz 
Il  n'échapperoit  pas  de  mort. 

Léviatiiam. 
Il  n'y  aura  jamais  accord 
S'il  ne  change  loy  ov  créance, 
Tout  sera  mis  à  desconfort 
Par  nostre  bonne  provéance. 

Belphégor. 
Combien  que  Lengres  ait  puissance 
De  Barons  ce  de  Chevaliers, 
Si  morront  ils  à  desplaisance, 
Tant  les  clercs  que  les  séculiers. 


—  211  — 

Cerbérus. 
Vous  qui  allez  sur  les  sentiers 
Bcsongnez  de  bonne  manière, 
J'alumeray  en  demantiers 
Le  feu  dessoubz  la  grant  chauldière, 

Lucifer. 
Il  fault  ce  Didier  mectre  en  bière 
Et  son  peuple  pareillement,. 
Ceste  opéracion  première 
Meclez  à  fin  présentement. 
Je  vous  enjoinctz  secondement 
Quant  les  Wandres  auront  fait  guerre, 
Qu'ils  soient  mis  à  dampnement, 
Mutilez  &  ruez  par  terre. 
Satiiam. 
Bien  petit  gain  povons  acquerre 
Sur  les  Lengroys,  je  le  sçai  bien, 
Si  fault-il  leur  dommage  querre 
Pour  Didier  qui  fait  trop  de  bien. 

Astaroth. 
S'il  augmente  le  nom  chrétien 
Longuement,  par  faictz  &  par  dictz, 
Nostre  enfer  ne  gaignera  rien, 
Car  tout  ira  en  paradis. 
Bélial. 
Ses  citoyens,  grans  &  petis, 
Sont  si  très  bien  endoctrinez 
Que,  si  nous  ne  sommes  soubtilz, 
Jamais  ilz  ne  seront  dampnez. 

Léviatham. 
Ils  ont  espoir  d'estre  saulvez, 
Moyennant  ceste  affliction, 
Car  puisqu'ilz  sont  ung  peu  grevez, 
Dieu  leur  fera  remission. 


212  

Belphégor. 
Bien  sçay  qu'ils  ont  intencion 
De  tenir  la  foy  catholicque, 
Ne  pour  quelconque  oppression, 
Ne  prandront  la  foy  paganicque. 

Cerbérus. 
Si  fault-il  que  de  mort  inicque 
Croscus  les  face  tous  flner, 
Et  puis  pour  ce  fait  tyrannicque 
Les  Wandres  pourrez  amener. 

Lucifer. 
Matins,  fault-il  tant  sermonner, 
Et  toy,  Satham,  beste  endormye, 
Que  ne  fais-tu  l'assaull  donner 
Contre  Lengres  nostre  ennemye  ? 

Satham. 
Je  m'en  y  voys  bon  gré,  ma  vye! 
Tantost  en  verrez  l'apparence. 

Lucifer. 
Vas  esmouvoir  ire  &  envye. 

Satham. 
Je  m'en  y  voys  bon  gré,  ma  vye  ! 

Astaroth. 
Puizque  Lucifer  t'y  convye, 
Il  t'y  fault  faire  diligence. 

Satham. 
Je  m'en  y  vois  bon  gré,  ma  vye  ! 
Tantost  en  verrez  l'apparence. 

Bélial. 
Maynne  moy  pour  faire  assistance, 
Ta  cause  n'en  vauldra  que  mieulx. 

Astaroth. 
Mais  moy  qui  de  toute  science 
Suys  plain  cv  t'arcy  jusque  aux  yeulx. 


—  213  — 

Satham. 
Çà,  je  vous  menray  en  tous  lieux, 
Puisque  de  malice  estes  plains, 
Ceulx-ci  tempteront  les  plus  vieulx 
Tant  des  Wandres  que  des  Alains. 

Bélial. 
Alons  m'en,  par  mons  <k  par  plains, 
Faire  rage  de  noz  deux  mains 
Pour  ceste  bataille  eschauffer. 

Lucifer. 
Or,  allez,  de  par  Lucifer! 

ASTAROTH. 

Nous  allons  semer  zizanie 
Sur  Croscus  <x  sur  sa  maignie 
Pour  repeupler  tout  nostre  enfer. 

Cerbérus. 
Or,  allez,  de  par  Lucifer! 

Satham. 
Pour  achever  ceste  besoingne 
Congé  prenons  de  votre  troingne, 
A  ceste  foys  nous  ferons  fer. 

Lucifer. 
Or,  allez,  de  par  Lucifer! 
Lors  s'en  vont  Satham  et  Aslarolh  parler  à  Croscus  et  Bel- 
phégor  et  Léviatham  vont  faire  les  manières  aux  gens  du  Roy 
des  Alains  et  des  aullres  personnages. 

Didier,  à  genoulx. 

Dieu  éternel  qui  tout  sçeus  ordonner 
Et  gouverner  par  loy  inénarrable, 
Ton  plaisir  soit  noz  vices  pardonner, 
Et  nous  donner  force  de  répugner 


—  214  — 

Ou  expugner  Croscus  insaturable. 
Sa  loy  dampnable  &  secte  misérable, 
Non  convenable  à  bons  loyaulx  chrétiens, 
Répudions,  nous  qui  sommes  tous  tiens. 

Mais  se  ta  justice 
Veult  à  ce  propoz 
Corriger  le  vice 
Des  mauvais  suppoz, 
Fay  sur  moy  l'impost 
D'annuy  rigoreux, 
Et  laisse  en  repoz 
Mon  peuple  amoreux. 

S'ilz  ont  aucune  foys  forfait, 
Pourtant  n'ont  pas  cueur  endurcy, 
Mais  requcrent  pardon  du  fait 
Et  se  mectent  en  ta  marcy. 
Mon  Dieu,  efface  leur  soucy, 
Garde  les  de  toute  insolence, 
Combien  que  je  remectz  cecy 
A  la  discrète  providence. 
Le  Cappitaine. 

Pasteur  plain  de  bénévolance, 
Il  seroit  bon  de  visiter 
Voz  gens  qui  font  grant  diligence 
De  garder  <k  de  résister. 

Didier. 

Je  les  veul  aller  exhorter 
De  vivre  &  morir  en  la  foy, 
Et  si  les  vueul  reconforter. 
Va  lier,  venez  avecque  moy. 
Lors  s'en  va  vers  les  murs. 


—  215  — 

Le  Fol. 
Je  suis  plus  aise  'que  le  Roy, 
Sans  soing  &  sans  mélancolye. 
Je  ne  puis  parler  quant  je  boy, 
Cela  me  vient-il  de  folye? 
Estes-vous  là,  Margot,  ma  mye? 
Vous  faictes  fort  de  la  grimace. 
Ha!  je  \ous  vois  bien  chiche  lace, 
Avec  le  gentil  Pirdouy. 
J'ay  le  pulmon  tout  resjoy 
Par  force  de  manger  moustarde. 
Ho  !  je  cuyde  que  j'ay  ouy 
Bouter  le  fer  en  la  bombarde. 

Didier. 
Cy  parle  aux  Bourgeoys. 

Mes  enffans,  faictes  bonne  garde, 
Car  le  besoing  nous  presse  fort, 
Et  Dieu  qui  ses  amys  regarde, 
S'il  luy  plait,  vous  donra  confort. 
Gardez  que  pour  aucun  effort 
La  saincte  Foy  ne  vyolez, 
Et  s'il  en  fault  recevoir  mort, 
En  gloire  serez  consolez. 

Le  premier  Bourgeoys. 
Monseigneur,  puisque  vous  le  voulez, 
La  muraille  bien  garderons, 
Et  nostre  loy  ne  delairons 
Pour  estre  prins  à  décolez. 

Le  second  Bourgeoys. 
Combien  que  soyons  désolez, 
Touleffoys  nous  résisterons. 
Monseigneur,  puisque  le  voulez, 
La  muraille  bien  garderons. 


—  216  — 

Le  tiens  Bourgeoys. 
Se  maulditz  payenz  avolez  " 
Cuydent  monter  par  eschiellons, 
Nous  leur  trairons  de  telz  raillons 
Qu'enfin  seront  tous  affolez. 

Le  quart  Bourgeoys. 
Monseigneur,  puisque  le  voulez, 
La  muraille  bien  garderons, 
Et  nostre  loy  ne  délairons 
Pour  estre  prins  &  décolez. 

Didier. 
Jhésu  Crist,  comme  vous  sçavez, 
Pour  nous  a  souffert  passion, 
Ainsin,  mes  amys,  vous  debvez 
Pour  luy  soffrir  affliction. 
Posé  qu'on  face  occision 
D'entre  vous,  jeunes  &  anciens, 
Encoir,  sans  comparacion, 
A  Dieu  plus  soffert  pour  les  siens. 

Le  Bailly. 
Mous  voulons  estre  bons  chrétiens 
Et  en  la  Foy  vivre  &  morir. 
Dieu  qui  cognoist  tous  nos  maintiens 
Est  puissant  pour  nous  secourir. 
Pansa. 

Honorius,  Empereur  de  Romme. 
Les  Wandres  sont  issuz  de  leur  conlrée 
Pour  usurper  régions  transalpines, 
Et  ont  déjà  si  grant  force  montrée 
Que  si  bref  n'est  leur  fureur  rencontrée, 
Romme  y  perdra  ses  tribulz  &  propines 
En  leur  ostanl  tentes  &  municipes, 
Car  il  fait  bon  obvyer  aux  principes. 


—  247    - 

Le  hault  Marien, 
Bras  de  mon  empire, 
Est  grant  terrien 
Pour  les  desconfire. 
Je  luy  veul  rescripre, 
Par  briefz  &  cédules, 
Que  livre  à  martyre 
Wandres  incrédules. 

Le  Consul. 
Haulte  puissance  impératoire 
De  circuité  mondial, 
Il  est  à  tout  homme  notoire 
Que  Marien  est  très  léal, 
Il  est  traitable  &  cordial 
Vers  voz  suppotz  &  bons  amys, 
Il  est  ouvrier  spécial 
De  rebouter  les  ennemys. 

Le  Tribun. 
Marien  a  tant  de  vertus 
Qu'il  n'est  homme  qui  s'en  sçeut  taire. 
C'est  Quintilius  ou  Torquatus 
En  discipline  militaire. 
Il  est  preu  comme  un  sagittaire, 
Comme  Jurgutte  ou  Atorbal, 
Sa  grant  proesse  je  compare 
A  Scypion  ou  Hannibal. 

Honorius. 
Chascun  son  entreprise 

Prise, 
Car  tout  par  efficasse 

Casse, 
Par  luy  est  voye  esquise 

Quise, 


—  218  — 

Qui  bien  à  sa  devise 

Vise, 
Tout  homme  en  brefve  espace 

Passe, 
Si  veul  que  voir  sa  face 

Face, 
En  armant  gens  confines 

Fines, 
De  bonnes  brigandines 

Dignes. 

Bien  loist  que  par  armes  bellicques 
11  maintienne  en  prospérité 
Toutes  les  régions  gallicques 
Qui  sont  de  grant  nobilité. 
Singulièrement  la  cité 
De  Lengres  notable  <k  haultainne. 
Car  elle  a  bonne  affinité 
A  nostre  nacion  romainne. 

Et  pour  ce  que  j'ay  entendu 

Que  les  Wandres  y  font  grant  guerre 

Dont  pourroit  estre  confondu 

Le  saint  Evesque  de  la  terre. 

Il  convient  qu'on  aille  grant  erre 

Ces  tirans  faire  desloger, 

Leur  ost  dépréder  &.  conquérir, 

Pour  le  sang  des  chrétiens  vanger. 

Le  Consul. 

Si  fort  les  voulons  dommager, 
Sachez,  puissant  Impérateur, 
Que  debvez  ce  fait  en  charger 
A  Marien  le  sénateur. 


—  219  - 

Le  Tribun. 

Il  est  homme  de  grant  valeur, 
Il  est  fort  &  victorieux 
Et  ne  sçaurez  trouver  meilleur 
Soubz  vostre  empire  glorieux. 

Honorius. 
Çà,  messagier  gent  &  joyeux. 
Vers  Marien  te  fault  aller 
Luy  dire  qu'il  soit  curieux 
De  ces  Wandres  adnichiller. 
Puisqu'ils  veullent  suppéditer 
Nos  sacremens  évangélicques, 
ïl  les  convient  persécuter 
Comme  tirans  à  héréticques 

Va  luy  présenter  ceste  lettre, 
Laquelle  je  te  charge  <k  baille, 
Car  j'y  ay  fait  escripre  à.  mectre 
La  chose  de  ceste  bataille. 
Lors  luy  baille  ung  mandement. 

Diligent,  messagier. 
Puisque  commandez  que  j'y  aille, 
Haultain  Prince  &  bras  séculier, 
Vous  n'avez  garde  que  j'y  faille, 
Mais  suis  pretz  comme  ung  chandelier. 

Le  Consul. 
Pense  de  ce  faict  exploicter, 
Car  il  touche  le  bien  publicque. 

Le  Tribun. 
Traverse  à  coup  tout  le  quartier 
De  la  région  ytalicque. 

Diligent. 
Où  est  la  personne  auctenticque 
De  Marien  que  je  demande  ? 


-  220  — 

Le  Consul. 
En  Arles,  la  cité  anticque, 
Préside  &  tient  tout  en  commande. 

Honomus. 
Ce  fait  cyje  te  recommande. 

Diligent. 
.l'entend  le  caz,  adieu  vous  dis. 

Le  Tribun. 
Pour  ce  que  la  matière  est  grande. 
Ce  fait  cy  je  te  recommande. 

Diligent. 
Je  luy  diray  ce  qu'on  luy  mande, 
S'il  plaist  à  Dieu  de  Paradis. 

Le  Consul. 
Ce  fait  cy  je  te  recommande. 

Diligent. 
.l'entend  le  caz,  adieu  vous  dis. 

Honorius. 
Tien  là,  je  te  donne  bon  pris, 
Va,  si  besongne  à  mon  plaisir. 
L'Empereur  luy  baille  une  poignée  d'argent. 
Diligent. 
Hault  Prince,  où  tous  biens  sont  comprins, 
Je  vous  feray  voslre  plaisir. 
Lors  le  Messagier  s'en  va  déambuler  une  espace  sur  les  rendz  ' 
cl  puis  se  retraicl  en  certain  lieu  jusqu'après  l'inhumacion  de 
Didier  qu'il  ira  parler  à  Marien  en  Arles  cl  perfornira  son 
messaige  corne  il  est  escript  cy  aprèz. 

Sathani  et  ses  deux  compagnons  viennent  ici  parler  au  roy 
Croscus.  Satham  à  Croscus. 

Croscus,  je  te  viens  advertir 

De  pervertir 
Lengres,  la  très  forte  cité. 
Fav  Didier  de  tout  convertir 


—  221  — 

Et  divertir 
A  ta  loy  &  crédulité, 
Ou  sinon  soit  exécuté 
Par  grant  fierté, 
Luy  &  toute  sa  kyrielle, 
N'y  ait  chrétien  nul  excepté 

Ne  supporté, 
Tant  soit  jeune,  masle  ou  femelle. 
Astaroth. 
Maintien  la  querelle 
Des  Dieux  &  Déesses. 

Bélyal. 
De  ta  loy  moût  belle 
Maintien  la  querelle. 

Astaroth. 
N'espargne  tournelle, 
Murs  ne  forteresses. 

Bélyal. 
Maintien  la  querelle 
Des  Dieux  &  Déesses. 
Croscus. 
0  mille  divines  Haultesses 
Qui  gouvernez  les  élémens, 
Je  remarcie  voz  humblesses 
De  tous  ces  advertissemens. 
0  Mars,  Dieu  des  tournoyemens, 
Bacchus,  producteur  de  vendanges, 
Cérès,  Déesse  des  fromens, 
Je  vous  rends  cent  mil  louanges  ! 

Tost,  satrappes  &  millénaires, 
Esquelz  il  n'y  a  que  recouldre, 
Satellites  &  picquenaires, 
Qui  sçavez  ung  harnoiz  descouldre. 


—  -2-22  — 

Deffonsez  ces  tonneaulx  de  pouldre, 
AfTustez  nostre  arlillerye, 
Si  tirez  aussi  dru  que  fouldre 
Pour  commancer  la  batterie. 

Le  premier  Satrappe. 
Suz,  galanz,  suz,  à  la  trairye 
Ung  chascun  face  bonne  myne. 

Le  second  Satrappe. 
Qu'il  n'y  ait  homme  qui  varie 
Car  assez  advons  pouldre  fine. 

Tartarin. 
J'ay  jà  chargé  ma  serpentine 
Pour  gecter  gros  coups  évidens. 

Ysangrin. 
Et  j'ay  chargé  ma  couleuvrine 
Si  voy  bouter  le  feu  dedanz. 
Lors  chascun  fait  semblant  de  besogner  tant  aux  basions 
corne  aux  traicts  à  la  pouldre  et  au  feu. 

La  Guette. 
Alarme,  alarme,  bonnes  gens, 
Car  les  payens  que  nous  doublons 
S'approchent  comme  diligens 
Pour  tirer  de  leurs  gros  bastons. 

Le  premier  Bourgeoys. 
Il  fault  que  nous  les  reboutons 
Par  bien  deffendre  et  par  tirer. 

Le  second  Bourgeoys. 
N'espargnons  faces  ne  mentons, 
Il  fault  que  nous  les  reboutons. 

Le  tiers  Bourgeoys. 
Chargeons  le  traict  &  ajustons, 
Et  puiz  les  faisons  retirer. 


—  223  — 

Le  ouart  Bourgeoys. 
Il  fault  que  nous  les  reboutons 
Par  bien  deflendre  ex  par  tirer. 
Icy  est  bon  que  ceulx  de  la  Ville  gcclcnl  aucunz  coups  de 
basions  à  feu  cl  paiz  Didier  dira  : 
Didier. 
Je  croy  qu'il  serait  bon  d'aler 
Aux  crenaux  dessus  la  muraille, 
Pour  gracieusement  parler 
A  ceulx  qui  nous  livrent  bataille. 

Valier. 
Ainçoys  que  la  Ville  on  assaille, 
Remonstrez  leur  ceste  insolence. 

Didier. 
S'il  est  monicion  qui  vaille, 
J'en  feray  toute  diligence. 
Lors  monte  sur  la  muraille  el  parle  haultemenl  aux  Wandres. 
Croscus,  donnez  moy  audience 
Et  escoutez  deux  motz  ou  trois, 
Nous  tenons  la  foy  &  crédence 
De  Jhcsu  Crist,  le  Roy  des  Roys, 
Ne  nous  faictes  plus  de  desroys, 
Craindez  la  divine  Puissance, 
Car  celluy  qui  morut  en  croix 
Pourra  de  vous  prendre  vengence. 

Le  second  Satrappe. 
Tirez,  tirez  à  toute  instance, 
En  despit  de  son  hault  quaquet. 

Tartarin. 
Veull-il  faire  sa  remonstrance  ? 

Ysangrin. 
Il  y  trouvera  peu  d'aquest. 
Adone  tirent  aucunes  serpentines  ou  couleuvrines  et  ceulx 
de  Lengres  gectent  pierres  el  aultres  traits. 


—  224  — 

Le  premier  Bourgeoys. 
Je  feray  cueillir  le  muguet 
A  ce  Wandre  qui  si  fort  tire. 

La  Guette. 
Gectez,  gectez,  je  fay  hou  guet. 
Soit  gecté  ung  cop  de  chascun  costé  et  puix  dicl; 
Le  second  Bourgeoys. 
Déà  !  on  nous  respond  tire  a  tire. 

Godifer. 
Je  vous  feray  soffrir  martyre, 
Chrétiens  infâmes  &  mauldits. 

Le  Bailly. 
Ne  vous  chaille,  laissez  le  dire, 
C'est  peu  de  chose  que  ses  dictz. 

Le  second  Bourgeoys. 
Tirons  danguiz  gros  &  petiz. 

Le  tiers  Bourgeoys. 
Pour  Dieu  !  laissons  les  reculer. 
Le  quart  Bourgeoys. 
Nous  ne  sommes  pas  apprentiz 
De  tirer  genz  &  aflbller. 
Soit  (jcclé  ung  cop  de  la  Ville. 
Sar ragot. 
Chrestiens,  je  vous  feray  baler. 
Voulez  vous  maintenant  hoingner? 

Le  Cappitaine. 
Ne  vous  chaille  de  leur  parlée. 

Le  Père  Valier. 
Peu  parler  à  bien  besongner. 

DURANDAL. 

Il  nous  fault  ceste  tour  gaingnier, 
Car  elle  nous  voit  de  trop  hault. 
A  donc  tirent  contre  la  tour  où  est  la  Guette  et  y  font  de 
gratis  pertuifs. 


-  225  - 

RUSTARIN. 

Tirez  contre  sans  espargner, 
Elle  est  percée  autant  vault. 

La  Guette. 
Ha!  Sangbieu!  Comment  on  m'assault. 
Pleut  à  Dieu  que  je  fusse  juz! 

Maulvenu. 
Faiz-tu  lassuz  du  papegault? 
Je  te  feray  pisser  verjuz. 

La  Guet  le  s'enfuyl. 

Le  Cappitaine. 
Où  vas-tu? 

La  Guette. 
Je  n'y  seray  pluz. 
Le  Cappitaine. 
D'où  te  vient  ceste  oppinion  ? 

La  Guette. 
Ces  faulx  payens  sont  résolulz 
D'abattre  mon  tugurion. 

Le  Bailly. 
Tu  es  couhard  comme  ung  larron. 

Le  Père  Valier. 
Ne  t'oses-tu  tirer  avant  ? 
La  Guette. 
Je  me  tiendray  à  ce  quarron 
Et  feray  guet  comme  devant. 

Lors  se  boule  en  quelque  aultre  lieu. 

Le  premier  Satrappe. 
Or,  tirez,  tirez  maintenant 
Puisqu'il  plaisl  à  Croscus  le  roy. 


Vo 


—  -22G  — 

Le  second  Satrappe. 
Deux  ou  trois  coups  loul  d'ung  tenant 
Habillement. 

Ysangrin. 
Vées  là  de  quoy. 
Icy  soit  gccté  un  cop  par  les  Wàndres  par  Ysangrin. 
Sarragot. 
Rend-toy,  chrestien,  laisse  ta  loy 
Et  renoye  ton  Jhésu  Crist. 

Durandal. 
Mest  teste  aux  crénaulx. 

RUSTARIX. 

Parle  à  moy. 
Maulvenu. 
Rend-toy,  chrestien,  laisse  ta  loy. 

Le  quart  Bourgeoys. 
Yeescy  ung  merveilleux  desroy. 

Despiteulx. 
Rz  mourront  tous. 

DlRANDAL. 

R  en  est  fait. 

RUSTARIN. 

Rend-toy,  chrestien. 

Maulvenu. 

Laisse  ta  loy. 

Despiteux. 
Et  renoye  ton  Jhésu  Crist. 

Didier. 
Mon  peuple  sera  desconfit 
Et  aura  d'ennuy  plénitude, 
Si  Dieu  qui  tout  le  monde  fit, 
Ne  garit  son  amaritude. 


Oratiu. 


—  227  — 

0  Créateur, 
0  digne  Celsitude, 

Ilault  plasinateur, 
Glère  Béatitude, 

Roy  souverain, 
Précelse  Trinité, 

Tu  es  facteur 
De  céleste  habitude, 

Et  rédempteur 
De  toute  multitude, 

Du  gendre  humain 
Miroir  de  purité. 

Croscus  haultain, 
Ce  Wandre  redoublé, 

Très  inhumain, 
Plain  de  crudélité, 

Nous  veult  grever, 
Nous  veult  mener  grant  guerre, 

Estends  ta  main, 
Rebote  sa  fierté, 

Tost  &  soudain 
Eslargi  ta  bonté, 

Pour  nous  saulver 
En  cardant  ceste  terre. 


Mais  quelque  oroison  que  je  lace, 
Je  proteste  &.  ay  protesté 
Que  je  ne  veul  courcer  ta  face 
N'aler  contre  ta  volonté. 

Maria. 
0  divigne  Bénignité, 
Bénigne  Gracieuseté, 


—  228  — 

Gracieuse  <k  clère  Haultesse, 
Hault  Soleil,  plain  de  dignité, 
Très  digne  Singularité, 
Singulier  Trésor  de  richesses, 
Riche  Ruhis,  puys  de  Noblesse, 
Noble  Fontaine  de  largesse, 
Large  Sentier  d'humilité, 
Yeullez  donner  joye  &  lyesse 
A  Didier  qu'on  assault  &  blesse 
Par  wandalicquc  iniquité. 

Deus. 

Le  propre  terme  est  limité 
Qu'il  doit  passion  endurer, 
Son  lieu  en  gloire  est  apresté 
Auquel  je  le  veul  honorer, 
Paradiz  luy  veul  conférer, 
Triumphe  &  perdurable  empyre, 
Et  la  saincte  âme  décorer 
De  la  coronne  de  martyre. 

Le  Tirant  décoler  fera 
Didier  qui  mon  nom  ayme  &  prise, 
Maiz,  par  miracle,  il  recepvra 
Son  chef  pour  porter  à  l'église, 
Quant  le  bourreau  cela  verra 
Il  perdra  sens  &  bonne  guise, 
Car  sang  &  cerveau  répandra 
En  hurlant  à  la  pierre  bise. 

Léal  ministre  Michael 

Et  Gabriel  qui  bien  servez, 

Uriel  &  vous  Raphaël 

Qui  mon  pouvoir  appercevez, 


—  229  — 

Allez  embas  <k  confortez 
Didier  quy  est  en  grant  socy, 
Quant  temps  sera  l'âme  apportez, 
Et  des  aultres  martyrs  aussy. 

Miciiael. 
Voslre  divin  commandement 
Acomplirons  sans  plus  actendre. 

Gabriel. 
Faire  voulons  incessamment 
Vostre  divin  commandement. 

Raphaël. 
Roy  régnant  perdurablement, 
Nous  sommes  tous  pretz  d'y  entendre. 

Uriel. 
Vostre  divin  commandement 
Accomplirons  sans  plus  actendre. 

Le  Roy  des  Alainz. 
Sire  Croscus,  se  voulez  tendre 
A  ceste  ville  conquester, 
Maintenant  povez  faire  prendre 
Vos  eschielles  pour  y  monter. 
On  peult  maintenant  regarder 
La  muraille  fort  abatue, 
Et  pourtant  n'avons  que  tarder 
D'assaillir  tout  d'une  venue. 

Croscus. 
Or  çà,  que  chascun  s'évertue 
D'entrer  dedans  à  grant  puissance, 
Mais  je  veul  que  tous  ceulx  on  tue 
Qui  ne  prandront  nostre  créance. 
Pour  vieillesse  ne  pour  enfance 
N'y  ait  homme  nul  supporté, 
S'ils  ne  nous  font  obéissance 
En  délaissant  la  chrétienté. 


-  230  — 

Tost-Venu,  tu  as  escouté 
Mon  veul  &  mon  intention, 
Et  pourtant  soyes  apresté 
D'en  l'aire  proclamacion. 
Tost-Venu, 
Haultaine  domination 
Qui  à  triumphe  contendez, 
Sans  prétendre  excusacion 
Voys  faire  ce  que  commandez. 

Lors  fait  le  crtj  à  son  de  trompe. 
Oyez,  Seigneurs,  oc  entendez! 
Croscus  vous  fait  commandement 
Qu'à  la  muraille  vous  rendez 
Pour  la  gaingner  totalement. 
Entrez  dedans  lesgièrement, 
Tuez  tout  sans  rien  excepter, 
Sinon  ceulx  qui  dévotement 
Youldront  nostre  loy  accepter. 

Le  premier  Satrappe. 
Sus,  galans,  il  fault  apporter 
Eschielles,  picques  à  marteaulx. 

Le  second  Satrappe. 
Or,  tost,  tost,  il  se  fault  haster 
De  gripper  à  mont  ces  crénaulx. 

Le  premier  Chevalier  Alain. 
Veescy  des  cordes  par  monceaulx 
Qui  ont  des  bons  crochets  de  fer. 
Le  second  Chevalier  Alain. 
Entre  voz  gendarmes  nouveaulx 
Il  vous  fault  icy  eschauffer. 

Godifer. 
Convient-il  à  force  monter, 
ISe  nous  fait-on  autre  ouverture? 


—  234  — 

Tartarin. 
Il  n'y  a  point  de  cul  frotté, 
Il  se  fault  mectre  à  l'avanture. 

Sarragot. 
Ces  Lengrois  nous  font  grant  injure 
Quant  ilz  ne  nous  veullent  ouvrir. 

YsANGRIN. 

Par  le  dieu  Jupin,  je  vous  jure 
Que  j'en  fera  y  cinq  cens  morir. 
Lors  clwrgcnl  eschielles,  cordes,  barreaulx,  etc. 
La  Guette  cryc  : 
Pour  Dieu,  ne  veullez  pas  faillir 
A  bien  deffendre  ceste  Ville, 
Car  tout  l'osl  nous  vient  assaillir 
Et  sont  plus  de  quatre  vingt  mille. 

Le  Cappitalne. 
lion  Pas,  il  te  fault  estre  habille 
D'aller  quérir  les  Chevaliers. 

Bon  Pas. 
J'y  vois,  car  il  me  semble  utile 
De  faire  armer  genz  par  milliers. 

La  Bourgeoyse. 
Les  Wandres  qui  sont  coutumiers 
De  faire  toute  tyrannye, 
Nous  veullent  prendre  prisonniers 
Ou  tuer  par  grant  félonnye. 
La  très  doulce  vierge  Marie 
"Veulle  obvyer  à  l'entreprinse! 
Car  il  est  fin  de  nostre  vye 
S'il  fault  que  la  Ville  soit  prisse. 

La  Femme  grosse. 
Hélas!  hélas!  je  meurs  de  crainte 
Qu'on  ne  me  face  desplaisir, 


—  232  — 

Car  je  me  sens  grosse  &  ensaincte, 
Tantost  sur  le  point  de  gésir. 
Vray  Dieu!  où  pourrai-je  courir? 
Que  feray-je  moy,  pouvre  femme? 
Me  fault-il  finer  &  morir 
Sans  que  mon  fruyt  ait  baptesme  ? 
La  Norrice  tenant  un  g  enfant. 
Et  moy  qui  norriz  mon  beau  filz 
Qui  est  petit  &  de  jeune  aage, 
Je  doys  bien  rendre  pleurs  confitz 
En  plainte  &  en  dur  langaige. 
0  mon  tendre  enfant,  te  verray-je 
Mutiler  en  douleur  amère? 
Wandres,  plains  de  maulvais  couraige, 
Laissez  l'enfant,  prenez  la  mère. 

La  Bourgeoyse. 
Certes  la  chose  est  toute  elère 
Qu'ils  nous  viennent  l'assault  donner. 

La  Grosse. 
Conseillez  nous,  belle  commère, 
Comment  nous  devons  gouverner. 

La  Bourgeoyse. 
Portons  des  pierres  pour  gecter, 
S  servirons  de  quelque  chose. 

La  Norrice. 
Affin  de  noz  gens  conforter, 
Portonz  des  pierres  pour  gecler. 

La  Bourgeoyse. 
J'en  veul  plein  ce  beuchin  porter. 

La  Grosse. 
J'ay  bien  ce  vouloir,  mais  je  n'ose. 

La  Norrice. 
Portons  des  pierres  pour  gecter, 
Si  servirons  de  quelque  chose. 


—  233  — 

Bon  Pas,  messagier. 
Seigneurs,  je  vous  dis  &  propose 
Que  bientost  venir  vous  en  fault, 
Car  l'ost  des  Wandres  se  dispose 
De  nous  livrer  cruel  assault. 

Grancey. 
Par  celluy  qui  tout  sçeit  <k  vault, 
Nous  y  ferons  nostre  debvoir. 
Se  j'ay  des  coups,  il  ne  m'en  chault. 
J'en  feray  aussi  recepvoir 
Choiseul. 
Puisqu'on  nous  le  fait  assavoir, 
C'est  raison  que  nous  y  allons, 
Ces  payens,  plains  de  non  sçavoir, 
A  nostre  povoir  affolons. 

Trichastel  . 
Bon  Pas,  sachez  que  nous  irons 
Voir  si  la  Ville  on  assauldra, 
Et  si  très  bien  nous  conduyrons, 
Que  tout  le  fait  mieulx  en  vauldra. 

Vergier. 
Chascun  de  nous  s'y  trouvera 
Pour  la  loy  de  Dieu  maintenir. 
Or  çà,  galans,  on  cognoistra 
Cornent  vous  sçavez  contenir. 

Le  premier  Escuyer. 
Afin  de  la  gloire  acquérir, 
En  soubslenant  foy  catholicque, 
Je  veult  rebouter  &  férir 
Geste  puissance  wandalicque. 

Le  second  Escuyer. 
Puizqu'ils  ont  pouvoir  tant  inicque, 
Tant  infidelle  à  tant  pervers, 


—  234  — 

Il  fault  que  leur  bras  tyrannicque 
Faisons  tresbucher  à  revers. 
Le  tiers  Escuyer. 
Je  jetteray  caillouz  amers 
De  ma  foudre  forte  &.  diverse, 
Frappans  à  tort  à  à  travers 
Leur  teste  &.  leur  face  perverse. 

Le  quart  Escuyer. 
Pour  dommager  parlye  adverse, 
Telle  boisson  leur  veul  verser, 
Que  les  plus  grans  à  la  renverse 
Feray  tresbucher  &  verser. 

Le  Coustillier. 
Ha!  si  je  peusse  traverser 
Où  leur  ost  estre  conversant, 
J'en  feroys  à  terre  verser 
Plus  de  cinq  cens  en  traversant. 

L'Archier. 
Il  faut  tout  estre  reversant 
Ou  les  tirer  perversement, 
Et  se  nostre  cas  va  versant, 
Relevons  nous  diversement. 

Le  Crenequinier. 
Deffendons  Lengres  vaillamment, 
D'arbalestes  &  crenequins, 
Tuons  Wandres  abondamment, 
Car  ils  vaillent  pis  que  Turquins. 

Le  Colovrinier. 
Harquebuches,  ribaudequins, 
Bonnes  couleuvrines  à  main, 
Veul  desployer  sur  ces  coquins, 
Qui  respandent  le  sang  humain. 


—  235  — 

Choiseul  parle  à  Didier. 
Très  cher  Seigneur,  il  est  certain 
Qu'on  nous  vient  assaillir  de  fait. 
Se  Dieu  triumphant  &  haultain 
Ne  nous  secourt,  tout  est  défiait. 

Trichastel  parle  à  Didier. 
Requérez  luy,  de  cueur  parfait, 
Qu'il  nous  veulle  donner  puissance 
De  rebouter  ce  Wandre  infait, 
Piain  d'orgueil  &  d'oultrecuydance. 

Didier. 
Nobles  Seigneurs  de  grant  vaillance, 
Je  vous  rends  cent  mil  niarciz, 
Quant  exposez  corps  &  chevance 
Pour  mon  peuple  qui  est  assiz, 
Si  veul  prier  au  crucifix 
L'argileur  d'éternelle  gloire 
Que  Wandres  soyent  desconfitz 
Et  vous  en  ayez  la  victoire. 

C'est  pour  la  foy  noble  &:  grande 
Qu'entreprenez  ceste  action, 
Et  pourtant  je  vous  recommande 
Ma  querelle  <k  deffension. 
Deux  motz  de  bénédiction 
Vous  donray  à  la  bien  allée. 
Et  si  feray  oracion 
Pour  toute  la  noble  assemblée. 

Lors  fait  la  bénédiction   solennelle  aux  Barons  et  aullres, 
puis  vont  à  l'assault. 

Granceï. 
Tost,  tost,  alons  à  la  meslée 
Pour  rebouter  nos  ennemvs. 


—  236  — 

Vergier. 
Il  leur  faull  desnyer  rentrée, 
Tost,  tost,  alons  à  la  meslée. 

Choiseul. 
Adieu,  Pasteur  de  renommée. 

Didier. 
Or,  alez,  adieu  mes  amys. 
Trichastel. 
Tost,  tost,  alons  à  la  meslée 
Pour  rebouter  nos  ennemys. 

Adonc  s'en  partent  cl  Didier  se  mecl  à  genoulx  et  07'ando 
dicit  : 

Didier. 
0  Créateur  plain  de  biens  infiniz, 
Qui  tout  produitz  en  temps  &  en  saison, 
Qui  guerre  &  paix  permects  et  deffiniz, 
Dont  les  humains  ignorent  la  raison, 
Sennacherib,  plain  de  grant  mesprison, 
Tu  reboutas  miraculeusement, 
Veullez  aussy  préserver  ma  maison 
Et  tous  mes  gens  d'avoir  encombrement. 
Les  anges  parlent  à  Didier. 

MlCHAEL. 

0  Pasteur  !  qui  vis  sainctement 
En  vertuz  à  dévocion, 
Nous  venons  cy  présentement 
Toy  donner  consolacion. 
Gabriel. 
La  divine  provision 
Veult  glorifier  ta  personne, 
Car  par  endurer  passion 
Tu  auras  des  cielz  la  coronne. 
Les  anges  s'inclinent. 


—  237  — 

Didier. 
Au  Rédempteur  qui  tous  biens  donne, 
Je  doy  louange  pronuncer, 
Quant  ceste  nouvelle  très  bonne 
Me  fait  à  ceste  heure  noncer. 
Mon  Dieu  qui  tant  es  bon  &  chier, 
Que  nul  ne  le  sceit  savorer, 
Pour  la  saincte  loy  renonchier 
Je  veul  bien  tonnent  endurer. 

Tu  as  pour  moy  ton  corps  offert 
Aficher  en  croix  &  estandre, 
Tu  as  pour  mon  bien  tant  souffert, 
Que  jamais  ne  te  le  puis  rendre. 
Plaise  toy  recepvoir  6c  prandre 
Le  sacrifice  de  mon  corps, 
Soyez  aussi,  sans  plus  attendre, 
A  mon  cueur  miséricors. 

Valier,  mon  fils,  tu  dois  sçavoir 
Qu'il  plait  à  Dieu  moy  recepvoir 
Par  martire  &  peinne  cruelle. 

Valier. 
Hélas!  veesci  dure  nouvelle. 

Didier. 
Puizque  je  suis  à  mon  optât, 
Je  te  recommande  Testât 
De  Lengres,  la  cité  très  belle. 

Valier. 
Hélas!  veesci  dure  nouvelle. 

Didier. 

Valier,  mon  amy  bon  à  beau, 
Pour  Dieu  veille  sur  ce  tropeau 
Et  le  garde  d'euvre  infidelle. 


—  238  — 

Valier. 
Hélas!  veesci  dure  novelle. 
Toute  ma  douleur  renouvelle 
Pour  ce  piteulx  trespassement. 

Didier. 
Je  mectz  en  ta  garde  &  tutelle 
Mon  diocèse  entièrement. 

Valier. 
Hélas!  mon  povre  entendement 
N'est  pas  de  telle  chose  capable. 

Didier. 
Si  tu  sers  Dieu  dévotement 
Rien  ne  te  peult  estre  grevable. 

Croscus. 
Despeschez-vous,  de  par  le  dyable  ! 
Commencez  tost  à  assaillir, 
Brisez  ce  mur  inexpugnable 
Et  vous  gardez  bien  de  faillyr. 

Le  Roy  des  Alain z. 
Il  fault  ruer,  tuer,  férir, 
Eschielles  monter  &  griper, 
Faire  les  ennemys  morir, 
Si  vous  le  povez  agriper. 

Le  premier  Satrappe. 
Vous  verrez  de  beaulx  cops  douer. 

Le  second  Satrappe. 
Vous  y  verrez  faire  maint  sault. 

Groscus. 

Faicles  ces  instruments  sonner. 

Le  Satrappe. 
Trompette,  sonnez  à  l'assault. 
Lors  on  sonne  et  on  commancc  Vassaull. 


—  239  — 

Le  Cappitaine. 
A  ceste  heure  montrer  se  fault, 
On  nous  assault  de  tous  cousiez. 

Le  Bailly. 
Gardons  les  bien  de  monter  hault. 

Grancey. 
A  cesie  heure  monstrer  se  fault. 

Ciioiseul. 
Ung  chascun  soit  hardi  ôc  hault. 

Trichastel. 
Ces  Wandr.es  soyent  rehoutez. 

Vergier. 
A  ceste  heure  monstrer  se  fault. 

Le  Père  Yalier. 
On  nous  assault  de  tjus  coustez. 
Le  premier  Satrappe, 
Montez,  ribaudaiile,  montez. 

Le  second  Satrappe. 
Gripez,  tuez,  rompez,  froissez. 
Font  semblant  de  monter. 

RUSTARIN. 

Nos  ennemys  seront  mactez. 

Le  premier  Chevalier  Alain, 
Montez,  ribaudaiile,  montez. 

Durandal. 
J'y  seray  tanlost,  n'en  doubtez. 

Despiteulx. 
J'ay  jà  les  membres  tous  blessez. 

Le  second  Chevalier  Alain. 
Montez,  ribaudaiile,  montez. 

Le  premier  Chevalier  Alain. 
Gripez,  tuez. 

Le  second  Chevalier  Alain. 
Rompez,  froissez. 


—  240  — 

Croscus. 
S'aultrement  ne  vous  avancez, 
Par  ma  loy,  je  vous  l'eray  pendre. 

Le  Roy  des  Alainz. 
Il  fault  que  levez  à  dressez 
Vos  eschielles. 
Ceulx  de  la  Ville  les  reboutent. 
Malvenu. 
J'y  veul  entendre. 

GODIFER. 

Ha!  chrestiens,  je  vous  feray  rendre. 
Estes  vous  là  où  je  vous  voy. 

LE  PREMIER  BoURGEOYS. 

Waudre,  je  te  feray  descendre 
Si  tu  t'aprouche  près  de  moy. 

Tartarin. 
Rendez- vous. 
Cij  sont  à  demi  montez. 

Sarragot. 
Laissez  vostre  loy. 

YSANGRIN. 

Chrestiens,  si  vous  ne  vous  rendez, 
Vous  serez  tous  appréhendez 
Et  escoirchiez  par  grant  desroy, 
Rendez-vous. 

Rustarin. 
Laissez  vostre  4oy. 
Le  premier  Chevalier  Alain. 
Par  Jupiter  qui  me  nourit, 
Vous  rengnyerez  Jhésu  Crist, 
Ou  je  vous  donray  un  effroy. 
Rendez-vous. 

Le  second  Chevalier  Alain. 
Laissez  vostre  lov. 


—  241  - 

Durand  al. 
Maulgré  vos,  dans  nous  monterons. 

Despiteulx. 
Traite  Lengrois,  nous  vous  aurons. 

Rustarin. 
Amont. 

Malvenu. 
Je  m'en  vois  après  toy. 
Rustarin. 
Rendez  vous. 

Malvenu. 
Laissez  vostre  loy. 
Le  second  Bourgeoys. 
Çà,  des  pierres. 
Lors  femmes  appointent  pierres. 
La  Norrice. 
Vecy  de  quoy 
Gecter  sur  ces  mauldicz  payens. 

La  Grosse. 
Chascun  face  corne  pour  soy. 

Le  tiers  Bourgeoys. 
Çà,  des  pierres. 

La  Grosse. 
Vecy  de  quoy. 
La  Bourgeoyse. 
Pour  Dieu  !  combatez  pour  la  foy, 
Et  gardez  qu'ils  n'entrent  céans. 

Tartarin. 
Lengrois,  Lengrois,  se  je  vous  tiens, 
Je  vous  feray  peine  &  grevance. 
Le  second  Bourgeoys. 
Je  ne  crains  guères  voz  maintiens. 

Le  tiers  Bourgeoys. 
Nous  avons  en  Dieu  espérance. 

46 


—  242  — 

Le  premier  Satrappe. 
Alons  monstrer  nostre  puissance 
A  la  porte  de  la  Cité. 

Le  second  Satrappe. 
Et  nous  manrons  tousiours  la  dance 
Contre  les  murs  de  ce  cousté. 

Lors  le  premier  Satrappe  amainne  la  moitié  des  gens  pour 
(jainijnier  la  porte  et  Vaullre  moitié  combat  à  la  muraille. 

Le  Fol. 
Qu'esse  là?  Benedicite! 
C'est  ung  marché  aux  horions. 
Je  ne  sçay  si  c'est  pour  l'esté, 
Mais'il  vole  des  papilons. 
Ho!  je  veul  jouer  des  talons, 
On  m'y  pourroit  crever  les  yeulx. 
Pardieu  ce  sont  dangereux  lieux 
Que  d'estre  à  ce  point  enfermé, 
Et  si  vous  dist  qu'il  vauldroyt  mieux 
Estre  musé  que  bien  armé. 

Lors  assaillent  des  deux  cousiez. 

Tartarin. 
Lengrois,  plains  de  desleaulté, 
Si  vous  ne  changez  volonté, 
Nous  vous  ferons  souffrir  martire. 

Le  Cappitaine  de  Lengres. 
Deffendez  vous,  laissez  les  dire. 

Sarragot. 
Apourtez  les  clefs  de  la  porte, 
Que  le  grant  dyable  vous  emporte  ! 
Nous  nous  tiendront  tantost  de  rire. 

Le  Bailly. 
Deffendez  vous,  laissez  les  dire. 


—  243  — 

Le  second  Chevalier  Alain. 
Vous  nous  faicles  beaucop  de  peinne, 
Dieu  vous  mette  en  fièvre  quarteine  ! 
Je  cuyde  qu'il  vous  deust  souffrire. 

Grancey. 
Deffendez  vous,  laissez  les  dire. 

Ysangrin. 
Je  vous  feray  changer  créance. 
Le  second  Bourgeoys. 
0  mon  Dieu!  voy  cest  arrogance. 

Tartarin. 
Jupiter  sera  vostre  sire. 

Choiseul. 
Deffendez  vous. 

Vergier. 
Laissez  les  dire. 

Lors  combatent  main  à  main  des  deux  couslés,  puis  les 
premiers  gaignent  la  muraille  en  disant  : 

Le  premier  Chevalier  Alain. 
Montez,  ribaull,  montez  de  tire 

Le  second  Chevalier  Alain. 
Soyez  courageux  &  hardis. 

Godifer. 
Plus  rien  ne  vault  le  contredire, 
Nous  sommes  dedans  plus  de  dix. 

Le  Cappitaine. 
0  mes  amys,  nous  sommes  pris. 
Chascun  se  saulve  où  il  pourra. 

Rlstarin. 
Créez  qu'il  vous  coustera  bon  pris. 

Le  Bailly. 
0  mes  amys,  nous  sommes  pris. 


_  244  — 

Despiteulx. 
Folement  avez  entrepris. 

Le  premier  Satrappe. 
Par  Mercure!  tout  y  mourra. 

Trichastel. 
0  mes  amys,  nous  sommes  pris. 

Le  Cappitaine. 
Chascun  se  saulve  qui  pourra. 

Le  second  Chevalier  Alain. 
Avant,  galans,  entrez  par  là 
Vous  &  toute  la  compaignie. 

Croscus. 
Tout  est  mien  deçà  &  delà. 

Durandal. 
Vive  Croscus! 
Ysangrin,  Tartarin  et  Sarragot  ensemble. 
Ville  gaignye! 
Lors  entrent  en  la  Ville  et  font  semblant  de  tuer  et  piller; 
ceulx  de  la  Ville  se  doivent  monstrer  fort  piteulx  et  espars. 

Croscus  et  le  Roy  des  Alains  se  tiennent  devant  la  porte  en 
hault  lieu  pour  voir  ce  qui  ce  fait  en  la  Ville.  Le  Cappitaine 
va  dire  les  nouvelles  à  Didier,  puis  retourne  vers  les  ennemys. 
Le  Cappitaine. 
Pasteur  remply  d'humilité, 
Les  Wandres  sont  en  la  Cité, 
Mectant  tout  à  destruction. 

Didier. 
Ayons  en  ceste  qualité, 
Pasience  en  adversité, 
Sans  quelque  murmuracion. 

Le  Bailly. 
Plus  n'avons  de  protection, 
Les  Wandres,  plains  d'infection, 
S'efforcent  tous  d'ici  venir. 


—  245  — 

Didier. 
Mectons  nous  en  dévotion, 
Et  actendons  l'occision, 
Pour  la  loy  de  Dieu  maintenir. 
Lors  Didier  et  les  gens  d'église  se  meclenl  à  genoulx. 
Croscus. 
Faictes  moy  toutes  gens  périr, 
N'espargnez  ne  grant  ne  petit, 
Et  si  alez  Didier  quérir 
Pour  en  faire  à  mon  appétit. 

Le  Roy  des  Alainz. 
Puisque  le  peuple  est  desconfit, 
Entrez  partout,  querez,  serchez, 
Pilez,  chargez  à  bon  prouffit, 
Tuez,  frappez  6c  détranchez. 

Le  premier  Satrappe. 
Hz  seront  tantost  despechez 
Puisque  j'ay  mon  grant  bragniart. 

Le  Cappitaine. 
Mon  Dieu,  excusez  noz  péchez! 
Le  premier  Satrappe. 
Or  çà,  que  le  dyable  y  ait  part, 
Vous  y  mourrez,  coquin,  paillard, 
Je  vous  copperay  le  siflet. 
Le  Cappitaine. 
Quant  à  moy,  je  deviens  viellard, 
Le  mourir  point  ne  me  desplait, 
J'ay  esté  vaillant  capitainne, 
Mais  pour  la  foy  je  suis  tout  prest 
De  laisser  ceste  vye  humaine. 

Le  premier  Satrappe. 
Tenez,  vez  là  pour  vostre  peine. 
H  le  lue. 


—  246  — 

Le  second  Satrappe. 
Tuez  les  comme  beaùlx  oisons. 

Le  premier  Satrappe. 
Pour  jouyr  île  victoire  plainne, 
Boutez  le  feu  en  ces  maisons. 

Ysangrin. 
J'y  vois. 

Tartarin. 
Il  fault  que  nous  donnons 
A  ce  bourgeoys  ci  ung  sofflet. 
Maistre,  puisque  nous  vous  tenons, 
Tué  serez  comme  ung  poulet. 
Agripez  le  par  le  colet. 

Sarragot. 
Je  le  veul  puisque  tu  l'as  dit. 
Ils  le  tuent. 

Godifer. 
Prens  ceste  femme  s'il  te  plaist. 

Tartarin. 
Je  n'y  meclz  point  de  contredit. 
Lors  est  le  feu  boulé  en  ladite  Ville  et  brûle  une  espace  et 
cependant  les  picqucvaires  tuait  beaucoup  de  yens  comme  les 
gens  des  Barons,  la  Guette,  aucuns  de  l'Eglise,  c'est  assavoir  : 
Tonnoirroiz  cl  l'Auxoiz. 

El  tandis  que  ces  choses  se  font,  les  quatre  salelliltes  tiennent 
les  trois  femmes  et  le  second  Bourgeoys. 

Sarragot. 
En  qui  crois-tu? 

La  Bourgeoyse. 

En  Jhésu  Crist. 
Sarragot. 
Il  est  donques  fin  de  ta  vye. 
1 1  la  lue. 


—  247  - 

YSANGRIN. 

Et  toi  qui  as  le  cueur  contrit, 
En  qui  crois-tu? 

Le  second  Bourgeoys. 
En  Jhésu  Crist. 

YSANGRIN. 

Tu  en  mourras.  Il  en  est  frit. 

Le  second  Bourgeoys. 
Je  suis  prest. 
//  le  tue. 

GODIFER. 

Et  toy,  belle  amye, 
En  qui  crois-tu? 

La  Grosse. 

En  Jhésu  Crist. 

GODIFER. 

Il  en  est  doncques  fin  de  ta  vie. 

La  Grosse. 
S'en  vous  a  quelque  courtoysie, 
Vous  deussiez  ung  peu  déporter 
Une  povre  femme  engrossie 
Qui  est  sur  le  point  d'enfanter. 

Godifer. 
Il  n'y  a  point  de  cul  froter, 
Vous  y  mourrez,  il  plait  au  Loy. 

La  Grosse. 
Dieu  me  veul  reconforter 
Et  saulver  mon  enfant  &  moy  ! 
//  la  tue. 

Tartarin. 
A  mort,  à  mort,  j'en  veulx  à  toy  ! 
La  Norrice  et  son  enfant. 
Hélas!  mon  amy,  je  me  rends. 


—  248  — 
Tartarin. 
Ce  petit  enfant  que  je  voy, 
De  quoy  me  sert-il  sur  les  rends  ? 

La  Norrice. 
Il  est  jeusne  d'aage  &  de  sens, 
C'est  mon  enfant,  je  suis  la  mère. 

Tartarin. 
Femmes,  enfans,  absens,  présens, 
Tout  sentira  la  mort  amère. 

La  Norrice. 
Pour  l'amour  de  Dieu,  mon  beau  frère, 
Ne  lui  faictes  quelque  insolance, 
Car  ce  seroit  grant  vitupère 
De  soy  prendre  à  povre  ignoscence. 
Las!  a  voy- je  la  pacience 
De  regarder  mon  filz  morir. 

Tartarin. 
Çà,  çà. 

Lors  prend  l'enfant  d'ung  cousté  et  la  Nourrice  de  ïaidtre. 
La  Norrice. 
0  faulce  violence, 
Veulx-tu  mon  chier  enfant  meurtrir, 
Pour  Dieu  fay  moy  la  mort  soffrir 
Et  que  mon  fils  soit  desporté! 

Tartarin. 
Vez  le  là,  or  le  va  quérir. 
Le  tue. 

La  Norrice. 
0  perfide  crudélité! 
As-tu  l'enfant  exécuté! 
Hélas  !  mon  fils  que  je  te  baise. 
Le  baise  tout  sanglant. 


—  249  — 

Tartarin. 

Paix,  paix,  veci  trop  quaqueter, 

Vous  en  mourrez,  plaise  ou  non  plaise. 
//  la  tue. 

Durandal. 

Tuons,  frapons  tout  à  nostre  ayse, 

Puis  alons  sercher  vilement 

Le  Docteur  de  la  foy  maulvaise 

Pour  luy  donner  peine  &.  torment. 
Lors  vont  au  moustier. 

GODIFER. 

Ha  !  veci  le  faulx  garnement, 
Didier  qui  contrefait  l'ermite. 

Rustarin. 
Sortez  avant  légièrement, 
Faictes  vous  cy  de  l'ipocrite. 

Godifer. 
Pren  par  delà,  pren,  satellite. 

Ysangrin. 
Maistre  Evesque,  vous  en  viendrez. 

Didier. 
Çà,  mon  livre?  &  sans  conlredicte 
J'iray  partout  où  vous  vouldrez. 
Lors  Valier  lui  baille  uncj  livre  et  puis  on  le  mainne  rudement. 
Despiteux. 
Or,  sus,  vous  viendrez  à  piez, 
Car  vous  ne  servez  cy  de  rien. 

Didier. 
Soyez  ung  petit  modérez 
Vers  mes  gens  &  vous  ferez  bien. 
Nota  que  les  quatre  satellites  enmainnent  Didier,  les  quatre 
jnequenaires  enmuinnent   les  deux  Chanoines.  Le  Doyen  et 
aulcungs  aultres  demeurent  illec  esbays  et  Valier  s'en  va  d'ung 
aultre  quartier. 


—  250  - 

DlJONNOYS. 

Hélas!  monseigneur  le  Doyen, 
On  enmainne  noslre  Pasteur. 

Le  Doyen. 
Dieu  qui  est  le  souverain  bien, 
Luy  soit  garant  &  protecteur  ! 

Le  Trésorier. 
Adieu  nostre  consolateur! 

Barroiz. 
Jamais  pareil  on  ne  verra. 

Bassigny. 
Je  vous  requiers  de  très  bon  cueur, 
Alons  voir  qu'il  en  adviendra. 

Maulvenu. 
Ha  !  faulx  chrestiens,  on  vous  donra 
Des  cops  d'espée  plus  de  dix. 

Le  premier  Chanoisne. 
Mon  amy,  Dieu  vous  le  rendra 
A  cent  doubles  en  paradis. 

Rustarin. 
Tuons,  tuons  ces  ennemys, 
Et  leur  donnons  torment  cruel. 
Le  second  Chanoisne. 
Quand  le  corps  sera  à  mort  mis, 
L'àme  aura  repos  éternel. 
Lors  présentent  Didier  et  les  aultres  à  Croscus. 

Godifer. 
Roy  triumphant  &  solennel, 
Nostre  grant  ennemin  mortel 
Présentons  devant  vostre  face. 

Croscus. 
Tost  un  bourreau  prest  &  isnel 
Le  prainne  comme  ung  criminel, 
Et  pièce  à  pièce  le  defface. 


—  251  — 

Didier. 
Croscus,  je  te  requicr  de  grâce 
Pour  le  peuple  de  ma  Cilé. 
Que  pitié  ton  couraige  embrasse, 
Fay  cesser  la  crudélité. 

Puisque  suis  à  ta  volonté, 
Laisse  mes  gens  désormais. 
Le  Pasteur  soit  persécuté 
Et  les  brebis  soyent  en  paix! 
A  l'exemple  de  Jhésu  Crist, 
Pour  mon  peuple  je  veul  souffrir, 
Car  l'évangile  nous  descript 
Qu'ainsi  devons  le  corps  offrir. 

Croscus. 
0  mille  Dieux  !  venez  ouyr 
Le  blasphesme  &  le  grant  oultraige. 
Le  traicte  fait  mon  cueur  jouyr 
De  faveur  et  de  maie  raige. 
Godifer  pren  ce  personnaige 
Si  le  nie  va  décapiter, 
Je  ne  puis  ouyr  son  langaige, 
Je  ne  puis  sa  voix  escouter. 

Godifer. 
Puisque  je  l'ay  à  gouverner, 
Jamais  n'eschappera  de  mort. 
Galans,  aydez  à  le  mener, 
Et  qu'il  soit  lyé  bien  &  fort. 

Tàrtarw. 
Pren  par  delà. 

YSÀNGRIN. 

J'en  suis  d'accord, 
Il  aura  la  teste  coppée. 


—  252  — 

Lors  prainnent  Didier  et  font  semblant  de  le  lyer  et  dure 
celajusques  les  dyables  auront  parle. 
Rustarin. 
Et  ceulx  cy  auront-ils  support  ? 

Croscus. 
Traictes,  mectez  tout  à  l'espée. 
Demande  des  deux  Chanoisnes. 

Le  premier  Chanoisne. 
Glorieuse  Vierge  honorée, 
Qui  estes  au  ciel  décorée 
Par  dessus  nature  angélicque, 
Vostre  grâce  nous  soit  donnée, 
Car  nous  voulons  ceste  journée 
Morir  pour  la  foy  catholicque. 

Le  second  Chanoisne. 
Haulte  Puissance  déificque, 
Qui  avez  trône  magnificque 
Par  dessus  tout  aultre  degré, 
Pour  la  saincte  foy  vivificque, 
Endurons  painne  tirannicque, 
Mais  nous  prenons  la  mort  en  grey. 

Despiteulx. 
Ha  !  hay  !  veci  trop  sermonner, 
Il  fault  que  vous  expédions. 

Maulvenu. 
Puisque  le  Roy  l'a  ordonné, 
Tous  aurez  ces  deux  horions. 
Lors  mectent  à  mort  les  deux  Chanoines  et  les  Anges  sont 
illec  pour  prendre  leurs  âmes. 

MlCHAEL. 

Ces  belles  âmes  recepvons, 
Ainsin  que  faire  le  debvons, 
Car  c'est  l'ordonnance  divine. 


—  253  — 

Gabriel. 
Joyeusement  les  empourtons, 
Affin  que  nous  nous  acquilons 
Vers  celluy  qui  tout  détermine. 
Puis  vont  quérir  les  anus  (hs  aullres  dans  la  Cité  et  disent  : 
Raphaël. 
Les  aultres  aussi  assamblons, 
Et  puis  présenter  les  alons 
A  Dieu  qui  le  monde  enlumine. 

Uriel. 
En  gloire  tantost  les  rendrons, 
Et  puis  quérir  nous  reviendrons 
L'âme  de  Didier  noble  à  digne. 
Icy  se  fait  pause  cl  silete  des  instruments. 

Satham. 
Lucifer,  prince  de  vermine, 
Nos  besongnes  vont  de  guingois. 

Lucifer. 
Comment? 

Satham. 
Lengres  est  à  ruyne, 
Si  n'y  gaingnons  pas  quatre  noix. 

Lucifer. 
Pourquoy  ? 

Astaroth. 
Deux  anges  deux  ou  trois 
Ont  tout  ravy  nostre  butin. 

Bélyal. 
Pardonnez  nous  pour  ceste  fois, 
Nous  gainnerons  quelque  matin. 

Lucifer. 
0  Satham,  pire  que  mâtin, 
N'as-tu  besogné  âultrement? 


—  254  — 

Que  maie  bon  ou  averlin 

Te  puist  ronger  l'entendement  ! 

Didier  est- il  mis  à  tourment? 

Satham. 

Je  vous  dis,  maistre  Lucifer, 
Qu'il  finira  présentement 
Par  les  mains  du  fier  Godifer. 

Lucifer. 

Didier  ne  povez  amener, 

Il  est  trop  sainct,  il  est  trop  fort, 

Mais  trouvez  façon  d  alrayer 

Ce  bourreau  qui  le  mect  à  mort. 

Belphégoh. 

Or,  y  alons  tous  d'ung  accord, 
Si  deffigurons  sa  figure. 

Léviatham. 

Pour  user  de  charme  &  de  sort, 
Or  y  alons  tous  d'ung  accord. 

Cerbères. 

Se  vous  n'en  faictes  bon  rapport, 
Lucifer  vous  fera  injure. 

Satham. 

Or,  y  alons  tous  d'ung  accord, 
Si  deffigurons  sa  figure, 
Lors  s'en  vont. 

MlCHAEL. 

Rédempteur  d'humainne  nature, 
Par  qui  enfer  est  au  bas  mis, 
Recepvez,  comme  il  est  droicture, 
Les  âmes  de  vos  bons  amys. 


—  255  — 

Deus. 
Je  leur  assigne  paradis 
Pour,  joyeusement  à  tousiours, 
Triumpher  par  faictz  &  par  dicts 
En  incomparables  séjours. 

Mais  il  vous  fault  aller  secours 
Vers  Didier  qui  vit  sans  nul  blasme, 
Donner  au  corps  quelque  secours 
Et  recepvoir  sa  benoite  âme. 
Je  permectray  que  le  bourreau 
Qui  l'occist  par  grant  vitupère, 
Corrompe  son  propre  cerveau 
Comme  ung  fol  qui  se  désespère. 

Et  pour  venger  cest  impropère 
Fait  à  ma  saincte  créature, 
Je  veul  que  la  porte  n'apère 
Jamais  passaige  n'ouverture. 

Gabriel. 
0  Divinité  nette  <k  pure, 
Qui  louyer  au  juste  rendez, 
Nous  mectrons  diligence  &.  cure 
D'acomplir  ce  que  commandez. 

Lors  s'en  vont  tous  quatre  vers  Didier. 
Godifer. 
Suz,  papelart,  &  vous  tenez 
Devant  ceste  porte  à  genoulx. 

Didier. 
Ung  peu  d'espace  me  donnez 
Pour  prier  Dieu. 

Godifer. 

Despechez-vous. 


—  256  - 

Didier. 
Oratio. 

Mon  Dieu  qui  a  mouru  pour  nous, 
Et  este  exposé  soubz  la  lame, 
Ne  veuillez  monstrer  son  courroux 
Contre  ceulx  qui  me  fait  ce  blasme. 
Losge  moy  en  ton  sainct  royaulme 
Comme  tu  l'as  déterminé, 
Car  je  recommande  mon  âme 
In  manus  tuas,  Domine  ! 

Par  la  doulce  bénignité 
Qui  règne  en  toi  habundament, 
Le  demeurant  de  ma  Cité 
Veuille  préserver  de  torment  ! 
'Hic  fac  mutatio. 

Godifer. 
Tendez  le  col  lesgièrement 
Et  recepvez  mon  cop  honneste. 
Lors  luu  coppe  la  leste  et  il  la  reçoit  entre  ses  mains.  Le 
sang  va  par  terre,  le  livre  est  acteint  de  l'espée  et  cheoit  à 
bas.  La  porte  se  ferme  et  se  joindent  les  deux  murs  ensemble. 
Tout  le  monde  se  monstre  esbay. 

Godifer. 
0  subit  esbayssement, 
Luy  mesmes  a  reçu  sa  teste  ! 
Je  suis  bien  cruel  &  bien  beste 
D'avoir  commis  ce  maulvais  faict. 
Je  crains  que  de  l'ouldre  ou  tempeste 
Mon  mauldit  corps  ne  soit  défiait. 
//  se  montre  convicteur  de  ses  peirs. 
Miciiael. 
Didier,  qui  n'as  quelque  forfait 
Ne  conscience  vicieuse, 


—  257  — 

Dieu  qui  est  le  bien  très  parfait, 
Atant  ton  âme  précieuse. 

Gabriel. 
Elle  est  tant  saincte  <k  gracieuse, 
Tant  belle,  tant  nette  &  tant  gente, 
Que  la  Déitey  glorieuse 
Luy  veulle  donner  gloire  excellente. 

Raphaël. 
0  âme  dévote  <x  prudente, 
De  martire  bien  décorée, 
Yien  gouster  doulceur  permanente 
Laquelle  Dieu  t'a  préparée. 

Uriel. 
Tu  seras  en  ciel  honorée 
D'honneur  qui  point  ne  finira, 
Et  la  chair  qui  est  demourée 
Ton  propre  chief  empourtera. 
Lors  emportent  l'âme  en  paradis  tout  chantant  et  puis  se 
meclent  à  genoulx  devant  Dieu  et  dient  : 

Michael. 
Immarcessible  Déitey, 
Devant  vostre  sublimité 
L'âme  de  Didier  appourtons. 

Gabriel. 
Par  martire  elle  a  mérité 
Perdurable  jocundité, 
Et  pourtant  la  vous  présentons. 

Deus. 
Archangélicques  légions, 
Martirs  par  cens  &  millions, 
Apostres  de  grant  renommée, 
Prenuncez  jubilacions, 
Car  il  fault  que  nous  festions 
Ceste  âme  saincte  &  bien  aimée. 

47 


—  258  — 

Je  veul  qu'elle  ait  céleste  gloire, 
Que  jamais  ne  cesse  ou  empire, 
Laurier  et  palme  de  victoire, 
Pour  triumplieren  mon  empire, 
Puis  auréole  de  martire 
Qui  clèrement  resplandira, 
Et  brief  tout  ce  que  cueur  désire 
Sans  cesse  le  résiouyra. 
Godifer. 
Voit  snincl  Didier  chemijncr  et  dit  : 
Haro  !  Quel  miracle  esse  là  ? 
Vesci  grant  fait,  vesci  merveille  ! 
Pourquoy  ai-je  commis  cela 
Vers  la  personne  non  pareille  ? 
Forcennement  mon  cueur  éveille, 
Je  cuyde  que  j'enraigeray, 
Si  le  dyable  ne  me  conseille 
Je  ne  sçay  mais  que  je  feray. 

0  faulx  Dieux  qui  estes  sans  vye, 
Pour  vous  j'ay  fay  ce  grant  oultraige 
D'avoir  mis  à  mort  par  envye 
Le  bon  Pasteur  dévot  &  saige. 
Royde  ruine,  rude  raige, 
Rend  mon  cerveau  plein  de  rumeurs. 
Je  languis,  je  crève,  j'enraige, 
Je  n'en  puis  plus  se  je  ne  meurs. 

Impétueuse  détresse, 
Douleur  qui  ma  joye  oppresse, 

Presse 
Ma  dolente  créature. 

Arrogance  félonnesse, 
Qui  augmente  ma  feblesse, 


—  259  — 

Blesse 
Mon  cueur  par  griefve  poincture. 

Terrible  desconfiture, 
Très  injurieuse  injure, 

Jure 
De  moy  monstrer  sa  rigueur. 

Je  sens,  je  souffre,  j'endure 
Longue  langueur  à  laidure 

Dure 
Qui  me  tréperce  le  cueur. 

Dois-je  endurer  ceste  douleur  ? 

Nennil  je  la  veul  éviter. 

Il  vault  trop  niieulx  qu'en  ma  fureur, 

J'aille  mon  corps  précipiter. 

Le  grant  dvable  me  vient  tempter 

De  temptacion  si  très  forte 

Que  je  m'occiray  par  hurter 

Contre  les  murs  de  ceste  porte. 
Lors,  très  horriblement  crtjanl,  hulant,  va  hurter  ij  ou  iij 
fois  contre  la  porte  et  se  rompt  le  cerveau  puis  chieit  à  terre 
mort,  faisant  de  terribles  signes  dont  tous  les  Wandres  s'es- 
bayssent,  puis  dit  : 

Tartarin. 

0  Godifer,  ta  chair  est  morte 

Par  grant  fureur  désordonnée. 

Sarragot. 
Oncques  ne  vis  pareille  sorte, 
Ne  chose  plus  infortunée. 

Ysangrin. 
Vesci  œuvre  dénaturée, 
Vesci  merveilleuse  grimace, 


—  260  — 
Ceste  porte  s'est  remurée 
Tellement  que  plus  on  n'y  passe. 
Les  dyables  chargent  Godifer. 

Satham. 
Cà,  dyables,  çà,  venez  en  place, 
Nous  avons  gaignyé  ce  tirant, 
C'est  celluy  qui  la  saincte  face 
De  Didier  aloit  martirant. 

Bélial. 
Avant,  dyables,  avant,  avant, 
C'est  pour  festyer  Lucifer. 

Léviatham. 
Prenez  derrière  &  moy  devant, 
Avant,  dyables,  avant,  avant. 

Belphégor. 
Je  luy  donray  maint  passavant. 

Léviatham. 
De  quoy  ? 

Belphégor. 
De  mon  grappin  de  fer. 

Astaroth. 
Avant,  dyables,  avant,  avant, 
C'est  pour  festier  Lucifer. 

Le  Fol. 
Mais  où  le  veullent-ils  pourter, 
Esse  lassus  en  Paradis? 
On  l'aprendra  damser,  hurter. 
Déà  ces  Wandres  sont  trop  hardis, 
Nous  qui  sommes  bien  estourdis 
N'avons  garde  de  telle  endosse, 
On  s'en  feroit  bien  une  bosse 
Plus  grosse  en  la  teste  qu'ung  poir. 


—  261  — 

Mais  où  l'emporte  ces  galois? 
A  l'ymaige  du  chauldron. 
Godifer,  ce  vaillant  patron, 
Le  veult-on  feslier  ainssy? 
Créez  qu'il  aura  chault  au  poitron 
Avant  qu'il  soit  deux  jours  d'ici. 

Satham. 
Prince,  regardez  que  vesci. 

Lucifer. 
Qu'esse  là? 

Satham. 

C'est  un  faulx  cordier 
Qui  s'est  rendu  mort  &  transy 
Aprèz  qu'il  a  tué  Didier. 

Lucifer. 

Tost,  tost,  il  le  convient  plonger 
Dans  la  chauldière  au  réagal, 
Puis  après  vous  Tirez  logier 
En  plomb  bouillant  &  en  métal. 

Cerberus. 

Je  suis  ung  cuisinier  réal 
Pour  bien  broyer  la  cameline, 
Feray-je  ung  brouet  cordial 
Qui  luy  reschauffera  l'eschine. 

Lucifer. 

De  bon  souffre  &  de  tormentine 
Luy  brassez  ung  mortel  breuvaige. 

Satham. 

Empoignez  le  par  la  poictrine, 
Si  le  logez  en  nostre  caige. 
Lors  remportent  en  la  gueule  d'enfer. 


—  262  — 
Et  Valier  bien  piteux  se  vient  monslrcr  et  dit 

Valier. 

Hélas!  hélas!  quel  grief  domaige 
Nous  recepvons  présentement 
Quand  Didier,  le  très  doulx  imaige, 
Est  mis  à  mort  cruellement. 
0  Valier!  ploure  tendrement 
Pour  ton  maistre,  pour  ton  docteur, 
Et  toi,  Lengres,  incessamment 
Ploure  la  mort  de  ton  Pasteur. 

Plorez,  clergé,  plorez,  plorez 
Ceste  douloureuse  adventure, 
Plourez  &  vous  descoulourez 
Par  piteuse  desconfiture. 
0  peuple  de  bonne  nature 
Qui  perdez  vostre  reconfort, 
Plourez  la  saincte  créature 
Que  les  Wandres  ont  mis  à  mort. 

Hélas!  Prélat  de  grant  valour, 
Dessus  tous  les  aultres  le  meilleur 

Et  le  plus  sceur, 

Plain  de  doulceur 
Et  de  science  possesseur, 
Faull-il  qu'en  ce  point  vous  perdons  ! 

Noz  riz  sont  tournez  en  douleur, 
Noz  biens  sont  changés  en  douleur, 

Et  nostre  fleur 

Muée  en  pleur, 
Nous  perdons  couraige  &  couleur 
Pour  le  dommaige  qu'attendons. 


-  263  - 
Pasteur  dévot,  bien  entendons 
Qu'au  ciel  vous  avez  de  beaulx  dons, 

Car  nous  avons 

Et  percevons 
Les  signes  que  croire  debvons, 
Et  les  beaux  faits  miraculeux. 

Mais  nous  povres  qui  demourons 
A  vous  regreter,  labourons, 

Tant  soupirons, 

Et  tant  pleurons, 
Qu'autre  chose  n'assavourons, 
Fors  gémissemens  douloureux. 

Considères,  peuple  amoureux, 
Ceste  piteuse  &  doulce  chose, 
Comment  Dieu  qui  est  glorieulx, 
De  son  digne  martire  dispose. 
Il  le  monstre. 

Le  chief  entre  ses  deux  mains  pose, 
Le  corps  <k  les  pieds  vont  tout  droicts, 
Vous  le  voyez  là  qu'il  repose 
En  champeau  auprès  de  la  croix. 

Le  tiers  Bourgeoys. 
Que  ferons-nous,  povres  bourgeoys, 
Quand  nostre  maistre  avons  perdu? 

Le  quart  Bourgeoys. 
Hélas!  Didier,  à  ceste  foys 
Laissez  vostre  peuple  esperdu. 

Le  tiers  Bourgeoys. 
0  corps,  de  tout  bien  revestu, 
Tu  tiens  ton  chief  par  bonne  guise. 

Le  quart  Bourgeoys. 
Par  miraculeuse  vertu, 
Il  est  venu  en  son  esglise. 


—  264  — 
Le  tiers  Bourgeoys. 

Vesci  aultré  fait  que  j'avise 
Plain  de  grande  admiracion, 
Du  livre  de  la  loy  exquise 
Qu'il  avait  à  sa  passion, 
L'espée  a  fait  incision, 
Le  sang  a  rougi  la  matière, 
Touteffois  la  description 
Se  démonstre  sainne  &  entière. 

Le  quart  Bourgeoys. 

0  Pasteur,  plain  de  grant  lumière, 
Qui  as  au  ciel  ta  demeurance, 
Dieu  veuille  que  par  ta  prière, 
Nous  ayons  paix  &  asseurance. 

Valier. 

Maintenant  suis-je  en  grant  dobtance, 
Maintenant  ne  sçay-je  que  faire, 
J'ai  perdu  ma  resioussance. 
Nostre  Seigneur,  très  débonnaire, 
Son  éveschié,  son  populaire, 
Me  recommanda  brief  <x  court, 
Ce  m'est  ung  dangereux  affaire, 
Considéré  le  temps  qui  court. 

Si  je  suis  prins  ou  affolé 
Par  Croscus  qui  nous  poursuyt  fort, 
Le  peuple  qui  est  désolé, 
N'aura  plus  quelque  reconfort. 
Les  Wandres,  par  cruel  effort, 
Ont  décapité  le  Pasteur, 
Si  j'estoye  aussi  mis  à  mort, 
Plus  n'y  auroit  de  conducteur. 


—  265  - 

Mon  Dieu,  tu  sçez  bien  que  j'appète 
Pour  toy  mille  mors  endurer, 
Mais  le  peuple  qui  me  compèle, 
Sans  conduyle  ne  peult  durer. 
Je  suis  prest  de  le  gouverner, 
Je  suis  prest  de  le  secourir, 
Je  suis  prest  aussi  de  finer, 
Je  suis  prest  de  vivre  à  morir. 

Il  est  escript  en  l'évangille 

Que  si  l'homme  est  persécuté, 

Il  doit  laisser  sa  propre  ville 

Et  aler  en  aultre  cité. 

Pareillement  j'ay  volonté 

De  moy  retraire  en  aultre  terre, 

Pour  éviter  l'iniquité 

De  ces  Wandres  qui  nous  font  guerre. 

0  Bonté  divine, 
Piteuse  &  bénigne, 
Courtoise  &  affable, 
Mon  cueur  enlumine, 
Mon  fait  détermine, 
Par  grâce  ineffable. 
Si  je  suis  muable, 
Vague  ou  variable, 
Voulant  chemyner, 
Ta  pitié  louable, 
Me  soit  favorable, 
Pour  brief  retourner. 

Lors  parle  au  Secrétaire. 

Mon  amy,  je  vous  veul  parler 
D'ung  cas  qni  est  en  ma  pensée, 
Sachiez  que  je  m'en  veul  aler 
Tant  que  la  guerre  soit  passée. 


—  266  — 

LE    SECRÉTAIRE. 

Hélas!  la  Cité  est  privée 
De  son  Pasteur  bénigne  &  doulx, 
Mais  combien  qu'elle  soit  grevée, 
Elle  a  son  espérance  en  vous. 

Qui  esse  qui  consolera 

Le  peuple  qui  est  demouré? 

Qui  esse  qui  confortera 

Le  clergié  povre  &  esplouré? 

Soyez  ung  peu  plus  modéré, 

Veuillez  la  Cité  solagier, 

Actendu  &  considéré 

Que  Didier  vous  en  voulst  chargié. 

Valier. 

Mon  despart  ne  peult  dommaigier, 
Car  cy  après  retourneray. 
Mais  se  je  demeure  en  tlangier 
Peut  estre  que  j'y  fineray, 
Et  si  je  meurs  je  causeray 
Au  peuple  désolacion, 
Si  je  m'en  vois,  je  reviendray 
Pour  oster  son  affliction. 

Le  Secrétaire. 
Puisqu'avez  telle  intencion, 
J'ay  bon  vouloir  &  bon  couraige 
D'avoir  participacion 
De  tout  le  chemin  &  voyaige. 

Valier. 
0  mon  Dieu,  qui  est  bon  &.  saige, 
Je  te  rends  mes  pouvres  brebis, 
Eûseigne  moi  quelque  bocaige 
Ou  caverne  de  rnabre  bis. 


—  267  — 

Adieu,  Lengres  la  désolée, 
Adieu,  mon  pays  aimable, 
Adieu,  l'église  fort  Coulée, 
Adieu,  bourgeoysie  honorable, 
Adieu,  Cité  incomparable, 
Adieu,  logis  délicieux, 
Adieu,  mon  lignaige  louable, 
Adieu,  mon  peuple  gracieux. 
Lors  s'en  vont  rcirtùrc  en  quelque  lieu. 

Groscus. 
Grans  faicts,  grans  signes  merveilleux, 
Avons  veu  en  nostre  présence, 
Je  croy  que  nos  Dieux  glorieulx 
N'ont  point  icy  de  préférence. 
N'esse  pas  forte  apparence 
Ou  esbayssement  très  fort 
Du  Prélat  occis  par  sentence 
Qui  cbemynoit  après  sa  mort. 

Le  Roy  des  àlajns. 
C'est  moult  grande  odmiracion, 
C'est  chose  non  accoustumée, 
Aussi  est  l'autre  vision 
De  la  porte  qui  s'est  fermée. 

Groscus  . 
La  Ville  est. à  peu  près  gastée, 
Nous  avons  butin  à  Teslite, 
Mais  toute  joye  m'est  ostée 
Pour  la  mort  de  mon  satalile. 

Pourtant,  tout  bien  examiné, 
Nous  povons  clairement  jugier 
Que  leur  Dieu  est  fort  indigné 
Contre  nous  <k  se  veult  vengier. 


—  268  — 

Si  seroit  bon  de  deslogier 
Pour  éviter  plus  grant  domaige, 
Car  mieulx  vault  savoyr  abrégier 
Que  de  demourer  au  passaige. 

Faictes  cesser  l'occision, 
Rechargez  bargues  &  barquettes, 
Esloignez  ceste  région 
Car  noz  victoires  y  sont  faictes. 
Si  les  besoingnes  ne  sont  prestes, 
Je  commande  qu'on  y  pourvoye, 
Puis  faictes  sonner  les  trompettes 
Affin  qu'on  se  mecte  en  la  voye. 

Satrape,  vous  entendez  bien 
Tout  ce  que  je  pense  &  veul  dire, 
Chascun  charge  ce  qui  est  sien, 
Affin  que  chemynons  de  tire. 

Le  premier  Satrappe. 
C'est  assez  dit,  il  peult  suffire, 
Je  vois  la  besoingne  exploiter. 
Sus,  galans,  le  Roy  nostre  sire 
Yeult  que  partons  de  ce  quartier. 

Tartarin. 
Esse  à  certes  ? 

Le  second  Satrappe. 

Sans  plus  songer, 
Laissez  la  Ville  &  le  butin. 

Tartarin. 
Il  fault  premièrement  chargier 
L'artillerie  &.  le  butin. 

Sarragot. 
Tire  toy  près,  maistre  Ysangrin, 
Et  recharge  tes  balesteaux. 


—  269  — 

YSANGRIN. 

Soingnez,  soignez  de  Tartârin, 
Car  j'ay  tous  mes  tallebuteaux. 

Le  premier  Chevalier  Alain. 
Reprenez  daigues  &.  couteaux, 
Le  traict,  la  pouldre  &  les  bastons. 
Le  second  Chevalier  Alain. 
N'y  laissez  engins  ne  manteaux, 
Hamois,  Jacques,  ne  hocquetons. 

Durandal. 
Galans,  puisqu'il  fault  que  partons, 
N'oblions  pas  nostre  bagaige. 

Rustarin. 
Noz  belles  picques  empourtons, 
Galans,  puisqu'il  fault  que  partons. 

Despiteulx. 
Fardeaux  &  pacquets  aprestons, 
Galans,  puisqu'il  fault  que  partons. 

Malvenu. 
Galans,  puisqu'il  fault  que  partons, 
N'oblions  pas  nostre  bagaige. 
Le  Roy  des  Alainz. 
Croscus,  roy  de  noble  couraige, 
Puisque  ne  voulez  séjourner, 
Je  croy  que  vous  ferez  que  saige 
De  faire  voz  gens  chemyner. 

Croscus. 
Vers  Provence  nous  fault  tourner, 
Soit  en  Arles  ou  soit  aultre  part, 
Faictes  les  trompettes  sonner 
Affin  d'avancer  le  despart. 
Lors  sonnent  les  trompettes  et  les  Wandres  chargent  toutes 
leurs  bagues  tant  butin  comme  traict  ou  vivres  et  s'en  vont 
en  ordonnance. 


—  270  — 

Le  Dot 
A  peu  que  le  cueur  ne  me  part 
Pour  la  perte  irrécupérable 
Que  forte  guerre  nous  départ 
Par  sa  rigueur  intollérable. 
Lengres,  qui  estoit  honnorable, 
Est  à  destruction  lotalle, 
Puisque  Didier,  seigneur  notable, 
A  soffert  peinnc  capilalle. 

Hélas!  peuple,  où  trouveras-tu 
Ung  tel  Évesque,  ung  tel  Pasteur  ? 
Or  estoit-il  plain  de  vertu, 
Et  aymoit  Dieu,  son  créateur. 
Qui  sera  mais  débellateur 
D'erreurs  ou  de  faultes  mortelles  ? 
Qui  sera  mais  consolateur 
Des  povres  veuves  &  pucelles  ? 

Nobles  citoyens, 
De  cueur  souspirez, 
Ricbes  &  moyens, 
Cryez  à  plourez, 
Povres  esgarés, 
Complaindez  vous  fort, 
Car  jamais  n'aurez 
Si  bon  reconfort. 

Touleffois  nous  avons  ce  bien, 
Qu'après  son  douloureux  trespas, 
Ce  Roy  wandalicque  payen 
S'en  retourne  plus  que  le  pas. 
Combien  que  soyons  mis  au  bas, 
La  vertu  du  sainct  glorieux 
Nous  préserve  d'aultre  débas 
Contre  ces  Wandres  furieux. 


—  271  — 

Mais  puisque  la  dolente  perte, 
Qui  fait  nos  joyes  aboutir, 
Ne  sera  si  tost  recouverte, 
Pensons  du  corps  ensevelir. 
Nous  povons  cognoistre  &  sentir, 
Par  les  miracles  qu'il  a  laictz, 
Qu'il  règne,  glorieulx  inarlir, 
Au  ciel  avecques  les  parfaictz. 

Le  Bailly. 
Puisque  les  Wandres  sont  retraictz, 
Lesquels,  certes,  gaires  n'amons, 
Après  nos  pertes  6c  grans  laits, 
Pour  Dieu,  le  Pasteur  inhumons. 

Le  quart  Bourgeoys. 
Il  fault  qu'au  Chappitre  parlons, 
Affin  qu'ils  y  veullent  entendre. 

Le  tiers  Bourgeoys. 
Je  vous  prie  que  nous  y  alons. 

Le  Bailly. 
Alons  doncques  sans  plus  actendre. 
Lors  vont  au  Chappitre  et  dit  le  Bailly  : 
Celluy  qui  voult  en  la  croix  pendre, 
Vous  doint  de  lyesse  montjoie! 

Le  Doyen. 
De  tout  mal  vous  vueille  deffendre 
Celluy  qui  voult  en  la  croix  pendre! 

Le  tiers  Bourgeoys. 
Par  devers  vous  nous  venons  rendre 

Le  Doyen. 
Mais  pourquoy  ? 

Le  tiers  Bourgeoys. 

Pour  recouvrer  joye! 


—  272  — 
Le  Trésorier. 
Celluy  qui  voult  en  la  croix  pendre, 
Vous  doint  de  lyesse  montjoye! 

Ceste  guerre  qui  tout  desnoie, 
Ces  Wandres,  plains  d'iniquité, 
Certes  nous  ont  mis  en  la  voye 
De  misère  &  calamité, 
Et  encoires  l'adversité 
Fut  tollérable  aucunement, 
S'ils  n'eussent,  par  crudélité, 
Nostre  Prélat  mis  à  torment. 

Le  Bailly, 
Las!  nous  plaindons  piteusement 
Ceste  maleureuse  adventure, 
Mais  il  fault  adviser  cornent 
Le  corps  sera  en  sépulture. 

Dijonnoiz. 
C'est  bien  dict,  mectons  nostre  cure 
A  faire  l'inhumacion, 
Comme  il  affert  à  prélature 
De  grant  recommandacion. 

Le  Chantre. 
Je  suis  de  ceste  opinion 
Qu'aux  Barons  le  convient  sommer, 
Car  ilz  ont  grant  dévocion 
Au  sainct  que  vouions  inhumer. 

Le  Doyen. 
Mes  amys,  pour  vous  informer 
D'aucungs  poincts  louchant  ceste  affaire, 
Bon  est  qu'aillez  la  fosse  faire 
A  Saint  Pol,  sa  dévote  église, 


—  273  — 

Car  nous  avons  cler  exemplaire 
Qu'il  veult  que  sa  chaire  y  soit  mise, 
Veu  que,  par  merveilleuse  guise, 
Si  est  rendu  après  sa  mort. 

Le  tiers  Bourgeoys. 
J'y  vois  besoingner  sans  faintise. 

Le  quart  Bourgeoys. 
Or  y  alons  tout  d'ung  accord. 

Le  Bailly. 
Certes,  nous  aurions  bien  grant  tort 
Si  n'en  faisions  noslre  debvoir. 
Lors  vont  faire  la  fosse. 

Le  Doyen. 
Bon  Pas,  va  t'en  bientost  sçavoir 
Devers  messeigneurs  les  Barons 
S'il  leur  plait  point  de  venir  voir 
L'enterrement  que  nous  ferons. 
Diz  leur  que  nous  leur  requerrons 
Qu'ils  y  viengnent  au  nom  de  Dieu, 
Car  la  charge  leur  baillerons 
De  porter  le  corps  jusqu'au  lieu. 

Bon  Pas,  messagier. 
Je  suis  très  content  d'y  aler 
Puisque  c'est  pour  le  trespassé, 
Ils  viendront  cy  à  vous  parler 
Avant  qu'il  soit  midi  passé. 

Le  Fol. 
Oncques  mais  je  ne  fus  lassé 
De  bien  faire  ne  de  bien  dire, 
Ma  femme  a  tout  le  cul  cassé, 
Depuis  France  jusqu'à  l'Empire, 
Dieu  scet  comment  elle  soupire 
Quant  il  n'y  a  plus  rien  es  pois. 


—  274  — 

Je  ne  demande  que  repos 
Par  nuict  au  lict  que  je  sommeille, 
Mais  ma  femme  est  de  tel  propos 
Que  tousiours  elle  me  réveille. 

Bon  Pas. 

Vers  vous,  noblesse  non  pareille, 
Je  suis  messaige  &  relateur 
De  l'Eglise  qui  s'appareille 
Pour  inhumer  le  sainct  Pasteur, 
Si  vous  supplyenl  de  bon  cueur 
Que  venez  à  l'heure  ordonnée 
Pour  faire  service  &  honneur 
Au  patron  de  grant  renommée. 

Grancey. 
0  la  piteuse  destinée 
D'avoir  perdu  un  tel  prud'omè. 

Choiseul. 
Il  a  saincte  vye  menée. 

Trichastel. 
Il  n'a  son  pareil  jusqu'à  Rome. 

Vergier. 
Sa  dure  mort,  son  pesant  somme, 
Sa  passion  mal  perpétrée, 
Le  soûlas  destruyt  &  consomme 
De  Lengres  &  de  la  contrée. 

Grancey. 
C'est  raison  que  soit  honnorée 
L'inhumacion  du  martir. 

Choiseul. 
C'est  raison  que  soit  décorée, 
C'est  raison  que  soit  honnorée. 

Vergier. 
Or,  y  alons  sans  demeurer. 


—  275  — 

Choiseul. 
Tosl,  il  est  heure  de  partir. 

Triciiastel. 
C'est  raison  que  soit  honnorée 
L'inhumacion  du  martir. 
Lors  s'en  vont  parler  au  Chappitre. 
Grancey. 
Seigneurs,  Dieu  vous  veulle  tenir 
En  honneur  &  prospérité  ! 
Tous  quatre  avons  voulu  venir 
Pour  faire  vostre  volonté. 
Le  Doyen. 
Vous  sçavez  la  perplexité 
Qu'avons  pour  la  mort  du  Pasteur, 
Et  n'est  ce  lieu  reconforté 
Synon  par  votre  grant  doulceur, 
Car,  pour  rendre  le  peuple  asceur, 
Le  bon  Saint  avait  ordonné 
Que  Valier  en  fut  deffenseur, 
Mais  il  nous  a  habandonné. 

Si  ferons  ce  que  nous  pourrons 
Tant  que  Dieu  dispose  aultrement, 
El  pourtant  nous  commancerons 
A  faire  son  enterrement. 
Vueillez  tous  amyablement 
Au  benoist  corps  mectre  la  main, 
Nous  chanterons  dévotement 
Quelque  beau  chant  doulx  &.  humain. 

Choiseul. 
Messeigneurs,  saichez  de  certain 
Que  nous  servirons  nostre  maistre, 
Mais  le  corps  du  martir  haultain 
Convient  dedans  ce  sercueil  mectre. 


—  276  — 

Le  Chantre. 
Tost  donc,  il  se  fault  entremectre 
De  l'y  boiter  &  envoyer. 
Bassigny. 
Aflin  que  plustost  il  puist  cstre, 
Je  m'y  veul  très  bien  employer. 
Lors  le  boulent  en  une  bière. 

Le  Trésorier. 
Or  çà,  seigneurs,  il  fault  charger 
Ce  précieulx  reliquaire 
Pour  l'aler  en  terre  loger, 
Comme  il  est  coutume  de  faire. 

Trichastel. 
Pourtons  le  martir  débonnaire 
Au  lieu  de  l'inhumacion. 
Vergier. 
Pourtons  le  choix  &  l'exemplaire 
De  toute  contemplacion. 
Lors  les  Barons  pour  lent  le  eorps,  eculx  de  la    Ville  vont 
après  et  ceulx  de  l'Eglise  chantent  devant. 
Barroiz. 
Veci  son  habitacion, 
Veci  sa  maison  toute  preste. 

Le  Bailly. 
Besoingnez  par  dévocion, 
Messeigneurs,  car  la  fosse  est  faicte. 

DlJONNOIZ. 

Son  chief,  sa  face  elère  à  nette, 
Avec  le  corps  convient  bouter. 

Le  Chantre. 
Et  pour  Dieu,  soingnez  qu'on  l'y  mecte, 
Je  vois  commancer  à  chanter. 
Ici)  le  boutent  en  terre  bien  dévotement  en  chantant. 


—  277  — 

Et  quant  la  fosse  est  recouverte,  dit  : 
Le  Doyen. 
Grâce  à  Dieu,  nous  avons  pariait 
L'ollice  en  toute  honnesteté, 
Pourtant  requérons  luy  de  l'ait 
Qu'il  soit  garde  de  la  Cité. 
Lors  se  mect  à  genoulx  devant  la  fosse  et  >lii  : 
Pasteur  de  bonté, 
Miroir  de  beauté, 
Martir  d'eiïicasse, 
Vers  la  Déité, 
Vers  la  Majesté, 
lmpètre  nous  grâce  ! 

Le  Trésorier,  à  genoulx. 
La  Cité  foulée, 
Si  très  désolée 
Que  c'est  grant  horreur, 
Soit  par  toi  saulvée, 
Nette  et  conservée 
De  tout  deshonneur! 

Dijonnoiz,  à  genoulx. 

Digne  Pasteur,  en  gloire  florissant, 
Requiert  à  Dieu  tout  bon  &.  tout  puissant, 
Que  nous  oclroyt  un  gracieulx  Prélat! 

Barroiz,  à  genoulx. 
Vuelle  garder,  ù  martir  tiïuinphant, 
Le  beau  clergé  comme  ton  propre  enfant, 
Les  bons  bourgeoys  &  tout  le  pays  plat! 

BASSIGNY,  à  genoulx. 
Nous  te  supplyons 
Et  de  cueur  pryons 
Que  tousiours  t'ayons 
Pour  patron  &  garde. 


—  278  — 
Le  Chantre,  à  genoulx. 
L'Esglise  rendons, 
La  Ville  fondons 
Et  recommandons 
En  ta  saulve  garde. 

Grancey,  à  genoulx. 
Génie  luysant,  Rose  clère  &  florie, 
Vueillez  tonsiours  garder  chevalerie 
Et  maintenir  l'estat  de  gentillesse. 

Le  Bailly,  à  genoulx. 
Les  bons  marchans  aussi  n'obliez  mye, 
Ne  laboureurs  qui  tiennent  prud'ommye, 
Mais  priez  Dieu  que  nul  mal  ne  les  blesse. 

Ciioiseul,  à  genoulx. 
Dames,  damoiselles, 
Avec  leurs  séquelles, 
Mignonnes  &  belles, 
Veuillez  maintenir. 

Le  tiers  Bourgeoys,  à  genoulx. 
Veuves  <Sc  pucelles, 
Serves  &  ancelles, 
En  douleurs  mortelles 
Ne  souffrez  venir. 

Le  Doyen. 
Or,  est  en  terre  le  martir 
Qui  si  bien  Lengres  conforta, 
Et  qui  son  chief,  au  despartir, 
Tout  mort,  à  l'église  apourta. 
Pour  le  présent  en  grey  prendra 
Nostre  povre  &  humble  service, 
Cy  après  on  maçonnera 
Sur  son  tombeau  quelque  édiffice . 


—  279  — 
Trichastel. 
Pour  l'amour  du  Pasteur  propice 
Sommes  venus  vous  secourir, 
Touteflbis  Croscus,  plain  de  vice, 
A  fait  trop  de  noz  gens  morir, 
Plus  rien  ne  vous  povons  servir, 
L'ost  des  Payens  est  deslogé, 
Pourtant,  si  c'est  vostre  plaisir, 
Donnez  nous  gracieux  congé. 

Le  Trésorier. 
Las  !  vous  n'avez  guères  gaingné 
En  ceste  guerre  intolérable. 
'Dieu,  pour  qui  avez  besoigné, 
Vous  en  doint  loyer  perdurable! 

Vergier. 
Adieu,  clergié  très  amyable, 
Adieu,  peuple  foulé  de  guerre  ! 
Je  vous  pry,  renvoyez-nous  querre 
Se  rien  vous  vient  qui  soit  grévable. 

Le  Doyen. 
Barons  de  couraige  honnorable, 
Vostre  départ  le  cueur  nous  serre. 

Choiseul. 
Adieu,  clergé  très  amyable, 
Adieu,  peuple  foulé  de  guerre! 

Dijonnoys. 
Le  Créateur  insupérable 
Ne  vous  a  pas  souffert  conquerre 
Contre  payens  honneur  &  terre 
Ou  aultre  chose  proulïitable. 

Grancey. 
Adieu,  clergé  très  amyable, 
Adieu,  peuple  foulé  de  guerre  ! 


—  280  — 
Trichastel. 
Je  vous  prie,  renvoyez-nous  querre 
Si  rien  vous  vient  qui  soit  grévable. 

Lors  s'en  vont. 

Le  Fol. 
.le  ne  voy  nul  mectre  la  table 
Pour  (ligner  ou  pour  banqueter, 
Touteffois  fust-il  convenable 
De  déjeuner  ou  de  goûter, 
A  grant  peine  puis-je  parler 
De  soil' que  j'av  dedans  la  gorge. 
Je  croy  qu'il  y  a  belle  forge 
En  enfer  &  de  bons  marteaulx. 
Y  forge-on  point  de  fins  couleaulx? 
Je  ne  sçay  s'il  y  a  du  fer. 
Or,  y  est  maistre  Godifer, 
Le  mary  de  soufe  testée, 
Pensez  que  les  dyables  d'enfer 
Luy  font  chanter  la  triquotée. 

Maria. 
0  Claritude  enluminée 
De  divinité  splendifère, 
Par  qui  au  haut  ciel  est  donnée 
Motion  qui  point  ne  diffère, 
Tu  sçez  l'affliction  haustère 
Que  Wandres  font  à  tes  amys, 
Permect  que  par  haultain  raistère, 
Soyent  reboutez  k  remis. 

Pour  foy  catholique 
Destruyre  &  myner, 
Le  peuple  pudique 
Font  exterminer. 


—  281  — 

Fay  les  rencontrer 
Par  anltre  puissance, 
Pour  leur  démonstrer 
Signe  de  vangence. 

Deus. 

Ma  souveraine  Providence 
A  désià  porvu  sur  ce  cas. 
Croscus  aura  brief  apparence 
D'intolérables  altercas, 
Il  sera  rendu  mact  &  bas 
Et  sousprins  par  cruelle  embûche, 
Car  qui  tend  les  royes  ou  les  las 
C'est  bien  raison  qu'il  y  Iresbuche. 

Par  inspiracion  secrète. 

Procédant  de  grâce  diffuse, 
Marrien,  personne  discrette, 
En  qui  est  charité  infuse, 
Rendra  totalement  confuse 
Celte  caterve  maleurée, 
Car  qui  ma  saincte  loy  refuse 
Ne  peult  avoir  longue  durée. 

Pau  sa. 

Marrien,  Président  d'Arles. 

Honorius,  l'Empereur,  m'a  comis 
En  ce  quartier  pour  en  eslre  la  garde, 
Les  gouverneurs  sont  ostés  &  démis 
Car  les  honneurs  à  moy  seul  sont  permis 
Pour  triumpher  &  mener  avant-garde, 
Si  est  raison  qu'autour  moy  je  regarde, 
Car  il  vault  mieux,  en  fait  gros  ou  menu, 
De  prévenir  que  d'estre  prévenu. 


—  282  — 
Je  suis  adverty 
Que  Wandres  maulvais, 
Tenant  le  party 
Des  Dieux  imparfaits, 
Font  de  cruels  faicts 
Pour  la  foy  deffaire, 
Mais  leurs  faits  infaits 
Ne  laray  parfaire. 

Hz  ont  jà  les  fleuves  passez 

Comme  le  Danube  6c  le  Kin, 
Hz  ont  maint  homme  détroussez, 
Gaingné  maint  noble  &  maint  florin, 
.Mais  affin  que  leur  grief  butin 
Vers  Ylalie  ne  s'adresse, 
Je  leur  copperay  le  chemin, 
A  leur  très  amère  détresse. 

Diligent,  messagier  ou  escarcelle. 
Par  mon  âme!  c'est  grant  sîmplesse 
Que  je  ne  bois  déà  je  m'oblie. 
//  boit. 

Ce  vin  cy  me  tient  en  jeunesse, 
Car  c'est  du  meilleur  d'Ytalie. 
J'ay  cheminé  par  Lombardye, 
Tant  que  je  suis  entré  en  Provence, 
Car  je  voy  la  chière  hardie 
Du  Président,  plain  de  prudence. 

Lors  le  salue. 

Dieu  gart  la  haultaine  noblesse, 
La  féconde  &  la  gentillesse 
De  Marien  le  Président! 

Màrrien. 

Diligent,  Dieu  vous  doint  lyesse, 


—  283  — 
Santé,  prospérité,  richesse, 
Et  vous  gart  de  tout  accident! 

Diligent. 
Amoureusement  voué  salue 
L'Impérateur  de  grant  value, 
Honorius,  César  Auguste. 

Marrien. 
.le  prie  à  Dieu  qui  fil  la  nue, 
Que  tousiours  soit  bien  maintenue 
Sa  puissance  ferme  &  robuste. 
Que  dit  le  Monarque  très  juste? 
Beau  Sire,  veuillez  en  compter. 

Diligent. 
Il  lui  desplait  qu'ung  peuple  injuste 
Veult  toute  la  terre  gaster. 

Marrien. 
Gommant? 

Diligent. 
11  a  ouyr  parler 
Que  Wandres,  infâmes  <k  salles, 
Veulent  destruyre  &  affoler 
Toutes  les  régions  des  Galles, 
Car  aux  Citez  espéciales, 
Comme  Lengres  qui  a  grant  nom, 
Hz  font  des  choses  anormales 
Contre  les  Prélatz  de  renom. 

Si  vous  baille  commission 
Le  hault  Prince  de  Roménie, 
De  meclre  à  exécution 
La  wandalieque  progénie. 
L'Empereur  qui  en  vous  se  fye, 
Par  iectre  le  vous  fait  sçavoir, 


—  284  - 
Et  par  moy  le  vous  notifl'ye 
Pour  plustost  à  ce  cas  pourvoir. 
Lors  baille  la  lettre. 

Marrio. 
Il  convient  premièrement  voir 
La  rescription  qu'apourtez, 
Et  puis  je  fera  y  mon  debvoir 
D'assembler  gens  de  tous  costez. 

Diligent. 
Yesci  de  quoy. 

Marrien,  à  ses  gens. 
Or,  recepvez 
Ce  mandement  sans  plus  actemlre, 
El  comme  bien  faire  sçavez, 
Lisez  que  chascun  puist  entendre. 
Lors  ancung  de  ses  gens  prend  ladiele  lettre  prùseiïque  el  la 
lit,  dont  la  teneur  s'ensuyt  : 

«  Honorais,  par  la  grâce  de  Dieu,  Impereur  des  Romains 
»  et  tousiours  Auguste,  à  notre  amé  &  féal  conseiller  et  sé- 
»  naleur,  Marianus,  Président  d'Arles,  Gouverneur  général 
»  des  légions  galiques,  salut  &  dileclion.  Comme  par  le  trespas 
»  de  notre  très  boimoré  frère,  Archadius,  naguères  Empe- 
»  reur,  nous  soit  demourée  la  totale  monarchie  et  adminis- 
»  (ration  impératoire  du  gouvernement,  de  quoy  est  expédient 
»  adhiber  extrême  diligence,  attendu  que  nostre  très  cher  et 
»  amé  nepveu  Théodose  xije  de  ce  nom,  aussi  participant  de 
»  la  coronne  impériale,  n'est  encoires  en  aage  de  adolescence 
»  ou  virilité  pour  sçavoir  donner  provision  telle  que  de  rai- 
»  son  à  l'entretenement  de  la  chose  publique,  et  nous  soyons 
»  advertis  que  les  Wandres  tenans  loy  payenne,  jadis  expulsés 
»  par  les  Goths  de  leur  pays  de  Sithie  et  partie  de  septen- 
»  trion  et  coidrains  culx  retraire  sur  le  fleuve  nommé  Da- 
»  nuhius,  aultrement  dit  Ilister,  duquel  lieu  de  rechief 
»  déboutez  par  Gibérich,   Roy  de  Phocvc,  oc  souhzmiz  à  la 


—  285  — 

puissance  impériale  obtindrent  de  nostre  prédécesseur,  feu 
de  bonne  mémoire,  Constantin  le  grant,  la  région  de  Paio- 
nine  pour  illec  habiter,  résider  &  vivre  paisiblement,  se 
sont  de  nouveau  esmeus  &  mis  sur  les  champs  avec  les 
Alains,  à  la  persuasion  du  Conte  Sliliquo,  désobéissant  oc 
rebelle  pour  vouloir  destruyre  &  mectre  à  ruvne  les  régions 
de  Galle,  mesmement  la  noble  cité  de  Lengres  qui  de  tout 
temps  (comme  il  appert  par  les  Commentaires  de  César)  a 
eu  bonne  confédération  au  sénat  &  peuple  romain.  Pour- 
quoy  nous,  volans  obvyer  ausdits  entreprinses  à  l'honneur 
du  Créateur  et  augmentacion  de  la  saincte  foy  catholicque, 
vous  mande  que,  incontinent  &  sans  délay,  faictes  assem- 
bler grosses  armées  de  gent  d'armes  &  de  traict,  en  tel 
nombre  qu'il  soflise,.et  quelque  part  que  sçaurez  lesdits 
Wandres,  infidèles  ennemis  de  la  foy,  les  allez  rencontrer, 
combattre  et  mectre  à  finale  exécution,  &  faictes  tellement 
que  la  gloire  demeure  à  Dieu  et  avons  la  victoire  comme 
espérons  comme  elle  sera  à  l'ayde  de  nostre  Sauveur  Jhésu 
Christ  qui  vous  doint  honneur,  exaltacion  à  accomplisse- 
ment des  choses  dessus  dites.  Donné  à  Rome,  en  sénat, 
l'an  de  l'incarnation  nostre  Seigneur  quatre  cent  et  unze 
et  de  nostre  empire  le  premier  après  le  trespas  de  nostre 
frère  Archadius.  » 
Laquelle  lettre  lue,  dit  : 

Marrien. 

Vous  entendez  ce  mandement 

Duquel  est  faite  la  lecture, 

Pieste  qu'on  soit  lesgièrement 

Garny  d'armes  &.  de  monsture 

Pour  livrer  à  desconfiture 

Payens  qui  sont  à  rebouter, 

Car  la  loy  de  saincte  escripture 

Cuydent  permuter  &  gaster. 


—  286  — 

Le  Légionnaire. 
Chier  Seigneur  que  debvons  aymer, 
Puisque  ce  vient  amener  guerre, 
Je  suis  content  de  moy  armer 
Pour  vous  servir  en  toute  terre, 
Long  temps  a  qui  j'ai  fait  enquerre 
Qui  estoit  des  Wandres  le  Pioy, 
Mais  c'est  Croscus  qui  veult  conquerra 
Le  pays  &  mectre  à  desroy. 
Le  Centurion. 
Haull  Sénateur,  quant  est  de  moy 
Mon  veul  totalement  s'aplicque 
De  combattre  pour  nostre  foy 
Qui  est  très  saincte  &  calholicque. 
J'entends  que  ce  Roy  wandalicque 
A  fait  endurer  passion 
A  Didier,  pasteur  lingonicque, 
Si  en  ay  grant  compassion. 

Marrien. 
Or,  faictes  préparacion 
De  tout  ce  qu'il  est  nécessaire, 
Assamblez  maintes  légions 
Pour  ceste  rencontre  parfaire. 
Toy,  Diligent,  qui  sçez  bien  faire 
Ung  rapport  qui  est  de  raison, 
Va  faire  armer  le  populaire, 
Ensemble  ceulx  de  ma  maison. 

Diligent. 
Vous  aurez  gens  d'armes  foison, 
Puisque  vous  m'en  faictes  mesler. 

Marrien. 
Va,  losl,  va,  car  il  est  de  saison. 

Diligent. 
Moy  je  suis  tout  prest  d'y  aler. 


—  287  — 
Lors  parle  aux  bourgeoys  el  souldarls. 

Messeigneurs,  je  vous  viens  sommer 
Et  dire  de  par  Marrien, 
Que  tantost  vous  aillez  armer 
Si  1res  bien  qu'il  n'y  faille  rien. 
Bourgeoys  qui  estes  gens  de  bien, 
Et  vous  tous,  gendarmes  rotiers, 
Armez-vous  tantosl  bel  &  bien, 
Si  vous  mectez  sur  les  sentiers. 

Le  premier  Bourgeoys  d'Arles. 
Nous  le  ferons  très  volontiers, 
Puisqu'on  ce  point  la  commande. 

Le  premier  Souldart. 
Et  fust  pour  aler  à  Poitiers, 
Si  seray-je  prest  comme  ung  dé. 

Le  second  Bourgeoys  d'Arles. 
J'ay  jà  mon  aubert  endoxé 
Qui  est  de  maille  forte  &  dure. 

Le  second  Souldart. 
J'ay  jà  mon  crenequin  troussé 
Et  les  tarcatz  à  la  saincture. 

Le  premier  Bourgeoys. 
Qui  esse  qui  nous  fait  injure? 
Veult-on  cette  Ville  assaillir? 

Diligent. 
Nenny  certes,  mais  je  vous  jure 
Qu'il  convient  en  place  saillir. 

Le  second  Bourgeoys. 
Pourquoy ? 

Diligent. 
Pour  combattre  à  férir 
Les  Wandres,  payens  deshonnestes. 


—  -2ZH  - 

Le  second  Bourgeoys. 
Les  veult-on  tous  faire  mourir? 

Diligent. 
Il  les  faut  tuer  comme  bestes. 

Le  premier  Bourgeoys. 

Nous  en  ferons  voler  les  testes, 
Qui  mon  conseil  croire  vouldra. 

Le  second  Bourgeoys. 
Nous  leur  monstrerons  tels  tempestes 
Que  j;ï  pied  n'en  escliappera. 
hy  tous  s'armeront  et  se  meelenl  en  point  et  les  deux  sonl- 
(liais  parlent  ensemble. 

Le  premier  Souedart. 
0  my  fudel,  non  te  curare, 
Y  voille  Wandelle  raactare 
Car  y  sont  venouto  certe. 

Le  second  Souldart. 
En  deame  loti  jugulaire 
Qu'este  génie  maledicto. 

Le  premier  Souldart. 
Il  besoingne  faire  presto 
Pille  la  tour  grande  espade. 

Le  second  Souldart. 
Wandelle  jura  biaio 
Vo  te  mettre  en  l'estrapade. 

Le  premier  Bourgeoys  d'Arles. 
Dieu,  quel  langaige  vous  parlez! 
Parlez  à  droit  si  vous  voulez, 
Je  n'entends  point  calebretois. 

Le  premier  Souldart. 
Quand  nous  deux  sommes  assemblés, 
Nous  parlons  ainsy  maintenais. 


—  289   - 

Le  second  Bourgeoys  d'Arles. 
Je  n'y  entendz  ne  deux  ne  trois, 
Je  croy  que  ce  n'est  pas  chrétien. 

Le  second  Souldart. 
Si  est,  par  Dieu,  gentil  galois. 

Le  premier  Bourgeoys. 
El  qu'esse  donc? 

Le  second  Souldart. 
Ylalien. 
Lors  ils  se  arment. 

Le  Légionnaire 
Tirons  nous  devers  Marrien 
Si  vous  estes  prestz. 

Le  second  Bourgeoys. 
Ouy  voir. 
Le  Centurion. 
Regardez  bien  s'il  nous  fauit  rien. 

Le  premier  Bourgeoys. 
Chascun  a  ce  qu'il  doit  avoir. 

Le  Fol. 
Ha  !  déà  je  veul  aussi  sçavoir 
Si  j'iray  point  en  la  bataille. 
Je  suis  homme  pour  recepvoir 
Ung  horion  s'on  le  me  baille. 
Te  n'ay  habillement  qui  vaille, 
Preste  moi  ton  iacques,  compère  ? 
Vesci,  par  l'âme  de  mon  père, 
Qui  est  en  point  comme  ung  saint  Georges. 

Le  premier  Souldart. 
Ce  suis-je. 

Le  Fol. 
Dieu!  qu'il  est  haustère, 
C'est  raige  comme  il  se  rengorge. 

49 


—  290  — 

Le  premier  Souldart. 
Se  je  te  prens. 

Le  Fol. 
Forge  luy,  forge. 
Est-il  fyer  comme  une  lymasse! 
Le  premier  Souldart. 
Vien  çà. 

Le  Fol. 
Vas  là. 
Le  premier  Souldart. 

Passe  avant,  passe. 
Te  mocques-tu,  dy,  layde  beste! 
Il  le  bat. 

Le  Fol. 
Av!  ay!  il  m'a  rompu  la  teste. 
Que  sainct  Fremin  le  puist  ardoir  ! 
Je  m'en  vois  ailleurs  à  la  feste. 
Adieu,  vous  dyjusques  au  revoir! 

Le  Légionnaire. 
Nous  avons  fait  notre  debvoir, 
Marrien,  prince  redoubté, 
Vous  povez  cy  clèrement  voir 
Ung  ost  qui  est  bien  apresté. 

Le  Centurion. 
Chascun,  selon  sa  qualité, 
C'est  mis  en  poinct  honnestement. 
Vous  n'avez  pas  gens  à  planté, 
Mais  ils  combattent  hardiment. 

Marrien. 
Par  grant  nombre,  communément 
Est  souvent  bataille  perdue, 
Dieu  est  lassus  en  firmament 
Qui  les  victoires  distribue. 


—  391  — 

Sa  force  est  tant  haulte  &  ardue 
Que  rien  ne  luy  est  difficile, 
Sa  puissance  bien  entendue 
C'est  tout  ung  de  cent  ou  de  mille. 

Machabeus  en  petit  nombre 
Vainquit  les  gens  Antiochus, 
Aussi  ferons-nous  grant  encombre 
Aux  Wandres  &  au  roy  Croscus. 
Ce  sont  payens  très  dissolutz, 
Vous  estes  gens  de  bonne  part, 
Et  pourtant  soyez  résolutz 
D'y  déployer  vostre  estendart. 

Le  Légionnaire. 
Il  me  tarde  qu'on  ne  s'en  part, 
Il  me  tarde  jà  que  j'y  soye 
Pour  frapper  de  haiche  ou  de  dart 
Wandres  qui  seront  en  ma  voye. 

Le  Centurion. 
Quant  à  moy,  c'est  toute  ma  joye 
Que  de  combatre  ou  bataillier 
Et  pourtant  mais  que  les  voye 
.le  les  feray  désarpillier. 
Marrien. 
Puisqu'ils  veulent  tout  épillier 
C'est  raison  que  les  combatons. 

Le  Légionnaire. 
Nous  sommes  prests. 

Marrien. 

Or,  nous  partons. 

Le  Légionnaire. 
Je  croy  qu'ils  voudront  en  tous  lieux 
Faire  les  gens  croire  en  leurs  Dieux, 
Si  leur  puissance  n'abalons. 


—  292  — 

Lb:    PREMIER    BOURGEOYS. 

Nous  sommes  prêts. 

Le  Légionnaire. 

Or,  nous  partons. 
Le  Centurion. 
Du  pays  nous  feront  wuytler 
Ou  occiront  comme  Didier, 
Si  brief  remède  n'y  mectons. 

Le  second  Bourgeoys. 
Nous  sommes  prests. 

Le  Centurion. 

Or,  nous  parlons. 
Marrien. 
A  Jhésu  Christ  nous  commandons. 
Puisque  c'est  au  département, 
Sonnez  trompettes  &  bedons, 
Pour  aler  plus  joyeusement. 
Puis  dit  au  Messagier. 

Vous  irez  voir  pour  ce  régent, 
Et  espier  les  combatans. 

Diligent. 
J'y  vois  faire  un  guet  bel  &  gent, 
Puis  viendray  quant  il  sera  temps. 
Lors  se  partent  de  Arles  et  trompettes  sortent  et  s'en  vont 
mèche  aux  champs  vis  à  vis  des  Wandrcs.  Diligent  va  espier 
les  ennemys  et  Lucifer  dit  : 

Lucifer. 
Tisons  d'enfer,  meclez  vous  sur  les  rangs, 
Et  si  pourlez  hôtes,  sacs  à  paniers, 
Tantost  aurez  tous  ces  Wandres  meschants 
Auxquels  ferez  deschanter  de  beaux  chants 


—  293  — 

Quant  en  enfer  seront  noz  prisonniers. 
De  tous  tonnens  les  ferez  prisonniers 
Dedans  brief  temps,  à  douleur  6c  à  honte, 
Car  Marrien  leur  fera  rendre  compte. 
Satiiam. 
Lucifer,  grant  prince  6c  grant  conte, 
Nous  avons  assez  conjecture 
Que  les  Wandres  que  orgeul  surmonte 
Seront  condempnez  à  torture. 

Lucifer. 
Chascun  de  vous  mecte  sa  cure 
De  courir  &  de  chemyner, 
Pour  ces  Wandres,  remplis  d'ordure, 
Saisir,  acroichier  oc  trainner. 
Vesci  le  temps  de  moisonner, 
Vesci  le  droit  temps  de  régner, 
De  glenner, 
De  vener, 
D'amener 
Maulditz  payens  pour  leur  donner 
En  enfer  peinne  intolérable. 

Satiiam. 
Marrien  veult  tout  décoper, 
Pourtant  vesci  temps  d'alraper, 
De  fraper, 
D'agriper 
Per  non  per 
Nous  les  amenrons  tous  souper 
En  la  chauldière  misérable. 

Astaroth. 
Je  croy  qu'il  sera  convenable 
Que  nous  alons  diligenter 
Pour  Croscus,  fort  déraisonnable, 
Par  fine  force  conquester. 


—  294  — 

Bélial. 
Nous  luy  ferons  bien  comparer 
La  douleur  &  adversité 
Qu'il  fit  naguères  endurer 
A  Didier  &.  à  sa  Cité. 

Léviatham. 
Didier  est  en  gloire  monté 
Avec  les  sainctes  légions, 
Croscus  sera  cy  apourté 
Avec  cent  mille  escorpyons. 

Belphégor. 
Dieu  a  veu  les  afflictions 
Que  les  \Yandres  ont  fait  au  monde, 
Si  permect  qu'en  noz  mansions 
Finalement  on  les  confonde. 

Cerberus. 
Il  convient  que  chascun  se  fonde 
A  gaigner  âmes  bas  &  hault, 
Car  en  la  fournaise  profonde 
Je  vois  bouter  le  feu  tout  chault. 

Satham. 
Alons  sur  les  champs. 

Astaroth. 

11  le  fault. 
Bélial. 
Chascun  soit  sçeur  de  son  quartier. 

Léviatham. 

Je  m'en  y  vois. 

Belphégor. 
Où? 

Léviatham. 

A  l'assault. 


—  295  — 

Belphégor. 
Alons  sur  les  champs. 
Bélial. 

II  le  faull. 

Belphégor. 
Je  charperay  quelque  briffault. 

Léviatham. 
Et  moy  quoy? 

Cerbérus. 

Tu  dis  vrai,  Gauthier. 
Bélyal. 
Alons  sur  les  champs. 

Astaroth. 

Il  le  fault. 
Satham. 
Chascun  soit  sçeur  de  son  quartier. 
Lors  Diligent  revient  de  [ère  le  guet  et  dit  : 

Diligent. 
Monseigneur,  j'ay  veu  approucher 
Voz  ennemis  plains  d'insolence, 
Pas  ne  les  trèz  loing  serchier, 
Vez  les  cy  en  vostre  présence. 

Marrien. 
Au  nom  de  la  divine  essence 
Pour  qui  entreprenons  bataille, 
Chascun  face  diligence, 
De  frapper  d'estoc  &  de  taille. 
N'espargnez  point  ceste  chiennaille, 
Assommez  nobles  &  villains, 
Abatez  les  plus  dru  que  paille, 
Pour  vengier  la  mort  des  bons  saincts. 

Frappez  &  tuez  hardiement, 
Besoingnez  &  rien  n'esparniez, 


—  296  — 

Coppez  membres  horriblement, 
Saigniez,  tranchiez,  couteaux  baigniez, 
Gaingniez  <k  bagues  desployez, 
Maintenez  vous  honestement, 
Roingnez  testes,  lances  ployez, 
Donnez  horions  largement. 
Lors  le  second  Satrappe  vient  advertir  Croscns  cl  dit 
Le  second  Satrappe. 
Croscus,  les  champs  à  les  plains 
Sont  quasi  revestuz  à  plains 
De  gens  d'armes  fiers  &.  adroiclz. 

Ckoscus. 
Sont-ils  Sarrazins  ou  Piomains? 
Le  premier  Satrappe. 
Je  ne  sçay,  mais  ils  ont  des  croix. 

Croscus. 
J'aperçoy  bien  qu'à  ceste  fois 
Chrétiens  me  donront  à  souffrir, 
Reculer  ne  puis  toutelfois, 
Mais  me  convient  à  eux  offrir. 
0  mes  Dieux,  veullez  moy  servir! 
Il  est  heure  de  besoignier, 
Bien  je  vous  sçauray  desservir 
Si  me  voulez  faire  gaigner. 

Si  je  conqueste  la  journée, 
Je  vous  promeetz  de  bon  couraige 
Qu'à  mainte  créature  née 
Feray  souffrir  cruel  dommaige, 
Aux  Chrétiens  menray  tel  oultraige, 
Pour  leur  loy  toute  exterminer, 
Que,  par  tonnent  <k  mal  raige, 
Cinq  cens  mille  en  feray  finer. 
Les  deux  batailles  s'entrevoyent. 


—  297  — 

Marrien. 
En  fans,  pensez  de  cheminer 
Tout  sarré  sans  vous  desmarchier. 
Et  quant  viendra  au  corps  donner, 
Faictes  raige  de  bien  touschier. 

Le  Légionnaire. 
Nous  sçaurons  bien  les  cops  baillier, 
Mais  qu'il  soit  heure  de  férir. 

Le  Centurion. 
Tenez  moy  pour  houssepaillier, 
Si  je  n'en  faiz  mille  morir. 

Le  Roy  des  Ala'ins  lire  ses  gens  à  pari  cl  leur  dicl 
Le  Roy  lies  Alainz. 
Mes  gens,  je  vous  veul  advertir 
D'ung  cas  qui  touche  moy  <x  vous, 
J'ay  délibéré  de  partir 
Si  je  voy  qu'ayons  contre  nous. 
Si  les  Wandres  sont  au  dessoubz, 
Tournez  bride  &  vous  en  alez. 

Le  premier  Chevalier  Alain. 
Sire,  nous  y  entendrons  tous, 
Puisqu'en  ce  point  vous  le  voulez. 

Croscus. 
Tost  en  bataille  vous  mectez, 
Car  noz  ennemis  sont  en  place 

Le  premier  Satrappe. 
Roy  des  Wandres,  ne  vous  doubtez 
Rencontrez  seront  face  à  face. 

Le  Légionnaire  parle  à  Martien  et  dit  : 
Le  Légionnaire. 
Seigneur,  vous  plait-il  que  je  face 
Sur  eulx  la  première  envahye  ? 


—  298  — 

Le  Centurion. 
Que  j'y  aille  par  vostre  grâce 
Pour  faire  l'armée  esbaye. 

Marrien. 
Je  veul  monstrer  chevalerie, 
Je  veul  encomancer  la  dance. 
Au  nom  de  la  vierge  Marie, 
Donray  le  premier  cop  de  lance. 
Vel  sic  :  Feray  la  première  vaillance. 
Lors  parle  à  Croscus. 

Payen,  avance  toy,  avance, 
Si  tu  oses  moy  rencontrer. 

Croscus. 
0  Chrétien,  plain  d'oultrecuidance, 
Je  te  veul  ma  force  monstrer. 
Lors  fièrent  l'ung  sur  l'autre. 
Marrien. 
Je  te  feray  chier  comparer 
Ton  grant  orgeuil  &  ton  oultraige. 
Ils  f râpent  de  rcchief  puis  se  retraitent . 
Le  Roy  des  Alainz. 
Qui  esse  qui  son  vasselaige 
Ose  contre  moy  esprouver? 
Le  Légionnaire. 
Faulx  payens,  j'ay  bien  le  couraige 
Et  la  force  pour  toy  grever. 
Frapeni  tous  deux. 

Le  PiOY  des  Alai>z. 
Je  te  feray  sentir  le  fer, 
Si  tu  viens  encoir  une  foys. 
Le  Légionnaire. 
Et  je  te  feray  eschauffer 
Et  ta  coiffe  à  ton  harnois. 
Frapeni  de  rechiefVun  sur  l'aullre  puis  se  retraitent  tous  deux. 


—  299  - 

Et  Croscus  dit  : 

Croscus. 
Geste  bataille  est  de  grant  pois, 
Je  ne  sçay  que  nous  y  ferons, 
Nous  n'y  gaignerons  pas  deux  pois. 
Si  tous  ensemble  n'y  ferons. 
Vel  sic  :  A  pied,  à  pied  nous  les  aurons. 

Marrien. 

Sonnez  trompettes  &  clarons, 
Ung  chascun  deffende  sa  vive  ! 
Si  Dieu  plaist  nous  les  gaignerons. 
Or,  sus,  criez  :  Vive!  qui  vive! 
Hic  descendunt. 

Lors  se  combattent  tous  ensemble,  puis  les  Alains  s'enfuient 
et  les  Wandres  sont  morts  excepté  Croscus  qui  est  pris  tout 
vif. 

Le  Centurion. 
Wandres  sont  tous  mors  à  desroy, 
Dont  debvons  estre  résiouys, 
Il  n'y  a  mais  que  le  grant  Roy, 
Tous  les  aultres  s'en  sont  fouys. 

Le  Légionnaire. 
linv  Croscus,  rends  toy. 

Croscus. 

Bien  en  vis. 

Le  Centurion. 

Touteffois  te  convient-il  rendre  ? 

Marrien. 
C'est  grant  dommaige  que  tu  vis, 
Roy  Croscus,  rends  toy. 

Croscus. 

Bien  en  vis. 


—  300  — 

Marrien. 
Si  tu  ne  fais  à  mon  devis, 
Sur  ma  foy,  je  te  feray  pendre. 

Le  Centurion. 
Roy  Croscus,  rends  toy. 

Croscus. 

Bien  en  vis. 
Le  Légionnaire. 
Touteffois  te  convient-il  rendre? 

Marrien. 
Lyez  le  moy  sans  plus  actendre, 
Et  tout  bâtant  le  conduysez, 
Car  il  n'a  voulu  pitié  prandre 
Des  povres  chrétiens  baptisez. 

Le  premier  Souldart. 
Çà,  maistre,  vous  serez  liez 
Si  court  que  jà  n'eschapperez. 
Le  second  Souldart. 
Contre  la  foy  trop  foliez, 
Mais  vous  vous  en  repentirez. 
Us  le  lyeni  en  bâtant. 

Le  premier  Bourgeoys  d'Arles. 
En  Arle  fault  que  l'amenez 
Pour  estre  payé  de  ses  gaiges. 
Le  second  Bourgeoys. 
Povres  Lengrois  infortunés 
Seront  vengiez  de  leurs  dommaiges. 

Croscus. 
Là,  villains,  vous  n'estes  pas  saiges 
D'ainsin  traicter  un  grant  seigneur. 

Le  premier  Souldart. 
Payen,  vos  orgueilleux  langaiges 
Vous  feront  souffrir  grant  douleur. 


—  301    - 

Le  second  Souldart 
Croyez  en  nostre  Créateur 
Et  on  vous  fera  quelque  bien. 

Croscus. 
Qui  me  debvroit  percer  le  cueur, 
Si  ne  seray-je  pas  chrétien. 

Le  premier  Souldart. 
Amy  serez  de  Marrien 
Si  vous  voulez  prandre  baptesme. 

Croscus. 
Paix,  villain,  je  n'en  feray  rien 
Pour  homme  vivant  ne  pour  femme. 

Marrien. 
Amenez  ce  payen  infâme 
Tout  droit  en  Arle  où  nous  alons. 

Le  second  Souldart. 
Il  y  viendra,  par  Nostre  Dam*  ! 
Et  deust  aler  à  reculons. 
Ao/rt  de  Pansa. 

Satham. 
Recueillons,  dyables,  recueillons 
Ces  mauldictz  Wandres  desconfitz, 
Et  cruels  lormens  leur  baillons 
De  plomb  &  de  soffre  confitz. 

Astarotii. 
Charger  les  fault  à  cinq  ou  six, 
De  teste  estourdir  &.  hastive, 
Puis  après  ils  seront  assis 
En  la  flame  pénétrative. 
Bélial. 
Puisque  par  leur  guerre  armative 
Ont  cuyder  la  foy  empeschier, 
Une  poison  bien  corrosive 
Je  leur  ferav  boire  à  maschier. 


—  302  — 

Léviatham. 
Et  fussent-ilz  plus  durs  qu'acier. 
Si  auront-ilz  le  cul  quassé. 

BELPHÉGOn. 

Us  ont  frappé  au  temps  passé, 
Mais  sur  leur  dos  on  frappera. 

Léviatham. 
Hz  ne  viendront  pas  in  pace, 
Car  toute  guerre  on  leur  fera. 
Lors  présentent  ù  Lucifer  les  Wandres. 
Satiiam. 
Lucifer,  regardez  de  çà, 
Nostre  enfer  est  tout  honoré. 

Lucifer. 
Çà,  de  par  tous  les  dyables,  çà  ! 
Ces  Wandres  ont  trop  demeuré. 
Où  est  Croscus? 

Satham. 
On  l'a  mené 
En  Arle  prendre  finement. 

Lucifer. 
Quoy  l'avez  vous  habandonnier, 
Il  y  fault  aller  vistement. 
Belphégor. 
Il  fault  loger  premièrement 
Ces  galans  tout  à  leur  devis. 

Cerbérus. 
Je  les  prens  en  gouvernement, 
Ne  vous  chaille,  ils  seront  servis. 
Lors  boulent  tout  en  enfer  cryant  et  huilant. 
Bélyal. 
Il  convient  que  soyons  hastiz 
Pour  Croscus  amener  à  bort. 


—  303  — 

ASTAROTH. 

Âlons  y  tous,  grans  et  petiz. 

Léviatham. 
Il  convient  que  soyons  hastiz. 

Cerbérus. 
Troupt!  vous  n'estes  pas  apprentiz, 
Aultre  foys  avez  fait  plus  fort. 

Satham. 
Il  convient  que  soyons  hastiz. 
Pour  Croscus  amener  à  bort. 
Lors  dyables  vont  sur  les  champs  et  Marrien  est  en  Arle 
où  les  Souldarts  tiennent  Croscus  devant  luy. 

Marrien. 
Or,  sommes  nous  en  nostre  fort, 
Or,  avons  nous  bruyt  &  victoire, 
Dieu,  qui  est  des  bons  le  confort, 
En  ait  la  louange  à  la  gloire! 
Croscus,  ta  vye  transitoire 
Prendra  cy  sa  conclusion, 
Si  nostre  loy  méritoire 
Ne  reçois  par  dévocion. 

Croscus. 
Oste  l'ymaginacion 
De  moy  preschier  ou  affiner, 
Croy  qu'en  mon  obstinacion 
Je  veu  mourir  &  définer. 
Fay  moy  transchyer  ou  décoper, 
Fay  moy  traire  à  quatre  chevaulx, 
Car  si  jamais  puis  eschapper, 
Je  feray  cinq  cens  mille  maulx. 

Marrien. 
Tu  as  le  cueur  mauvais  à  faulx, 
Croscus,  ad  ce  que  j'aperçoy. 


—  304  — 

Item,  lu  sçes  bien  que  tu  l'aulx 
De  persécuter  nostre  loy, 
Pourtant  m'en  vengeray  sur  toy 
Par  celluy  Dieu  qui  me  forma. 

Le  premier  Souldart. 
Je  vous  requier,  baillez  le  moy 
Pour  le  despeschier  in  forma. 

Le  Légionnaire. 
Qui  brief  ne  le  dépeschera, 
Monseigneur,  à  correction, 
Je  sçay  bien  qu'encoires  fera 
Aux  Chrestiens  tribulacion. 
Le  Centurion. 
Il  a  mis  à  confusion 
Mainte  personne  catbolicque, 
Pourtant  c'est  mon  opinion 
Qu'il  meurt  de  mort  très  inicque. 

Le  Légionnaire. 
Président,  noble  <x  autenticque, 
Puisque  ce  mauldit  wandalicque 
A  nostre  saincte  loy  discorde, 
Qu'il  soit  mis  à  mort! 
Marrien. 

Je  l'accorde. 
Le  Centurion. 
Puisqu'il  veult,  comme  vray  folastre, 
Demeurer  tousiours  ydolastre 
Et  n'aime  ne  paix  ne  concorde, 
Qu'il  soit  mis  à  mort! 

Marrien. 

Je  l'accorde. 
Le  premier  Bourgeoys. 
Il  me  tarde  que  je  le  voye 
Pendu  aux  champs  enmy  la  voye, 


—  305  — 

Bien  hault,  assommé  d'une  corde. 
Qu'il  soit  mis  à  morl. 
Marrien. 

Je  l'accorde. 
Le  second  Bourgeoys. 
Par  vous  doit  bien  estre  accordé 
Qu'il  soit  d'une  corde  encordé 
Ou  cordelé  de  forts  cordons 
Parmy  le  col, 

Marrien. 
Nous  l'accordons. 
Le  premier  Souldart. 
Pour  Dieu!  que  j'en  soye  bourreau, 
Je  l'abilleray  bien  &  beau 
Comme  on  doit  faire  gens  de  bien, 
Le  voulez-vous? 

Marrien. 

Je  le  veul  bien. 
Le  second  Souldart. 
Mon  compaignon  est  bien  propice 
Pour  acomplir  ung  tel  office, 
11  sçet  bien  servir  de  tels  mects, 
Comectez  ly. 

Marrien. 
Je  ly  comectz. 
Suz,  souldàrs,  qu'il  soit  tant  foulé 
De  batre,  qu'en  sang  mutilé 
Sa  chair  soit  toute  envelopée, 
Et  puis  d'ung  trenchant  affilié 
Veul  qu'il  ait  la  teste  coppée. 

Le  premier  Souldart. 
Puisque  la  sentence  est  donnée, 
Je  le  vous  iray  despeschier. 


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—  306  - 

Le  second  Souldart. 
Tu  auras  la  maie  journée, 
Puisque  ta  sentence  est  donnée. 

Le  premier  Souldart. 
Sa  chair  nous  est  hahandonnée. 

Le  second  Souldart. 
Il  fault  frapper. 

Le  premier  Souldart. 
Il  fault  tourchier. 

Le  second  Souldart. 
Puisque  la  sentence  est  donnée. 

Le  premier  Souldart. 
Je  le  vous  iray  despeschier. 

Le  second  Souldart. 
Fay  le  ung  petit  avant  marcher, 
Affin  qu'on  le  puist  regarder. 

Le  premier  Souldart. 
Çà,  je  vous  veul  le  col  trancher, 
Agenoillez-vous  sans  tarder. 

Croscus. 
0  Dieux  qui  me  soûliez  flater 
Et  promectre  si  longue  vye, 
On  doit  bien  pour  fol  réputer 
Qui  a  de  vous  servir  envye, 
Car  pour  comparer  la  folye 
Que  j'ay  commise  vers  les  Sainclz, 
J'ay  cruelle  mélancolye 
Sans  avoir  aucungs  membres  saincts. 

Mirez  vous  ci,  tirans  pervers, 
Fortune  me  sert  à  revers, 

Les  plus  vers 
Sont  les  plustost  à  terre  mis. 


-  307  — 

J'ay  contre  Dieu  esté  divers, 
Par  quoy  guerre  ses  cops  cou  vers 

De  travers 
M'assigne  par  mes  ennemys. 

Je  suis  à  vergoingne  submis, 
Je  suis  de  tout  honneur  desmis 

Et  remis, 
Mirez  vous  ci,  tirans  pervers, 
J'ay  tant  de  haulsaiges  commis 
Que  j'aperçoy  tous  mes  amis 

Endormis, 
Fortune  me  sert  à  revers. 

0  Dyables,  fault-il  que  je  meure 
Infamemenl  pardevant  tous! 

Le  premier  Souldart. 

Vous  faictes  trop  longue  demeure, 
Tost,  tost,  mectez  vous  à  genoulx, 

Croscus. 

Haro!  désespoir  &  couroux 
M'estrainnent  moult  horriblement, 
Faulx  ydoles  me  lairez  vous 
Morir  icy  honteusement  ? 

Les  deux  Souldarls  le  font  agenoiller  par  force  et  là  $3  fuit 
le  secret. 

Le  premier  Souldart. 

Tendez  le  col  légièrement, 
Il  fault  que  nous  nous  avançons. 
Lors  flert. 

Zoup!  N'ai-je  pas  fait  gentement? 
Yez  là  le  corps  en  deux  tronssons. 


—  308  — 

Le  second  Souldart. 
Puisqu'il  est  mort,  or  le  laissons 
Aux  loups,  aux  chiens  &  aux  oyseaulx. 

Le  premier  Souldart. 
Quelque  chose  que  nous  façons, 
Je  le  recommande  aux  corheaulx. 

Satham. 
Ça,  çà,  faulx  dyables  desleaux, 
Yesci  le  maulvais  des  maulvais, 
Nous  luy  emplirons  les  boyaux 
De  poison  &  soffre  punaiz. 

ASTAROTII. 

Il  est  nostre  pour  tout  jamais, 
Chargeons  le  dessus  ce  trayneau. 

Bélyal. 
I)  cuydoit  tout  tempester,  mais 
Nous  luy  tempesterons  la  peau. 
Lors  le  présentent  à  Lucifer. 
Satham. 
0  Lucifer,  vostre  cerveau 
N'a  cause  d'être  forcené. 
Lucifer. 
Pour  quel  raison? 

Astarotii. 

Le  jeu  est  beau. 
Lucifer. 
Comment? 

Bélial. 
Le  maistre  est  amené. 
Belphégor 
Croscus,  le  tirant  condampné, 
Qui  cuydoit  sur  chrétiens  régner, 
Tout  d'ung  train  avons  atraiuné 
Sur  trainneau,  pour  le  mieulx  trainner. 


—  309  — 

Léviatham. 
A  ce  coup  venons  de  glaner, 
Nous  en  rapourtons  le  gros  grain, 
Il  le  convient  battre  &  glaner, 
Mais  que  Cerbérus  soit  en  train. 

Cerbérus. 
Faulx  ennemy  de  gendre  humain, 
A  maie  heure  es-tu  cy  venu. 

Satham. 

Or,  es-tu  cheu  en  nostre  main, 
Faulx  ennemy  de  gendre  humain. 

Cerbérus  . 
11  sera  festyer  demain. 

ASTAROTH. 

On  y  est  grandement  tenu. 

Lucifer. 
Faulx  ennemy  de  gendre  humain, 
A  maie  heure  es-tu  cy  venu. 

S'il  y  a  point  de  plomb  fondu, 
D'arsenic  ou  de  réagal, 
Par  la  gorge  luy  soit  rendu 
Jusqu'au  fondement  tout  aval. 
Vous,  dyables,  qui  chantez  si  mal 
Et  de  si  terrible  façon, 
Festiez  ung  peu  ce  vassal 
En  cryant  ung  horrible  son. 
Lors   crijenl  tous  ensemble  moult  horriblement,  puis  dit 
Lucifer  : 

Holà!  holà!  vous  m'estonnez, 
Laissez  moy  ce  cry  non  pareil, 
Mais  Croscus  prenez  ex  menez 
En  tonnent,  en  peinne,  en  traveil. 


—  310  — 

Cerbérus. 
^       Puisque  c'est  de  vostre  conseil, 
Tantosl  l'iray  affîstoler, 
S'il  voyt  plus  lune  ne  soleil 
On  me  puisl  les  bras  affoler. 
Lors  le  trainne  en  la  gueulle. 
Satham. 
Prince  ténébreux,  Lucifer, 
Vous  me  deussiez  bailler  guierdon 
Quant  j 'ay  fay  venir  en  enfer 
Wandres  à  si  grant  habandon. 

Lucifer. 
Satham,  tu  auras  ung  beau  don 
Que  pieçà  je  t'ay  ordonné. 
Lors  dit  aux  aullres  dyables. 

Qu'il  soit  d'ung  trépied  coroné. 
Ho  !  dyables,  meclcz  y  la  patte. 

Satham. 
J'ay  bien  le  procès  gouverné. 

Lucifer. 
Qu'il  soit  d'ung  trépied  coroné! 

Astaroth. 
Que  le  sceptre  luy  soit  donné  ! 

Bélyal. 
Une  tenaille  ou  une  latte? 
Lucifer. 
Qu'il  soit  d'ung  trépied  coroné  ! 

Satham. 
Ho!  dyables,  mectez  y  la  patte. 
Lors  lui)  incitent  ung  trépied  sur  la  leste. 
Léviatham. 
Je  le  fay  roy  de  la  savatte. 

Satham  k 
Mais  du  pont  tron quart  d'Avignon. 


—  311  — 

ASTAROTH. 

Vive  Salham! 

Bélial. 
Vive  qui  flate  ! 

Belphégor. 
Tu  es  ung  gracieux  mignon. 

Marrien. 
Or,  es  mis  à  destruction 
Wandalicque  crudélité. 

Or,  est  par  décolacion 

Le  roy  Croscus  descapité, 

Pourtant  si  Lengres  a  esté 

Destruite,  prinse  ou  assiégée, 

Louange  à  la  Divinité! 

La  mort  des  Saincts  est  bien  vangée. 

Le  Légionnaire. 
Croscus,  remply  d'inflacion, 
Avait  désir  &  volonté 
D'attenter  par  invasion 
Catholique  fidélité. 
11  a  désià  deshérité 
Mainte  personne  &.  deslogée, 
Mais,  à  sa  grant  calamité, 
La  mort  des  Saincts  est  bien  vangée. 

Le  Centurion. 
Horreur  <x  détestacion, 
Insolence  &  captivité, 
A  commis,  par  dérision, 
A  Lengres,  la  bonne  cité, 
Si  l'avons  tant  débilité 
En  belle  bataille  arrangée, 
Que  selon  nostre  qualité 
La  mort  des  Saincts  est  bien  vangée. 


—  312  — 

Marrien. 
Prince  seul,  Dieu  en  trinité, 
Lengres,  ville  d'antiquité, 
A  esté  bien  fort  dommaigée, 
Mais  à  dire  la  vérité, 
La  mort  des  Saincts  est  bien  vangée. 

Le  Fol. 

Or,  çà,  çà,  la  pye  est  loigie, 
Il  la  fault  aler  descouchier. 
Si  je  n'ay  de  la  fromaigie, 
Mais  huy  ne  m'en  iray  couchier. 
Je  veul  devenir  ung  bouchier 
Pour  manger  moelle  de  boyaulx. 
Il  n'est  plus  nuls  amys  beaulx, 
Ils  furent  gelés  l'aultre  année. 
Demain,  s'il  fait  belle  journée, 
Vous  verrez  icy  faire  raige, 
N'y  faillez  pas  mal  assignée 
Et  s'amenez  vostre  mesnaige. 
On  dit  que  je  suis  homme  saige, 
Mais  je  croy  qu'on  faull  à  parler. 
Je  vois  boter  dans  une  caige 
Ung  coquin  qui  me  veult  voler. 

L'Épilogue. 

Pour  les  couraiges  exciter 
A  joye  &  récréacion, 
Nous  avons  voulu  réciter 
De  Sainct  Didier  la  passion, 
La  piteuse  destruction 
Du  dévot  peuple  Lingonique, 
Et  puis  après  l'occision 
De  la  puissance  Wandalique. 


—  313  — 

Demain,  pour  conclusivement 
Achever  l'euvre  fructueuse, 
Verrez  jouer  visiblement 
La  translacion  glorieuse. 
La  matière  est  tant  gracieuse 
Que  la  personne  qui  Fourra, 
Si  d'escouter  est  curieuse, 
Tousiours  mieulx  valoir  en  pourra. 

Je  vous  requiers,  n'y  Caillez  pas, 
Pour  ouyr  ce  noble  exemplaire, 
Et  si  mal  jouons  par  compas, 
Pour  Dieu  ne  vous  vueille  desplaire, 
Mais  pryez  au  Sainct  débonnaire 
Qui  règne  au  céleste  reaulme, 
Que  nostre  jeu  puissions  parfaire 
Au  salut  du  corps  &.  de  l'âme. 


Exjilicit  secunda  pars. 


°°>*Zc 


—  315 


S'ensuyt  la  tierce  partie  du  Jeu  Nostre  Seigneur 
Sainct  Didier,  martir,  et  est  la  translacion  ou 
relevacion  dudil  Sainct. 


Le  Prologue  comance. 

lsidorus,  es  éthimologies, 
Approuve  moult  les  historiographes, 
Car  il  monstre  les  généalogies 
Des  personnes  en  dignitez  logies 
Dont  sont  escripts  volumes  <x  paraphes, 
Et  Tulius  qui  eut  xij  épitaphes, 
Disait  ce  mot  aux  grans  &  aux  petis  : 
Hystoria  est  lux  verilatis. 

Hystoire  nous  l'ait 
Voir  la  vérité 
Des  gens  &  du  fait 
De  l'antiquité, 
Soit  mal  ou  bonté, 
Paix  ou  guerre  dure, 
Tout  y  est  noté 
En  belle  escripture. 

J'alègue  ceci  voulentiers, 
Car  tout  ce  que  jouer  debvons, 
Par  molz  élégans  &.  entiers, 
Es  hystoires  nous  le  trouvons. 
Premièrement,  monstre  avons 
De  Sainct  Didier  la  passion, 
Maintenant  nous  parachevons 
En  jouant  la  translacion. 


—  3i6  — 

L'an  mil  xiiij  avec  trois  cens 
Comptoit-on  pour  le  miliaire, 
Quant  le  Sainct,  par  moyens  décens, 
Fut  posé  en  reliquaire. 
Philippe,  le  roi  débonnaire, 
Gouvernoit  ce  noble  royaulme, 
Et  au  Lingonicque  repaire 
Présidoit  l'Evesque  Guillaume. 

Estienne  de  Noyers  pour  lors 
Estoit  prieur  du  prioré 
Ouquel  reposoit  le  sainct  corps 
Qui  de  chasse  fut  décoré. 
Or,  nous  avons  délibéré 
De  vous  en  monstrer  l'apparence. 
Mais  que  chascun  soit  modéré 
Et  content  de  l'aire  silence. 

Finis  Vrologi. 

Le  Prieur  de  Sainct-Didiei;. 
Louange  à  toy,  divin  linpérateur, 
Réparateur  du  premier  maléfice  ! 
Louange  à  toy,  ô  digne  Rédempteur, 
Mon  Directeur,  mon  vrai  Consolateur, 
Et  Collateur  de  riche  bénéfice! 
J'ay  lieu  propice,  honorable  édiiïice, 
Pour  sacrifice  à  toy  rendre  souvent, 
Car  Prieur  suis  de  ce  noble  couvent. 

Si  veul  tenir 

Et  maintenir 
L'ordre  de  ma  religion, 

Et  Dieu  servir 

Pour  desservir 
De  mes  péchiés  rémission, 


—  317  — 

Division, 

Déception, 
De  mon  cloistre  feray  partir, 

Dévocion, 

Sans  fiction, 
Anray  au  glorieulv  martir. 

Monseigneur  Sainct  Didier  se  nomme 
Le  bon  patron  que  je  propos:', 
Jadis  vertueulx  &  sainct  homme 
Duquel  le  corps  icy  repose. 
C'est  raison  que  je  me  dispose 
Totalement  de  l'exalter, 
Et  que  ma  puissance  j'expose 
A  faire  son  corps  translater. 

Jà  pieçà,  le  prieur  Guyon, 

A  qui  Dieu  soit  miséricors, 

Avoit  très  bonne  affection 

De  voir  relever  le  sainct  corps, 

Et  employa  de  grans  trésors 

A  taire  ceste  fiertre  icy, 

.Mais  la  mort  qui  prent  les  plus  forts, 

L'a  prins;  Dieu  luv  face  mercy! 

Or,  puisqu'il  ne  peult  achever 
Son  vouloir  ou  intencion 
De  faire  le  Sainct  relever 
En  noble  congrégacion, 
Par  ma  sollicitacion 
La  besoingne  sera  parfaicte, 
Puisque  j'ay  de  provision 
La  chasse  très  richement  faicte. 


—  318  — 

Çà,  mes  frères,  qu'en  dictes  vous? 
Déclairez  moy  vostre  sentence. 
Bien  doit  prendre  conseil  à  tous 
Celluy  qui  grant  euvre  encommance. 

Le  Soudprieur. 
Monseigneur,  par  ma  conscience, 
Ce  seroit  chose  moult  louable 
De  faire  honneur  &  révérence 
Au  Saincl  bénigne  <k  pitéable. 
Ceste  chasse  belle  &  notable 
Que  le  bon  Prieur  lit  forger, 
Est  très  honneste  &  convenable 
Pour  le  précieulx  corps  logier. 

Frère  Nicole. 
On  ne  peult  trop  sollemniser 
De  benoist  martir  glorieux, 
On  ne  peult  trop  auctorizer 
Les  os  dignes  &  précieux, 
Et  pourtant  soyez  curieux 
De  faire  ce  reliefvement, 
Car  Dieu  qui  est  tout  gracieux 
Vous  donra  bon  commancement. 

Frère  Micuiel. 
Quant  on  mect  son  entendement 
A  quelque  hault  bien  entreprendre, 
Dieu  conduyt  l'euvre  tellement 
Que  nul  n'y  treuve  que  reprandre, 
Pourtant  commancez  sans  actendre, 
Par  bon  conseil  à  par  compas, 
Car  à  rien  ne  voulons  contendre, 
Fors  à  vous  servir  sur  ce  pas. 

Le  Prieur. 
Pour  éviter  tout  altrecas 
Et  besoingner  par  équité, 


—  319  - 

Bon  seroit  de  compter  le  cas 

A  l'Évesque  de  la  Cité. 

Il  est  seigneur  d'auctorité, 

Il  vit  honestement  sans  vice, 

Et  est  sa  bonne  volenté 

De  nous  faire  honneur  &  service. 

Item,  il  a  à  Sainct  Didier 
Très  fervente  clévocion, 
Pourtant  bien  nous  pourra  ayder 
Touchant  ceste  translation. 

Le  SoUBPRIEUR. 
Vous  avez  bonne  oppinion, 
Le  prélat  convient  advertir. 

Le  Piueur. 
Il  fault  en  tout  discrétion. 

Frère  Nicole. 
Vous  avez  bonne  oppinion. 

Frère  Michiel. 
L'Évesque  a  grant  affection 
A  nostre  hostel. 

Le  Prieur. 

Mais  au  martir. 

Frère  Michiel. 
Vous  avez  bonne  oppinion. 

Frère  Nicole. 
Le  Prélat  convient  avertir. 
Le  Prieur. 
Quant  est  de  moy  j'ay  grant  désir 
De  luy  en  touchier  &.  parler. 

Le  Soubprieur. 
Quant  il  vous  viendra  à  plaisir 
Nous  sommes  tous  prest  d'y  aler. 


—  320  — 

Le  Prieur. 
,    Alons  doncques  interpeller 
Sa  face  qui  n'est  pas  haustère, 
Affin  qu'il  se  vueille  mesler 
De  célébrer  le  hault  mistère. 
Ils  vont  vers  VEvesque. 

Le  Fol. 
Que  j'aille  avecques  vous,  beau  frère! 
Car  je  suis  ung  home  d'honneur, 
Foy  qui  doy  l'âme  de  mon  père, 
Les  gens  m'appellent  Monseigneur. 
Je  cognois  bien  ung  fourbisseur 
Fourbissant  verres  au  disner, 
Qui  est  devenu  fort  pisseur 
Par  force  de  fort  choppiner. 
Je  croy  que  j'ay  ouyr  sonner 
Les  matines  en  Paradis, 
Car  je  veul  tous  les  mercredis 
Autant  de  rez  que  de  tondus, 
Mydieux!  ils  seront  confonduz, 
Avant  hier,  quant  je  dormoye. 
C'est  ung  bel  habit  que  de  soye, 
Mais  j'ay  plus  chier  pintes  que  potz. 
J'ay  veu  le  temps  que  je  dansoye, 
N'est-ce  pas  parler  à  propoz  ? 
0  que  veslà  de  mes  suppotz! 
A  Dieu,  messeigneurs,  je  vous  laisse, 
Car  je  voy  entre  deux  trippotz 
Faire  jouer  une  singesse. 

Le  Prieur,  en  saluant  VEvesque. 
Monseigneur,  Dieu  vous  doint  lyesse! 

L'ÉVESQUE   DE   LENGRES. 

Bonjour,  monseigneur  le  Prieur. 


—  321  — 

Frère  Nicole. 
Pour  esloingner  deul  &.  tristesse, 
Monseigneur,  Dieu  vous  doint  h  esse! 

Le  Soubprieur. 
Nous  venons  vers  vostre  noblesse. 

L'ÉVESQUE. 

Bien  soyez  venu,  Soubprieur! 

Le  Prieur. 
Monseigneur,  Dieu  vous  doint  lyesse! 

L'ÉVESQUE. 

Dieu  vous  gard',  monseigneur  le  Prieur  ! 
Quel  chose  avez  vous  sur  le  cueur 
Qui  vous  maine  pardevers  moy? 

Le  Prieur. 
Très  noble  &  révérend  Pasteur, 
Vous  ouvrez  la  cause  pourquoy, 
En  vous  tant  de  bonté  perçoy, 
Que  mon  cas  n'en  peult  pis  valoir. 

L'ÉVESQUE. 

Prieur,  je  vous  jure  ma  foy 
Que  je  feray  vostre  vouloir. 

Le  Prieur. 
llault  Prélat,  remply  de  sçavoir, 
En  qui  toute  vertu  habite, 
Vous  avez  assez  peu  sçavoir 
De  Sainct  Didier  le  grant  mérite, 
Qui  reçeut  mort  par  l'exercite 
Des  Wandres  desnuez  de  sens, 
Lorsque  Lengres  fut  desconfite, 
L'an  de  grâce  xj  &.  quatre  cens. 

Le  grant  Prince  Macomirus 
Esloit  en  France  duc  &  sire, 


ji 


—  322  — 

Et  le  dévot  Ilonoiïus 
Tenoit  le  seplre  de  l'empire, 
Quant  Sainct  Didier  reçeut  marlire 
Pour  nous  monstrer  bon  exemplaire, 
Et  voulst  piteuse  mort  eslire 
Pour  délivrer  son  populaire. 

Et  aflin  qu'on  ne  double  pas 
Qui  règne  au  ciel  sainct  glorieux, 
Devant  &  après  son  trépas, 
Fit  plusieurs  signes  merveilleux, 
Desquels  le  plus  miraculeux 
Et  que  tout  borne  loue  &.  prise, 
C'est  que  son  chief  très  précieulx 
Pourh  tout  mort  en  nostre  église. 

Après  ceste  desconfiture, 
Après  ce  criminel  excide, 
Le  Sainct  fut  mis  en  sépulture 
Dedans  l'église  où  il  préside. 
Le  corps  avecques  nous  réside, 
L'âme  reçoit  biens  perdurables 
Qui  sa  grant  puissance  élucide, 
Par  miracles  inunmérables. 

Boiteux,  bossus  &  contrefaictz, 
Muets,  sourdeaux,  paralitiques, 
Febricitants,  malz  &.  deiïaiclz, 
Lépreux,  aveugles,  lunatiques, 
Enfans  mors,  gens  épileutiques, 
Qu'on  appourte  en  nostre  maison, 
Tant  soyent  jeunes  ou  antiques, 
Cbascun  y  reçoit  garison. 


—  323   - 

0  lieu  décoré, 
0  lieu  bien  envié, 
Tu  es  moult  paré 
D'ung  tel  habitant! 
Ung  cueur  désolé, 
Perplex  ou  foulé, 
Est  tout  consolé 
En  le  visitant. 

Et  brief,  il  nous  fait  de  biens  tant 

Que  nul  ne  les  sçauroit  nombrer, 

Pourtant  me  veul  estre  acquittant 

De  le  servir  <k  honorer, 

Si  me  suys  prins  à  méditer 

A  part  moy,  n'a  pas  longue  espasse, 

Comment  je  peusse  translater 

Son  digne  corps  &  mectre  en  chasse. 

Ung  bon  prieur  nommé  Guyon, 
Qui  de  mort  a  payé  la  rente, 
Fist  faire  par  dévocion 
Une  chasse  moult  excellente, 
Or  laissa-il  vye  présente 
Sans  perfournir  à  ceste  affaire, 
Pourtant  je  m'yngère  &.  présente 
D'achever  ce  qu'il  ne  peust  faire. 

Doncques,  ô  Seigneur  révérend, 
Je  vous  requier  sur  toute  chose 
Que  ne  mectez  nul  différent 
En  ce  cas  que  je  vous  propose, 
Mais  votre  doulceur  se  dispose 
De  célébrer  tout  le  service, 
S'il  convient,  comme  je  suppose, 
Que  nous  faisons  ce  bel  office. 


—  324  - 

L'EVESQUE. 

Prieur,  vous  eu  parlez  très  bien, 
Nul  ue  vous  eu  sçauroit  blasmer, 
Et  faictes  comme  home  de  bien 
D'ainfin  vostre  patron  aymer. 
Mais  pour  ceste  euvre  consomer 
Et  démener  par  bonne  guise, 
Je  veul  advertir  &  somer 
Le  Chappitre  de  mon  église. 

//  parle  au  Chappitre. 

Vous  tous,  Messeigneurs  du  Chappitre, 

Qui  de  sens  avez  grant  planté, 

Bien  sçavez  que  je  pourte  mylre 

Corne  Évesque  de  la  Cité. 

Je  suis  maintenant  invité 

A  drécier  ung  noble  appareil, 

Mais  je  n'en  ay  rien  accepté 

Sans  ouyr  vostre  bon  conseil. 

Vesci  Monseigneur  le  Prieur, 
Lequel  vous  avez  veu  souvanl, 
Pareillement  le  Soubprieur 
Et  les  frères  de  son  couvent, 
Qui  me  pryent  très  instamant 
Que  je  leur  veuille  tous  ayder 
A  relever  notablement 
Le  corps  Monseigneur  Sainct  Didier. 

C'est  un  euvre  excellente  &.  grande 
Que  de  faire  translation, 
Pourtant  sur  ce  cas  je  demande 
Vostre  advis  &  opinion. 


—  325  — 
Le  Doyen  de  Lengres. 
Monseigneur,  à  correction 
Puisque  mon  conseil  demandez, 
Soubz  briefve  collocacion 
Feray  ce  que  vous  commandez. 

Le  bon  Sainct  voulez  relever 
Qui  gist  soubz  petit  édifice, 
En  quoi  vous  n'entendez  grever 
Aucung,  ne  faire  préjudice, 
Et  pourtant  il  seroit  propice 
D'envoyer  quérir  les  bourgeoix 
Pour  demander  de  cet  office 
Leur  oppinion  &  leur  voix. 
Le  Trésorier. 
Seigneur  révérend  &  notable, 
C'est  une  euvre  moult  délectable 
Que  vous  désirez  entreprandre, 
Si  me  semble  assez  convenable 
Que  la  bourgeoisye  bonnorable 
Soit  appelée  au  conseil  prandre, 
11  l'ait  bon  de  plusieurs  aprandre, 
L'homme  seul  ne  peult  tout  comprandre. 

Ceste  parole  est  véritable, 
Mandons  les  bourgeois  sans  actendre, 
Car  ils  nous  pourront  faire  entendre 
Quelque  mot  bon  &  prouffitable. 
Le  Grant  Archidiacre. 
Pour  translater  ung  tel  martir, 
Fault  premièrement  advertir 
Ceulx  qui  sont  en  grant  dignité, 
Oultre  plus  envoyer  quérir 
Et  bénignement  requérir 


-  326  — 

Les  lions  bourgeoys  de  la  Cilé, 
Et  pour  faire  solennité 
D'honneur  &  de  sublimité 
Ainsin  connue  vous  apetez, 
Fault  mander  qu'à  iour  limité 
Les  Barons,  plains  de  grant  bonté, 
Viengnent  icy  de  tous  costés. 

DlJONNOIZ. 

Sainct  Didier,  nostre  bienfaiteur, 
Fut  à  Lengres  digne  pasteur, 
Par  la  divine  Provéance. 
Or  est  ainsin,  noble  Seigneur, 
Que  vous  estes  son  successeur, 
Évesque,  Duc  &  Par  de  Langres. 
Donc  à  cause  de  l'accointance 
Je  conseille  qu'à  toute  instance 
Les  douze  Pers  envoyez  querre, 
Ils  sont  tant  plains  de  bienveullance 
Qu'ils  viendront  en  noble  ordonnance, 
Mais  que  vous  les  veullez  requerre . 

Barroiz. 

Sainct  Didier  eut  la  seignoiïe 
De  Lengres,  notable  et  florye, 
Cilé  de  grant  perfection, 
Or  esse  maintenant  parrie 
De  quoy  n'est  de  rien  amaindrie, 
Mais  à  grant  augmentacion 
A  cause  de  ceste  union 
Et  de  confédéracion 
Avec  les  Pers  de  noble  allaire. 
Mandez  leur  par  légacion 
Qu'ils  veullent  la  translacion, 
Ayder  à  conduyre  et  à  fayre. 


—  327   - 

Bassigny. 

Vous  en  parlez  selon  raison, 
Mandons  les  Pers  de  la  maison 
De  France  qui  est  grant  royalme, 
Puis  après  trovons  achoison 
D'avoir  Evesques  à  foison 
Ou  synon  nous  y  aurons  blasme, 
Car  le  Sainct  que  chascun  réclame, 
Odorant  plus  souef  que  basme, 
Fut  jadis  Evesque  en  ceste  estre, 
Pourtant  vous  jure  sur  mon  âme, 
Qu'à  le  lever  desoubz  la  lame 
Plusieurs  prélats  y  doibvent  estre. 

Le  Chantre. 

Plusieurs  prélats  y  doit  avoir, 
Monseigneur,  vous  avez  dit  voir, 
La  chose  en  sera  trop  plus  digne, 
Au  surplus  faull  faire  dobvoir 
Quant  aux  prélats  de  soy  pourvoir 
D'abbez,  clercs  &.  plains  de  doctrine; 
Ayons  l'abbé  de  sainct  Bénigne 
Qui  est  personne  très  bénigne, 
Si  ne  fauldront  pas  à  nos  esmes  ; 
Pareillement,  je  détermine 
Qu'ung  messaigier  aille  &.  chemine 
A  Sainct  Estienne  &  à  Molesme. 

L'Évesque. 

Vos  paroles  très  familières 
Me  donnent  résiouyssement, 
Vos  oppinions  singulières 
Consolent  mon  entendement. 
Mander  nous  fault  premièrement 
Les  bons  bourgeovs  bien  modérés, 


—  328  — 

Puis  pourvuoyerons  secondement 
Ad  ce  que  vous  délibérés. 
Le  Prieur. 
Or  ça,  messagier,  vous  irez 
Vers  les  bourgeoys  sans  plus  actendre. 

Tost-Prest,  messagier. 
Très  voulen tiers. 

Le  Prieur. 
El  leur  direz 
Qu'à  ce  conseil  se  veulent  rendre. 

Tost-Prest. 
Comment  me  voulez  apprendre 
Ce  que  je  sçay  bien? 

Le  Prieur. 

Ho!  j'ay  tort. 
Tost-Prest. 
Je  leur  l'eray  le  cas  entendre. 

Le  Prieur. 
Despeschez-vous. 

Tost-Prest. 

Je  suis  d'accord. 
Lors  s'en  va  le  Messagier. 

L'ÉVESQUE. 

J'ay  bien  entendu  le  record 
D'ung  chacung  &  bien  escoulé, 
Dieu  veuille  mener  à  bon  port 
Nostre  désir  à  volenté! 
Combien  que  vous  avez  nolté 
De  plusieurs  Evesques  mander, 
Il  m'est  advis  en  vérité 
Qu'autrement  y  t'ault  procéder. 

Vous  sçavez  bien  qu'es  Pers  de  France 
Y  a  six  Prélats  amassés, 


—  329  — 

S'ils  viennent  tous  d'une  aliahce, 
Vous  samble-il  pas  que  c'est  assez? 

Ung  bien  peu  sur  ce  fait  pensez. 

Le  Doyen. 
Ha!  monseigneur,  vous  avez  droit. 

L'ÉVESQUE. 

11  souflit,  vous  le  confessez. 

Le  Prieur. 
Fol  seroit  qui  ne  l'entendroit  ! 
Bailly  parle  an  Messagier  ci  du  : 
Le  Bailly. 
Dieu  gard',  messagier! 

Tost-Prest. 

Dieu  y  soit! 
Le  premier  Bourgeoys. 
Quelz  novelles  ? 

Tost-Prest. 

Rien  que  tout  bien. 
Le  second  Bourgeoys. 
Mon  cueur  grant  lyesse  reçoit 
De  vous  veoir. 

Tost-Prest. 
Je  le  pense  bien. 
Le  tiers  Bourgeoys. 
Dictes  nous  tost  s'il  y  a  rien  ? 

Tost-Prest. 
Vous  en  sçaurez  tantost  le  voir. 

Le  quart  Bourgeoys. 
Et  dont  venez  vous? 

Tost-Prest. 

Dont  je  viens, 
Déà  vous  ne  povez  tout  sçavoir. 


—  330  - 
Monseigneur  l'Evesquc  a  vouloir 
De  vous  déclairer  ce  qu'il  pense, 
Si  ne  pourrez  que  mieulx  valoir 
De  venir  devant  sa  présence. 

Le  Bailly. 

Pour  quel  cas  ? 

Tost-Prest. 

Par  ma  conscience! 
Je  ne  sçay,  mais  on  vous  actent. 

Le  premier  Bourgeoys. 
Ajtj  ronchons  nous  de  l'audience. 

Le  second  Bourgeoys. 
Je  le  veul. 

Le  tiers  Bourgeoys. 
Et  j'en  suis  content. 
Lors  s'en  vont. 

Le  Fol. 
Je  suis  devenu  Président 
Des  requestes  de  mon  hostel, 
Je  veis  hier  trembler,  dent  à  dent, 
Le  cuysenier  Charles  Martel, 
Mais  il  tenoit  ung  grant  coustel, 
Par  saincl  Héloy!  en  une  gaine, 
Dont  il  combattit  Trainne-gaine 
Qui  demeure  au  molin  au  vent, 
C'est  celluy  qui  veult  si  souvanl 
Dancer  une  fois  en  dix  ans. 
Mais  maulgré  tous  les  médisans 
Qui  parlent  tousiours  sans  mot  dire, 
Je  vous  feray  plourer  <k  rire, 
Chanter  à  perdre  pacience, 
J'en  suis  ouvrier  comme  de  cire, 
Tantost  voyrez  l'expérience. 


—  331  — 

Le  B.villy. 
Dieu  vous  doint  gloire  &.  préférence, 
Très  noble  &  révérend  Pasteur  ! 
Le  premier  Bourgeoys. 
Pour  jouyr  de  toute  excellence, 
Dieu  vous  doint  gloire  &  préférence! 

Le  second  Bourgeoys. 
Faire  vous  venons  révéra nce, 
Comme  à  nostre  gubernateur. 

Le  tiers  Bourgeoys. 
Dieu  vous  doint  gloire  &  préférence, 
Très  noble  &.  révérend  Pasteur  ! 

Le  quart  Bourgeoys. 
Nous  venons  pour  vous  faire  honneur 
El  pour  ouyr  vostre  désir. 
L'Évesque. 
Quant  ainsin  venez  de  bon  cueur, 
Vous  me  faictes  ung  grant  plaisir. 

Or  ça,  je  vous  ay  fait  venir 
Pour  une  matière  urgente 
Que  brief  désirons  perfournir, 
S'il  plaist  à  Dieu  qui  tout  régente. 
Vous  sçavez  la  grâce  émynante 
Que  de  Saincl  Didier  recepvons, 
Si  nous  semble  chose  décente 
Que  son  digne  corps  relevons. 

Les  religieux  à  cest  tiltre 

Nous  ont  esté  sollicitans, 

Et  tous  messeigneurs  du  Chappitre 

Y  sont  aydans  &  consentais. 

Pourtant,  avant  qu'il  soit  longtemps, 

Ferons  ceste  euvre  méritoire 


—  332  — 
S'entre  vous  aultres  habitons 
Y  vouliez  bailler  adjutoire. 
Le  Bailly. 

JNoble  Seigneur,  il  est  notoire 
Que  le  martir  de  renommée 
Conserve  enluminure  &.  décore 
Lengres,  la  cité  bien  famée. 
Par  sa  sauvegarde  est  gardée 
La  lingonicque  région, 
Si  doit  estre  recommandée 
Sa  dévote  habitacion. 

Le  premier  Bourgeoys. 
Comancez  la  translacion 
Du  corps  qui  en  bas  lieu  repose, 
Car  ung  chascun  de  nous  dispose 
D'y  estre  en  grant  dévocion. 

Le  second  Bourgeoys. 
Puisqu'on  a  la  possession 
D'une  chasse  richement  close, 
Comancez  la  translacion 
Du  corps  qui  en  bas  lieu  repose. 

Le  tiers  Bourgeoys. 
Chascun  a  affection 
Au  mains,  comme  je  présuppose. 
Mauldit  soit  celluy  qui  s'oppose 
A  si  digne  opéracion! 

Le  quart  Bourgeoys. 
Commancez  la  translacion 
Du  corps  qui  en  bas  lieu  repose, 
Car  ung  chascun  de  nous  dispose 
D'y  estre  en  grant  dévocion. 

Le  Prieur. 
Vous  ouyez  leur  in tencion, 
Monseigneur,  6c  leur  bon  couraige, 


—  333  — 

Si  povez  sans  clilacion 
Commancer  ce  notable  ouvraige, 
El  pour  ce  qu'il  fault  main  voyaige, 
Nommez  un  chascun  personnaige 
Qui  sera  propre  d'y  entendre. 

L'Évesque. 

Premier  si  vous  voulez  contendre 
Des  Pers  de  France  tout  avoir, 
Dedans  Paris  se  convient  rendre 
Pour  les  trouver  à  pour  les  voir, 
Car  on  m'a  fait  icy  sçavoir 
Que  je  m'y  trovasse  avec  eulx 
Affin  d'appoincter  &  pourvoir  - 
Sur  certain  cas  qui  est  doubteux. 

L'archidiacre  du  Barrois 
Et  le  Soubprieur  qui  est  saige, 
Ensemble  ung  notable  bourgeois, 
Seront  commis  à  ce  messaige, 
Ils  ont  faconde  &  bon  langaige 
Pour  bien  sçavoir  persuader, 
Ils  ont  monture,  ils  ont  bagaige, 
Pour  y  bonnement  procède] . 

Item,  frère  Nicole  ira 

A  Sainct  Bénigne  prestement, 

Frère  Michaèl  se  trouvera 

A  Molesmes  pareillement, 

Puis  ung  bourgeois  conséquemment 

Devers  Sainct  Estienne  ira  voir, 

Car  ces  trois  abbés  notamment 

A  ce  dit  jour  voulons  avoir. 


—  334  — 

Tost-Prest,  uostre  bon  messaigier, 
Pas  reposer  nous  ne  tarons, 
Car  il  ira,  .sans  plus  songier, 
Quérir  les  quatre  grans  barons. 
Ainsin  assez  de  gens  aurons 
Selon  que  je  puis  assentir, 
Puis  après  nous  comancerons 
La  translacion  du  martir. 

Or  cà,  Monseigneur  le  Doyen, 
Kl  vous,  Prieur,  mon  amy  chier, 
Il  vous  convient,  par  bon  moyen, 
Toutes  les  lectres  despeschier. 

Le  Doyen. 
Puisque  nous  en  voulez  chargier, 
Incontinant  les  escripvons. 

L'ÉVESQUE. 

Alez  vous  doneques  abrégier. 

Le  Prieur. 
Tost  à  ceste  heure  nous  irons. 

Barroiz. 
Quant  vous  plaira,  nous  partirons 
Pour  aller  vers  les  Pers  de  France, 
Et  de  par  vous  nous  leur  dirons 
Qu'ils  viennent  en  belle  ordonnance. 
Combien  que  je  fais  grant  doubtance 
De  trouver  leur  propre  domainne, 
I  h'i  sont  ils? 

L'Évesque. 
A  Paris  sur  Seinne. 

Le  Soûbprieur. 

I.) '.iler  de  sentier  en  sentier, 
Qui  leur  demeure  ne  sçauroit, 


—  335  — 

Peult-estre  que  d'ung  an  entier 
Les  Princes  on  ne  trouverait. 
Dictes  nous  le  chemyn  tout  droit 
Pour  nous  oster  de  si  grant  peinne. 
Où  sont-ils? 

L'ÉVESQUE. 

A  Paris  sur  Sein  ne. 
Le  premier  Bourgeovs. 
Où  est  leur  habitation? 
Où  est  leur  propre  résidence  ? 
Où  est  leur  domination? 
Où  est  leur  digne  précellence  ? 
Où  est  leur  notable  présence? 
Où  est  leur  face  clerc  ^  sa  inné? 
Où  sont-ils? 

L'Évesque. 

A  Paris  sur  Seinne, 
Pour  matière  haultainne 
Tiennent  conseil  en  parlement. 

Barroiz. 
Dieu  en  sa  grâce  très  certainne, 
Nous  y  doint  arriver  briefment! 

L'Évesque. 
Disposez  vous  lesgièrement, 
Frère  Nicole  de  l'Espine, 
Serchez  l'abbey  de  Sainct  Bénigne 
Qui  à  Dijon  fait  sa  demeure. 
Estes  vous  prest? 

Frère  Nicole. 

Tout  à  ceste  heure. 

L'Évesque. 
Frère  Michel,  vous  partirez 
Et  devers  Molesmes  irez, 
Je  croy  que  la  voye  y  est  seure. 


—  336  — 

Ksi  es  vous  prest? 

Frère  Michel. 

Tout  à  cesle  heure. 
L'Évesque. 
El  ce  bon  bourgeois  ce  ira 
Voir  se  l'aultre  abbé  trouvera. 
Le  tiers  Bourgeoys. 
Voulentiers,  je  vous  en  asseure. 

L'Évesque. 
Estes  vous  prest? 

Le  tiers  Bourgeoys. 

Tout  à  ces  te  heure. 
Tost-Prest. 
Quant  est  de  moy,  je  veux  aler 
Les  quatre  Barons  apeler, 
Car  je  sçay  où  chascun  demeure. 

L'Évesque. 
Estes  vous  prest  ? 

Tost-Prest. 

Tout  à  ces  te  heure. 
L'Évesque. 
Par  délibéracion  meure, 
Le  Doyen  qui  sçet  bien  dicter 
Avecques  le  Prieur  labeure 
Pour  vos  besoingnes  actincter. 

Le  Doyen  appourtc  les  lettres. 
Yesci  ce  qu'il  fault  empourter, 
Monseigneur,  je  vous  viens  tout  rendre, 
Vous  les  povez  faire  mouler, 
S'il  vous  plait. 

L'Évesque. 
Il  y  fault  entendre. 
Chascun  sa  lettre  viengne  prandre  ! 


—  337  — 
Lors  prennent  chascun  une  lettre  par  ordre. 
Barroiz. 
Yt'sei  pour  moy. 

Frère  Nicole. 

Et  cy  pour  moy. 

Le  Prieur. 
Partir  convient  sans  plus  ac tendre, 
Chascun  sa  lectre  viengne  prandre! 

Tost-Prest. 

Aflin  qu'on  ne  me  puisl  reprandre, 
Ça,  mon  parquet  ? 

Le  Doyen. 

Veslà  de  qiioj . 
Lk  Prieur. 
Chascun  sa  lectre  viengne  prandre  ! 

Frère  Michiet.. 
Vesci  pour  moy. 

Le  second  Bourgeoys. 

Et  cy  pour  moy. 

Le  Soubprieur. 
Partons  en  gracieux  arroy. 
Et  pensons  de  fort  ehemyner. 

L'ÉVESQUE. 

Je  requier  au  souverain  Roy 
Qu'il  vous  veuille  brief  ramener! 

Le  Fol. 
Je  me  veul  faire  enluminer 
De  fine  couleur  de  Beaulne. 
Je  vous  dis  que  pour  choppiner 
J'y  suis  docteur,  non  pas  bec  jaulne. 
Sçavez  vous  point  pourquoy  un  asne 
A  si  grans  oreilles,  beau  père? 


—  338  — 

Non  déà.  C'est  pourceque  sa  mère 
Ne  luy  myl  point  de  béguynet 
Pour  sarrer  ung  petit  sa  teste. 
N'est-ce  pas  une  saige  beste 
Que  d'ung  asne?  Mydieux!  ouy. 
Il  m'a  maintes  t'ois  résiouy 
Par  ses  doulx  &  gracieulx  chants. 
Nota  de  Va&ne, 

Ho!  ho  !  Je  m'en  vois  sur  les  champs, 
Çà,  ma  bride  à  ma  muselière, 
Et  par  Dieu!  je  suis  bien  meschans, 
Je  luy  mectoye  par  derrière. 
,Maul  feu  arde  la  poictrenière  ! 
11  en  vient  très  maulvaise  odeur. 
Si  mon  genest  eust  sa  culière, 
Je  (tisse  monté  à  Thoneur. 
Lucifer. 
Gouffre  d'enfer,  caligineuse  horreur, 
Fournaise  ardent,  ténébreuse  terreur, 
Ouvre  ton  puys,  vomis  ta  nourriture, 
Fay  moy  venir  Satham  criminateur 
Et  Belphégor  fort  calomniateur, 
Trop  plus  punais  que  pute  pourriture. 
Mon  cueur  est  goint  de  si  forte  poincture 
Qu'il  n'a  sur  moy  artère  ne  joincture 
Que  tout  ne  soit  pire  qu'empoisonné. 
Faulx  ennemys,  furieuse  laydure, 
Saultez  à  cop  pardevant  ma  figure 
Quant  vous  voyez  que  je  suis  forcenné. 
Satiiam. 
Vesla  rudement  jargonné, 
0  Prince  de  dampnacion! 
Oncques  mais  dyables  deschenné 
.Ne  lit  telle  exclamacion. 


—  388  — 
S'on  vous  fait  mille  extorsion, 
Dictes  nous  d'Où  vient  ces(  oultraige, 
Nous  y  mectrons  provision 
En  despit  de  l'humain  ligna ige. 

Déliai.. 
En  despit  de  ces  popeiars, 
Tristes  mangeurs  de  crucifiz, 
Nous  irons  sur  ce  mois  de  mars 
Au  monde  cueillir  nos  profil/. 
Mais  si  terribles  clarns  &  crys 
Avez  fait  puis  heure  &  demye, 
Qu'oncques  tels  ne  furent  escripts 
Es  complainctes  de  Jhérémye. 

AsTAP.OTH. 

Vous  n'avez  cause  de  vous  plaindre; 
Lucifer,  besle  truculente. 
Car  s'a  mon  désir  puis  actaindre. 
Je  feray  maincte  àme  dolente. 
Par  ma  faulceté  pestillente 
J'aj  tant  forgé  depuis  sepl  ans, 
One  noire  cliauldière  pulente 
Sera  plainne  dedans  brief  temps. 

Lé  via  tua  m. 
Je  vous  diray  cent  fois  plus  fort 
Si  vous  m  •  voulez  escouter, 
.l'ai  tant  l'ail  de  charme  &  de  sort 
Qu'il  n'est  nuj  qui  le  sçeyt  compler. 
J'ay  fait  les  grans  estaz  porter, 
J'ay  fait  laisser  toutes  vertus, 
J'ay  l'ait  dancer  oc  tricquoter 
Dont  mile  culz  seront  bains. 

Belphégob 
Veslà  follement  proposé, 
Veslà  trop  desgorge  lengaige. 


—  340  — 

El  moy  me  suis-je  reposé? 
Nenni,  non,  j'ay  fait  rouge  raige. 
Il  n'y  a  si  fol,  ne  si  saige 
Qui  ne  soit  pire  qu'Antecrist, 
Car  par  mon  pourchaz  &  oultraige, 
Gliascun  blasphesme  Jhésu  Crist. 

Cerrérus. 

Et  pourtant  si  j'ay  gardé  l'estre 
De  nos  lieux  obscurs  &  infects, 
Ne  doy-je  pas  aussi  bien  estre' 
Recommandé  comme  tu  fais. 
J'ay  arrousé  pécheurs  punais 
De  souffre,  plomb  6c  mâcher  on, 
Tellement  que  tous  les  plus  nets 
Sont  aussi  noirs  qu'ung  chauderou. 

Lucifer. 

Cruels  serpens,  plains  de  poison, 
Laissez  moy  toutes  ces  paroles, 
Il  n'est  pas  maintenant  saison 
De  compter  oppinions  folles, 
Vous  deussiez  songer  monopolles 
Encontre  Langres  qui  triumphe, 
Et  vous  n'entendez  qu'à  frivoles, 
C'est  la  cause  pourquoi  je  groimphe. 

Sainct  Didier  qui  vous  mist  iadis 
En  mortels  périls  &  destrois, 
Depuis  qu'il  est  en  Paradis 
Nous  fait  pis  cinq  cent  mille  fois, 
Et  encoires  depuis  ung  mois 
Ont  entreprins  pour  nous  grever. 
Tant  le  clergé  que  les  bourgeois, 
Du  corps  translater  &  lever. 


—  341   — 

Satham. 
Kt  puis? 

LlCIFER. 

Il  convient  troter. 
Satham. 
Comment  troter? 

Lucifer. 

Lesgièrement. 
Satham. 
Pourquoi  faire  ? 

Lucifer. 

Pour  tout  gaster. 
Satham. 
Par  quel  façon  ? 

Lucifer. 

Comintemcnl. 
Satham. 
Dictes  la  manière  comment. 

Lucifer. 
Il  fault  soubtilz  moyens  serchier. 

Satham. 
Kt  au  surplus? 

Lucifer. 
Soubstilenienl 
La  translacion  empeschier. 

Et  pourtant  très  faulce  mesgnie, 
Rude  ribaudaille  rusée, 
Dès  maintenant  je  vous  renye 
Si  vous  ne  troublez  la  fusée, 
Car  si  la  chose  est  achevée 
Ou  qu'on  célèbre  cest  office, 
Mainte  âme  en  sera  relevée 
Tousiours  à  nostre  préjudice. 


—  342  - 

Satham. 
Miiis  que  Bélial,  mon  complice, 
Soisl  presl  à  mou  oppinion, 
.le  veul  estre  comis  au  supplice 
S'mi  y  fait  jà  Iranslacion! 
Par  sainte  persuasion, 
Nous  voulons  estre  curieux 
De  bouler  eu  division 
L'Evesque  ô.  les  religieux. 

Bélial. 
.Nous  trouverons  tours  merveilleux, 
Souldainnement  &  en  peu  d'heure, 
Pour  faire  le  cas  périlleux 
Aflin  que  la  chose  demeure. 
A.STAROTH. 

Si  je  n'y  bèsbingne  0;  labeure 
Tout  ne  vault  pas  ung  chou  cabuz, 
Roy  Lucifer,  je  vous  asseure 
Que  de  tels  folz  ce  n'est  qu'abuz. 

Léviatham. 
Encoir  es-tu  plus  quoquibus 
D'atribuer  l'honneur  à  loy, 
Car  pour  mectre  tout  rasibus 
Tu  sçez  bien  qu'il  n'y  a  que  moy. 

Belphégor. 
A  ce  que  je  voy  &.  perçoy, 
Faulce  envye  vous  fait  hoingnier. 
Ghascun  face  comme  pour  soy, 
Quant  à  moy,  je  vois  besoingnier. 

Cerbérus. 
Dyables,  alez  tout  exploiter, 
Alez  l'aire  nostre  cas  bon, 
Car  vous  sçavez  qu'il  est  mestier 
Que  j'aille  souffler  le  charbon. 


—  343  - 

ASTAROTH. 

Or,  alons  on  provision 

Kl  besoingnons  diligemment. 

Bélyal. 
Deux  mots  do  bénédiction 
Lucifer,  à  ce  parlement. 
Lucifer  . 
Que  de  tonnerre  &.  do  tormentj 
Do  fureur  ex  de  forcénemont, 
ht»  «rosse  gresle  &  de  marteaulx, 
Puissiez  avoir  prouchainement 
Escalvasie  totalement 
Lo  cul,  la  teste  &  les  boyaulx  ! 
Tous  les  Dyables  ensemble  disent  : 
Amen!  amen! 

Satham. 

Les  mots  sont  beaulx, 
Nous  \\en  povons  que  pis  valoir. 

Lucifer. 
Alez  lost,  dyables  desléaulx. 

Astaroth. 
Créez  que  nous  avons  bon  vouloir. 
Le  Prieur. 
Parlant  à  l  Evesqtie  et  aux  autres. 

Jhésu  Crist  qui  sçet  tout  pourvoir 
Veulle  condnyre  nos  messaiges! 

L'Évesque. 
Je  croy  qu'ils  feront  tel  debvoir 
Qu'on  les  réputera  pour  saiges. 

Le  Prieur. 
Sainct  Didier  qui  voit  nos  couraiges, 
Vueille  pourvoir  &  adresser 
Leurs  meurs,  leurs  laits  &  leurs  lengaiges, 
Pour  ceste  entreprinse  avancer. 


—  3-U  — 

L'ÉVESQUE. 

Bon  seroit  de  luy  supplyer 
Qu'il  nous  fist  garde  &  conducteur 
Pour  son  renom  multiplyer 
Tout  à  l'honneur  du  Créateur. 

Le  Prieur. 

Je  vous  requiers,  noble  Pasteur, 
Qu'une  oroison  lui  présentez. 

L'Évesque. 

Je  le  fera  y  de  très  bon  cueur 
Ainsin  comme  vous  l'apetez. 

Lors  se  mecl  à  genonlx. 

0  Martir  doulx  &  amyable, 
Pasteur  dévot  <x  pitéable, 

Régnant  en  gloire, 
Qui  ceste  Cité  honnorable, 
Comme  béguin  &.  favorable 

Garde  &  décore, 
Requier,  intercède  <k  implore 
Devant  le  divin  auditoire, 

Par  beaux  recors, 
Qu'on  puist  faire  en  ce  territoire 
Relevacion  méritoire 

De  ton  sainct  corps. 

Le  Prieur,  à  (je.noulx. 

0  safir,  plain  de  relucence, 
Carboucle  de  magnificence, 

Fleur  de  beaulté, 
Qui  par  doulce  bénévolence 
Tient  tousiours  en  convalescence 

Ceste  Cité, 


—  345  — 

Par  ta  bénigne  purité, 
Impètre  vers  la  Trinité, 

Dévotement, 
Que  ton  corps,  plain  de  dignité, 
Puist  estre  de  nous  translaté 

Honestement. 

Sainct  Didier  en  paradis,  à  genou Ix  devant  Dieu. 

Hoy  régnant  perdurablemenl, 
Trîumphant  éternellement, 
Incompréhensible  Lumière 
Qui  passe  tout  entendement, 
Qui  est  fin  <k  commencement, 
Cause  des  causes  la  première, 
Regarde  la  bonne  manière 
Que  Lengres,  cité  aulmosnière, , 
Maintient  pour  mon  intencion, 
Et  permects  qu'en  ceste  matière 
Leur  volonté  saincte  &  entière 
Puis!  venir  à  perfection! 

O  Virginité 

Et  Maternité 
Pucelle  &  nourrice  ! 
0  formosité, 
Préciosité 

Sans  tache  oc  sans  vice, 
Rendez  tout  propice 
Le  chief  de  justice 
Vers  ces  bonnes  gens 
Qui  de  mon  service, 
Louange  &  office, 
Sont  très  diligcns! 


—  346  - 

Virgo  Maria. 

Puys  de  toul  bien,  Puissance  paternelle, 

Luysanl  Splendeur,  Refulgenee  éternelle, 

Très  convenable  à  povres  gens  ayder, 

Retournez  vous  vers  pitié  maternelle 

Et  entendez  l'oroison  solennelle 

Que  je  vous  fays  pour  vostre  amy  Didier. 

Les  cueurs  dévots  se  veulent  employer 

A  son  tombeau  ouvrir  &  desployer 

Pour  le  sainct  corps  mectre  en  meilleur  estât, 

Si  le  veuillez  (elle  grâce  envoyer 

Que  l'ennemj  ne  les  point  desvoyer 

On  empescher  d'ataindre  à  leur  optât. 

Donnez  cueur  docile, 

Moyen  tant  facile. 
Voye  si  agile, 
Que  ceste  euvre  utile 
Preingne  lin  condigné, 
(lai-  la  chair  fragile, 
Caduque  &  débile, 
Pusille  oc  mobile, 
N'est  à  rien  habile, 
Sa  grâce  divine. 

De  us. 
En  moy  toute  pitié  domine, 
Doulceur  prant  de  moy  sa  naissance, 
.le  réconforte  oc  enlumine 
Gelluy  qui  a  bonne  espérance. 
Salomon,  en  briefve  substance, 
Mon  tillre  a  dit  <x  exprimé, 
Prononçant  comme  à  ma  semblante  : 
IHligo  diligentes  me, 


—  347  — 

Qui  me  pourte  honneur 
Sera  bien  euré 
Ri  comme  seigneur 
De  tous  honoré. 
J'ay  telle  bonté 
Que  qui  m'aymera 
De  ma  Majesté 
Dieu  aymé  sera. 

Didier  qui  a  totalement 
Mis  en  moy  son  affection, 
Mérite  que  pareillement 
J'aye  à  luy  grant  diiection, 
Si  veul  que  la  translacion 
Soit  entreprise  &  accomplie, 
El  que  toute  la  région 
De  ses  miracles  soit  remplye. 

Le  Fol. 

Maistre  Arripe  de  Barbaryo, 
Docteur  en  choppinacion, 

Veult  que  tout  home  se  marye 

Pour  avoir  généracion. 

J'ay  une  imapinacion 

Qui  me  t'ait  beaucoup  varier, 

J'ay  veu  qu'on  souloit  marier 

Hommes  &  femmes  de  \\  ans, 

Maintenant  lesjeusnes  enfans 

Enraigenl  d'estre  mariés, 

Je  veul  qu'ils  soyent  hariés 

Et  que  beaucop  de  mal  ils  sentent, 

Et  puis  après,  s'ils  se  repentent, 

Pour  Dieu!  ne  m'en  demandez  rien 

Je  demande  à  ces  gens  de  bien 


—  348  — 

Quel  beste  c'est  que  mariaige? 

Par  Dieu!  veslà  qui  le  sçet  bien, 
Car  il  ne  l'a  pas  d'avantaige. 
Barroiz,  «i  Paris. 
Nous  avons  fait  demy  voyaige, 
Car  vesci  Paris,  la  cité 
Où  les  Pers  de  noble  paraige 
Ce  sont  tenus  tout  cest  esté. 
Le  Sodbprieur. 
.le  voy  leur  haulte  maiesté, 
Je  voy  leur  dominacion . 

Le  premier  Bourgeoys. 
Alons  en  toute  humilité 
Leur  rendre  salutacion . 
Lors  saluent  les  Pers. 

Barroiz. 
Celuy  qui  lit  sa  mansion 
En  la  digue  Vierge  Marie, 
Veuille  garder  la  Seignorie 
De  toute  tribulacion  ! 

L'Arcevesque  de  Rains,   Par 
Par  sa  sainte  protection, 
Garde  vostre  à  me  d'estre  pcrie 
Celluy  qui  lit  sa  mansion 
En  la  digne  Vierge  Marie! 
Le  Soubprieur. 
La  lingonicque  nacion, 
Homme  joyeuse  <x  non  marrie, 
Vers  vostre  excellente  Parrie 
Nous  envoyé  en  commission. 

Le  premier  Bourgeovs. 
Celluy  qui  fit  sa  mansion 
En  la  digne  Vierge  Marie 


—  M9  — 

Vueille  garder  la  seignorie 

De  toute  tribulacion! 

Le  Duc  de  Bourgogne,  Far. 
D'où  vient  ceste  légation? 

Barroiz. 
De  Lengres,  la  cité  romainne. 

Le  Duc  de  Bourgogne,  Par. 
Faieles  briefve  narracion 
De  la  cause  qui  vous  a  ma  inné. 

Barroiz. 
Nous  venons  pour  chose  haultaine 
Vers  vostre  douceur  bien  famée, 
Dont  démonstration  certain.' 
Fera  cesire  lectre  fermée. 

Cil  montre  la  lettre. 

Nostre  Pasteur  de  renommée, 
Duc  de  Langres  oc  Par  de  France, 
A  une  matière  entamée 
Qui  est  de  moult  grande  importance, 
Si  en  fait  faire  remonstran.ee 
Devant  vos  nobles  dignités, 
Vous  supplyant  à  tout;'  instance 
Qu'à  ce  besoing  le  visitez. 

Plusieurs  fois  avez  ouy  dire 

Que  Sainct  Didier,  vray  catholique. 

Souffrit  passion  &  martire 

Par  la  puissance  wandalicque, 

Car  sans  craindre  fureur  inique 

De  Croscus  ne  de  son  effort, 

Selon  doctrine  évangélicque, 

Pour  son  peuple  voult  souffrir  mort, 


—  350  - 

Vprès  ce  douleureùx  meschief 
Kl  après  sa  morl  corporelle, 
Il  empourlii  son  propre  çhief 
Dedans  son  église  &  chapelle  ; 
Le  bourreau  brisa  sa  cervelle 
Gomme  fol  v.v  démonniacle, 
Puis  une  porte,  riche  c<  belle, 
Se  monslra  clouse  par  miracle. 

Le  martire  ainsi n  consomé, 
Wandres  furent  moull  esbays, 
Car  voyans  l'ung  d'eulx  assommé 
Ils  se  partirent  du  pays. 
Ainsin,  après  ses  maulx  comis, 
Le  di^ne  &  glorieulx  Marlir 
Fil  rendre  paix  à  ses  âmys 
El  les  satellite.-  partir. 

Le  corps  fut  en  terre  posé 
Par  mistère  très  sumptueux, 
Où  a  ix  c  ans  reposé, 
Faisant  miracles  merveilleux. 
Maintenant  les  Religieux 
Font  grant  sollicitation 
Que  du  eoi-ps  digne  &  glorieux 
Soit  faite  révélacion. 

Noslre  Prélal  a  bien  voulu 

Que  la  chose  en  conseil  fut  mise, 

Puis  a  finalement  conclu 

lie  mectre  à  fin  ceste  enlreprinse. 

La  journée  est  jà  toute  prinse 

Pour  ce  noble  corps  relever, 

Si  vous  supplye  sans  faintise 

Qu'à  Lengres  vous  veuillez  trouver 


—  351  — 

L'Arcevesque  de  Rains,  Par. 
L'Évesque  fait  moult  à  louer 
De  vouloir  lel  chose  parfaire, 
Car  c'est  pour  l'Église  douher 
D'iiii^  précieux  reliquaire. 

Le  Duc  de  Bourgogne,  Par. 
Seigneurs,  vesci  moult  grant  affaire, 
Pourtant  fault  bien  que  regardons 
Quel  chose  nous  avons  à  faire, 
Allin  que  nostre  honneur  gardons. 

L'Évesque  de  Laon,  Par. 
C'est  raison  que  nous  contendons 
De  nous  tirer  en  son  quartier, 
Puisque  sçavons  &  entendons 
Qu'il  a  de  nous  si  grant  mestier. 

Le  Duc  de  Normandie,  Par. 
On  doit  ses  bons  amys  ayder, 
Si  concludz  qu'aler  y  fauldra, 
Kt  le  glorieux  Sainct  Didier 
A  cent  doubles  nous  le  rendra. 

Le  Duc  de  Guyenne,  Par. 
Qui  selon  mon  conseil  fera, 
San!'  tout  honneur  «x  révérence, 
Prestement  on  leur  mandera 
Que  nous  y  serons  en  présence. 

L'Évesque  de  Ghaalons,  Pau. 
L'Evesque  remply  de  prudence 
Et  tout  le  clergé  nous  en  prye, 
Si  debvons  bien  l'aire  assistance 
A  leur  notable  Seignorie. 

Le  Conte  de  Champagne,  Par. 
Quant  est  de  moy  j'ay  grant  envye 
D'aler  à  Lengrès  pas  à  pas, 


—  352  — 

Qui  ne  fait  du  bien  en  sa  vye 
Quant  il  veult  n'y  recoure  pas. 

L'Évesque  de  NoyoNj  Par. 

Aler  fault  avec  ces  légats 
Très  voulentiers,  non  pas  envis, 
Car  Dieu  dit  :  Aliis  nfins 
Simt  libi  fini  vis.. 

Le  Conte  de  Flandres,  Par. 

C'est  ung  mot  qui  est  moult  bien  mys 
Et  <pii  pourte  grant  effîcass 
Car  on  doit  faire  à  ses  amys 
Ainsin  comme  on  veult  qu'on  luy  face. 

L'Évesque  de  Beaulvais,  Par. 

Je  me  Irouveray  face  à  face 
A  Lengres,  la  lionne  cité, 
Voire  si  Dieu  me  donne  grâce 
D'estre  lors  en  prospérité. 

Le  Conte  de  Thoulouze,  Par. 

Quant  ung  Par,  pîain  de  grant  bonté, 
Veult  les  aultres  Pers  appeler. 
Aux  Pers  est  boute  &  lascheté 
S'a  leur  Par  ne  deignent  aler. 

Le  Sotjbprieur. 

Encoir  est-il  bien  à  noter. 
Messeigneurs,  à  correction, 
Que  le  Sainct  qu'on  veult  translater 
Fut  de  vostre  vocacion, 
Il  a  voit  la  prélacion 
Du  diocèse  lingonicque, 
Qui  est.  par  augmentation, 
Parrie  <-v  duché  auctentique. 


—  853  — 

Ainsin  l'Evesque  &  Par  de  France 

Comme  l'ers  vous  fait  requérir 
Qu'à  celle  dévote  ordonnance 
Venez  le  pardon  acquérir. 
Pour  vous  y  faire  consentir, 
Vesci  lettre  &  rescriplion 
Par  laquelle  pourrez  sentir 
Tout  au  long  leur  intencion. 

L'ARCEVESQDE    DE    RlAINS. 

Voyons  la  déclaracion 
De  cesle  escriplure  notable, 
Puis  leur  ferons  relacion 
Telle  qu'il  sera  convenable. 

Lors  lisent  les  lettres  entre  eulx. 

Puis  dit  : 

Le  Duc  de  Bourgoine. 
Nous  avons  ouy  elèrement 
Tout  ce  qu'en  la  lectre  est  dicley, 
Requis  sommes  expressément 
D'aler  à  la  solennité. 

L'Arcevesque  dp:  Rains. 

Si  c'étoit  pour  mondanité, 

Pour  quelque  honneur  ou  convoitise. 

J'en  feisse  aullre  difficulté, 

Mais  nennil,  car  c'est  pour  l'Eglise. 

Le  Duc  de  Normandie. 
Quant  est  de  moy  je  loue  à  prise 
Le  désir  bon  ix  vertueux 
De  ceulx  qui  font  cesle  entreprinse 
Pour  l'honneur  du  Sainct  glorieux. 

L'Evesque  de  Laon. 
Puisque  le  Prélat  gracieux 
Nous  mande  à  la  translacion, 


—  354  — 

Nous  debvons  estre  curieux 
D'y  monstrer  bonne  affection. 

Guyenne. 
Je  suis  de  ceste  oppinion 
Que  nous  debvons,  sans  plus  tarder, 
Laisser  toute  occupacion 
Pour  en  ce  cas  mieulx  procéder. 

Chaalons. 
L'euvre  est  moult  à  recommander 
Et  digne  de  grant  assistence, 
Pourtant  nous  ont  voulu  mander 
Affin  que  soyons  en  présence. 

Champagne. 
A  brief  j'en  diray  ma  sentence, 
Mais  pour  l'amour  du  personnaige 
J'iray  en  très  noble  apparence, 
Puisque  c'est  en  mon  voisinaige. 

Noyon. 
Vous  y  avez  grant  avantaige, 
Vu  que  c'est  en  vostre  quartier, 
Non  pourtant  j'ay  bien  le  couraige 
D'y  estre  aussi,  s'il  est  mestier. 

Flandres. 
Pas  ne  sommes  à  recointer, 
Ou  par  lascheté  endormis, 
A  peu  parler  bien  exploictier 
Il  fault  secourir  ses  amys. 

Beaulvais. 
Ceux  de  Lengres  ont  tousiours  mis 
Diligence  d'acquerre  bonneur, 
Et  pour  cela  Dieu  a  permis 
Que  Didier  leur  porte  bon  eur. 


—  355  — 

Thoulquze. 

Puisqu'on  nous  semond  de  bon  cueur 
A  ce  digne  fesloyement, 
S'il  plait  au  benoist  Créateur, 
Nous  irons  tout  présentement. 

Rains. 
Mes  amys,  vous  oyez  comment 
Les  Pers  prainnent  conclusion 
D'aler  très  desbonnairement 
A  ceste  révélacion. 

Le  Soubprieur. 
De  leur  dévote  intencion 
Les  mercions  cent  mille  fois. 

Barroiz. 
Nous  en  ferons  relacion 
Tant  au  clergé  comme  aux  bourgeois. 

Le  premier  Bourgeoys. 
Vray  est  qu'avant  qu'il  soit  ung  mois, 
Convient  la  feste  encommancer, 
Si  vous  pryons,  Seigneurs  courtois, 
Qu'ung  peu  vous  veuillez  avancer. 

Bourgoine. 
Tost  que  chascun  ait  son  destrier, 
Puisqu'il  fault  que  nous  en  alons. 

NORMANDYE . 

Prest  suis  de  monster  en  restrier 
Voire  &  de  picquer  des  talons. 
Cy  amerment  les  chevaulx. 
Laon. 
Je  vous  requier  que  nous  montons. 

Chaalons. 
Je  seray  tantost  à  cheval 


—  356  — 
Guyenne. 
Jl  est  heure  que  nous  partons. 

NOYON. 

Je  vous  requier  que  nous  montons. 

Champagne. 
Puisqu'ainsin  est  hors  nous  hastons. 

Beaulvais. 
Chevaulchons  à  mont  <k  à  val. 

Flandres. 
Je  vous  requier  que  nous  montons. 

Thoulouze. 
Je  seray  tantost  à  cheval. 
Bârroiz. 
Celluy  qui  de  lieu  virginal 
Voulst  naistre  pour  humain  lignaige, 
Nous  vueille  garder  de  tout  mal 
Et  adresser  en  ce  voyaige  ! 
Lors  montent  à  cheval  et  se  partent . 

Le  Fol. 
Il  y  aura  grant  tripoutaige 
Quant  tous  ses  gens  seront  ensemble, 
Ce  ne  sont  pas  gens  de  villaige, 
Au  mains. selon  ce  qu'il  me  semble. 
J'ay  vendu  mon  boys  jusqu'au  tremble 
Sur  la  plainne  de  Marrigny. 
Bonjour  là,  Tomme  d'Orbigny, 
Qui  pourte  ung  chapperon  de  rouge, 
Fl  cesluy  là  qui  ne  se  bouge, 
Ne  chemyn-il  pas  en  dormant? 
Je  m'en  vois  quérir  une  bouge, 
Messeigneurs,  ;i  Dieu  vous  comment. 


—  35:  - 

Fhère  Nicole. 
Or,  suis-je  venu  lant  avant, 
A  l'ayde  du  Gréaleur, 
Que  j'aperçoy  illec  devant 
De  Sainct  Bénigne  le  Seigneur, 
.le  lui  veul  aler  faire  honneur 
Et  narrer  ma  commission, 
En  luy  supplyant  de  bon  cueur 
Qu'il  soit  à  la  translation. 
Lors  le  sahu>. 

D'honneur  et  d'exaltation 
Puissiez  avoir  acroissement  ! 

L'Abbé  de  Sainct  Bénigne. 
Dieu  vous  doint  distribution 
D'honneur  à  d'exaltation, 
Et  en  la  fin  finission 
De  joye  ou  résioussement  ! 

Frère  Nicole. 
D'honneur  lV  d'exaltation 
Puissiez  avoir  acroissement  ! 

Le  Prélat  qui  communément 

Réside  à  Lengres  la  cité, 

M'a  envoyé  présentement 

Devers  vostre  Paternité, 

Et  mon  Prieur,  d'aultre  coslé, 

Qui  est  des  parfaits  l'oultre  passe. 

Par  amour  <k  humilité 

Se  recommande  à  vostre  Grâce. 

Ils  ont  conclud  puis  une  espace 
De  lever  de  terre  <x  vuydier, 
Pour  mectre  en  excellente  chasse, 
Le  précieux  corps  Sainct  Didier, 


—  358  — 

Et  pourtant  vous  font  supplyer 
Que  vous  y  soyez  en  personne, 
Pour  accroistre  &  niultiplyer 
L'honneur  de  Dieu  qui  tout  ordonne. 

Le  terme  vient,  le  jour  est  brief, 
Comme  pourrez  appercevoir 
Par  ceste  lectre  &  par  ce  brief, 
S'il  vous  plaist  le  lire  à  le  voir. 

L'Abbé  de  Sainct  Bénigne. 
Je  n'eus  oncques  aultre  vouloir 
Depuis  que  suis  en  bénéfice, 
Sinon  de  faire  à  mon  pouvoir 
A  Dieu  &  au  monde  service. 

Lors  fait  semblant  de  lire  la  lectre. 

Mon  bel  amy,  j'entends  le  fait, 
J'ay  tout  leu  dessus  &  dessoubz, 
Pourtant  de  couraige  parfait 
Je  m'en  iray  avecques  vous. 
De  vray  ! 

Frèbe  Nicole. 
Seigneur  bénigne  &  doulx, 
Dieu  le  vous  vueille  guierdonner  ! 
Mais,  s'il  vous  plait,  despeschons  nous. 

L'Abbé  de  Sainct  Bénigne. 
Je  suis  tout  prest  de  chemyner. 
Fait  semblant  de  parler  à  ses  gens. 

Çà,  çà,  faictes  moy  amener 
Monture  comme  il  appartient, 
Car,  sans  plus  icy  séjourner, 
Vers  Lengres  chevauchier  convient. 
Lors  se  paru 


—  359  — 
Frère  Michiel. 
Veslà  Molesme  devant  moy 
Et  l'Abbé,  home  de  science, 
Pourtant,  ainsy  comme  je  doy, 
Je  luy  voy  faire  révérence. 
Le  salue. 

La  divine  Magnificence 

Vous  mainctienne  en  prospérité  ! 

L'Abbé  de  Molesmes. 
Jhésu  Crist,  par  sa  providence, 
Vous  doint  paix  &.  tranquillité! 

Frère  Michiel. 
Pour  ung  cas  bien  peu  usité, 
L'Évesque  devers  vous  m'envoye. 

L'Abbé  de  Molesmes. 
Que  j'en  saiche  la  vérité, 
Aflin  telle  que  j'y  pourvoye. 

Frère  Michiel. 
Vesci  la  cause  de  ma  voye 
En  cesle  lettre  qui  est  close. 

L'Abbé  de  Molesmes. 
C'est  bien  raison  que  je  la  voye 
Premièrement  que  j'en  dispose. 
Il  lit  la  leclre  et  puis  dicl  : 

Or  çà,  j'entends  toute  la  chose, 
Plus  avant  n'en  fault  relater. 
Monseigneur  de  Lengres  propose 
Du  corps  Sainct  Didier  translater, 
Et  pourtant  me  fait  inviter 
D'y  estre  personnellement, 
Affin  d'accroistre  &.  augmenter 
L'honneur  du  Sainct  plus  amplement. 


—  360  — 

Cela  luy  procède 
D'honncste  couraige, 
Pourtant  je  concède 
D'y  faire  ung  voyaige. 
Tel  pélerinaige 
Doit-on  accepter 
Qui  perte  ou  dommaige 
Peull  faire  éviter. 

Frère  Michiel,  à  brief  parler, 
Mon  intencion  vous  déclaire, 
Je  suis  très  content  d'y  aler 
Pour  voir  le  beau  reliquaire. 
Frère  Michiel. 
Voslre  doulceur  très  desbonnaire 
Soit  aggréable  au  sainct  Martir! 
L'Abbé  de  Molesmes. 
Mais  au  surplus  qu'est-il  de  faire? 

Frère  Michiel. 
Ne  reste  mais  que  de  partir. 

L'Abbé  de  Molesmes. 
Rien  n'est  qui  me  sçeut  retenir. 

Frère  Michiel. 
Parlons  doncques. 

L'Abbé  de  Molesmes. 

Quant  vous  vouldrez. 
Frère  Michiel. 
S'a  ceste  heure  vous  plait  venir, 
Ma  compaignie  avoir  pourrez. 
L'Abbé  de  Molesmes. 
Parlant  à  ses  gens. 

Deux  ou  trois  chevaulx  m'amenez. 

Frère  Michiel 
Despeschons-nous,  je  vous  en  prye. 


—  du  — 

L'Abbé  de  Molesmes. 
Entre  vous  qui  me  gouvernez, 
Deux  ou  trois  chevaulx  m'amenez, 
Vous  aussi  le  vostre  prenez. 
Frère  Micuiel. 
Il  est  prest,  par  Saincte  Maryt-  ! 
L'Abbé  de  Molesmes. 
Deux  ou  trois  chevaulx  m'amenez. 

Frère  Michiel. 
Despeschons-nous,  je  vous  en  pryé. 

L'Abbé  de  Molesmes. 
Frère  Michiel,  j'ay  grant  envye 
D'estre  à  Lengres  à  mon  optât. 

Fbère  Michiel. 
Je  prye  au  benoist  fruyt  de  vye 
Qui  nous  y  mainne  en  bon  estât. 
Lors  s'en  vont. 

Le  second  Bourgeoys  de  Lengres. 
Je  voy  l'Abbé  de  Sainct  Estienne 
Qui  est  illec  emmy  la  place, 
Pourtant  la  commission  myenne 
Luy  voy  déchirer  face  à  face. 
Le  salue. 

Ceîluy  qui  les  peschiez  elface, 
Monseigneur,  vous  doint  paradis  ! 

L'Abbé  de  Sainct  Estienne. 
En  toute  bonté  vous  perface, 
Celluy  qui  les  peschiez  efface  ! 
Que  quérez  vous? 

Le  second  Bourgeoys. 

En  peu  d'espace 
Le  pourrez  sçavoir  par  mes  dicls. 
Celluy  qui  les  peschiez  efface, 
Monseigneur,  vous  doint  paradis  ! 


—  362  — 

Les  Seigneurs  nobles  &  gentilz, 
De  Lengres,  cité  belle  à  gente, 
Qui  de  tout  temps  sont  ententis 
A  vertu  clère  &  réfulgente, 
Veullent  par  amoureuse  entente 
Translater  le  corps  Sainct  Didier, 
Si  leur  semble  chose  décente 
Qu'à  ce  jour  les  venez  ayder. 

Et  afïin  de  vous  aprester 
A  ce  mistère  gracieux, 
Cest  escript  vous  font  présenter 
L'Evesque  &  les  Religieux. 

L'Abbé  de  Sainct  Estienne. 
Mon  amy,  je  suis  bien  joyeux 
De  ceste  révélacion, 
Je  liray  cy  ung  mot  ou  deux, 
Puis  diray  mon  intencion. 
Lors  lit  la  Icclre  et  dit  : 

J'ay  leu  vostre  rescription 
Laquelle  est  doulce  &  amyable, 
Et  fait  expresse  mencion 
De  la  translacion  notable. 
Puisqu'à  ceste  feste  honnorable 
Suys  semond  tant  bénignement, 
Bien  est  licite  à  convenable 
Que  je  m'y  treuve  honnestement. 

Au  jour  seray, 
S'il  plait  à  Dieu! 

Le  second  Bourgeoys. 
Dictes  vous  vray? 

L'Abbé  de  Sainct  Estienne. 
Au  jour  seray. 


—  363  — 

Le  second  Bourgeoys. 
Je  vous  menray 
Jusques  au  lieu. 

L'Abbé  de  Sainct  Estienne. 
Au  jour  seray, 
S'il  plait  à  Dieu! 

Bien  a  le  cueur  rude  &  impieu 
Celluy  qui  ne  veult  honnorer 
Le  Sainct  qui  est  tant  doux  &  pieu 
Qu'on  ne  le  peult  trop  révérer. 

Le  second  Bourgeoys. 
Pour  Dieu  !  veuillez  vous  préparer. 

L'Abbé  de  Sainct  Estienne. 
Je  le  feray  très  volontiers. 

Le  second  Bourgeoys. 
Je  vous  garderay  d'égarer, 
Moy  qui  cognois  tous  les  sentiers, 
Et  vous  menray  plus  court  un  tiers 
Qu'ung  qui  ne  s'en  sçauroit  mesler. 

L'Abbé  de  Sainct  Estienne. 
Or  çà,  ma  mulle  &.  mes  trottiers! 
Car  à  Lengres  m'en  veul  aler. 
Lors  monte  à  cheval  avec  ancungs  serviteurs  qui  ne  parle 
point,  puis  dit  Tosl-Prest,  le  messagier  de  Lengres  : 

Tost-Pbest,  messagier  de  Lengres. 
Ho!  j'oublyoye  d'arrouser 
Ma  langue  qui  est  toute  seiche. 
//  boit. 

Sainct  Jehan!  il  y  fait  bon  muser. 
Ha!  ha!  barbier  pesche  la  pesche, 
J'ay  maintenant  la  langue  fresche 
Et  rouge  comme  vermillon. 


—  364  — 
//  chante. 

lie!  gentil  vin  de  morillon, 
He!  gentil  vin  de  morillon, 
Qui  croyt  au  plus  près  du  buysson 
Et  aussi  de  Savoye. 

Dieu  qui  les  dévoyés  ravoye, 
Que  nous  craindons  et  adorons. 
M'a  conduyt  par  si  bonne  voye 
Que  je  voy  les  quatre  Barons. 

Le  Seigneur  de  Grançey. 
Je  croy  que  nouvelles  aurons, 
Car  veescy  un  gent  messagier. 

Le  Seigneur  de  Ghoiseul. 
Prestement  l'interroguerons, 
S'il  se  vient  par  deçà  logier. 

Tost-Prest. 
De  mélencolye  ou  dangier 
Vous  gard'  le  benoist  Créateur! 

Vergier. 
Et  Dieu  vous  face  deslogier 
De  mélencolye  ou  dangier! 

Tost-Prest. 
A  vous  je  me  vien  deschargier 
Des  lectres  dont  je  suis  porteur. 

Trichastel. 
De  mélencolye  ou  dangier 
Vous  gard'  le  benoist  Créateur! 

Tost-Prest. 
Mon  bon  Seigneur  <k  mon  Pasteur, 
Que  Dieu  veulle  tousiours  ayder, 
A  conclud  d'estre  translateur 
Du  glorieulx  corps  Sainct  Didier, 


—  365   - 

Pourtant  le  vous  l'ail  annoncier 
Par  escript  &  vous  admoneste 
Que  vous  veullez  tous  avaneier 
De  venir  à  la  noble  feste. 
Grancey. 
La  requeste  est  simple  à  bonneste. 

Ghoiseol. 
C'est  un  prélat  de  bon  couraige. 

Trichastel. 
lia!  pensez  qu'il  a  bonne  teste. 

Vergier. 
(l'est  un  Seigneur  discret  &  saige. 

Tost-jPrest. 
Vous  verrez  cy  en  bref  langaige 
Ce  cpi'on  vous  veult  signifier. 
Lors  baille  ses  lectres. 

Grancey. 
Çà,  je  feray  le  personnaige 
De  le  lyre  <x  nottif'yer. 
Il  les  lit. 

Le  Fol. 
Toute  jour  ne  sçay  que  railler 
A  cesluy-cy  qui  a  du  vin, 
Et  si  m'en  veul  point  bailler 
Pour  arrouser  mon  chérubin. 
M'en  donras-tu,  Hurtebelin! 
Quant  j'en  auray,  tu  en  auras. 

Tost-Prest. 
Baille  grant,  baille  &.  tu  buras. 

Le  Fol. 
Je  le  vent. 
//  baisle. 

Tost-Prest. 
Encores  plus  grant. 


—  366  — 

Le  Fol. 
Plus  grant,  sangbieu  !  je  baille  tant. 
Tost-Prest. 
Lîhj  (jecle  des  cendres  en  la  bouche. 
Or,  tien,  je  t'en  ay  donné. 

Le  Fol. 
De  fièvres  soies-tu  désieuné  ! 

Tost-Prest. 
Holà!  ho  !  Jehannyn,  mon  amy. 

Le  Fol. 
Tu  m'as  tretous  enfariné, 
Bongré  Sainct  Pierre  &  Sainct  Remy  ! 

Grancey. 
Messeigneurs,  vous  avez  ouy 
Ce  que  dit  la  rescription, 
Dont  j'ay  le  cueur  moût  resiouy 
Pour  la  digne  translation. 
Choiseul. 
La  bonne  action 
Et  dévocion, 
A  chacun  doit  playre. 

Vergier. 
J'ay  affection 
D'avoir  vision 
Du  reliquiaire. 

Trichastel. 
Si  digne  exemplaire 
Ne  sçauroit  desplaire 
Par  ma  conscience. 
Grancey. 
Pour  si  noble  affaire 
Nous  conviendra  faire 
Toute  diligence, 


—  367  — 

0  Pasteur  à  grande  aflluence 

De  prudence, 
Quand  il  mande  tous  les  barons, 
Pourtant  sans  mectre  différence, 

Révérence 
Bien  bref  à  Lengres  luy  ferons. 

Choiseul. 
Au  Prélat  nous  présenterons 

Et  irons 
Vers  sa  doulce  bénivolence, 
Puis  le  Martir  visiterons 

Et  verrons 
Le  beau  mistère  d'excellenee. 

Trichastel. 
Puisqu'on  nous  fait  intercéder 

Et  mander 
Par  lettre  tant  espéciale, 
A  Langres  nous  fault  aborder 

Sans  tarder 
Vers  dignité  pontifîcalle. 

Vergier. 
Nous  debvons  par  amour  léalle, 

Cordialle, 
A  sa  requeste  obtempérer 
Pour  voir  la  feste  principale, 

Très  réalle, 
Qui  se  doit  faire  &  célébrer. 

Tost-Prest. 
Messeigneurs,  veullez  vous  haster, 
Je  vous  en  pry  à  joinctes  mains. 

Grancey. 
Nous  sommes  tous  prects  de  monter, 
S'il  plaist  au  Saulveur  des  humains! 


-  ses  _ 

Ghoiseul. 
//  parle  à  leurs  gens. 

Ça,  chevaulx,  Inities  &  bons  frains, 
Puisque  c'est  au  département. 

Vergier. 
De  chevaulcher  sommes  contraincls, 
Çà,  chevaulx,  brides  à  bons  frains. 

Tost-Prest. 
Veesci  loul  prest. 

Trichastel. 

Certes,  je  crains 
Que  ne  tardons  trop  longuement. 

Grange y. 
Çàj  chevaulx,  brides  oc  bons  frains, 
Puisque  c'est  au  département. 

Lucifer. 
Raillez,  cryez  horriblement, 
0  faulce  caterve  infernalle! 
Raillez,  cryez  horriblement, 
Maintenez  vous  despitement, 
Laissez  contenance  totale, 
Quant  à  moy  je  pers  sentement 
Par  le  mauvais  gouvernement 
De  votre  faintise  anormalle, 
Reprenez  condicion  salle, 
Lsguisez  votre  entendement, 
Pourvoyez  notre  basse  salle 
Do  plomb,  de  souffre,  de  tonnent, 
0  faulce  caterve  infernalle! 

Satham. 
i  I  faulce  caterve  infernalle, 
liaillez,  criez  horriblement! 
0  faulce  caterve  infernalle, 
Lucifer,  de  sa  leste  malle, 


-  369  — 

Nous  menace  terriblement. 
Il  a  le  visaige  plus  palle 
Qu'ung  vieil  poitron  qui  a  la  galle, 
Tant  est  plain  de  forcénement. 
Il  nous  blasme  trop  mallement, 
Il  nous  desprise,  il  nous  ravalle, 
Dont  pour  respondre  aucunement 
A  sa  grande  fureur  capitalle, 
Raillez,  cryez  terriblement. 
Lors  raillent  tous  ensemble. 

ASTAROTH. 

Que  fault-il  à  ce  gros  enflé? 
Quel  dyable  a-il  à  grumeler  ? 
J'ay  tant  tante  &  tant  soufflé 
Qu'après  moy  n'y  fault  jà  râler, 
Cuyd-il  tout  le  monde  escouller 
Tout  d'ung  cop  en  notre  fornaise  ? 
Du  mal  torment  puist-il  baler! 
Nous  ne  faisons  rien  qui  luy  plaise. 

Bélial. 
Lucifer,  figure  punaise, 
Qui  estes  en  bault  tribunal, 
Vous  en  parlez  bien  à  voslre  aise, 
Mais  nous  endurons  tout  le  mal, 
Nous  alons  à  mont  &  à  val, 
Nous  pénétrons  lieux  ténébreux, 
De  pied,  de  jument,  de  cheval, 
Pour  lempester  ces  malheureux. 

Belphégor. 
Par  mon  porchaz  malicieux, 
Par  ma  finesse  &  couverture, 
Avons  des  avaricieux, 
Sans  fin,  sans  compte  à  sans  mesure. 


—  370  — 

Léviatiiam. 
Et  qu'ay-je  fait  contre  luxure, 
Moy  qui  faitz  les  culz  rcsveillier? 
Je  vous  promectz  &  si  vous  jure 
Que  j'ay  bien  fait  hurtebillier. 

Cerbérus. 
Je  n'ay  point  wuydé  le  quillier, 
Lucifer,  je  vous  le  confesse, 
Je  n'ay  servy  que  d'abillier 
Ces  dampnés  qui  sont  en  destresse. 

Lucifer. 
Aultre  chose  y  a  qui  me  blesse. 

Satham. 
Dictes  nous  que  c'est  qui  vous  casse. 

Lucifer. 
Lengres,  qui  prent  la  hardiesse 
De  mectre  ung  corps  sainct  dans  la  châsse. 
Or,  sçay-je  bien  que  sur  la  place 
Tant  de  miracles  se  feront, 
Que  toute  la  région  basse 
Et  noz  rentes  s'en  sentiront. 

Satham. 
Veesci  noz  dyables  qui  iront 
Voir  s'ils  pourront  rien  empeschier, 
Et  si  très  bien  besongneront 
Que  n'y  sçaurez  que  reprochier. 

Belpiiégor. 
Il  nous  fault  bientôt  descochier 
Aflîn  de  recouvrer  noz  pertes. 

Léviatham. 
Pour  les  Lingonois  approchier, 
Il  nous  fault  bientôt  descoichier. 


-  371  - 

Cerbérus. 
Et  je  m'en  vois  là  bas  serchier 
Se  noz  âmes  sont  recouvertes. 

Astaroth. 
Il  nous  fault  bientost  descocbier 
Afin  de  recouvrer  noz  pertes. 

Bélial. 
Nous  avons  testes  bien  expertes 
Pour  brasser  ung  mortel  bruvaige. 

Satham. 
Alons  besongner  tous  à  certes, 
Puisqu'il  plait  au  Prince  de  rage. 

Frère  Nicole. 
Noble  Prélat,  dévot  &  saige, 
Nous  avons  tant  diligente 
Et  si  bien  prins  notre  avantaige 
Que  nous  sommes  en  la  Cité. 

L'Abbé  de  Sainct  Bénigne. 
Il  est  doncques  nécessité 
D'arrester  cy  &  de  descendre. 
Je  voy  des  logis  à  planté, 
Si  en  fault  pour  noz  cbevaulx  prandre. 

Çà,  gallans,  il  vous  fault  entendre 
A  leur  prandre  bonnes  estables. 

Frère  Nicole. 
Or,  en  alons  sans  plus  actendre, 
Par  devers  les  Seigneurs  notables. 

L'Abbé  de  Molesmes. 
Veesci  maisons  innumérables, 
Je  croy  que  c'est  Lengres,  n'est  pas? 

Frère  Michiel. 
Veesci  les  murs  inexpugnables 
Et  les  tours  faictes  par  compas. 


—  372  — 

L'Abbé  de  Molesmes. 
J'ay  au  cueur  lysse  &.  soûlas 
De  voir  la  Cité  non  pareille. 
Frère  Michiel. 
Monseigneur,  vous  estes  tout  las, 
Descendez,  je  vous  le  conseille. 
L'Abbé  de  Molesmes. 
Mais  qui  est-ce  qui  appareille 
Pour  nos  chevaulx  lieux  compétent  ? 

Frère  Michfel. 
N'en  ayez  aucune  merveille 
Car  je  sçay  bien  qu'on  y  entend. 
Le  second  Bourgeoys. 
Louange  au  Roy  omnipotent! 
Je  voy  la  Cité  auctenticque, 
Lengres,  en  laquelle  on  actend 
Yostre  personne  magnificque. 

L'Abbé  de  Sainct  Estienne. 
C'est  une  ville  moût  anticque, 
Notable,  riche  &  renommée, 
Qui  de  la  puissance  ytalicque 
A  tousiours  esté  bien  aymée. 

Le  second  Bourgeoys. 
Puisqu'avons  Brevonne  passée, 
Il  nous  fault  mectre  pied  à  terre. 
Ils  descendent. 

L'Abbé  de  Sainct  Estienne. 
Or,  alons  ouyr  la.  pensée 
De  ceulx  qui  nous  envoyent  querre. 
/ h  s'en  vont  en  la  Ville. 

Grancey. 
Chevauché  avons  si  bonne  erre 
Qu'à  Lengres  sommes  arrivez. 


—  373  — 

Choiseul. 
Pourtant  seroit-il  bon  d'enquerrc 
Où  nos  losgiz  seront  trouvez. 

Tost-Prest. 
D'estre  logez  ne  vous  doubtez, 
Mais  quoy,  se  voulez  bien  l'aire, 
Tout  à  moy  vous  en  rapportez, 
Car  je  suis  forrier  ordinaire. 

Trichastel. 
Il  sera  donques  nécessaire 
De  laisser  chevaulx  &  descendre 
Pour  nous  tirer  vers  le  repaire 
De  l'Évesque,  sans  plus  attendre. 

Vergier. 
Suz,  galans,  il  vous  convient  prandre 
Tous  nos  chevaulx  &  les  logier. 

Tost-Prest. 
N'en  parlez  plus,  j'y  vois  entendre, 
Losgez  seront  sans  nul  dangier. 
Lors  descendent  et  s'en  vont. 

L'Abré  de  Sainct  Bénigne  salue  lEvesque. 
Celluy  Dieu  qui  nous  doit  juger, 
"Vous  doint  transquilité  prospère! 

L'Évesque  de  Lengres. 
De  tous  biens  vous  veulle  chargier, 
Celluy  Dieu  qui  nous  doit  jugier! 

Frère  Nicole. 
Comme  diligent  messagier, 
Je  vous  amaine  ce  beau  père. 

L'Évesque. 
Celluy  Dieu  qui  nous  doit  jugier, 
Vous  doint  transquilité  prospère 


—  374  — 

L'Abbé  de  Sainct  Bénigne,  salue. 
Monseigneur,  veescy  ce  bon  frère 
Qui  m'est  venu  solliciter 
De  venir  au  noble  mistère 
Que  vous  disposez  actenter. 

L'Évesque. 
Dieu  vous  veulle  rémunérer 
La  grant  peine  &  sollicitude 
Que  tousiours  voulez  endurer 
Pour  mon  amour  &  habitude. 

L'Abbé  de  Molesmes,  salue. 
Perdurable  béatitude, 
Gloire,  triumphe  &  celsitude, 
Vous  doint  le  Roy  de  tout  le  monde  ! 

L'Évesque. 
De  vertuz  ayez  multitude, 
Et  pour  finale  quiétude, 
Paradis  où  tout  bien  habonde! 

L'Abbé  de  Molesmes. 
11  vous  a  pieu  de  moy  mander, 
Si  suis  venu  sans  plus  tarder, 
Pour  voir  ceste  translacion. 

Le  Prieur. 

Prélat  que  je  dois  révérer, 
Dieu  vous  en  veulle  conférer 
Céleste  rétribucion! 

L'Abbé  de  Molesmes. 
Aussi  avoy-je  affection 
De  voir  vostre  doulce  personne. 

Le  Prieur. 

Ma  petite  habitacion 

Et  tous  mes  biens  vous  habandonne. 


—  375  — 
L'Abbé  de  Sainct  Estienne,  salue. 
Celluy  qui  les  péchez  pardonne, 
Vous  maintienne  en  sa  saincte  grâce  ! 

L'Évesque. 
Et  vous  ouctroit  fin  belle  et  bonne, 
Celluy  qui  les  peschez  pardonne  ! 

L'Abbé  de  Sainct  Estienne. 
Comme  vostre  bonté  l'ordonne, 
Je  m'en  vien  rendre  en  ceste  place. 

L'Évesque. 
Celluy  qui  les  peschez  pardonne, 
Vous  maintienne  en  sa  saincte  grâce! 

L'Abbé  de  Sainct  Estienne. 
Il  n'est  chose  que  je  ne  face 
Pour  le  sainct  Martyr  précieux 
Qui  est  devant  Dieu  face  à  face, 
Lassus  en  trosne  glorieux. 

L'Évesque. 
Vous  estes  tousiours  curieux 
De  saincte  Église  maintenir, 
Monseigneur,  je  suis  bien  joyeux 
De  ce  qu'il  a  vous  pieu  venir. 

Les  Barons  viennent  saluer. 

Grancey. 
Pasteur  que  nous  devons  servir, 
Pour  mieulx  vostre  amour  desservir, 
Venons  à  la  solempnité. 

Choiseul. 
Tost-Prest  nous  est  venu  quérir 
Et  bénignement  requérir 
D'aborder  en  ceste  Cité. 


—  376  — 

Trichastel. 
Seigneur  de  grant  auctorité, 
Devers  vostre  bénignité 
Sommes  venuz  hastifvement. 

Vergier. 
Nous  avons  bonne  volonté 
De  faire  en  toute  humilité 
Vostre  noble  commandement. 

L'Évesque. 
De  ce  joyeulx  advénement 
Soit  loué  le  doulx  Créateur, 
Et  luy  plaise  conséquemment 
Estre  moyen  &  directeur. 

Grancey. 
Pour  l'honneur  du  digne  pasteur, 
Sainct  Didier  qui  a  hault  degré, 
Sommes  venuz  de  très  bon  cueur. 

L'Évesque. 
Dieu  vous  en  veulle  sçavoir  gré. 

L'Arcevesque  de  Rains. 
Or,  avons  nous  tant  cheminé, 
Moyennant  la  grâce  divine, 
Qu'au  lieu  qui  nous  est  assigné 
Viendrons  dedans  ung  bref  termine. 

Barroiz. 
Il  sera  bon  qu'aucung  chemyne 
Vers  la  Cité  de  grant  value, 
Affin  que  l'Évesque  très  digne 
Soit  adverty  de  la  venue. 

Le  tremier  Bourgeoys. 
J'y  veul  mectre  mon  entendue, 
Car  je  suis  légier  &  habille. 


—  377   — 

Le  Soubprieur. 
Or,  allez  sans  plus  d'attendue, 
Pour  advertir  ceulx  de  la  Ville. 

Le  Fol. 
On  parle  de  la  truye  qui  fille 
Qui  se  doit  baignier  en  eau  rose 
Avec  des  couchons  plus  de  mille. 
Ne  sera  ce  pas  belle  chose? 
Je  cuyde  parler,  mais  je  n'ose; 
Pour  quy?  Pour  un  viel  lanternier 
Qui  cuyt  sa  jotte  en  ung  panier 
Et  ne  fait  que  beau  feu  de  glace, 
Mais  j'y  trouvay  la  chiche  face 
Mangeant  la  croste  d'un  paslé, 
Qui  buvoit  à  une  coquasse 
D'ung  vin  pers  qui  estoit  monté. 

Le  premier  Bourgeoys  salue  VÉvesqac. 
Monseigneur,  Dieu  vous  doint  santé! 

L'Évesque. 
Gentil  Bourgeoys,  Dieu  vous  doint  joye! 

Le  premier  Bourgeoys. 
Je  vien  de  Paris  la  cité, 
Où  j"ay  veu  de  tous  biens  monjoye. 

L'Évesque. 
Où  sont  les  Pers  ? 

Le  premier  Bourgeoys. 

Ils  sont  en  voye 
Pour  venir  en  ce  lieu  honncste, 
Aflin  que  chacun  d'entre  eulx  voye 
La  translacion  &  la  feste. 

L'Évesque. 
Il  fault  que  chacun  s'entremecte 
De  faire  gracieux  debvoir. 


—  378  — 

Le  Doyen. 
Mais  convient  aussy  qu'on  se  mecte 
Sur  les  champs  pour  les  recepvoir. 

L'Évesque. 
Seigneurs  Barons,  vous  povez  voir 
Le  grant  affaire  qui  nous  presse, 
Si  fault  que  de  votre  sçavoir 
Nous  bailler  confort  à  adresse. 
Les  Pers  qui  sont  plains  de  noblesse, 
Vers  Lengres  tirent  en  avant, 
Pourtant  vous  prie  en  toute  humblesse 
Que  veullez  aller  au  devant. 

Monstrez  y  vostre  courtoysie, 
Honneur  &  gracieuseté, 
Et  prenez  de  bourgeoysie 
Pour  vous  faire  société, 
Puis  amenez  leur  Majesté 
Au  lieu  de  la  translation, 
Ouquel  en  toute  urbanité 
Nous  serons  en  procession. 

Grancey. 
Sans  faire  aultre  dilacion, 
Vers  les  Princes  nous  en  irons. 

Choiseul. 
Nous  prenons  la  commission, 
Sans  faire  aultre  dilacion. 

Trïchastel. 
Puisque  c'est  la  conclusion, 
Certes  pas  n'y  centredirons. 

Vergier. 
Sans  faire  aultre  dilacion, 
Vers  les  Princes  nous  en  irons 


—  379  - 

Le  Bailly. 
Voulen  tiers  vous  compaignerons, 
Pour  tousiours  l'honneur  augmenter. 

Le  tiers  Bourgeoys. 
Personnellement  y  serons 
Pour  notre  Prélat  contenter. 

GrAjN'CEY. 

Or  tost,  il  nous  convient  monter. 
Où  sont  nos  chevaulx  &  nos  gens  ? 

Tost-Prest. 
Actendez,  je  les  voys  haster, 
Car  ils  sont  ung  peu  négligens. 

Où  estes-vous,  ho!  garnemens? 
Je  croy  qu'ils  dorment,  les  ribaulx! 
Apportez  tous  vos  aisements 
Et  s'amenez  les  grans  chevaulx. 
Lors  moulent  à  cheval  et  vont  au  devant. 

Satiiam. 
Qu'esse-cy  !  je  ne  fais  nulz  maulx, 
Je  pers  mon  temps  à  ma  saison, 
Aller  me  fault  par  nions  &  vaulx 
Pour  forger  quelque  trayson. 
Je  voy  illec  ung  lourt  garson 
Où  je  passeray  ma  fumée, 
Si  luy  donray  telle  poison 
Qu'onques  telle  ne  fut  humée. 

Entendis  que  j'en  suis  records, 
Rudement  le  veul  tormenter, 
Car  dedans  la  teste  <x  le  corps 
Ce  petit  dyable  iray  bouter, 
Or,  çà,  ça,  je  le  veul  taster 
Et  servir  de  mes  instruments. 


—  380  — 

Je  te  feray  tantost  saulter 
Par  force  de  crueulx  momens. 
Lors  Satham  boule  au  corps  de  l'Enraigé  et  le  bat. 

L'Enragé. 
Hélas!  moy  qu'esse  que  je  sens? 
Dont  me  vient  ce  subit  dangier? 
Je  crève,  je  suis  hors  de  sens, 
Les  dyables  me  font  enragier, 
En  moy  se  sont  venuz  logier 
Comme  en  leur  propre  tabernacle, 
Et  me  font  manière  changier 
Pour  devenir  démoniacle. 

Je  suis  fol  ou  yvre, 
Je  suis  enchanté, 
Je  suis  saoul  de  vivre, 
Je  suis  tout  gasté, 
Je  suis  tormenté, 
Je  suis  en  misère, 
Je  suis  tempesté, 
Je  me  désespère. 

Félonnie,  fureur  fanlasticque, 

Feu  flamboyant,  fière  finesse, 

Forte  fumée  frénéticque, 

Force  faillant,  fade  foiblesse, 

Font  forger  faulcheuse  détresse 

Qui  par  continuel  effort 

Me  point,  me  fiert,  me  mort,  me  blesse 

Tant  que  je  suis  à  demy  mort. 

La  Mère  a  l'Enragé. 
Hélas!  or  suis-je  en  desconfort, 
Car  mon  enfant  souffre  douleur! 
Qu'as-tu  à  crier  si  très  fort? 


—  381  - 

Mon  filz,  dont  te  vient  ce  malheur? 
Dis  moy  que  tu  as  sur  le  cueur 
Qui  tant  te  detors  &  deflaiz. 

L'Enragé. 
Gardez-vous  de  ma  grant  rigueur, 
Mère,  je  ne  sçay  que  je  faiz. 

Le  Père  a  l'Enragé. 
0  mon  fils!  deviens-tu  mauvaiz? 
As-tu  perdu  ton  sentement? 
Dont  procède  ce  pesant  faiz 
De  forte  rage  &  de  torment? 
Rends-toy  à  Dieu  totalement, 
Car  c'est  le  confort  des  humains. 

L'Enragé. 
Je  suis  plain  de  forcénement, 
Père,  gardez-vous  de  mes  mains  ! 

La  Mère  a  l'Enragé. 
Il  vous  donra  des  cops  souldains 
Se  vous  le  laissez  convenir. 

Le  Père  a  l'Enragé. 
Affin  que  n'en  soyons  actains, 
Il  le  fault  lyer  &  tenir. 

La  Mère  a  l'Enragé. 
0  mon  Dieu  !  dont  luy  peult  venir 
Geste  rage  qui  le  tormente  ? 

Le  Père  a  l'Enragé. 
S'il  ne  veult  à  soy  revenir, 
Ce  nous  sera  piteuse  rente. 

Venez  çà,  mectez  vostre  entente 
A  le  tenir  ferme  &  serré, 
Car  il  convient  que  sans  actente 
Soit  lié  fort  &  enferré. 
Lors  le  lient. 


—  382  — 

L'Enragé. 
Ostez-vous  ! 

La  Mère  a  l'Enragé. 
Bénédicité  ! 
Je  croy  qu'il  me  veult  affoler. 

Le  Père  a  l'Enragé. 
Tenez  un  peu  de  ce  costé. 
Lors  le  lyent. 

La  Mère  a  l'Enragé. 
J'y  tiens. 

Le  Père  a  l'Enragé. 
C'est  fait,  laissez  le  aler. 

L'Enragé. 
Du  mal  Sainct  Jehan  puissiez  valer! 
Vous  m'avez  les  bras  entrappé, 
Mais  si  je  me  puis  desmesler 
Vous  en  aurez  le  doz  frappé. 

Le  Père  a  l'Enragé. 
Ça,  des  verges? 

La  Mère  a  l'Enragé. 
Qu'il  soit  frotté. 
Ils  le  bat  lent. 

Le  Père  a  l'Enragé. 
Ha!  monstre,  fault-il  gergonner! 

L'Enragé. 
Ho!  dyables,  où  suis-je  bouté? 
Venez  moi  bientost  entrainner. 

L'Évesque. 
Seigneurs,  il  se  fault  préparer 
Pour  recepvoir  ces  nobles  gens, 
Habiller,  vester  <k  parer 
De  beaulx  habitz,  riches  &  gentz. 


—  383  — 

L'Abbé  de  Sainct  Bénigne. 
Monstrons  nos  riches  parements 
Et  nostre  état  espécial, 
Vestons  les  plus  fins  paremens 
Et  soyons  ou  pontifical. 

L'Abbé  de  Molesmes. 
C'est  triumphe  seignorial 
Que  des  Princes  et  Pers  de  France, 
Et  pourtant  c'est  le  principal 
Que  soyons  en  belle  ordonnance. 

L'Abbé  de  Sainct  Estienne. 
11  y  a  cy  grant  habondance 
De  chappes  de  riche  brodure, 
Pourtant  fault  que  chascun  s'avance 
De  prendre  honneste  couverture. 

Le  Doyen. 
Nous  avons  fait  faire  ouverture 
Des  habitz  que  l'on  peult  choisir, 
Chascun  par  ordre  à  par  mesure 
En  preigne  tout  à  son  plaisir. 

Le  Tbésobier. 
Ceste  chappe  je  veul  vestir 
Qui  a  fleurettes  &  fleurons, 
Pour  honnorer  le  sainct  Martyr 
Duquel  la  feste  célébrons. 

Le  Grant  Archidiacre. 
Ces  beaulx  habillemens  vestons, 
Mes  amys,  je  le  vous  conseille, 
Afin  que  chascun  s'esmerveille 
Des  richesses  que  nous  portons. 

Dijonnoiz. 
Puisque  nous  nous  entremettons 
De  ceste  feste  non  pareille, 


—  384  — 

Ces  beaulx  habillemens  vestons, 
Mes  amys,  je  le  vous  conseille. 

Le  Trésorier. 
Pour  recevoir  si  grans  Barons, 
11  fault  que  chascun  s'apareille, 
Prenons  chappe  verde  ou  vermeille, 
Puis  en  procession  irons. 

Bassigny. 
Ces  beaulx  habillemens  vestons, 
Mes  amys,  je  le  vous  conseille, 
Affin  que  chascun  s'esmerveille 
Des  richesses  que  nous  portons. 

Le  Chantre. 
Il  convient  que  nous  emmenons 
Croix  tant  benoiste  &  chandeliers, 
Et  pour  compaignye  prenons 
Toutes  gens  clercs  &  séculiers. 

Le  Prieur. 
Entre  nous  aultres  réguliers 
Ferons  très  bonne  diligence. 

Frère  Nicole. 
Nous  sommes  des  plus  singuliers 
Entre  nous  autres  réguliers. 

Frère  Miciiiel, 
Nous  qui  sommes  vos  familiers 
Nous  ferons  tousiours  assistance. 

Frère  Nicole. 
Entre  nous  aultres  réguliers, 
Ferons  très  bonne  diligence. 

L'Évesque. 
Or,  faictes  en  belle  apparence 
Notre  procession  wydier, 


—  :!85  — 

Pour  attendre  l'aultre  excellence 
Devant  la  porte  Saint-Didier. 
Lors  s'en  vont  en  procession  devant  In  porte  Saint-Didier 
Barroiz. 

Je  croy  que  je  voy  approchier 
De  Lengres  la  chevalerye 
Qui  se  haste  de  chevaulchier 
Pour  trouver  vostre  Seignorie 

Rains. 
En  eul.v  y  a  grant  courtoisie, 
On  le  voit  à  leur  contenance. 
Qui  sont-ils? 

Le  Soubprieur. 
C'est  la  bourgeoisie 
Et  les  Barons  plains  de  vaillance. 
Lors  se  entre  saluent. 

Grancev. 
Dieu  qui  reçeut  passion  &  souffrance, 
Veulle  garder  les  nobles  Pers  de  France 
De  tout  ennuy,  tristesse  ou  deshonneur! 

Rains. 
Seigneurs  Barons,  Dieu  vous  doint  joyssance 
De  biens  mondains  &  de  grant  florissante, 
Pour  triumpher  en  paix  oc  en  honneur! 
Choisbul. 
Prince  de  noblesse, 
Reluysant  haultesse, 
De  tous  biens  adresse, 
Dieu  vous  doint  santé! 

BOURGOINF.. 

Vostre  gentillesse 
Puisse  avoir  liesse. 
Trésor  &  richesse, 
Sans  adversité! 


—  386  — 

Vergier. 
Combien  qu'ayez  puissance  &  dignité, 
Si  avez  vous  doulce  bénignité 
Qui  vous  acroist  louange  <k  renommée. 

La  on. 
Pour  faire  honneur  à  la  solennité, 
Venons  losgier  à  Langres  la  cité 
Qui  de  tout  temps  est  de  vertu  famée. 
Trichastel. 
Proesse  auctenticque, 
Riche  <k  magnifieque. 
Large  et  munificque, 
Tout  honneur  vous  vienne! 

Normandie. 
Baronnye  anticque. 
Peuple  lingonicque, 
Bon  &  catholicque, 
Dieu  vous  entretienne! 
Le  Bailly. 
La  noble  domination, 
La  puissance  de  grant  value, 
Toute  la  congrégacion 
Soit  à  ceste  heure  bien  venue  ! 

Chaalons. 
Aussitôt  qu'avons  entendue 
La  translacion  du  martyr, 
11  n'y  a  chose  tant  ardue 
Qui  nous  ait  tenu  de  partir. 

Le  tiers  Bourgeoys. 
Grant  honneur,  soûlas  à  plaisir, 
Nous  faictes  merveilleusement. 

Guyenne. 
C'est  nostre  vouloir  &  désir 
D'aymer  nos  amis  loyaulment. 


—  387  - 

Le  quart  Bourgeoïs. 
Pour  Dieu  picquez  légièrement, 
Allin  qu'à  la  ville  arrivez. 

NOYON. 
Or,  nous  conduysez  seuremenl, 
Vous  qui  tous  les  chemins  sçavez. 

L'Évesque. 
Prieur,  il  laull  que  vous  mectez 
En  ordre  toute  la  mesgnie, 
Nul  tlesregler  ne  permettez, 
Affin  que  n'ayons  villenye. 
Le  Prieur. 
La  procession  est  fornie 
De  gens  de  bien  &  d'ordonnance, 
Chascune  règle  est  tant  unye 
Que  nul  ne  recule  ou  avance. 

L'Arré  de  Sainct  Bénigne. 
Les  Princes  qui  ont  grant  puissance 
Et  qui  sont  garniz  de  sçavoir, 
Auront  au  cueur  joye  &  plaisance 
De  nous  trouver  en  tel  debvoir. 
L'Arré  de  Molesmes. 
Prestz  sommes  de  les  recepvoir, 
Ils  viennent  quant  il  leur  plaira. 

L'Arré  de  Sainct  Estienne. 
Certes,  j'ay  grant  désir  de  voir 
Le  bel  honneur  que  ce  sera. 

Le  Doyen. 
Lengres  aujourd'huy  recepvra 
Regnon  &  bruyt  inestimable. 

Le  Trésorier. 
Je  cuyde  qu'on  en  parlera 
En  toute  la  terre  habitable. 
Petite  Pause. 


—  38K  — 
CttAMPAIGNE. 

A  Lengres,  cite  très  notable, 
Sommes  arrivez,  Dieu  marcyl 

BeAULVAIS; 

Il  nous  fault  logis  convenable 
A  Lengres,  cité  très  notable. 

Le  Bailly. 
Vous  trouverez  lieu  délectable, 
Messeigneurs,  descendez  icy. 

Flandres. 
A  Lengres,  cite  très  notable, 
Sommes  arrivez,  Dieu  marcy  ! 
Lf.  tiers  Bourgeoys. 
J>e  vous  losger  n'ayez  souey, 
L'on  y  a  mis  provision. 

Le  quart  Bourgeoys. 
Vos  gens  &  vos  chevaulx  aussy 
Auront  bonne  habitation. 
Ici/  chascun  descend  à  pied. 

Barrqiz. 
Sans  quelque  retardacion 
Cheminez  tout  droict  ce  sentier, 
Car  la  noble  procession 
Vous  actent  à  l'uvs  du  moustier, 

Bains. 
Pour  honnestement  approucliei . 
Allons  ensemble  deux  à  deux. 

TiiouLorzE. 
Pour  déambuler  ou  marcher, 
Il  se  fault  aller  joindre  à  eulx. 
L'Evesque  les  reçoit  cl  salue  les  Péris. 

L'EvESQUE. 

Dieu  qui  resplend  en  thrône  glorieux, 
Environné  d'archanges  précieux, 


—  389  — 

Magnifyans  la  puissance  divine, 
Veulle  garder  de  socy  doloreux 

Les  nobles  l'ers  preux  oc  victorieux 
Esquelz  reluyt  toute  doulceur  bénigne! 

Rains. 
Prélat  prudent,  fronneste  ov  vertueux, 
Kescripl  avez  en  termes  gracieux, 
Notiffyant  la  Iranslacion  digne, 
Pourtant  voulons  estre  très  curieux 
De  visiter  le  Martir  somptueux 
Qui  la  Cité  décore  &  enlumine. 
Bourgoine. 
A  \o:>tre  présence 
Ferons  assistence 
Comme  en  conscience 
Nous  sommes  tenu/. 
Le  Prieur. 
Princes  d'excellence, 
l'ers  de  préférence, 
Garniz  de  prudence. 
Bien  soyez  venu/! 
Laon. 
Quant  Sainct  Didier  vous  voulez  translater, 
C'est  bien  raison  que  venons  assister, 
Puis  qu'à  Paris  l'avez  notiflié. 

Normandie. 
Nous  le  debvons  aymer  &  réclamer, 
Et  par  exprès  nommer  &  renommer 
Patron  des  Pers  digne  &  glorifié. 
L'Évesque. 
Or,  est  son  nom  magnifié, 
Kassuz  en  haull  ciel  lumineux. 
Et  en  terre  clarifié 
Par  beaulx  signes  miraculeux, 


—  390  — 
Pourtant,  d'ung  vouloir  amoureux. 
Voulons  relever  le  saint  corps 
Qui  aux  foibles  &  langoreux 
Est  propice  &.  misericors. 

il  est  vray  qu'ung  Prieur  jadis 
Fit  faire  cestc  belle  châsse 
Pour  mectre  le  corps  que  je  dis, 
Qui  est  de  moût  grant  efficace, 
Lequel  Prieur  n'eust  pas  espace 
De  son  intencion  fournir, 
Si  convient  que  l'euvre  se  face 
Puisqu'il  vous  a  pieu  de  venir. 

Rains. 

Translatons  le  digne  martyr, 
Je  vous  en  supplye  &  requier. 

Chaalons. 
Pour  ce,  nous  ont  fait  advertir. 

Noyon. 
Translatons  le  digne  martyr. 

Beaulvàis. 

Je  m'y  veul  très  bien  consentir. 

Laon. 
Et  autre  chose  je  ne  quier. 

Chaalons. 
Translatons  le  digne  marlir. 

L'Evesque. 
Je  vous  en  supplie  ck  requier. 
Ici)  se  veslenl  les  Évesques  Pers  el  fil  Pansa . 

Puis  encore  âh  l'Évesque  : 

Messeigneurs,  veesci  son  moustier 
Et  sa  dévote  sépulture. 


—  391  - 

Rains. 
C'est  bien  dit,  mais  il  est  mestier 
Qu'on  soubzliève  la  couverture 
Pour  en  faire  clère  ouverture- 
Monseigneur,  allez  là  dessoubz, 
Car  de  raison  &  de  droiture, 
Cest  office  appartient  à  vous. 

L'ÉVESQUE. 

Puisqu'il  vous  plait  moy  commander 
Le  fait  de  la  translacion, 
Je  suis  content  d'y  procéder 
En  crainte  &.  en  dévocion. 
Le  Prieur  de  ceste  maison 
V  fera  peut  eslre  moyen 
Avec  deux  hommes  de  raison, 
Le  Trésorier  &  le  Doyen 
Le  Prieur. 
Monseigneur,  il  nous  plait  très  bien, 
Puisque  c'est  vostre  volenté. 

Le  Doyen. 
J'obéyray  sur  toute  rien, 
Car  vées  me  cy  tout  apresté. 

Le  Trésorier. 
Quant  à  moy,  sans  difficulté, 
J'obtempère  à  vostre  devise. 

L'ÉVESQUE. 

Or,  regardons  de  quel  costé 
Commancerons  ceste  entreprise. 
Lors  descendent  au  lombeau  et  dit  : 
Veescy  tombeau  de  pierre  bise, 
Sépulture  noble  à  exquise, 
Où  le  corps  du  martyr  repose  ; 
Et  est  la  bière  si  bien  mise, 


—  39-2  — 

Qu'il  semble  qu'en  aer  sôil  assise 
Sans  toucher  à  quelconque  chose. 

Mais  touleffoys,  tant  est  l'erré 
De  plomb,  de  fer,  le  tombeau, 
Qu'il  convient  qu'il  soit  dcfferré, 
Pour  voir  le  trésor  qui  est  beau. 

Le  Prieur. 
.Monseigneur,  veescy  un  marteau 
Qui  peull  servir  aucunement. 
Lors  font  semblant  de  desmassonner. 
Le  Doyen. 
Et  veescy  aussy  ung  cizeau. 

L'ËVESQUE. 

Or,  frappez  gracieusement. 

Le  Fol. 
El  veesci  bon  commencement, 
Nostre  Évesque  devient  maçon, 
Il  euvre  a  chaux  &  à  cymenl. 
Par  Sainct  Jehan!  de  bonne  façon. 
Qu'esse  qu'ilz  font?  Une  maison.  . 
Ho!  nennyn,  c'est  une  citerne. 
Avez-vous  besoing  de  lanterne 
Pour  alinner  ce  bel  ouvraige? 
Vees  là  ma  commère  peu  saige 
Qui  a  sa  lanterne  enfumée, 
Mais  elle  est  mal  enluminée. 
N'est  pas?  Ho!  dictes,  ma  voisine. 
Par  mon  âme!  elle  m'a  fait  signe 
Que  je  me  taise  de  cela. 
Heu?  cornent?  Holà!  Holà! 
J'ay  ung  petit  trop  jargonné. 
Ne  vous  courçez  point  par  delà, 
Jamais  ne  sera  mot  sonné. 


—  393  — 

Le  Prieur* 

Il  in  a  plus  de  fermeté, 

L'on  peut  bien  lever  la  couverte 

Le  Doyen. 
Le  plomb  cv  le  fer  est  oslé, 
Il  n'y  a  plus  de  fermeté. 

L'ÉVESQUE. 
Il  faull  que  tout  soil  \i<il<' 
El  que  la  bière  soil  ouverte. 
Lk  Trésorier,. 
Il  n'y  a  plus  de  fermeté, 
L'on  peut  bien  lever  la  couverte. 

Le  hiiKi  u. 
Par  induslrye  bien  appelle 
Convient  que  ceste  pierre  ostons. 
Suz! 

Le  Doyen. 
Suz! 

L'Evesque. 
La  châsse  est  découverte, 
Holà  ! 

Le  Doyen. 
Qu'esse  que  nous  sentons? 

L'ÉVESQUE. 

Onques  mais,  roses  ou  boulons 
Ne  firent  telz  odoremens. 
Le  Prieur. 
il  nie  semble  que  nous  goustons 
Mil  précieux  oignemens. 

Rains. 
0  mou  Dieu!  qu'esse  que  je  sens? 

L'ÉVESQUE. 

C'est  le  corps  que  voyons  ;'i  nuil. 


—  394    - 

Bourg  oine. 
Esse  musc  ou  baulme  ou  ensens? 
0  mon  Dieu  !  qu'esse  que  je  sens  ? 

Laon. 
J'ay  reconforté  tous  les  sens 
Du  bon  flair  qui  m'est  survenu. 

Normandie. 
0  mon  Dieu  !  qu'esse  que  je  sens  ? 

Le  Prieur. 
(Test  le  corps  que  voyons  à  nud. 

Beaulvais. 
Il  a  merveilleuse  vertu 
Quant  il  nous  rend  tel  sentement. 

Le  Doyen. 
Encoir  est-il  tout  revefetu 
De  ses  habits  entièrement. 

Rains  . 
C'est  vray,  veslà  son  vestement 
Qui  est  encoires  bon  &  beau, 
Mais  je  m'esmerveille  formant 
De  l'odeur  qui  vient  du  tombeau. 
Car  je  sçay  bien  que  vyolettes 
Vermeillettes, 
Clères,  nettes, 
Bien  pourlraites, 
Croiscent  sur  les  verdes  feuleltes, 
Quant  Phebus  leur  donne  influence, 
Ou  aullres  formes  de  floreltes, 
Pkmtilleltes, 
Racinettes 
Ou  rosettes, 
Homarins,  cyprez  ou  herbeltes, 
N'ont  pas  telle  odoriférence. 


—  395  — 
L'ÉVESQÛE. 

Seigneurs,  venez  voir  la  présence 
Du  Sainct  rendent  souef  odeur, 
Voyez  sa  face  d'excellence 
Qui  a  clère  &  pure  couleur. 
Le  corps  reluyl  corne  une  (leur, 
Aussy  entier  qu'on  luy  boula, 
Et  tient  son  ehief  dessus  son  cueur 
A  deux  mains  comme  il  l'apporta. 

Les  Pers  vont  voir  au  tombeau. 

Laon. 
Loué  soit  Dieu  qui  tout  tonna! 
Car  certes  à  vostre  propos, 
Le  corps  aussi  doulce  forme  a 
Comme  s'il  prenoit  son  repos. 

Le  Prieur. 
Veescy  ung  brief  qui  est  bien  clos 
Et  scellé  sans  corruption. 

L'Évesque. 
Si  convient  il  qu'il  soit  desclos 
Pour  oyr  la  description. 

Le  Doyen. 
Je  croy  que  c'est  narracion 
Des  faits  du  Pasteur  magnifique 
Qu'on  mist  pour  approbacion 
En  forme  de  lectre  auclentique. 

La  baille  à  VEvesque  de  Laon. 
L'Évesque. 
Monseigneur,  je  vous  communicque 
La  lectre  qui  est  bien  scellée, 
Affin  qu'elle  soit  en  publicque 
Haultement  leute  «Se  révélée. 


—  396  — 

Làok. 
Puisque  par  vous  m'esl  présentée 
La  chartre  avec  su  signature, 
Tantost  en  sera  récitée 
Mot  à  mol  toute  la  lecture. 
Lors  la  lil. 

«   lrv  est  le  précieulx  Pasteur, 

»  Plain  de  justice  &  d'équité, 

»  Saincl  Didier,  martyr  &  recteur 

»  De  Lengres,  la  bonne  cité, 

»  Qui  fut  vaisseau  de  purité, 

»  l>e  vertu,  d'honneur,  de  constance, 

»  Ouquel  parfaicte  sânetité 

»  Prenoit  nutriment  ex  naissance.  s> 

Rains. 
Veslà  patente  desmontrance 
Du  Sainct  qui  vivoit  sainctemenl . 

L'Évesque. 
.Nous  eu  avons  la  cognoissance. 
Tant  par  lectre  corne  aultrement. 
Seigneurs,  je  vous  prie  humblement, 
Tirez-vous  ung  petit  plus  près, 
Si  verrez  tout  visiblement 
Le  corps  qui  sent  corne  cyprès. 
Tous  les  antres  iironl  aussi)  regarder. 
L'Enragé. 
Faulx  dyables,  vous  me  tormantez 
Tellement  que  j'escume  <5c  suc; 
11  m'est  advis  que  mes  costés 
Sont  dévorés  d'une  sansue. 
Je  ne  syay  si  je  me  remue 
Tant  suis  acteint  de  maladie, 
Suis-je  luton  ou  beste  nue? 
Qui  le  sçaura,  si  me  le  die. 


—  391  — 

Mère,  vous  m'estes  ennëmye, 
Je  vous  h  iv  comme  le  venyu, 
Et  mon  père,  je  le  reriye, 
Jamais  ne  feray  honuc  fin. 
Vous  dictes  que  c'est  advertiii 
Qui  me  fait  tel  douleur  avoir, 
Le  niiil  Monseigneur  Saincl  Martin. 
Puist  cremanter  qui  ne  dit  voir  ! 

Le  Père. 
Veescy  piteuse  chose  ;'i  voir 
De  mon  fil/  qui  ;i  toile  rage. 

La  Mère. 
.Ihésii  Crist  le  veulle  pourvoir 
Kl  lnv  rende  sens  &  usaige! 

Le  Père. 
il  y  a  grant  pèlerinage 
Au  corps  Monseigneur  Sainct  Didier 
Soumectons  luy  nostre  voyaige, 
Voir  s'il  luy  plairoit  nous  aydier. 

La  Mère. 
<>  Sainct  Didier,  je  te  requief 
Par  la  saincte  translation, 
Que  mon  (ils  veulle  degellier 
De  ceste  tribulacion. 

Le  Père. 
Alons  m'en  par  dévotion 
Sa  sépulture  visiter, 
Pour  faire  supplication 
Qu'il  nous  veulle  réconforier. 

La  Mère. 
Et  mon  lils  1 

Le  Père. 

Il  lnv  fault  mener. 


—  398  — 

La  Mère. 

Mais  cornent? 

Le  Père. 

Le  mieulx  qu'on  pourra. 

La  Mère. 
Il  est  mont  fort  à  gouverner. 

Le  Père. 
Le  Saincl  Martir  nous  aidera. 
Çà,  mon  fils,  il  te  commendra 
Venir  à  Lengres  avec  nous. 

L'Enragé. 
Pendu  soit-il  qui  vous  croyra  ! 

Le  Père. 
Pourquoy  ? 

L'Enragé. 
Que  me  chault-il  de  vous.'' 

La  Mère. 
.Mon  fils,  soyez  ung  peu  plus  doulx. 

L'Enragé. 
Haro!  fault-il  tant  caqueter! 
Je  meurs,  je  suis  plain  de  courroux, 
Et  vous  me  cuydez  enchanter. 

Le  Père. 
11  y  fault  mener  ou  porter, 
Bref!  puisque  je  l'ay  en  la  teste. 

La  Mère. 
Pensons  donques  de  nous  haster, 
Affin  que  soyons  à  la  feste. 

Le  Père. 
Prenez  de  là. 

L'Enragé. 

Ha  !  faulce  beste, 
Me  veux -tu  prandre  en  trayson. 


—  3y9  — 

Le  Père.. 
Déa,  mon  fils,  se  tu  lais  lempeste, 
Ces  verges  en  feront  la  raison. 

La  Mère. 
Endure  pour  la  guarison, 
Mon  enfant,  tu  seras  que  sage. 

L'Enragé. 
Mener  nie  cuydènt  en  prison, 
Mais  je  deslruyray  le  mesnagé. 
Lors  l'emmennenl  à  Saint  Didier. 
Le  Contrefait. 
Il  court  maintenant  ung  langaige 
De  certainne  solennité 
Du  glorieux  &  doulx  imaige, 
Sainct  Didier,  Pasteur  de  bonté. 
On  dit  qu'il  sera  translaté 
Et  enchâssé  notablement, 
Si  ay  désir  à  volenté 
D'y  aler  bien  dé\otemenl. 

Le  Paraletique. 
Moy,  qui  continuellement 
Tremble  corne  paraletique, 
Veull  visiter  pareillement 
Le  Sainct  notable  &  auclentique, 
Il  guarit  de  goutte  arctique, 
Chault  mal,  fièvre  continuelle, 
Il  guarit  de  peste  &.  colicque, 
De  langueur,  de  pierre  &  gravelle. 

L'Aveugle. 
C'est  une  chose  solennelle 
Que  des  miracles  qu'il  a  faiz, 
Il  cure  de  douleur  mortelle 
Boiteux,  aveugles  à  contrefaiz. 


—  100  — 

Hélas  !  iif  verray-je  jamaiz 
La  châsse  du  benoisl  Pasteiur. 
G'y  jiliassf1  voulentiers,  mais 
Je  n'ay  no  varlet  ne  ilucteur. 

Le  Muet. 
lia,  h\.  hou ,  ha! 

Le  Contrefait. 

Je  suis  tout  sour 
Que  cç  muet  vouloil  parler, 
!\fais  qu'esse  qu'il  a  sur  le  cueur, 
Veult-il  point  à  Lengres  aller  ? 

Le  Muet. 
lia.  liy,  bon,  ha! 

Le  l'Ar.M.KTKjn:. 

Il  veut  trotter 
A  la  (lité,  comme  je  pense, 
Voir  le  cligne  corps  translater, 
Pour  recouvrer  son  éloquence. 

Le  Contrefait. 
Kl  iuov  qui  chemine  à  potence. 
D'y  aller  eusse  bon  mestief. 

Lli   PARALETiQUE. 

Mous  voir  la  noble  excellence. 
Le  Contrefait. 

Aluns. 

Le  Paraletique. 
Mectons-nous  en  sentier. 

L'Ave  lgle. 
Hélas!  vous  voulez  commander 
Ce  très  sainct  voyage  sans  moy. 
Pour  Dieu!  \eullez  moy  adressier, 
ilar  aveugle  suis,  sur  ma  foy. 


—  401  — 

Le  Contrefait. 
Au  fort,  j'ay  grant  pitié  de  toy, 
Pran  ce  baslon,  je  te  menray. 

L'Aveugle. 
Tu  sçeis  bien  que  goutte  ne  voy, 
Passe  devant,  je  te  suyvray. 
Le  Contrefait. 
Par  bon  chemyn  te  conduyray. 

L'Aveugle. 
Ur,  me  mainne  comme  tu  sçeis. 

Le  Contrefait. 
Je  le  veul  bien. 

L'Aveugle . 
Je  te  diray, 
Je  ne  crains  rien  que  les  fossez. 
Lors  s'en  vont  tous  quatre  et  lesaultres  ont  amené  l'Enragé 
devant  le  Sainct. 

Le  Père  a  l'Enragé. 
Messeigneurs,  ung  peu  regardez 
Le  pacient  qu'amenons  cy, 
Et  au  Martir  intercédez 
Qu'il  nous  oste  hors  de  socy. 

L'Évesque. 
Mon  bel  amy,  criez  marcy 
A  Dieu  et  au  Sainct  qui  est  digne, 
N'ayez  pas  le  cueur  endurcy, 
Mais  leur  demandez  médicine. 

Le  Père. 
Mon  enfant,  or  monstrez  aucung  signe 
D'honneur  &  de  dévocion. 

La  Mère. 
Las  !  il  ne  veult  ployer  l'eschine, 
Tant  il  est  plain  d'obstinacion. 


—  402  — 

Le  Père. 
Oralio. 

Martir  de  grant  affection. 
Qui  as  enduré  passion 
Pour  la  saincte  foy  calholicque, 
Regarde  ma  conlriction, 
Présente  mon  oracion 
Devant  le  tlirône  déifique 
Par  ton  marlire  magnifique, 
Donne  à  mon  tilz  bonne  santé, 
Oslant  la  rage  démonique, 
Très  furieuse,  dyabolique, 
De  laquelle  il  est  tor mente. 

La  Mère. 
0  Martir  de  grant  sanclité, 
Décoré  de  félicité, 
Lassus  en  gloire  espéciale, 
Jadis  à  Lengres,  la  cité, 
Souffris  cruelle  adversité 
Pour  tenir  foy  bonne  &  léalle, 
0  Dignité  sacerdotale, 
Relucence  pontificale 
Qui  fais  ceste  Ville  exalter, 
Guéris  la  douleur  anormale 
De  mon  filz  qui  est  blefve  tit  pale 
Pour  le  mal  qu'il  luy  faull  porter. 

Le  Prieur. 
Enffans,  ne  veullez  différer 
De  le  prier  dévotement, 
Car  il  convient  persévérer 
Qui  veull  avoir  alégement. 

Le  Père  a  l'Enragé. 
Sire,  sachez  certainement, 
S'il  plait  à  Dieu  qui  tout  compassé, 


—  403  — 

Nous  y  serons  tant  longuement 
Qu'en  la  fin  recepvrons  sa  grâce. 
Sainct  Didier  en  Paradis. 
Mon  Dieu,  devant  ta  digne  face 
Je  m'incline,  abaisse  &.  prostenw, 
Aflin  que  ta  pitié  nous  face 
Doulceur  cordiale  oc  paterne, 
Concludz,  délibère  &.  décerne 
Que  j'emporte  exaudicion, 
Actandu  que  la  foy  concerne 
De  la  loy  augmentacion. 

Mon  Dieu  &  mon  Père, 

Sage  &  sapient, 

Voy  la  grant  misère 

De  ce  pacient. 

Le  père  scient 

Et  la  mère  honneste 

A  bon  escient 
M'en  ont  fait  requeste. 
Maria. 
0  Divinité  très  parfaite, 
Tu  as  cognoissance  patente 
De  la  prière  qui  est  faicle 
Par  Didier  qui  cy  se  présente. 
Voy  la  dévocion  fervente 
De  ceulx  qui  ont  à  Tuy  recours, 
Et  leur  octroyé  sans  actente 
Garison,  confort  &  secours. 

Tu  vois  le  forfait, 
Douleur  à  poincture, 
Que  l'ennemy  fait 
A  ta  créature, 


—  404  — 

Humaine  nature 

Ne  peult  rien  sans  loy, 

Garde  ta  facture 

De  cheoir  en  desroy. 

De  us. 

J'ay  toujours  perçeu  à  perçoy 
Que  l'humaine  plasmacion 
Ne  se  peut  lever  tout  par  soy 
De  quelconque  vexation, 
Doncques  s'elle  a  templacion 
Trop  véhémente  <x  importable, 
Je  luy  feray  largicion 
De  toute  grâce  proflitable. 

item,  pour  donner  à  cognoistre 
Que  Didier  est  mon  bon  amy, 
Je  feray  faillir  &  descroistre 
La  puissance  de  l'ennemy. 
Le  démoniacle  transy 
Sera  subit  sain  tk  joyeux, 
Et  sur  plusieurs  aullres  aussy 
Monslreray  fais  miraculeux. 

Quiconques  aura 
Quelque  infirmité 
Puis  au  Saincl  viendra 
Par  humilité, 
Certes  il  sera 
Réabilité, 
Car  tost  recepvra 
Confort  à  santé. 

Icy    l'Enrayé    change  sa  manière  et  se   ministre    sain   et 
joijeulx  et  dévot. 


—  405  — 
Puis  vient  Satham  et  dit  : 

Satiiam. 
Les  dyables  m'ont  cy  apporté, 
Je  ne  sçay  mais  quel  tour  torner, 
Sainct  Didier  a  tant  caqueté 
Que  contraint  suis  de  relorner. 
Nous  cuydions  prandre  &  enforner 
Ce  paillard  qu'avons  tormenté, 
Mais  plus  n'osons  cy  séjorner. 
Vien  t'en,  vien  t'en,  tout  est  gasté. 
Satham  reprend  son  dyablol,puis  dit  l'Enragé  : 

L'Enragé. 
Mon  père,  louez  la  bonté 
Du  Sainct  ix  faictes  chère  lye, 
Car  tout  cueur  est  reconforté 
Qui  pardevanl  luy  s'umylie. 
Je  n'ay  douleur  ne  maladie, 
Je  suis  gary,  soyez  en  seur, 
Et  pourtant,  mère,  quoi  qu'on  dye, 
Le  Sainct  est  tout  plain  de  doulceui  . 

La  Mère. 
Hélas!  mon  enfant  de  mon  cueur, 
Es-tu  gary? 

L'Enragé. 
Plus  rien  ne  sens. 

Le  Père. 
Loué  soit  le  doulx  Créateur! 

L'Enragé. 
Mon  père,  je  r'ay  mon  bon  sens. 

Le  Père. 
O  haulx  miracles  évidens! 

La  Mère. 
0  Martyr,  que  tu  es  piteux! 


—  106  — 

Le  Pèrk. 
Il  garit  de  tous  aecidens 

La  Mère. 
Il  conforte  tous  disettens. 

Le  Père. 
Sainct  Didier,  martyr  vertueux 
Qui  es  lassuz  en  gloire  assiz, 
Je  te  rends  cent  mil  marcis 
De  ce  miracle  sumptueux. 

La  Mère. 
Tu  ostes  des  cueurs  doloreux 
Tous  maulx,  tous  ennuys,  tous  socis, 
Sainct  Didier,  martyr  vertueux, 
Qui  est  lassuz  en  gloire  assis. 

Le  Père. 
Mon  fils  qui  estoit  langoreux 
Par  toy  est  en  santé  remis. 

La  Mère. 
Benoist  Pasteur,  tu  as  permis 
Qu'il  soit  tout  sain  &  vigoreux. 

L'Enragé. 
Sainct  Didier,  martyr  vertueux, 
Qui  est  lassus  en  gloire  assiz, 
Je  te  rends  cent  mille  inarcis 
De  ce  miracle  sumptueux. 

Le  Père. 
Désormais  serons  curieux 
De  faire  notre  oblacion 
Devant  son  autel  précieux 
Au  jour  de  la  translacion. 

L'Enragé. 
Puisque  j'ay  toute  garison, 
Bon  sens  à  bon  entendement, 
Ostez-mov  ceste  lvoison. 


—  407  — 

La  Mère. 
Si  feray-je  tout  prestement. 

Lk  Père. 
Or,  retornons  joyeusement 
En  noslre  logis  &.  repaire. 

Ils  s'inclinent. 

Louons  Dieu  solennellement 
Et  le  Martir  très  débonnaire. 

Lors  s'en  vont. 

L'ÉVESQUE. 

Nottez,  notiez  cest  exemplaire 
Et  cornent  ce  reliquiaire 
A  fait  miracle  noble  à  cligne, 
Vees  là  l'Enragé  qui  chemyne, 
Tout  sain,  tout  prudent  &  lout  sage, 
Qui  a  recouvert  médecine, 
Faisant  cy  son  pèlerinage. 

Le  Prieir. 
Pourtant  j'ay  désir  <k  courage 
De  faire  honnestement  poser 
Le  corps  du  précieux  l'ymage 
En  la  châsse  pour  repeser. 

L'Évesque. 
Je  m'y  veul  très  bien  accorder, 
Puisque  c'est  vostre  volenlé. 

Rains. 
S'il  vous  plait  riens  nous  comander, 
Chascun  est  prest  de  son  costé. 

Le  Doyen. 
Il  y  a  cy  gens  à  planté, 
Tant  lays  comme  ecclésiastiques. 
Appeliez  une  quantité 
De  ces  seigneurs  honorificques. 


—  408  — 

L'ÉVESQUE. 

Entre  vous  prélats  auclentiques, 
Faictes  nous  aucun  adjutoire. 

Le  Prieur. 
Mectez  la  main  à  ces  reliques 
Entre  vous,  Prélats  auctentiques. 

Le  Trésorier. 
Employez  tous  voz  sens  pudiques 
A  ceste  euvre  très  méritoire. 

Le  Doyen. 
Entre  vous,  Prélats  auctentiques, 
Faictes  nous  aucun  adjutoire. 

Rains. 
C'est  raison  que  chascun  décore 
Du  martir  la  translacion, 
Aflln  que  lassuz  il  implore 
Pour  ses  amis  salvacion. 

Laos. 
Alons  tous  d'humble  affection 
Le  précieux  corps  transporter, 
Affin  que  notre  intencion 
Yeulle  adresser  à  conforter. 

Chaalons. 
Tout  homme  se  doit  bien  pener 
De  luy  faire  honneur  &  service, 
Car  il  peult  en  gloire  mener 
Le  servant  qui  luy  est  propice. 

Noyon. 
Puisqu'on  nous  prent  pour  cest  olïice 
De  le  mectre  en  ce  beau  vaisseau, 
Quant  à  moy  pas  ne  suis  si  nice 
Que  je  n'y  aide  bien  &  beau. 


-  -109  - 

Beaulvais. 
Tandis  que  nous  sommes  au  tombeau. 
Changeons  le  gracieusement. 
Et  ou  tabernacle  nouveau 
Le  mettons  bien  dévotement. 

L'ÉVESQUE. 

Or,  prenez  cy. 

Rains. 

Honnestement 
Devant  la  châsse  le  portons. 

La  on. 
Chargez. 

Chaalons. 
Levez. 

NOYON. 

Tout  doublement, 
Atiin  que  rien  nous  ne  gastons. 
Icij  porte  le  corps  vers  la  châsse. 
Puis  dit  l'Evesquc. 

L'ÉVESQUE. 
Icy  fault  que  le  reposons 
Sur  cest  autel  qui  est  paré. 

Beaulvais  . 
11  est  dessus. 

L'ÉVESQUE. 

Or,  le  posons 
En  ce  vaisseau  riche  &  doré. 

Le  Prieur. 
Mais  affin  que  riens  n'omectons 
Et  que  tout  soit  bien  achevé, 
Avec  le  corps  l'escript  mettons 
Ainsy  que  nous  l'avons  trouvé. 
Lors  meclenl  le  corps  dans  la  châsse. 


—  MO  — 

Le  Contrefait. 
Rencontre  le  Fol  et  lutj  dit  : 

Mon  amy,  Dieu  le  doint  santé! 

Le  Fol. 
Par  Sainct  Jacques!  mais  votre  teste. . 

Le  Contrefait. 
Où  fait-on  la  solennité, 
La  translacion  à  la  feste  ? 

Le  Fol. 
Mais  que  de  fouldre  &  de  tempeste 
Soyez  vous-mesmes  abattu! 

L'Aveugle. 
Parle  de  ce  qui  nous  compète. 

Le  Fol. 
Voire  tout  plat. 

Le  Paraletique. 
A  qui  l'as-tu? 

Le  Fol. 
Pourtant,  si  je  suis  mal  vestu, 
Doy-je  estre  ravalé  de  vous? 

Le  Paraletique. 
A  déa,  si  quelcung  t'a  battu, 
Pour  Dieu!  ne  t'en  pren  point  à  nous. 
Où  est  le  moustier? 

Le  Fol. 

A  genoulx. 

L'Aveugle. 
Veescy  bien  sauvaige  devise. 

Le  Muet. 
Ha,  hi,  non,  ha! 

Le  Fol. 
De  bon  vin  doulx  ! 


—  Ai\  — 
Le  Contrefait. 
Alons,  alons,  je  voy  l'église. 

Le  Priei  h. 

Le  plus  fort  de  notre  entreprise 
Avons  achevé  par  honneur, 
Le  corps  est  mis  par  bonne  guise 
Dedans  la  chasse  de  valeur, 
Le  chief  qui  est  plain  de  doulceur 
Aura  ce  vaisseaul  pour  sa  part, 
Et  au  bras  du  benoist  Pasteur 
Feray  de  ce  joyau  départ. 

En  lieu  de  desserte  réale, 
Révérend  Père,  vous  aurez 
Pour  vostre  église  cathédrale 
Ung  don  que  vous  emporterez. 
Du  bras  dextre  douhé  serez, 
Puis  aurez  des  os  deux  ou  trois. 
Lesquels  enchâsser  vous  ferez 
En  or  ou  en  argent  de  poiz. 

L'Évesque. 

Jhésu  Crist,  Prince  &  Roy  des  Roys, 
Et  toi  Martir  très  précieux, 
Je  vous  marcie  à  haulte  voix 
De  ce  beau  trésor  plantureux, 
Par  vostre  sainct  nom  glorieux, 
Aydez,  conservez,  con fermez 
Et  gardez  de  cas  périlleux 
Notre  église  de  Sainct-Mammès. 

Le  Contrefait. 

Aveugle,  à  genoulx  vous  mectez 
Devant  le  bel  reliquiaire. 


—  412   - 
L'Aveugle. 
Si  feray-je,  ne  vous  doubtez, 
Puisque  sommes  au  sainctuaire. 

Le  Paraletique. 
Il  seroit  doncques  nécessaire 
De  ce  muet  mectre  en  arroy. 

Le  Muet. 
Ha,  hy,  lion,  ha! 

Le  Contrefait. 

Laissez  le  faire. 
Il  s'agenoille  comme  moy. 

Or  alto. 

Prélat  puissant,  Pasteur  piteux, 
Qui  pour  la  foy  a  receu  mort, 
Regarde  moy  pouvre  boyteux 
Et  me  donne  quelque  confort. 
Tu  sçeis  que  j'ay  mis  mon  effort 
Pour  venir  cy  en  ta  maison 
Requérir  soûlas  &.  déport, 
Santé,  remède  à  garison. 

L'Aveugle. 
Gemme  reluysant,  digne  &  chière. 
Je  requiers  confort  &  conseil. 
Car  privé  suis  de  la  lumière, 
Des  esloilles  à  du  soleil. 
Pour  oster  la  peine  &  traveil 
Que  j'ay  reçeu  mainte  saison, 
Donne  moy  pour  don  non  pareil 
Santé,  remède  &  garison. 

Le  Paraletique. 
Regarde  le  paraletique 
Et  le  veulle  reconforter, 


—  413  - 

Voy  le  mal  qui  me  point  <k  picque, 
Terrible  &.  pèsent  à  porter. 
Pour  visiblement  démonslrer 
Les  vertus  dont  tu  as  foyson, 
Fay  moy  devant  Dieu  impélrer 
Santé,  remède  v\  garison. 

Le  Contrefait. 
Pour  ce  muet  en  cas  semblable, 
Te  requérons  bénignement, 
Car  il  n'a  pas  boucbe  capable 
Pour  toy  prier  dévotement. 

L'Aveugle. 
Fay  qu'il  puist  sonner  clèrement 
Bon  langaige  &  bonne  raison, 
Et  luy  donne  présentement 
Santé,  remède  &  garison. 
Lors  le  Muel  fait  signe  de  dévocion  comme  les  aultres,  puis 
convnance  à  parler  et  tous  les  aidlres  se  monstrenl  garis. 
Le  Muet  parle  joyeusement. 
0  Sainct  de  grant  perfection, 
Digne  Marlir  régnant  en  gloire, 
Tu  fais  sur  moy  telle  action 
Qu'à  tousiours  en  sera  mémoire. 
Par  ton  confort  à  adjutoire 
Qui  sçeit  les  povres  consoler, 
J'ay  éloquence  péremptoire 
Pour  bien  langagier  <x  parler. 

Le  Contrefait. 
Dieu  marcy!  je  puis  bien  aller, 
Il  ne  me  fault  plus  de  potence. 

Le  Paraletique. 
Et  moy  quy  souloye  trambler, 
Dieu  marcy!  je  puis  bien  aller. 


—  4U  — 
L'Aveugle. 

Noël! 

Le  Paraletique. 
Qu'avez  vous? 
L'Aveugle. 

Je  voys  cler, 
Mes  yeulx  sont  en  convalescence. 

Le  Contrefait. 
Dieu  marcj  !  je  puis  bien  aller, 
11  ne  me  fault  plus  de  potence. 

Lk  Muet. 
Quant  je  vis  par  expérience 
Que  vous  veniez  en  ce  voyage, 
Je  fuz  esmeu  <k  conscience 
D'y  venir  aussi  faire  hommage. 
Or,  a  fait  le  très  doulx  ymage, 
Par  miracle  &  nouvelleté, 
Que  j'ay  recouvert  mon  lengaige 
Àinsy  que  vous  avez  santé. 
Le  Contrefait. 
Louons,  louons  la  Trinité 
Et  le  bon  martir  Sainct  Didier, 
Qui  nous  est  en  adversité 
Venu  secourir  &  aydier. 
L'Aveugle. 
Nous  debvons  bien  auctoriser 
Sa  dévote  habitacion 
Et  tous  les  ans  sollemniser 
Le  jour  de  sa  translacion. 
Le  Muet. 
Quant  à  inoy,  j'ay  intention 
De  souvent  visiter  sa  châsse 
Pour  donner  quelque  oblacion 
Des  biens  temporels  que  j'amasse. 


—  415  — 

Le  Paraletique. 
Puisque  le  Sainct  nous  a  fait  grâce. 
Achevons  le  pèlerinage, 
Si  partirons  de  ceste  place 
Marcyant  Dieu  de  bon  courage. 
Lors  vont  baiser  la  châsse  et  faire  leur  offrande. 
L'ÉVESQDE. 
Plus  haulx  faitz,  plus  bel  avantage, 
Ne  peult-on  au  monde  quérir, 
Le  Sainct  préserve  de  dommage 
Quiconques  le  vient  requérir. 
Escripvez  au  vray,  sans  mentir, 
Les  miracles  &  les  beaulx  fais, 
Affin  que  le  benoist  Martyr 
Soit  honnoré  des  plus  parfaictz. 

Le  Soubprieur. 
Plusieurs  livres  en  seront  faictz, 
Monseigneur,  sachez  de  certain, 
En  quoy  les  vertueux  effecls 
Seront  tous  escripts  de  ma  main. 
Mais  pour  faire  honneur  souverain 
A  ceste  relevacion, 
Le  corps  fault  porter  tout  à  plain 
En  triumphe  à  procession. 

L'Évesque. 
A  vostre  persuasion 
Ne  faiz  aucune  répugnance, 
Mais  ouyr  fault  l'oppinion 
De  messeigneurs  les  Pers  de  France. 

Rains. 
Chascun  doit  faire  diligence 
De  rendre  au  Sainct  obédience, 

Sans  offence 
De  péché  ne  de  quelque  vice, 


—  416  — 

Car  pas  n'a  bonne  intelligence 
Qui  ne  fait  à  sa  précellence 

Révérence 
De  processions  ou  service. 

Four  louer  son  graftt  bénéfice, 
Pour  monstrer  dévot  exercice, 

Par  office, 
Chascun  doit  faire  diligence, 
Si  convient  par  loy  ou  police 
Qu'on  soit  prest,  habile  &  propice, 

Nom  pas  nice, 
De  rendre  au  Sainct  obédience. 

Bourgoine. 
Jadis  Priam  à  ses  enffans, 
Possesseurs  du  riche  Ylyon, 
Faisoienl  honneurs  triumphans 
A  l'ymage  Paladion. 
Or,  quant  par  supersticion 
Se  mectoient  en  tel  debvoir, 
Pour  si  digne  translacion 
Que  ferons  nous?  Je  ne  sçay  voir. 
Laûn. 
Àinsy  que  Moyse 
Fit,  par  bonne  guyse, 
Fort  recommander 
L'arche  où  estoit  mise 
La  loy  très  exquise 
Qu'on  debvoit  garder, 
Nous  debvons  orer, 
Servir,  honorer, 
Par  grant  eflicasse 
Kt  fort  labourer 
Le  Sainct  à  la  chAsse. 


—  417  — 

Normandie. 
Se  jadis  le  noble  Jason 
Contre  l'enchantement  des  Dieux 
Laboura  tant  pour  la  toyson 
Qu'il  en  est  parlé  en  tous  lieux, 
Nous  debvons  faire  encores  mieulx 
Pour  le  Martir  doulx  &  béguin, 
Et  esniouvoir  jeunes  oc  vieulx 
A  le  servir  de  cueur  enclin. 

Chaalons. 
C'est  ung  Martir  moût  notable, 

Délectable, 
Digne  de  bruyt  &.  d'honneur, 
De  ceste  Ville  honnorable 

Très  louable 
Saulve  garde  &.  gouverneur, 
C'est  la  verge  de  valeur 

Et  la  fleur 
Portant  fruyt  soudainement, 
De  quoy  le  législateur 

Et  docteur 
Escript  au  vieil  testament. 

Guyenne. 
Valère,  en  ses  dicts  mémorables, 
Luculentement  raconta 
Les  bienvegnans  incomparables 
Qu'on  fit  à  Pessimionta, 
Le  bon  Nasica  se  mesla 
De  parer  son  réclinatoire, 
Mais  le  Sainct  qui  repose  là 
Est  bien  digne  de  plus  grant  gloire. 

Noyon. 
Quant  d'Israël  le  populaire 
Fit  au  désert,  pour  soy  retraire, 

27 


—  418  — 

Maint  tabernacle, 
Il  gardoit  en  reliquiaire 
La  saincte  manne  à  luy  fit  faire 

Beau  réceptacle. 

Ne  mectons  aussi  nul  obstacle, 
Mais  honorons  le  digne  oracle 

De  Sainct  Didier 
Qui  soudainement,  par  miracle, 
Par  digne  &  haultain  signacle, 

Nous  peult  aydier. 

Champaigne. 

Titus,  orateur  solennel, 
Qui  des  faitz  de  Romme  dicta, 
Parle  du  feu  perpétuel 
Luysant  au  temple  de  Vesta, 
Combien  que  Romme  y  adiousta 
Confidence  de  tout  son  cueur, 
Oncques  si  grant  bien  n'y  gousla 
Comme  il  y  a  on  Sainct  Pasteur. 

Beaulvais. 

La  Bible  auctenticque 
Mect  l'honneur  antique 
Qu'on  manifestoit 
Quant,  en  lieu  publicque, 
L'arche  magnificque 
Lors  se  transporloit. 
David  y  esloit 
Qui  bien  s'aquictoit 
De  son  monocorde, 
Doulx  chant  résonoit, 
Ung  chascun  sonnoit 
Harpe  ou  décacorde. 


—  419  — 
Flandres. 
A  l'example  de  ces  doulx  sons 
Que  l'on  faisoit  anciennement, 
Je  concludz  que  nous  en  fassions 
Devant  le  Sainct  pareillement, 
Quiconques  d'aucungs  instruments 
Sçait  faire  jubilacion, 
Vienne  jouer  dévotement 
A  la  noble  procession. 

Toulouze. 
Ayez  chantz  joyeulx 
De  voix  qui  sont  nettes, 
Luctz  mélodieux, 
Typanes,  sonnettes, 
Mandez  vos  trompettes, 
Clairons,  simphonines, 
Fleustes  &  orguettes, 
Cors  &  chalemynes. 

L'Évesque. 
Princes  &  Pers,  puisqu'il  vous  plait 
Que  la  procession  se  face, 
Ung  chascun  de  nous  est  tout  prest 
D'acompaigner  la  noble  châsse. 

Messagier,  va-t-en  en  la  place 
La  procession  publier 
Pour  tout  le  peuple  en  bref  espace 
Assembler  &.  multiplyer. 

Il  convient  aussi  que  les  rues 
Tu  faces  très  bien  nectoyer 
Et  soient  de  tapis  tendues 
Pour  le  bon  Martir  festyer. 


—  420  — 

Fais  haultes  lisses  desplyer, 
Draps  de  soye,  riche  poincture, 
Et  dy  qu'on  se  veulle  emplyer 
De  trouver  ramée  ou  verdure. 

Tost-Prest. 
Monseigneur,  je  mectray  ma  cure 
D'acomplir  vostre  mandement. 

L'Évesque. 
Or,  va  doncques. 

Tost-Prest. 

Et  si  vous  jure 
Que  je  le  criray  haultement. 
Lors  le  Messagier  va  en  la  place  cryer  ce  qui  s'ensuyl. 
Oyez  :  On  fait  commandement 
A  tous,  sans  nulle  exception, 
Qu'on  se  treuve  présentement 
A  la  noble  procession. 
Chascun  face,  en  brefve  saison, 
Que  les  chemyns  soient  propices, 
Ostent  de  devant  leur  maison 
Choses  sales  &  immondices. 

Et  pour  vous  bailler  à  entendre 
Tout  ce  que  faire  conviendra, 
Tappiz  de  couleur  vous  fault  tendre 
Par  où  la  châsse  passera, 
La  belle  herbe  se  sèmera 
Dessus  le  pavement  divers, 
Et  le  surplus  paré  sera 
De  painctures  ou  rameaulx  verds. 

Le  Fol. 
Je  viens  de  la  foire  d'Envers, 
Tout  droit  sans  bouger  de  mon  lit, 


—  421  — 
Mais  les  culz  vers  de  vert  convers 
M'y  ont  fait  prendre  beau  délict. 
Pardieu!  ma  marotte  en  vieillit, 
Elle  passe  la  quarantaine. 
Bona  dies!  Gauthier  Mitainne, 
Le  cousin  de  maistre  Accipe, 
On  m'a  baillé  ung  Iiecipe, 
Mais  il  n'est  pas  d'apothicaire, 
Car  qui  pro  quo  le  me  fit  faire 
Pour  garir  de  la  tirelire. 
Marion,  qu'avez-vous  à  rire? 
Avez-vous  hoché  le  prunier? 
Je  voy  bien  ce  gracieux  sire 
Qui  veult  percier  votre  panier. 
Le  premier  Bourgeoys. 
Messeigneurs,  on  a  fait  cryer 
Que  toutes  les  rues  tendons, 
Et  pourtant  je  vous  veul  pryer 
Que  de  bon  cueur  y  entendons. 

Le  second  Bourgeovs. 
A  noz  serviteurs  commandons 
Qu'ils  nectoyent  tous  les  sentiers, 
Car  je  croy  que,  se  leur  mandons, 
Us  le  feront  très  volentiers. 

Le  tiers  Bourgeois. 
Suz,  galans  propres  &  légiers, 
A  la  besongne  vous  mectez, 
Et  comme  gentilz  mesnagiers 
Nectiez  les  chemyns  gastés. 

Le  quart  Bourgeoys. 
Il  fault  que  beaulx  lappiz  tendez, 
Afin  que  tout  soit  décoré, 
Et  que  le  hault  chemin  rendez 
D'herbes  à  de  rameaulx  parés. 


_  422  — 
Le  premier  Bourgeoys. 
Allons  voir  la  solennité 
De  la  noble  translation 
Pour  laquelle  en  ceste  Cité 
Se  fera  la  procession. 

Lors  s'en  vont  les  Bourgeoys. 

Le  Père  a  l'enfant  mort. 

0  la  terrible  affliction 

Qui  mon  pouvre  cueur  poinct  &  serre, 

Et  si  n'est  consolation 

Que  je  sçeusse  en  ce  inonde  querre! 

Que  ne  suys-je  cent  pieds  en  terre! 

Que  ne  suis- je  transy  <x  mort! 

Je  feusse  quitte  de  la  guerre 

Que  fortune  me  fait  à  tort. 

Hélas!  hélas!  tristesse  amère, 
Me  veulx-tu  du  tout  oultrager? 
Mieult  vault  que  je  me  désespère, 
Pour  ce  grief  martir  abréger. 
Rage  se  vient  en  moy  losger, 
Ennuy  me  livre  ses  assaulx 
Et  me  cuyde  faire  plonger 
En  une  abisme  de  tous  maulx. 

Que  feras-tu  cueur  doloreux, 

Pourra-tu  soffrir  ce  tonnent? 

Nennyn,  il  est  trop  dangereux, 

N'est  pas?  Ouy,  certainement. 

Quel  remède?  Fay  aultrement. 

Et  quoy?  Abrège  ton  martire. 

Comment?  Pren...  Quoy?  Quelque  instrument. 

Pourquoy  faire?  Pour  toy  occire. 


—  423  — 

Souspire  cueur,  pleure  &  larmoyé, 

Mon  œul  soie  tout  esploré 

Quant  mon  enfant  que  tant  j'aymoye 

Je  voy  mort  &  descoloré. 

Je  l'ay  tout  maintenant  tiré 

D'ung  très  horrible  cv  profond  puys, 

Dont  je  suis  au  cueur  tant  ire 

Et  tant  doulant  que  plus  n'en  puis. 

Mon  fils,  que  fais-tu? 
Regarde  ton  père, 
Se  tu  as  vertu, 
Respond  à  voix  clerc. 
Que  dira  ta  mère 
Quant  mort  te  verra? 
De  douleur  amère 
Tantost  se  morra. 

Hélas!  hélas!  peu  me  proffite 
Le  plorer  &  le  lamenter, 
La  complainte  que  je  récite 
Ne  me  peult  de  mal  excuser, 
Mais  je  veul  mon  enfant  porter 
A  Sainct  Didier,  devant  la  châsse, 
Car  il  a  voulu  conforter 
Tous  ceulx  qui  ont  demandé  grâce. 
Lors  porte  son  enfant  devant  la  châsse  Saint  Didier 

La  Mère  a  l'enfant  malade. 
Que  feray-je,  moy,  pouvre  lasse? 
Je  ne  sçay  mais  que  devenir, 
Car  tant  de  deuil  en  moy  s'amasse 
Qu'à  peine  me  puis  soustenir. 
0  Dieu,  veullez  moy  secourir, 
0  Sainct  Didier,  martir  très  digne, 


—  424  — 

Ne  laissez  mon  enfant  morir, 
Mais  luy  envoyez  médicine. 

Vray  Dieu  !  qu'il  endure  de  peinne, 
De  maladie  &.  de  détresse. 
Il  est  mis  à  la  grosse  alainne 
Par  le  grief  tonnent  qui  l'oppresse. 
Si  la  fièvre  qui  fort  le  presse 
Ne  cesse  aucunement  son  cours, 
Je  croy  qu'il  mourra  de  foiblesse 
Se  Dieu  ne  luy  donne  secours. 

Mon  fdz,  quant  tu  me  souloye  rire, 
J'en  estoye  toute  refecte, 
Maintenant,  je  pleure  &.  souspire, 
Regardant  ta  face  pallette. 
0  pouvre  nez,  pouvre  bouchette, 
Pouvre  manton  tout  blesme  &  noir, 
Pouvre  genoul,  pouvre  jambette, 
C'est  grant  pitié  que  de  vous  voir. 

En  toute  lyesse, 
Nourrir  te  debvoye, 
Car  pour  ma  viellesse 
Je  te  réservoye, 
Tousiours  contendoye 
Ta  santé  garder 
Pour  ce  que  cuydoye 
De  toy  amander. 

Or,  suis-je  maintenant  fraudée 
De  ma  parfaile  inlencion, 
Se  le  Martir  de  renommée 
Ne  me  rend  consolacion. 


—  425  — 

Bien  scay  qu'à  sa  translation 
A  fait  maint  miracle  plaisant, 
Si  veul  par  grant  dévotion 
Devant  luy  porter  mon  enfant. 

Lors  porte  son  enfant  devant  la  châsse. 

Lucifer. 

En  Flageton,  le  cruel  fleuve  ardent, 
Par  désespoir  je  m'en  iray  plonger, 
Ou  parmi  Stix,  palus  tout  confondant, 
M'iray  voultrer  sans  jamais  desloger, 
Puis  qu'Aletho  qui  fait  les  maulx  forger, 
Et  Mégéra,  l'infernale  furye, 
Ne  font  mes  gens  habilement  rangier 
Pour  augmenter  ma  putte  seignorie. 

0  chiens  infects, 
Tous  forcenez, 
Dyables  deffaicts, 
Empoisonnez, 
Venez,  sortez, 
Trottez  de  tire, 
Oyez,  nottez, 
Ce  que  veul  dire. 

Satham. 

Vous  nous  faictes  enrager  d'ire, 
Ténéhrifer,  beste  cornue, 
La  police  de  votre  empire 
N'est-elle  pas  bien  maintenue? 
Notre  cause  est  tant  débatue 
Contre  les  droits  de  tous  humains, 
Qu'il  n'est  dyable  qu'il  ne  se  tue 
Pour  tout  aggripper  à  deux  mains. 


-  426  j- 

Nous  alons,  nous  venons, 
Nous  faisons  putte  fin, 
Affin  que  plus  gaingnons, 
Nous  alons,  nous  venons, 
Homme  nul  n'espargnons 
Tant  soit  soubtil  ou  fin, 
Nous  allons,  nous  venons, 
Nous  faisons  putte  fin. 

S'il  y  a  rien  soubz  le  mortier, 
Pourquoy  vous  vous  plainnez  si  fort, 
Affin  qu'on  le  puist  rapoinclier, 
Déclairez  nous  qui  a  le  tort. 

Astaroth. 
Quant  vous  voy  mener  tel  effort, 
Lucifer,  prince  confusible, 
Je  ne  souhaitte  que  la  mort, 
S'il  estoit  de  morir  possible, 
Soiez  ung  petit  plus  paisible, 
Car  je  vous  jure  mon  honneur, 
Que  par  fine  force  invisible, 
Je  devienclray  grant  gouverneur. 

Bélyal. 

Je  veul  estre  le  promoteur 
Des  grans  causes  de  notre  office, 
Je  ne  cognoys  céans  docteur 
Qui  soit  plus  propre  au  bénéfice. 
Satham  devient  truant  &  nice, 
Il  est  tout  plain  de  lâcheté, 
Car  s'il  feust  habille  &  propice 
Nous  eussions  Langres  la  cité. 

11  convient  qu'il  soit  réformé, 
Repris,  rebacqué,  taconné, 


—  427  — 

Car  je  suis  très  bien  informé 
Qu'il  est  fol  &  désordonné, 
Se  le  pouvoir  m'esloit  donné 
De  le  corriger  selon  droit, 
Il  seroit  si  bien  taconné 
Que  le  dyable  l'emporteroit. 

Belphégor. 
Lucifer,  qui  croyre  vouldroit 
Ces  ennemys  plains  de  langaiges, 
Par  leur  caquet  on  osteroil 
A  Satham  ses  droits  &  ses  gaiges, 
Ce  sont  envieux  personnages, 
N'y  adjoutez  foy  ne  créance, 
Car  ils  ne  sont  ne  clercs  ne  sages 
Mais  tous  remplis  d'oultreeuydance. 

Cerbérus. 
Astaroth,  qui  a  grosse  pance, 
Et  Bélyal,  ce  vieux  fumier, 
Veullent-ils  blasmer  la  vaillance 
De  Satham,  le  bon  coustumier? 
C'est  vostre  sénéchal  premier, 
C'est  vostre  grant  entrepreneur, 
Et  est  hardy  comme  ung  limier 
Qui  chasse  devant  le  veneur. 

Lucifer. 
Dyables,  vous  me  crevez  le  cueur 
Par  vostre  langaige  inulille, 
Avez-vous  point  montré  rigueur 
Contre  Lengres  la  difficile. 
Vous  debviez  rompre  le  concilie 
Qu'ilz  ont  fait  par  bonne  union 
Pour  le  Sainct  qui  pose  en  Ville 
Décorer  de  translacion. 


Satham. 
Pour  quelconque  lemptacion 
N'avons  peu  rompre  l'ordonnance, 
Car  le  Sainct  de  perfection 
Envers  Dieu  a  trop  de  puissance, 
Tous  les  jours  fait  grant  habondance 
De  beaulx  signes  miraculeux, 
Parquoy  nous  perdons  l'alyance 
Qu'avons  avec  les  vicieux. 

Lucifer. 
N'est-ce  pas  le  Sainct  marmiteulx 
Dont  Croscus  fit  copper  la  teste. 

Satham. 
C'est  Didier,  martir  vertueux, 
Qui  est  plus  digne  qu'ung  prophète. 

Lucifer. 
Fault-il  que  ce  qui  nous  compètc 
Par  ce  Didier  nous  soit  osté, 
Je  veul  qu'en  despit  de  la  feste 
Que  Croscus  soit  revisité. 

Satham. 
Ennemys  plains  de  faulcelé, 
Prenez  le  souffre  &.  le  charbon. 

Astaroth. 
Tost,  tost,  ce  payen  soit  frotté 
Et  déffroissé  comme  ung  jambon. 

Bélyal. 
J'ay  ma  tenaille  &  mon  forgon 
Pour  mectre  à  point  notre  fornaise. 

Léviatham. 
Çà,  çà,  maistre  Demorgorgon, 
Je  vous  feray  tanlost  bien  aise. 


—  429  — 

Belphégor. 
Onques  pute  puant  punaise 
N'eust  le  cul  plus  plat  qu'il  aura. 

Cerbérus. 
S'il  luy  fault  chose  qui  luy  plaise, 
Croyez  que  mon  bien  sien  sent. 

ASTAROTH. 
Je  croy  que  tantost  sentira 
La  Hume  qui  est  jà  montée. 

Bélyal. 
Et  je  croy  qu'il  deschantera 
Le  mal  jour  ou  la  tricotée. 

L'Ame  de  Croscus. 
0  malheureuse  âme  dampnée 
Par  péché  qui  en  moy  habunde, 
De  toute  peine  environnée 
Qui  jusques  au  cueur  me  redonde, 
Pourquoy  fus-je  doncques  né  au  monde 
Pour  vivre  tant  desloyaulment, 
Pourquoy  dure  douleur  profonde 
M'estraint  incomparablement  ? 

Satham. 
A  grand  péché  cruel  torment. 
L'Ame  de  Croscus. 
Que  n'ay-je  creu  en  mon  jeune  aage 
Les  Chresliens  que  j'exécutoye  ! 
Que  n'ay-je  creu  le  bon  langaige 
De  ceulx  que  je  persécutoye! 
Tout  le  monde  se  deffyoye 
Tant  estoit  désordonné. 
Es  Ydoles  je  me  fyoye 
Dont  maintenant  suis  forcené. 

Astaroth. 
Qui  ne  croyt  Dieu,  il  est  dampné! 


—  430  - 

L'Ame  de  Croscus. 
Mauldit  soit  mon  malheureux  père  ! 
Maulditz  soient  tous  mes  amys! 
Mauldicte  soit  ma  pute  mère  ! 
Mauldict  soit  par  qui  suys  cy  mis  ! 
Mauldictz  soient  les  plus  soublilz! 
Mnulditcz  soient  mes  serviteurs! 
Mauldictz  soient  grans  &.  petis  ! 
Mauldictz  soient  tous  mes  tuteurs  ! 

Bklyal. 
Pour  une  joye  cent  douleurs. 

L'Ame  de  Croscus. 
La  mort  ne  me  peult  secourir, 
En  elle  ne  doy  espérer, 
Il  me  fault  en  vivant  morir 
Et  en  mourant  persévérer, 
En  enduran I,  me  fault  durer 
Et  saulter  de  flamme  en  froidure, 
Tousiours  durant  pour  endurer 
Sieste  fière  éy.  laidure  dure. 

Léviatham. 
La  peine  d'enfer  tousiours  dure. 

L'Ame  de  Croscus. 
Haro!  j'ay  au  cueur  grant  despit, 
Grant  desconforl,  grant  arrogance, 
D'estre  dampné,  sans  nul  respit, 
Pour  ung  peu  de  foie  plaisance, 
De  toute  mondaine  bobance 
J'ay  volu  cognoistre  l'espreuve, 
Mais  bien  tard  j'ay  la  cognoissance 
Que  Dieu  tels  euvres  point  n'apreuve. 

Belphégor. 
Comme  on  faict  son  lict  on  le  treuve. 


—  431  — 

L'Ame  de  Croscus. 
Hélas!  hélas!  pourquoy  feis-je  oncques 
A  Sainct  Didier  mille  insolence, 
Qui  gouvemoit  au  temps  dadonques 
Son  peuple  en  grant  beignivolence! 
Le  dur  ver  de  ma  conscience 
Terriblement  au  cueur  me  tient, 
Quant  je  pense  à  la  grant  offense 
Dont  ce  marlire  me  survient. 

Cerbérus. 
Qui  mal  pourchasse,  mal  luy  vient. 

Lucifer. 
Holà!  ho  !  dyables  il  convient 
Le  houler  en  quelques  ténèbres, 
Et  puis  ainsin  qu'il  appartient 
Tormentez  luy  teste  &.  cérèbre, 

Corps,  face  <x  palpèbre, 

Bouliez  ou  latèhre 

De  nostre  délubre, 

Puis  qu'on  le  térèbre 

Par  force  illecèbre, 

Turbide  &  lucubre. 

Le  Fol. 

Qu'esse  que  Lucifer  célèbre  ? 
Je  n'entend  point  ce  fort  latin, 
C'est  alement  ou  besdouyn, 
Selon  ce  que  je  puis  entendre. 
Ne  vouldroit-il  point  entreprendre 
De  m'enseigner  ce  bon  lengaige. 
Je  suis  seigneur  d'ung  gros  villaige 
Là  où  y  a  beaucoup  de  biens. 
Sçavez-vous  quels  ?  En  une  caige 
Foin  &  avenne  pour  trois  chiens. 


—  432  — 

Ha!  vous  avez  couché  on  fyens, 
Je  le  voy  à  vostre  chemyse. 
Ho!  je  voys  chasser  aux  chrétiens, 
J'ay  cy  trop  esté  quant  g' y  vise. 

L'Évesque. 
Puisqu'il  y  a  en  ceste  église 
Si  noble  congrégation, 
Il  fouit  que  la  châsse  soit  prise 
Pour  porter  en  procession. 

Le  Prieur. 
Qui  aura  la  commission 
De  porter  ce  bien  singulier. 

L'Évesque. 
Trois  seigneurs  de  religion 
Et  trois  de  Testât  séculier. 
Le  Soubprieur. 
Or,  Talons  gentement  chargier, 
Puisqu'il  convient  que  le  portons. 

Le  Grant  Archidiacre. 
Tout  homme  se  veulle  arranger, 
Il  est  heure  que  nous  partons. 

L'Évesque. 
Quant  en  ordonnance  seront, 
Chascun  selon  sa  dignité, 
Faictes  sonner  cors  &  clarons 
En  signe  de  joyeuseté, 
Jouez  d'instruments  a  planté 
Par  doulce  modulacion, 
Jusqu'au  lieu  qui  est  limité 
Pour  y  faire  la  stacion. 

Dijonxoiz. 
Veesci  haulte  opération, 
Dieu  doint  qu'elle  soit  proflitahle  ! 


—  433  — 

Le  Chantre. 
Je  veul  par  grant  dévotion 
Commancer  quelque  chant  notable. 
Cantat. 

Lors  portent  la  châsse  en  procession  jusqucs  au  lieu  de  la 
station  cl  la  meclent  illec  sur  un  g  aultel  paré,  puis  dit  : 
Le  Père  a  l'enfant  mort. 
Puisque  la  châsse  se  repose, 
Il  m'y  fault  mon  enfant  porter. 

La  Mère  a  l'enfant  malade. 
Et  moy,  je  n'atends  aultre  chose 
Que  d'y  aller  sans  arrester. 

Le  Père  a  l'enfant  mort. 
//  se  mecl  à  gcnoulx  puis  dicl  ccsle  oroison  : 
0  Pasteur  qu'on  doit  réclamer 

Et  aymer 
D'amour  très  loyalle  &  fervente, 
Par  pitié  veullez  regarder, 

Sans  tarder, 
Mon  enfant  que  je  vous  présente. 
Par  ma  nonchalante  imprudence, 

Négligence, 
Je  l'ay  laissé  précipiter, 
Or,  luy  rendez  vye  apparente 

Et  patente, 
Qu'il  vous  puist  servir  &  doubter. 
La  Mère  a  l'enfant  malade. 
Oroison  à  gcnoulx. 

0  Martir  digne  de  mémoire, 

Qui  en  gloire 
Toute  lyesse  possessez, 
Vers  vous  je  demande  adjutoire 

Méritoire 
Pour  les  mauix  que  j'ay  plus  qu'assez. 

28 


—  434  — 

Mon  filz  a  les  membres  cassez 

Et  lassez 
Par  grefve  douleur  importune, 
Je  vous  requier  que  le  sanez 

Et  donnez 
Au  mal  médicine  opportune. 

Le  Père  a  l'enfant  mort. 
Trouve  son  enfant  ressuscité  et  dit  : 
Je  croy  que  j'ay  bonne  fortune. 

La  Mère  a  l'enfant  malade. 
Comment? 

Le  Père  a  l'enfant  mort. 
Mon  enflant  resuscite. 

La  Mère  a  l'enfant  malade. 
Le  mien  monstre  apparence  aucune 
De  santé. 

Le  Père  a  l'enfant  mort. 
Et  le  mien  proffite. 

La  Mère  a  l'enfant  malade. 
Nul  mal  en  mon  enfant  n'abile, 
Car  il  me  rit  très  doulcement. 

Le  Père  a  l'enfant  mort. 
Et  le  mien  desià  se  délicte 
De  chemyner  tout  franchement. 

La  Mère  a  l'enfant  malade. 
Veesci  beau  miracle  évident, 
Bien  debvons  louer  le  Marlir 
Qui  sans  guérir  nostre  accident 
Ne  nous  laisse  du  lieu  partir. 

Le  Père  a  l'enfant  mort. 
Certes  pas  ne  me  veul  tenir 
Que  je  n'aille  baiser  la  châsse, 


—  435  - 
Et  si  veul  tous  les  ans  venir 
Puisqu'il  m'a  fait  si  belle  grâce. 
Lors  vont  baiser  la  chasse  cl  faire  leurs  offrandes. 
L'Évesque. 
Vous  avez  veu  en  ceste  place, 
Par  beaulx  signes  miraculeux, 
Resusciter  en  peu  d'espace 
L'enfant  mort  ix  le  langoreux. 
Or,  prenons  ung  train  gracieux 
Et  que  nostre  chant  soit  repris, 
Si  portons  le  Sainct  glorieux 
Au  moustier  où  nous  l'avons  pris. 

Lors  rclornc  la  procession  cl  reportent   la  châsse  en  son 
lieu  en  chantant.  Pais  quant  Hz  sont  <iu  lieu,  l'Evesquc  dit  : 
Remettons  la  châsse  en  son  lieu 
Et  en  sa  propre  demorance, 
Puis  dévotement  louons  Dieu. 
Tour  ceste  notable  ordonnance, 
Seigneurs,  Princes  <x  Pers  de  France, 
Prélats  à.  Barons  d'entreprinse, 
Je  vous  marcye  à  toute  instance 
De  la  peine  qu'en  avez  prinse. 

Le  Bailly. 
Puisque  la  châsse  est  bien  remise 
Dedans  son  église  &.  maison, 
Il  fault  que  par  bonne  devise 
Faisons  au  Sainct  notre  oroison. 
Le  premier  Bourgeoys. 
Vous  dictes  très-bien. 

Le  second  Bourgeoys. 

C'est  raison. 
Le  tiers  Bourgeoys. 
Monstrons  siune  d'humilité. 


—  436  — 

Le  quart  Bourgeoys. 
Homme  doit  en  toute  saison 
Prier  pour  son  utilité. 

Le  Bailly,  à  ycnoulx. 
Martir  de  grant  auclorité 
Qui  jadis  souffris  passion 
Par  l'inique  perversité 
De  Croscus,  plain  d'infection, 
Toute  la  congrégacion 
Qui  en  ton  service  se  fonde, 
Préserve  de  la  mort  seconde! 

Le  premier  Bourgeoys. 
Préserve  de  la  mort  seconde 
Les  dévotz  qui  te  font  honneur, 
Et  s'il  y  a  nul  errabonde, 
Fay  que  toute  grâce  y  habonde 
Pour  complaire  au  doulx  Créateur, 
Tu  es  tousiours  notre  Pasteur, 
Toy  qui  es  &  qui  as  esté 
Martir  de  grant  auctorité! 

Le  second  Bourgeoys. 
Martir  de  grant  auctorité, 
Par  ta  glorificacion, 
Veul  maintenir  la  cité 
De  Lengres  en  prospérité 
Sans  quelque  tribulacion, 
Et  ceulx  qui  ont  dévocion 
Devant  la  châsse  pure  &  monde, 
Préserve  de  la  mort  seconde! 

Le  tiers  Bourgeoys. 
Préserve  de  la  mort  seconde 
Nous  qui  te  servons  de  bon  cueur, 
Car  l'ennemy  très  furibonde 
Tousiours  est  prest  et  sitibonde 


—  437  — 

Pour  nous  bouter  en  quelque  erreur, 
Garder  nous  peulx  de  cest  horreur, 
Toy  qui  est  tousiours  réputé, 
Martir  de  grant  auctorité! 

Le  quart  Bourgeoys. 
Martir  de  grant  auclorité, 
Maintiens  soubz  ta  protection 
Ta  noble  confraternité 
Qui  est  fondée  en  charité, 
En  amour  à  dilection, 
Tous  ceulx  qui  ont  affliction 
D'y  laisser  des  biens  de  ce  monde, 
Préserve  de  la  mort  seconde! 

Salnct  Didier  en  Paradis. 
Sapience  doulce  &.  faconde, 
Haulte  puissance  insupérable, 
Qui  as  science  très  profonde, 
Inexhauste  &  inénarrable, 
Je  fay  ma  déprécacion 
Pour  Lengres,  la  cité  louable, 
Jadiz  mon  habilacion. 

Pour  la  région, 
Pour  la  nacion, 
Requiers  ta  bonté. 
Faiz  largicion, 
Donne  porcion 
De  félicité. 
0  Divinité, 
Haulte  immarcité, 
Luysante  &  florie, 
Garde  en  unité 
Le  lieu,  la  Cité 
Et  la  confrarie! 


—  438  — 

Virgo  Maria. 
Mon  Dieu,  mon  Père  &  mon  désir, 
Le  parfait  de  mon  espérance, 
Exaulce,  par  ton  sainct  plaisir, 
Didier,  garny  de  tempérance, 
Tous  ceulx  qui  font  leur  demeurance 
Tant  à  Lengres  comme  environ, 
Soyent  tenuz  en  asseurance 
Pour  l'amour  de  leur  sainct  Patron  ! 

Eslargis  ta  main, 

Monstre  ta  haultesse, 

Baille  au  gendre  humain 

Des  biens  à  largesse, 

Donne  leur  lyesse 

Qui  ne  peult  périr, 

Car  Didier  ne  cesse 

De  t'en  requérir. 
Deus. 
Ma  simple  &  seulle  Déité 
Est  tant  miséricordieuse, 
Que  tout  cueur  est  reconforté 
Par  ma  doulceur  très  gracieuse, 
La  péticion  sumptueuse 
Que  Didier  devant  moy  recorde, 
Par  affection  curieuse, 
Volentiers  j'exaulce  à  accorde. 

Sainct  Didier. 
Mon  Dieu,  mon  Saulveur  magnificque, 
La  noble  Cité  lingonicque 
Qui  me  loue  de  cueur  parfait, 
Veulle  garder! 

Deus. 
Il  sera  fait. 


—  439  — 
Sainct  Didier. 
Mes  serviteurs  &  mes  confrères 
Délivre  des  peines  haustères, 
D'ennuy  ou  de  villain  forfait, 
Pour  mon  honneur! 

Deus. 

Il  sera  fait. 
Sainct  Didier. 
Tous  ceulx  qui  me  feront  service, 
Mais  qu'ils  délaissent  mortels  vices, 
Veulle  leur  octroyer  de  fait 
Lieu  triumphant. 

Deus. 
Il  sera  fait. 
Didier,  ma  volenlé  complait 
A  la  tienne  totalement, 
Ce  qui  te  plait  aussy  me  plait, 
Je  feray  ton  contentement. 

Épilogus  Ludi. 
Rien  n'y  a  soubz  le  firmament 
Qui  ne  preingne  conclusion 
Toute  chose  commencement 
A  fin  &  terminacion, 
Aussi  noslre  opéracion 
De  Saint  Didier,  noble  marlir. 
Fine  cy  sa  narracion, 
Car  il  est  heure  de  partir. 

Mais  pour  vous  ung  petit  la  vie 
Du  benoist  Prélat  recoler  : 
Monslré  avons  que  par  envye 
Wandres  le  firent  décoler. 


—  440  — 

Chascun  luy  vit  son  chief  copper 
Après  les  tormens  exécrables, 
Puis  vous  l'avez  veu  translater, 
Faisant  signes  innumérables. 

Si  avons  à  regracier 
De  toute  notre  intelligence, 
Collauder  &  remarcier 
La  Seignorie  d'excellence 
Qui,  par  doulce  bénivolence, 
Nous  a  preste  bon  auduitoire 
Pour  ouyr  en  paix  6c  silence 
Le  mistère  ou  dévot  histoire. 

Et,  au  surplus,  s'il  y  a  point 
Des  joueurs  aucung  mal  apris 
Qui  ait  fait  quelque  mauvais  point, 
Recepvez  le  en  gré  pour  son  pris, 
Priant  au  Martir  de  hault  pris 
Que  puissions,  par  son  habitude, 
Régner  au  céleste  pourpris, 
Enrichy  de  béatitude. 

AMEN. 


Loué  soit  Dieu  ! 


—  441 


Cy  s'ensuyvent  par  ordre  les  noms  des  Person- 
nages de  ce  pns  Mislère,  par  ordre  qu'ilz  doivent 
parler. 

Le  Prologueur. 
Le  Fol. 

!Le  premier  Bourgeoys. 
Le  second  Bourgeoys. 
Le  tiers  Bourgeoys. 
Le  quart  Bourgeoys. 
Le  Bailly  de  Lengres. 


Le  Doyen  de  Lengres. 
Le  Trésorier. 

L'Archidiacre  du  Dijonnoiz. 
L'Archidiacre  du  Tonnoirroiz. 
L'Archidiacre  du  Barroiz. 
L'Archidiacre  de  l'Auxoiz. 
L'Archidiacre  du  Bassigny. 
Le  Chantre. 
Le  premier  Chanoine. 
Le  second  Chanoine. 

i  Pierre  ,  varlet  des  Bourgeoys. 
(  Symonnet,  clerc  des  Chanoines. 

Lucifer. 

Salham. 

Cerhérus. 

Astaroth. 

Léviathan. 

Belphégor. 

Bélial. 


Chanoines 

de 
Lensres. 


Lengrois. 


Enfer. 


SL'Arcevesque  de  Lyon. 
Maistre  Jehan,  son  Chappellain. 
Robin,  serviteur  de  l'Arcevesque. 

Lengres.       Le  Secrétaire  du  Chappitre  de  Lengres. 


442 


Paradis. 


Genevoys. 

Lengres. 

Barons 

de 
Lensres. 


Serviteurs 

des 

Barons. 

De 

Lengres. 


Romnins. 


Arliennoys. 


Wandres. 


La  Vierge  Marie. 

Dieu. 

Gabriel. 

Michael. 

Uriel. 

Raphaël. 

Le  Charruyer. 
Didier. 


Bon-Pas, 


messagier  de  Lengres. 


!Le  Seigneur  de  Grancey. 
Le  Seigneur  de  Vergey. 
Le  Seigneur  de  Choiseul. 
V  Le  Seigneur  de  Thilchastel. 

L'Archier. 
Le  Couslillier. 
Le  Crenequinier. 
Le  Coulevrinier. 

Le  père  Valier. 
Valier,  son  fds. 

Honorius,  Empereur  de  Romme. 

Le  Consul. 

Le  Tribun. 

Diligent,  messagier  Romain. 

Marianus,  sénateur. 

Le  premier  Soudart. 

Le  second  Soudart. 

Le  Légionnaire. 

Le  Centurion. 

Le  premier  Bourgeoys  d'Arles. 
Le  second  Bourgeois  d'Arles. 

Croscus,  Roy  des  Wandres. 

Le  premier  Satrappe. 

Le  second  Satrappe. 

t'ôst-Venû,  messagier  des  Wandres. 

(ioililer,  satellite. 

Sarragot,  satellite. 

Tarlarin,  satellite. 

Ysan2,rin ,  satellite. 


—  443  — 

ILe  Roy  des  Alains. 
Le  premier  Chevalier  Alain. 
Le  second  Chevalier  Alain. 
^«■.•o.      ,  Durandal,  picquenaire. 
I  Despiteulx,  picquenaire. 
f  Rustarin,  picquenaire. 
\  Malvenu,  picquenaire. 

Lengres.        Le  Cappitaine  de  Lengres. 


Gens 

des 

Barons . 


Lengres. 


iLe  premier  Escuyer. 
Le  second  Escuyer. 
Le  tiers  Escuyer. 
v  Le  quart  Escuyer. 

La  Guette. 
La  Bourgeoyse. 
La  Femme  grosse. 
La  Norrice. 


LA  TRANSLATION  DE  SAINCT  DIDIER ,  IIIe  JOUR. 


/  Le  Prieur  de  Saincl-Didier. 
Le  Souhz-Prieur. 
Frère  Nicole. 
Lengres.     {  Frère  Michiel. 

L'Evesque  de  Lengres. 
Tosl-Prest,  messagier. 
Sainct  Didier  en  Paradis. 

Le  Duc  de  Bourgoine. 
L'Arcevesque  de  Rains. 
L'Evesque  de  Laon. 
Le  Duc  de  Normandie. 
Pers         1  Le  Duc  de  Guienne. 
de  \  L'Evesque  de  Chaalons. 

France.      J  Le;  Conte  de  Champaigne. 
L'Evesque  de  Noyon. 
LeConle  de  Flandres. 
L'Evesque  de  Beauvaiz. 
'.  Le  Conte  de  Thoulouze. 


—  444  — 

L'Abbé  de  Sainct-Bénigne. 
Abbés.       I  L'Abbé  de  Molesmes. 

L'Abbé  de  Sainct-Estienne  de  Dijon. 

L'Enragé. 
Le  Père  à  l'Enragé. 
La  Mère  à  l'Enragé. 
Le  Contrefait. 
Malades.     (  Le  Paraletique. 
L  Aveugle. 
Le  Muet. 

Le  Père  à  l'enfant  mort. 
,  La  Mère  à  l'enfant  malade. 
\  L'Ame  de  Croscus. 


Cy  finit  la  Vye  et  passion  de  Monsr  Sainct 
Didier,  iije  Évesque  de  Lengres  ,  composée  par 
Maistre  Guillaume  FLAMANG ,  chanoine  de 
Lengres,  escripte  par  moy  Philibert  Prévost, 
Procureur  es  cours  de  Lengres ,  et  par  Eslienne 
Roland  ,  mon  serviteur,  le  damier  jour  de  may 
l'an  mil  cinq  cens  et  sept. 

Signé  Prévost. 


Laus  Deo  et  Matri  ejus 


(c  xvj  personnaiges  en  tout.) 


GLOSSAIRE-INDEX. 


Aboler,  détruire,  mettre  à  fin. 

Abonrdcr,  aborder. 

Abrégicr,  se  préparer,  se  dis- 
poser. 

Aceriener,  rendre  certain  d'une 
chose,  assurer,  convaincre. 

Accria,  sérieusement. 

Achoison,  cause,  molif,  oppor- 
tunité. 

Ac/ineier  et  alùnter,  préparer, 
arranger,  tendre  un  piège 

Aculer,  réduire,  mettre  sur  le 
cul. 

Adjuinire,  aide,  assistance. 

Admch'ieVer,  mettre  à  néant. 

Adresser,  diriger,  faire  réussir. 

Advenant,  convenable. 

Advision,  prévoyance,  pressen- 
timent. 

Affamer,  affirmer. 

Affin,  allié,  parent. 

Affiert  (H),  il  convient. 

Affisioler,  arranger,  préparer. 

Affiler,  maltraiter,  blesser. 

Affrister,  préparer,  armer, 
fréter. 

Agriper,  prendre  avec  les 
griffes. 

Ainçoys,  volontiers,  d'abord. 

A'msin,  ainsi. 

Aisément,  gré,  volonté,  plaisir. 

Alainne,  haleine,  souffle. 

Alinner,  aligner. 

AUrecas  et  aller  cas,  altercation, 
dispute,  débat. 


Aîyer,  allier,  réunir. 

Amarilude, amertume  du  cœur, 
ressentiment. 

Amer,  aimer,  qui  est  à  aimer, 
qu'il  faut  aimer. 

Amont,  en  haut. 

Ancelle,  servante. 

Anel,  anneau. 

Anichiller,  mettre  à  néant. 

Anormal,  déréglé. 

Apaiii,  proie,  pâture. 

Apareille  (s),  se  prépare. 

Apérir,  ouvrir. 

Apo'mcler  et  Appoincler,  tran- 
siger, décider,  ordonner, 
tenir  prêl. 

Appelé,  appeler,  désire,  dési- 
rer. 

Applicquans,  travailleurs. 

Apreigne,  apprenne. 

Aquesl,  acquiesçant. 

Arlique,  froide. 

Arbe,  herbe. 

Ardoir  et  ardre,  brûler,  con- 
sumer, incendier. 

Arer,  labourer. 

Armatif,  guerrier,  de  guerre. 

Arrog ,  disposition ,  arrange- 
ment. 

Arrouser,  arroser. 

Assavourer,  savourer. 

Assentir,  délibérer,  consentir, 
acquiescer. 

Assiènl,  pour  asseyent,  d'as- 
seoir, placer. 

Assoie,  sot. 

Assufir,  rassasier. 


446  — 


Atrotler,  arriver  au  trot. 

Auctenliquc,  saint,  savant,  bril- 
lant. 

Auberi ,  haulbert ,  cotte  de 
mailles  à  manches. 

Auduiloire,  entendement. 

Aulmosnière,  bourse,  gibecière. 

Aumuse,  ornement  que  les  ec- 
clésiastiques portent  au  bras. 

Auxo'is,  p.irtie  du  duché  de 
Bourgogne  qui  doit  son  nom 
à  Alise. 

Avanceur,  qui  va  en  avant. 

Avertin,  frénésie,  fo.ie. 

Avalez,  étranger,  celui  qui  est 
venu  d'un  autre  endroit  d'où 
l'on  n'est  pas  soi-même. 

Avuyer,  mettre  en  train,  con- 
duire. 

Agdier,  aider. 


B 


Baculer,  frapper  avec  un  bâ- 
ton. 

Barlelaires ,  ou  badeladres , 
épée  large  et  recourbée. 

Bat  de,  baille. 

Baler,  ou  b  aller,  danser,  sau- 
ter. 

Balesleaiix,  arbalète,  machine 
à  lancer  des  pierres  ou  des 
traits. 

Balaie,  baume,  baume. 

Buillier,  donner. 

Bancqueter ,  manger,  boire 
ensemble. 

Bargue ,  esquif,  chaloupe , 
grande  barque: 

Barrois,  ancienne  province  de 
Fiance.  Ce  pays,  jadis  habité 
par  les  Leuci,  prit  au  IVe 
siècle  le  nom  de  pagus  Bar- 
rensis. 


Bas  ion  à  feu,  canon,  couleu- 
vrine,  fusil,  arquebuse. 

Bâsâgnifi  contrée  de  la  Haute- 
Marne,  dont  Chaumont  était 
la  capitale. 

Becdefanlcon,  arme  de  guerre, 
artillerie. 

Bedon,  tambourin. 

Beguynet,  petit  béguin. 

Benedicite,  exclamation  pro- 
pre au  pays  de  Langres,  à 
cause  des  trois  enfants  de 
la  fournaise  vulgairement 
nommé  les  Bened'iriie. 

Bâirenlancc,  bienveillance. 

Benoist,  bon,  doux,  clément. 

Beaungner,  et  besoingner,  tra- 
vailler. 

Beiiehin,   bassin,  corbeille. 

Blainche,  blanche. 

Bialo,  promptement. 

Bienvegnans ,  faire  bienvci- 
gnans,  faire  bon  accueil. 

Bise,  noirâtre,    couleur  grise. 

Bobanee^  bombance,  vanité, 
faste. 

Bonnoi,  bon,  utile. 

/»  >rd  m,  nom  propre. 

Bol,  bout. 

Biner,  me'tre,  placer. 

Boleille,  bouteille. 

Boideuers;  boulevard. 

Boule(xe),  se  place  dansun  coin. 

BrtHjn'iari.  arme  de  guerre. 

Brayes,  haul-de-chausses,  cu- 
lottes. 

Un  frété,  brièveté. 

Bref  ment ,  avec  vitesse. 

Breuonne,  Brevoines,  faubourg 
de  Langres. 

Brigandim»',  armure  légère, 
sorte  de  cuirasse. 

Brot/llear,  brouilleur,  charla- 
tan. 


—  447  — 


Caillnz,  cailloux. 

Caliginettse,  noire,  horrible. 

Camelote,  espèce  de  sauce. 

Caibouele,  pour  escarboucle. 

Carculer,  calculer. 

Carreaux  el  qnurrcs  ou  quar- 
reau.r,  (Ici  lies  ferrées  trian- 
gulairement. 

Calerve,  bande,  multitude. 

Caalt  avisé,  fin,  rusé. 

Çaullielle,  ruse,  tromperie. 

Celsilnde,  excellence. 

Célèbre,  cerveau. 

Cens,  sens. 

Cesiuy-la,  celui-là. 

Chaffanlt,  écbal'aud,  théâtre. 

Chai  Ile,  de  chaloir,  soigner, 
s'inquiéter.  Ne  le.cha.ille, sois 
tranquille,  sans  souci.  Il  vous 
chantt,  il  vous  importe. 

Chalenttjncs,  chalumeau,  mu- 
sette. 

Chaperon,  ancienne  coiffure. 

Char,  chair. 

Charbonnée  .  grillade  ,  chair 
grillée  au  feu. 

Çharrnyer,  charretier,  celui 
qui  tient  la  charrue. 

Chault,  voir  citadin. 

Chavon  (an),  en  avant. 

Chatjenne,  chaîne. 

Chef,  tête,  bout,  venir  à  chef, 
terminer. 

Cher,  char. 

Cher  rue,  charrue. 

Chenil,  choir,  tomber. 

Chevalcureux,  hardi,  coura- 
geux. 

Chevance,  cens,  rente  en  ar- 
gent, richesse,  héritage. 

C/tevauchier,   aller  à    cheval. 

Chevir,  venir  à  bout. 


Chir/ieface,  homme  maigre  et 
chagrin ,  que  le  chagrin 
ronge 

Chief,  chef. 

Cliicuiiuille,  troupe  de  chiens, 
canaille,  amas  de  populace. 

Clt'ier- a fft a,  séraphin. 

Chien,  chez. 

('.'•eh,  les  deux. 

Cingesse ,  femelle  du  singe, 
guenon. 

Circulation,  circonférence. 

Clam,  cri,  clam  •ur. 

CJdritudc,  gloire,  grandeur. 

Clcr,  clair. 

Clovson,  cloison,  muraille. 

Collacion,  entretien,  discours. 

Collatuler,  louer,  combler  de 
louanges. 

Calomnies,  couleuvrines,  piè- 
ces d'artillerie. 

Combateur,  celui  qui   se  bat. 

Combien,  quoique. 

Comiitiemeni  ,  subtilement, 
avec  ruse. 

Commanl,  adieu. 

Compain,  compagnon. 

Compas,  mesure. 

Compassé,  pressé. 

Compromission,  compromis. 

Condighe,  digne. 

Conrjuesi,  r,  conquérir. 

Consile,  conseil. 

Consors,  conseils,  avis. 

Consuélude,  coutume. 

l'.otistilaiae,  consulat. 

Coniandre,  tâcher,  s'efforcer, 
aspirer  à  une  chose. 

Coniempner,  mépriser,  dédai- 
gner. 

Conl4  neion, ligue,  contestation. 

Conlumélie,   affront,    outrage. 

Cou  vers,  converti. 

Copz,  coups. 


—  448  — 


Coquart,  nigaud,  sot. 
Coqnnsse,  risible.  Signifie  aussi 

vase. 
Conqucster,  conquérir. 
Cornuz,  qui  ressemble  à  une 

corne. 
Corrompée,  insecte. 
Coruscalion,  éclat  brillant. 
Coicllcs,  justaucorps,  veste. 
Couhard,  peureux. 
Couillards  ,    instruments    de 

guerre  propres  à  lancer  des 

pierres. 
Couleuvr/nier,    celui  qui  tire 

les  couleuvrines. 
Coulons,  colombes,  pigeons. 
Coultre,  côté. 
Gourcer,  courroucer- 
Cours,  aller  le  cour,  courir. 
Courleaulx,  chevaux  qui  ont 

crin  et  oreilles  coupés. 
Cousiel,  couteau. 
Couslillier,  écuyer  armé  de  la 

coustille,  sabre  à  deux  tran- 
chants 
Coy,  tranquille. 
Craindaient,  craindons,    pour 

craignaient,  craignons. 
Crapeaudeaux, arme  de  guerre, 

artillerie. 
Crenequin,  arbalette. 
Crenequhner,  arbalétrier. 
Creu,  crû. 

Crevanter ,    tourmenter,    ha- 
rasser. 
Criminateur,  accusateur. 
Croce,  crosse,  bâton  pastoral. 
Crudélilê,  cruauté. 
Cueur,  cœur. 
Cuider,  lancer  avec  force. 
Guider   et    cuyder  ,    penser  , 

croire. 
Gains,  ainsi.  Signifie  peut-être 

cinq. 


Cnlefcr,  frapper  avec  son  cul. 
culeier  la  selle,  se  tenir  mal 
à  cheval. 

Culière,  selle  de  cheval,  crou- 
pière. 

Curare,  prendre  soin. 

Cure,  soin. 

Cy  à  val,  ici-bas. 


D 


Dadonques,  d'alors. 

Damer,  surpasser,  courir. 

Dampnement,  damnation. 

Darrière,  derrière. 

Dançjuis,  art  militaire,  artil- 
lerie. 

Dca,  deame,  pour  da!  vrai- 
ment! 

Déambuler  ,  se  promener  , 
marcher. 

Débutent-,  celui  qui  débat. 

Di'bellaieur,  celui  qui  combat. 

Décacorde,  instrument  de  mu- 
sique. 

Déceplibles,  trompeurs. 

Déclairer,  déclarer. 

Décochier  et  Descoichier,  par- 
tir, s'ébranler. 

Déducieur,  guide. 

Deffience,  défi. 

Depnitice  (le),  la  fin. 

Dcfulijcr,  briller. 

Ihlui,  dû. 

Délicier  (se),  se  complaire. 

Dchnqueur,  délinquant. 

Délabre,  temple. 

Dcman tiers  (en),  pendant  ce 
temps. 

Demainne,  domaine. 

Démené  (le),  la  peine. 

Deumeurani  (le),  le  reste. 

Demi  nslrance,  signification. 

Demurunce,  demeure. 


—  449  — 


Denwrgnrgnn? 
Départ,  distribue. 
Département,  départ. 
D  'précacion,  prière. 
Deprerfer,  piller. 
Désarpillier,  cesser,  disconti- 
nuer. 
Désasambler,  désunir. 
Desdugt  Qui),  en  tranquillité. 
Desgorge,  désordonné? 
Deslêal,  déloyal. 
Deslêauté,  déloyauté. 
Desmarcher,  s'éloigner  ,    des- 
serreras rangs  en  marchant. 
Despartir  (le),  le  départ. 
Despitemenl,  dépit. 
Desplaisance,  déplaisir. 
Desrny  ,     désordre  ,     dégât , 

trouble. 
Desserte,  mérite,  récompense 

Destrier,  cheval  de  main. 
Desvouer,  égarer. 

Déterminaiive,  détermination 

Dctranchei ,  mettre  à  mort. 

Deul,  deuil. 

Deveslir   (se),   oter  ses  vête- 
ments 

Devis,  désir,  volonté. 

Dextre  (la),  la  droite. 

Digner,  dîner. 

Dilacion,  délai,  retard. 

Discors,  qui  n'est  pas  d'accord 

Disetfensj   qui  est  dans  la  dé- 
tresse. 

Dobler,  doter. 

Dobtiz,  soumis. 

Daim,  donne. 

Dolente,  affligée. 

Doublante,  terreur. 

Doubler,  redouter,  craindre. 

Doulier,  douer,  enrichir. 

Douloir,  être  marri,  lâché. 

Dntj,  doigt. 

Drecier,  dresser. 


Dru,  vigoureux,  serré. 
Ditbietr,  doute. 
Ducteur,  guide. 
Dugre,  conduire. 
Dugt  (le),  le  conduit. 
Dgamerdnn,  excrément. 
Dyvers,  différents,  divers. 

E 

Efjicasse,  efficacité. 
Elle,  este,  pour  aile. 
Elucider,  rendre  clair. 
Embler,  enlever,  ravir. 
Emmg,  sur,  parmi. 
Emplyer,  employer. 
En  (m'),  nous  en. 
Encliner,  incliner. 
Encoir,  encore. 
Endeinanticrs,  tandis  que. 
Endoxer,  endosser. 
Enferme,   infirme. 
Enhorier,  exhorter. 
Enluminure,  ornement. 
Enngs,  nenni,  non. 
Enron  lige,  polie,  forte. 
Entendis,  tandis  que. 
Envers,  Anvers. 
Envis,  à  regret. 
Epileutigue,  épileptique. 
Epillier,  piller. 
Err abonde,  vagabond 
Erre;  aller  grande  erre,  faire 

diligence. 
Es,  aux,  dans  les. 
Escarcelle,  bourse. 
Eschaiz,  échasses. 
Eschielle    échelle  ;  eschieller, 

placer  les  échelles. 
Eselavasier,  rompre,  écraser. 
Eseondire,  éconduire. 
Escorchi  r  éiorcher. 
Escorpton,  scorpion. 
Eserevice,   corcellet,  composé 

de  plaques  de  fer. 


20 


—  450 


Escripturc,  écriture. 
Esgn,  ailjrii . 
Esguilctte.  aiguillette. 
Eslongner,  éloigner. 
Eslude  et  E  loi  se,  éclair. 


de  lâcheté,  éviter  le  travail. 
YFa'mlisce,  feinte,  iromperie. 
[Famée,  renommée. 
Forcer,  tromper  en  riant. 
Faulchense,  qui  faulche. 


Esmc,   estime,    signifie  aussi  Fmtldnmi,  manquer,  défaillir. 

âme,  intention*  \Faaix,  faux. 

Esniehitèr,  affaiblir,  rendre  in-  Favarnblelê  ,    occasion    favo- 


capable  de  juger. 
Espade,  force  ou  étendue? 
Espécial,  spécial. 
Espirituel,   spirituel. 
Espoii table,  épouvantable. 
EsrondelU'j    hirondelle. 
Eslable,  s'.able. 
Estaiches,  attaches,  liens. 
Eslainl,  arrêté,  fixé. 
Esteller,  atteler. 


rable. 
FébiicUants,  fiévreux. 
Féb.nesse,  perfidie. 
Fermeté,  fermeture  des  portes. 
\  Fer  relayer,  porter,  présenter. 
iFesiayement,  action  de  fêler. 
YFestyer,  fêler. 
Feulleùes,  petites  feuilles. 
iFience,  confiance. 
Fiert  (on  //),  on  y  frappe. 
Estrade,  roule,  chemin;  aller  Fierl  jv,  châsse,  coffre  à  mettre 
à  l'estrade,  voyager    sur  le,     des  reliques, 
grand  chemin.  Fine,  de  finir,  pour  finir. 

Estrapade  {niellre  en  /'),  bri-  Finement,  fin. 

ser,  rompre.  \Finission.  terme,  fin. 

Estrivèr,  quereller,  combattre. YFinnée,  fin. 
Estryé,  étrier.  Flagélon  ,    pour    Phlégéton  , 

Enl  (/'),  l'œil.  fieuve  de  l'Enfer. 

Eulley-Cotôn,  Heuilley-Côton, [Flasconnet,  pelit  flacon, 
commune  de    l'arrondisse- \Fleusie,  ilûte. 
ment  de  Langres.  !  Florettes,  petites  fleurs. 

Eur,  ehrer,  cure,  heure,  bon- IFlorisstiiice,  prospérité, 
heur,  rendre  heureux,  être \Fluve,  fleuve, 
heureux.  ÏForcènement,  démence. 

Envier,  travailler.  IForcener,  être  en  démence. 

Exaudnian.  action  d'exaucer.  [Formant,   beaucoup,  grande- 


Excide,  fin,  destruction. 
Exercile,  armée. 
Expugner,  combattre. 


Facundc,  faculté,  richesse. 

Fade,  déplaisant. 

Faillir,  tomber  en  défaillance 

Faillon,  sillon. 

Faingne,  de  jainJre,  faire  acte 


ment,  fortement. 

Farmis,  fourmis. 

Formosilé,  beauté  de  formes. 

Forrier,  fourrier. 

Fars,  excepté,  hormis. 

Fonyr,  fuir. 

frimé,  qui  a  froid. 

FruysùoTi,  jouissance,  posses- 
sion. 

Fudel,  fidèle. 


—  451  — 


H 

Gainante,  gagné.  Habcrger,  héberger. 

Gainncra,  gagnera.  Habunder,  abonder. 

Galle,  Gaule.  Gales  et  Galois,  Happetoïouèhe,  gobemouche. 

Gaulois.  Il'iiirs,  fatigués,  molestés. 

Gard ;  D'au  roua  ganV ,  Dieu  Harpaille,  compagnie  de  gueux. 

vous  conserve.  Harquebuchûi  arquebuse. 

Gemme,  pierre  précieuse.        iHasiiiemenl',  prompiement. 
Gcticsi,  petit  cheval  de  msu-lHaulsaige,  arrogance,  bravade-. 

vaise  mine.  Hauliesse,  élévation  suprême. 

Genis,  gentils,  beaux,  conve  \Hobin,  cheval  d'allure  douce. 


nables. 
Gergoniier,  jargonner,  caus  i . 
Gésir,  accoucher. 

Gets,  bandelettes. 

Gevaiches,  femmes  de  mauvaise 
réputation,  sorcières. 

Gippon,  casaque,  souqucni.le. 

Gtenner,  glaner. 

Glovppion,  gorgée.  Glotiper, 
couler  goutte  à  goutte. 

Goini,  gros,  pressé  par  le  cha- 
grin. 

Gorgiâs,  galants. 

Gouffre,  goinfre,  gourmand. 

Grésillons,  art  militaire,  artil- 
lerie. 


llnhé,  remué. 

Hoequeler,  hocqûelettr,  chica- 
ner, chicaneur. 

Illuminer,  hogner,  murmurer, 
grogner. 

Hnm,  homme. 

Homme  snnlvaqc,  une  des  rues 
de  Langres  qui  porte  encore 
aujourd'hui  le  même  nom. 

Hoqiteion,  jacquetle,  cotte  de 
mailles. 

IlonssejxiiUier,  tirailler  par  les 
babils,  déchirer. 

H. .(lier,  appeler. 

Huiler,  hurler,  crier. 

Humblesse,  basse  condition. 


Grerable,  de  grever,  porter  Humes,  village  de  l'arrondisse- 
dcirmage.  ment  de  Langres. 

Grevante,  peine,  dommage.      Huriebetin,  qui  heurte. 

Griper,  peur  grinq  er.  Huriebilliei ,  chercher  le  mâle. 

Grttimplœ,  groin.  Hurler,  heurter. 

Groimpher.  imiter  le  cri  des  Hutm,  bruit,  noise,  querelle, 
pourceaux.  \Huger,  crier,  huer. 

Grumclcr,    murmurer,   gron-. 


(1er. 
Gubernateur,  gouverneur. 
Guette,  sentinelle. 
Guierdon,  récompense. 
Guierdumier,  récompenser. 
Guingois  (de),  de  travers. 
Guise,  habitude. 


1 


Ignaire,  ignorant. 
Ignosctnee,  innocence. 
lilec  et  illectiues,  là. 
Illeeèbre ,   attraits ,   charmes  , 
appas. 


—  452  — 


Immarri  le,  Immarcessiblc,  qui 

est  sans  flétrissure. 
Impéraleur,    empereur,    qui! 

commande. 
Impcraioir< ,  impérial. 
Impétiaieur,  qui  attaque. 
Impéiruieur,  qui  obtient. 
Impieu,  impie. 
Importable,  important. 
lmpi opère,  reproche. 
Inanifier,  réduire  à  néant. 
Incite,  excite. 

Incircumpscriple ,     qu'on    ne 
peut  circonscrire. 

Indomable,  indomptable. 

Inénarrable,  qu'on  ne  peut  ra- 
conter. 

Inexhauste,  inépuisable. 

Inextimable,  inestimable. 

Inflation,  orgueil. 

Innumerable,  innombrable. 

Instable,  inconstant. 

Instrumenleiir,  officier  public. 

Insupcrable,   insurmontable. 

Invesliguer,  rechercher. 

Irai-je  (s),  cependant  irai-je. 

Ire,  colère. 

Irrécupérable,  irréparable. 

Isnel,  léger. 
Issir,  sortir. 


Jaque,  casaque  militaire. 
Jaseran,  j:icque  de  mailles. 
Jucundue,  joie    bonheur. 
Jnrnades,  surtouts,  casaques. 
Jogssanee,  jouissance. 
Jugulaire,  qui  tranche  la  tête 
Jura,  jure. 


Labourer,  travailler. 
Laboureux,  Inbonrieux,  labou- 
reur, qui  travaille. 
Laiche,  lame. 

Lavez,  lairez-vnus  laisserez- 
vous.    Luiras  lu  et   larras- 
lu,  laisseras-tu. 
Lame,  tombeau,  cercueil. 
Langagier,  parler,  s'exprimer. 
Lanlernier ,  qui  hésite. 
Largiieur,  celui    qui    donne, 

qui  fait   largesse. 
Las,  lacs,  lacets. 
Lassuz.  là  haut,  au-dessus. 
Latèbre,  retraite,  caverne. 
Lags,    laïcs. 
Leal.  loyal. 
Leeours,  glouton. 
Légicrement,    vite,   prompte- 

ment. 
Leu,  leule,  lu,  lue. 
Libelle,  ordonnance. 
Liève,  lève. 
[Lignolet,  galoche,    sorte  de 

chaussure. 
La  tende,  sans  lettres,  sans  sa- 
voir. 
Loppyon,  opinion,  sentiment. 
Longer,  loyer. 
Lucebre,  qui  brille. 
bûcher,  lutter. 
l.uciz.  gémissements. 
Luiulenlemenl,      clairement, 

avec  joie. 
.Luminaire,  vue. 
\Luton,  esprit  follet. 
Lgessse,  joie,  réjouissance. 


Mabre,  marbre. 
habile,  qui  coule,  qui  tombe  \Macheron,  substance  noire  et 
facilement.  liquide. 


—  453  — 
Mact  etmat,  faible,  abattu,  mislMesprisons,  méprise,  erreur. 


de 


à  mort 
Mariare,  mettre  à  mort. 
Macter,  mettre  à  moi  t. 
Magnifier,  glorifier. 
Maignic,  maingnie,  madgnye, 

suite,  maison,  famille. 
Mains,  pour  moins. 
Mais,  jamais,  plus. 
Maishuy  ,    présentement , 

suite. 
Malan,  année  de  malheur. 
Maleuré ,   qui  n'est  pas  heu 

reux. 
Mollement,  malheureusement 
Mangonnaulx,  machine  à  jeter 

des  pierres. 
Manxion,  demeure 
Manteau  /a, machines  de  guerre 

pour  protéger  les  hommes 
Marchie,  camp. 
Marcier,  remercier. 
Margne,  la  Marne,  rivière. 
Marnai  eux,  de  dessus  la  Marne. 
Marrigny,  village  de  l'Auxois. 
Mater,  maîtriser. 
Matz,  maul,  mauvais. 
Maulgré,  malgré. 
Manljour,  jour  néfaste,  mau- 
vais. 
Maulpresl,    qui   n'est    jamais 

prêt. 
Maulvaislié,  méchanceté. 
Mauray  (je),  je  mennerai. 
Melliflue,  d'où  découle  le  miel. 
Menuz,  petit. 
Meracle,  miracle. 
Mercier,  remercier 
Mesaele 
ment. 
Mcsaise,  chagrin. 
Mtschief,  malheur,  accident 
Mesgnie,  famille,  race. 
Mtshuij,  désormais. 


Mestter,  besoin. 
Meure,  mine,  réfléchie. 

Meurs,  mœurs. 

Migne,  mine. 

Miliaire,  le  cours  des  années. 

Millénaires,  chefs  d'une  trou- 
pe de  mille  hommes. 

Miséricors,  miséricordieux. 

Mitigorieux  et  Misligorieux, 
forts,  courageux. 

Molcsme,  abbaye  du  Tonner- 
rois. 

Molin,  moulin. 

Sfonarche,  monarque. 

Monde,  sans  tache. 

Mondial,  du  monde. 

Mon'/cinn,  avis. 

Monocorde,  instrument  de  mu- 
sique. 

Monstre,  parade. 

Mont;  a  mont  et  à  val,  en  haut 
et  en  bas. 

Morillon,  nom  d'une  contrée. 

Moiir,  mourir. 

Motiz,  motifs. 

Mondanité,  vanité  mondaine. 

M  on  joie,  cri  de  guerre. 

Montlundon,  village  de  l'arron- 
dissement de  Langres. 

Monisaujon,  idem. 

Moustier,  monastère. 

Mont,  moult,  beaucoup. 

Moyennaux  ,  nom  que  l'on 
donnait  à  une  pièce  de  ca- 
non longue  de  dix  pieds. 

Muer,  changer. 

Hfngnier,  meunier, 
ravage,   bouleverse-  Murmuracion,  murmure. 

\Musé,  caché. 

My,  moi. 

M  y  dieux,  jurement. 

Mye,  adverbe  négatif. 

Myie,  la  mitre. 


—  454  — 


N 


AV,  ni. 

Necticr,  nettoyer. 
Négoce,  chose. 
NenniL  non. 
Nice,  simple,  niais. 
Nicque.  geste  de  moquerie. 
Nobilitc,  noblesse. 
Noise,  querelle. 
Noncer  et  nnnller,  annoncer. 
Norrir,  nourrir. 
Notable  (iing),  remarque,  sen- 
tence. 
NucJic,  nuque. 
Nger,  noyer. 


0 


Occiosité,  oisiveté. 

Occision,  meurtre. 

Odoremem,  odeurs. 

Offaudre,  offenser. 

Oignements,  ce  qui  est  onc- 
tueux. 

0/2,  au. 

Onques,  jamais. 

Optai,  souhait,  désir. 

Or,  maintenant. 

Orbe,  monde,  empire. 

Orbigny,  village  des  environs 
de  Langres. 

Ord,s,  hord.s. 

Ordonnance,  ordre. 

Orer,  prier. 

Or  guet  h  s,  petites  orgues. 

Ors,  ord  et  ort,  sale,  gâté. 

Ont,  armée. 

Oslencion,  montre,  parade. 

Ou,  au. 

Ouctroger,  accorder. 

Onllraige,  outrage. 

Oui  trépasse,  modèle. 

Ouquelf  auquel. 


Ourrer,  ourrons,  entendrons, 

entendre. 
0;/,  oui. 
Ogr,  entendre. 


Paganieque,  payen. 

Palpèbre,  paupière. 

Panôriceaulx  ,  pavillon  ,  en- 
seigne militaire. 

Vaonr,  peur. 

Paonreux,  peureux. 

Papegault,  perroquet,  bavard. 

Par,  pers  et  parrie,  pair,  pairs 
et  pairie. 

Par  fournir,  terminer. 

Passavant,  machine  de  guerre 
dans  laquelle  on  logeait  des 
soldats. 

Paultonnier,  méchant,  scélérat. 

l'el,  peau. 

Penlateuchén,  le  Pentateuque. 

Perclos,  terminé,  achevé. 

Perfaire,  achever. 

Perpétrer,  faire,  achever. 

Pcrsonniers,  hôtes. 

Perimjs,  trou,  ouverture. 

Petit  (uug),  un  peu. 

Picquenaire,  soldat  armé  d'une 
pique. 

P/eça,  depuis  longtemps. 

Pille,  argent  monnayé.  N'avoir 
ni  croix  ni  pille ,  être  sans 
le  sou. 

Pillerie,  pillage. 

Pinsemaille,  avare,  ladre. 

Pirdony,  nom  piopre. 

Piléable,  plein  de  pitié,  qui 
excite  la  pitié. 

Pla  sij,  plaisir. 

Piaillé.  Avoir  quelque  chose  à 
planté,  c'est-à-dire  en  abon- 
dance. 


—  455  — 

Plantileiies,    petites    plantes    Provénncc,  pourvoyance. 
Plantureux,  abondant,  fertile.  Priulhomme,     pmdhommie , 
Plasmnleùr,   plasmat'mn,    qui      homme  sage,  sagesse. 

fait  des  ouvrages  d'argile.      Put/nuis,  sale  et  puant. 
Plorer,  pleurer.  Pillent,  bouillant. 

Poinel,  être  a  poinel,  cornmo-  Purïté,  pureté. 

demeut,  à  propos.  fusille,  petit,  étroit. 

Poinclure,  peine,  tourment.      Paie,  prostituée. 


Poingner,  punir,  châtier. 
Poitron,  poitrine. 
Popelars,  hypocrite,  faux. 
Populaire,  peuple. 
Porrhaz,    travail,   effort,   re- 
cherche. 
Porpoinl,  veste. 
Pose,  suppose. 
Possesser,  posséder. 
Potence,   béquille. 


Puys,  puits. 


Q 


Qunqueler,  caqueter,  bavar- 
der. 

Qnar,  car. 

Quarron ,  ouverture  carrée  , 
carrefour. 

Qnasier,    casser. 

Quelongnes,  quenouilles . 


Potôn,  surnom  de  Xaintrailles,  Qneix  quels 
grand  rapitùne    du  temps  q,^  4qu'est.Ce. 
de  Charles  Vil.  \Quierl    cherche 

Pouaere,    homme  paralytiqae  Q^in,-^  j0ll do quilles.  Qui 


de  tous  ses  membres 
Pourcelct,  petit  porc. 
Pourchaz,  profit,  bénéfice. 
Pnure,  pauvre. 
Pourpris,  demeure. 
Pourtant,  c'est  pourquoi.  R 

Pourler,  porter.  ! 

Pourtraitcs,  retracées,  peintes.  Rneointer,  rapprocher,  rendre 


jeu  ue  quilles,  ijuitter 
leqniliier,  quitter  la  partie. 
Quf,  ce  que,  la  chose  que. 
Quis,   cherché. 
Quoquibus,  sot,  nigaud. 


Poi'cz,  pouvez. 
Piécellunce,  excellence 
Précelse,  élevé. 
Prêlacion,  prélature. 
Presrhier,  prêcher. 
Prest,  prompt. 
Prest»,  promptemenl. 
Prétérit,  passé. 
Preu ,     chevalereux , 

loyal 
Pr'ins,  minces,  déliés. 
Proesse,  prouesse. 
Propi-  er,  boire. 
Prouffiler,  profiter. 


ami,  familier. 

Raeorder,  se  souvenir. 

Huilhm,  cri. 
\Runoijer  et    renouer,    renier. 

Ravoyt  r,   mettre  dans  la  voie. 

Rmj  (je),  j'ai  de  nouveau 

Rayant,  brillant. 

Ray  s,  rayon, 
fidèle,  Réali/al,  poison,  mélange  d'ar- 
senic et  de  souffre. 

Réanime,  roya  me. 

fichai q ner,  mener  quelqu'un 
durement  ,  racommoder  , 
raj  us  1er. 


—  456  — 


Rebouter,  reboutenr,  repous- 
ser, qui  repousse. 

Uni icnr,  qui  récite. 

Ràchnaloire,  coussin,  oreiller. 

Rectz,  filets  - 

Recoinler,  receler,  cacher. 

Reader,  se  rappeler. 

Retarder,  demander. 

Rednnder,    déborder,  refluer. 

Refulgeni,  resplendissant. 

Régale,  royal. 

Retmon,  renom,   renommée. 

Regracier,  rendre  grâces,  re- 
mercier. 

Relie [veinent,  relèvement,  ex- 
humation. 

Relusance,  qui  brille. 

Remarcier;  remercier. 

Rcncort,  satisfait. 

Renonchicr,  renier. 

Renverdye,  complaisance. 

Repositoire,    appui,    soutien. 

Retardicion,  relard. 

Rétamer,  retourner. 

Retraiter  (se\  se  retirer. 

Relraire,  discontinuer,  retenir 


Saînsy,  si  ainsi. 

Salvacion,  salut,  sauvement. 

Sanclilé,  sainteté. 

Si  nier,  guérir. 

Sapience,  sagesse. 

Sarrer,  garder. 

Salhicqne,  Scythe. 

Sçavorer,  savourer. 

Sçenr,  sur. 

Scient,  savant,  qui  sait. 

Semondre,  contraindre,  invi- 
ter, convier. 

Sente,  petit  sentier. 

Seulement,  odeur. 

Séquelle,  suite. 

Sercher,  chercher. 

Server,  garder,  conserver. 

Sers,  serve,  serviteur,  servante. 

Seulet,  seul. 

Si,  aussi. 

Signacle,  marque,  indice. 

Signifiante,  signification. 

Simphonine,  simphonie. 

Singesse,  femelle  du  singe. 

Si ti bonde ,  qui  a  soif  d'une 
chose. 


Ribaud,  homme  de  mauvaise  \Socy,  souci,  inquiétude. 


vie. 


Sa 


n-,  s  asseoir. 


Ribaudaille,  tr  mpede  ribauds  Sommier,  ramassé,  dru,  serré. 
Ribaudeqnin,  grande  arbalète. \Sordre,  sourdre,  jaillir. 


Rivière,  village  de  l'arrondis 

sèment  de  Langres. 
Rosettes,  petites  roses. 
Roiiers,  routiers,  qui  courent 

les  routes. 
Rov pieux,  qui  a 

nez,  morveux. 


S 

Sa.  si  a. 

Sade,  doux,  agréable. 

SuiLlir,  sortir,  s'élancer. 


Sorterve,  vile. 
Soris,  souris. 
Sorti,  assorti,  muni. 
Sonbstenir,  soutenir. 
Sonbtil,  subtil,  adroit, 
la  goutte  au  Soudars,  soldats. 

\Sonef,  doux,  agréable. 
Soufe,  soutire. 

Sonlas,   soulagement,   plaisir. 
Souleil,  soleil. 
Sonler,  avoir  coutume. 
Sourdean,  sourd. 
Splendifère,  lumineux. 
Suumuu,  peisuasion. 


—  457 


Subbit,  leste  ou  lestement. 

Snbmis,  soumis. 

Suppéditer,  terrasser. 

Suppi'llative,  qui  est  au-dessus 
de  tout. 

Suppellalrice,  qui  a  la  supré- 
matie. 

Suz,  au-dessus. 

Symonnie,  convention  illicite. 


Taconncr,  raccommoder. 

Tallebuteanx.  armes  de  guerre. 

Talus,  inclinaison. 

Tançons,  querelles,  disputes. 

Tairais,  armes  de  guerre. 

Tariv,  sorle  de  monnaie  d'or. 

Targe,  sorle  de  hou:  lier. 

Tale'iller,  chatouiller. 

Talin,  inquiétude. 

Tatin  (unij),  un  peu,  un  tanti- 
net 

Tuudis,  machines  de  guerre 
propres  à  garantir  le  soldat. 

Templer,  tenter. 

Tenant,  vassal. 

Ténébrifter,  mettre  dans  l'obs- 
curité. 

Tenter,  absorber. 

Térébrer,  percer. 

Termine,  délai,  terme. 

Tn-ricn,  terrestre,  indigent. 

Testée? 

Testière,  tête. 

Teure,  tire. 

Tire;  aller  de  tire,  c'est  à-dire 
promptement. 

Tunnel,  tonneau. 

Tormenùne  ,  qui  cause  des 
tourments. 

Toutnoyement,  tournoi,  exer- 
cice de  guerre. 

Tuusiours,  toujours. 


Traire,  tirer,  pousser  des  cris. 

Tranchhi  tranchées. 

Translater,  transporter  d'un 
lieu  à  un  autre. 

Trayrie,  action  de  tirer. 

Trayson,  trahison. 

Treet  a  feu,  lance  à  feu. 

Trespe>ccr,  transpercer. 

Tt estons,  tous. 

Triquotêe,  s.irte  de  danse. 

Troingne,  trogne. 

Tronquait  ? 

Trotlier,  cheval  qui  trotte  bien. 

ÏVocrr,  trouver. 

Truunt,  fainéant,  méchant. 

Trneuleut,  violent,  cruel,  bru- 
tal. 

Tryarle ,  thériaque ,  contre- 
poison. Signifie  aussi  assem- 
blée. 

Tugnr'wn,  chaumière. 

Tumber,  tomber. 

Tnniereul,  tombereau. 

Tiirbaciim,  trouble. 

Turbide,  qui  sent  la  confusion. 

Tureure,  mot  destiné  à  imiter 
le  son  de  la  flûte? 

Typane,  tambour. 


Un  g,  un. 
Utile,  utilité, 
Utyls,  outils. 
Uys,  porte,  entrée. 


Valer,  être  atteint. 
Value,  valeur. 
Varlct,  valet. 
Vectigales,  tributaire. 
Veesla,  voila. 
Weez-me-cy,  me  voici. 
Venouto,  sont  venus. 


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-  458  — 


Ver  de,  verte. 
Vcrgohignc,  pudeur. 
Vermeilleiies,  vermeillesi 
Veslure,  vêlement. 
Veuglaire,  machine  de  guerre. 
Veul.  vouloir,  volonté. 
Victnille,  vivres,    nourriture, 

viande. 
Viengnez,  pour  venez. 
Vinehans,  alliés. 
Vitupère,  blâme. 
Voille,  veut. 
Voir,  vray,  vraiment. 
Vois,  je  vois,  je  vais. 
Voleniê,  volonté. 
Vef,  esve,  veuf,  veuve. 


Vos,  voulut. 

Vouges,  espèce  d'épieu,  dont 
étaient  armés  les  francs- 
archers. 

Voulre,  (à  la),  à  la  hâte. 

Vouldrenl,  voulurent. 

Voulirer,  courber. 

Voiilenticrs.  volontiers. 

Voysii,  voilà-t-il. 

Wuydier,  vuydier,  vider,  quit- 
ter. 


Y,  ici. 

Ydoisne,  convenable. 
Ysser,  sortir. 


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PQ  Flameng;    Guillaume 
1561  La  vie  et  passion  de 

F5V5  monseigneur   sainct  Didier 
1855